UNE S A I N T E
inauguré par le christianisme. Ne dirait-on pas qu’un des grands artistes de nos jours, un de nos chefs d’école, M. Ingres, a connu et longtemps étudié les peintures des catacombes, et qu’il y a pris ces teintes plates, cette austère unité de ton qui distinguent ses ouvrages, et auxquels il ajoute quelquefois des accents imprévus et outrés avec intention, comme celui que présente ici la main ouverte de la sainte? Malheureusement toutes les figures que nous retrouvons dans les diverses catacombes de Rome ne sont pas empreintes de ce sentiment élevé. Le petit nombre d’artistes qui avaient embrassé la religion nouvelle n’avaient pu abjurer en même temps les fausses croyances qu’elle condamnait et les traditions de l’art qu’ils avaient exercé au service «lu paganisme. C’étaient généralement aussi «les artistes du dernier ordre, ou pour mieux dire des artisans, gens incapables «le s’élever par eux-mêmes à des inventions d’un certain mérite : aussi trouve-t-on communément quelque chose de
ROME
païen dans les compositions du peintre néophyte, et très - rarement ce sentiment, cette pureté d’intention qui sont le propre de l’art chrétien.
a i n t— P o n t i e n . Quoiqu’il porte le nom d’un patricien romain qui vivait au ine siècle, ce cimetière passe pour être plus ancien. On y voit, mêlées aux sépultures des simples fidèles , des tombes de martyrs placées à d’assez grandes distances les unes des autres , d’où l’on peut conclure que plusieurs persécutions successives ont accru le nombre des morts ensevelis dans ce lieu, car
LACRYM A T O I R I s
les martyrs étaient inhumés simplement à coté de leurs frères, et il n’y avait point pour eux de places réservées. Les galeries pratiquées dans la roche marine et fluviale, sous une colline peu éloignée du Tibre, sont à plusieurs étages. Dans ces galeries ont été trouvés des vases d’une forme simple et des lacrymatoires rehaussés de fines sculptures. Séroux d’Agincourt , et, après lui, M. Perret, ont donné les dessins d’un baptistère creusé dans le tuf de la catacombe de Saint-Poutien , et dont le bassin était assez grand pour que le baptême y fût administré par immersion, suivant les usages primitifs. Au fond de ce baptistère est une croix fort remarquable; des pierres précieuses alternativement ovales ou carrées y sont peintes sur toute la longueur du montant et sur les deux bras, qui
LES CATACOMBES
supportent chacun un chandelier allumé. Des deux cotés de l’arbre de la croix s’élèvent des rosiers en fleur; ils montent jusqu’à la rencontre de deux petites chaînes qui paraissent tenir aux deux chandeliers, et qui se terminent par V alpha et Y oméga, symboles de la Divinité. Nous l’avons dit, le christianisme, à son origine,
CNE CHOIX
évita de montrer aux fidèles l’image du supplice de leur Dieu, comme s’il eut craint d’épouvanter leur humaine faiblesse. On représenta la croix, mais non le crucifié, encore était-elle ornée de Heurs, de gemmes et de couronnes. Ce fut seulement vers le vu® siècle, que l’on commença à figurer la tête du Sauveur, et ensuite son corps entier avec les mains et les pieds percés de clous.
Une curiosité célèbre fait partie du cimetière de Saint-Ponticn , c’est un baptistère avec des squelettes dans les niches groupées à l’entour. O11 y remarque aussi le baptême de Jésus-Christ par saint Jean, assisté de deux autres personnes,
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enfin , le Sauveur couronnant deux saints coiffés du bonnet phrygien , principal élément du costume asiatique. Un fragment de frise nous montre les trois mages guidés par l’étoile miraculeuse ; ils arrivent avec leurs présents dans la pauvre étable de Bethléem; l’âne et le bœuf sont près du berceau où repose l’enfant divin; saint Joseph n’a pas encore laissé son bâton de voyageur; la Vierge, vêtue d’une robe à manches étroites, est enveloppée d’un manteau qui lui couvre la tète.
a i n T e — 11 É l È ne . 11 y a dix-huit ans que le cimetière de Sainte-Hélène fut découvert, à un quart de mille des ruines de son mausolée, sous la voie Lairéane. Le savant père Marclii et d’autres antiquaires, dont l’opinion
est d’un grand poids, s’accordent à dire que l’illustre mère de Constantin a été la
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fondatrice de la catacombe qui porte son nom. Du reste, tout est magnifique dans ce cimetière : les marbres, les stucs, les mosaïques, tout prouve son origine impériale.
Eclairée par quatre soupiraux ou luminaires , la catacombe de Sainte-Hélène est remarquable par le nombre de ses areosolia , c’est-à-dire de ses tombes' de martyrs placées ordinairement au fond d’une ouverture de forme absidale, pratiquée dans la paroi des galeries ou des chambres d’assemblées. Quantité d’objets précieux y ont été trouvés : anneaux, bracelets, pierres gravées, amulettes, vases en terre cuite, en argent, en verre doré, pâtes antiques de toutes couleurs; et parmi ces objets, il est des ustensiles communs, tels que des cruches de grès et des amphores à base pointue, qu’on enfonçai I dans le sable pour les faire tenir debout. Mais
LES CATACOMBES
ce qui est digne d’arrêter nos regards, ce sont les mosaïques de Sainte -Hélène. La richesse, l’éclat, la variété de leurs tons, la symétrique fantaisie de leurs compartiments, le caprice régulier de leurs entrelacs, tout y est remarquable, et comme ces mosaïques sont placées sous des luminaires, l’œil peut jouir à l’aise de l’harmonieux chatoiement des pierres qui en colorent le dessin.
Il nous reste à dire un mot de quelques autres objets curieux extraits des
catacombes, et dont un grand nombre ont été réunis au Vatican, où ils forment un musée d’antiquités chrétiennes. Ces objets, conservés intacts dans le tuf des souterrains , sous le scellé des tombeaux , ont presque tous par cela même une date certaine, authentique, ils sont presque tous antérieurs à l’époque de Constantin, qui est celle où l’Église sortit triomphante de l’obscurité des catacombes. Les usages, les rites des premiers chrétiens, les formes de leur hospitalité, les tourments qu’on fit subir à leur courage, nous sont révélés de la manière la plus intéressante par ces débris précieux, vases, lampes, tessères, jouets d’enfants, instruments de torture; ampoules encore rouges du sang des martyrs. Ces ampoules et beaucoup
d’autres vases étaient en verre, et souvent en verre doré. Le procédé de la dorure des verres antiques, tel que l’a expliqué Buonarotti, consistait à revêtir d’une feuille d’or une lame de verre sur laquelle on dessinait, à la pointe, des figures que l’on modelait par des hachures légères. Cette lame, ajustée au fond du vase, y était soudée par l’action du feu, et la dorure, se trouvant ainsi entre deux verres, pouvait se conserver des siècles, protégée par l’épaisseur de ce double fond. C’est ainsi que sont arrivées jusqu’à nous, gravées sur une matière pourtant si fragile, des figures naïves, de gracieux symboles, et ces tendres souhaits du chaste amour ou de la franche amitié, qu’on inscrivait au fond des coupes : soyez heureux; vivez avec Jésus : dulcis anima v ivas ; vi ta tibi , etc. Ce n’est pas tout : les catacombes