CHAPITRE
Origines du travail souterrain. — La formation du filon. — La découverte des gttes métallifères. — La légende. — Les puits de sondage et d'extraction. — Les méthodes de forage. — L'exploitation par le feu. — Les méthodes nouvelles d'exploitation. — La haveuse mécanique. — Les galeries boisées et muraillées. — Les infiltrations d'eau. — Les pompes d'épuisement et les appareils d'aérage. — Conclusion.
Le travail souterrain, tel que nous routons le décrire ici, ce qu'on appelle aujourd'hui l'exploitation des mines, est assurément un des travaux les plus anciens dont nous puissions constater les origines. Auss loin que nous remontons dans l'histoire des siècles passés, l'usage des métaux, soit comme objets d'art, soit comme ustensiles domestiques, est connu. Soulevons l'épais linceul qui recouvre aujourd'hui les villes des Pharaons ; entrons dans ces caveaux funéraires où dorment, depuis trente siècles, les dieux égyptiens désormais oubliés, nous retrouvons des armes, des bijoux, habilement ciselés par la main de l'artiste ; plus loin encore dans la nuit des temps, à l'aurore de la vie, une période qui précède l'histoire mérite d'être appelée l'âge de bronze. Les hommes ont donc connu, aussitôt qu'ont apparu les premières lueurs d'une civilisation, l'art
28 LES GALERIES SOUTEURAINES.
des travaux .souterrains nécessaire pour Textraction des métaux. Quelle fut l'origine première des exploitations souterraines ; par quelle série d'efforts Thomme fut-il conduit à chercher au sein de la terre les métaux dont il avait besoin pour satisfaire à son luxe primitif, ou pourvoir aux nécessités de chaque jour; quel a été le travail souterrain dans ces temps les plus reculés dont nous ayons gardé la mémoire, quel est-il de nos jours : autant de questions auxquelles il nous faudra répondre; mais, avant tout, nous devons expliquer de quelle manière furent formées, au sein de la croûte terrestre, aux époques lointaines des diverses formations géologiques, les parties exploitables qu'on appelle filons métallifères.
Personne n'ignore que l'écorce terrestre est compo»sée, dans l'épaisseur accessible à nos observations, de couches déposées par les eaux, à diverses périodes, dans des temps reculés dont la durée ne peut être mesurée que très-approximativement, — ou encore de masses éruptives, échappées du noyau intérieur incandescent et fluide, sous l'influence d'une pression considérable. Les couches déposées par les eaux ont été appelées roches sédimentaires ou stratifiées, c'est-à-dire déposées par strates ou lits, par bandes superposées et solidifiées dans la suite des âges : telles sont les roches calcaires si communes et les ardoises. Les massifs résultant d'éruptions anciennes et pouvant être assimilés, quant au principe qui a présidé à leur formation, aux phénomènes volcaniques actuels, ont été appelés roches plutoniques ou cristallines. Ces roches ne sont point stratifiées ; elles forment une masse compacte : tel le granit dont les massifs énormes composent certains pics des Alpes.
Chacune de ces deux familles principales de roches a,
l'exploitation des mines. 29
sous Taction des forces intérieures puissantes qui ont agi à un moment donné sur Técorce terrestre, éprouvé des déchirements laissant des cavités béantes ou failles, communiquant, soit avec le noyau central fluide, soit avec la croûte extérieure. Ce sont ces cavités ou failles qui ont été remplies après coup par la matière métallique. « Le remplissage, dit M. Elie de Beaumont, ne s'est pas toujours opéré de la même manière. Quelques filons métalliques ont été remplis de matières fondues qui 7 ont été injectées, et en cela ils ressemblent aux filons de basalte et de porphyre. D'autres, et la plupart des filons métalliques sont dans ce cas, paraissent avoir été remplis par des matières tenues en dissolution dans des eaux qui peut-être étaient à une haute température. D'autres, enfin, paraissent avoir été remplis par des matières sublimées ou entraînées par un courant gazeux ^ »
Arrêtons-nous à cette dernière hypothèse de l'illustre géologue sur l'origine des filons métallifères ; et, pour rendre son explication plus accessible epcore à tous, représentons-nous une substance portée à un degré de chaleur assez intense pour se réduire à l'état de vapeur. Imaginons, d'un autre côté, que cette substance vaporisée vienne se refroidir dans un espace tel que serait une chambre, dont la température plus basse permettrait au corps de revenir à son premier état solide et de se déposer sur ses parois, de se sublimer. Ces deux observations nous rendront parfaitement compte du phénomène du remplissage des failles par les filons, si, passant de l'expérience au phénomène naturel, du cabinet de physique au laboratoire étemel de la création, nous considérons le travail incessant qui se produit petit à petit
1. Dufrénoy et E. de Oeaumont. — Introduction à Vexpli^ cation de la carte géologique de France.
sous nos yeux, et que sa grandeur même rend inaccessible à nos sens.
Le corps incandescent porté à une température assez haute pour se vaporiser, c'est le noyau central fluide du globe, dont les volcans représentent, pour ainsi dire, les soupapes de sûreté par lesquelles s'échappe, de temps à autre, le trop-plein du foyer. Les parois contre lesquelles le corps fluide va se déposer, ce sont les fissures naturelles, les failles dont nous avons expliqué l'origine. Chacune de ces fissures va se trouver tapissée de matière minérale, produit sublimé du corps composant le fluide central, qui, après avoir passé une première fois de l'état solide à l'état gazeux, va de nouveau reprendre sa première forme pour composer la couche métallifère exploitable. Ainsi se trouve expliquée la formation des gîtes.
Voici donc notre filon métallifère. Il est là, renfermé dans la' roche, le plus souvent caché à tous les regards dans des profondeurs inconnues. Qui va le découvrir? Quel aventureux va sonder les entrailles du globe ? C'est chose facile à présent que nous avons à notre disposition toutes sortes de procédés mécaniques ou autres , que nous possédons des outils particuliers au moyen desquels il nous est facile d'opérer des sondages préliminaires. Plus précieuse encore que la sonde, la géologie, cette science nouvelle inconnue des anciens, guide le travail, indique par avance au mineur la contrée qu'il doit explorer, la profondeur relative à laquelle il doit atteindre la couche exploitable, la puissance du gîte, les circonstances météréologiques qui peuvent entraver dans l'avenir la marche du travail. Les Anciens, qui n'avaient à leur disposition aucun des moyens précédents, durent avoir beaucoup de peine à découvrir les filons. Aussi tenaient-ils en grand secret les lieux forlu-
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nés où on exploitait les minerais dont ils surent de bonne heure tirer les métaux. Un historien rapporte que les Romains s'étantmis à lapoursuite d'une galère phocéenne qui contenait un chargement de plomb, ^fin de découvrir Fendroit où elle aborderait et saisir ainsi la piste de l'exploitation elle-même, le commandant du navire phocéen aima mieux se faire couler bas avec son équipage, que de livrer à Rome le secret des richesses de sa patrie.
Comme pour tout ce qui frappe l'imagination, la légende, à des époques relativement rapprochées, s'est emparée de la découverte des gîtes métallifères. Sans parler des gnomes, des génies souterrains qui, à certains jours de l'année, s'échappaient, disait-on, en formes bleuâtres des crevasses de la montagne pour aller s'asseoir sur quelque aspérité voisine, indiquant ainsi à la fois le lieu de leur demeure, et le plan du filon avidement cherché, les chroniqueurs du Moyen Age et ceux des temps modernes nous ont laissé sur ce chapitre des récits merveilleux. Ici, c'est un paire qui, remuant les cendres de son foyer, retire tout étamé le bâton qu'il a plongé dans un riche minerai d'étain ; c'est un cheval qui piaffe, et met à nu, sous les broussailles de la forôt, une plaque d'argent natif; ou bien encore un bûcheron qui, croyant déraciner un tronc d'arbre, découvre des racines d'or, blondes et frisées comme des cheveux d'enfant. C'est là, assure-t-on, l'origine des riches mines d'étain, d'argent et d'or du Hanovre, du pays de Galles et de l'Amérique du Sud. Les vieilles traditions grecques rapportent qu'après l'incendie des forêts qui couvraient le mont Ida, on découvrit parmi les cendres des minerais de fer. Aujourd'hui encore, le hasard joue un grand rôle dans la découverte des filons : une tranchée dans le roc, des fondations à établir, un puits creusé pour des besoins domestiques , peuvent devenir subite-
menl la source d'une fortune pour l'heureux trouveur.
MMa, au-dessus de toutes les méthodes, comme nous l'avons déjà fait remarquer, plus puissante que les baguettes divinatoires ou les révélations des dieux de la nuit, la géologie, cette science de la terre, grftce à laquelle nous auscultons h coup sûr les entrailles du globe, nous conduit, comme avec le SI d'Ariane, à travers les différentes couches dont elle nous révèle la succession. C'est elle qui nous indique les contrées qui doivent renfermer les gisements, la roche qu'il fautétudierdepréférence à telle ou telle autre, l'endroit où l'on peut creuser avec chance de succès, la profondeur relative du puits
de sondage. Qu'il s'agisse, par exemple, d'une couche de houille, la géologie nous trace sur la carte d'une main assurée les rivages des contrées jadis ensevelies sous la mer carbonifère : c'est dans cet espace qu'il faut chercher. I.a couche de houille a-t-elle déjà été atteinte, veut-on pour les besoins de l'exploitation creuser différents puits, à quelle profondeur ces puits atteindront-ils le gisement ? Le géologue, qui sait calculer l'inclinaison delacouche déjà exploitée, reconndtre les terrains entre
lesquels elle est renfermée, nous fournira encore des renseignements précieux qui pourront servir de base pour calculer et le temps nécessaire au travail, et les dépenses qui s'y rattachent.
La plupart du temps, le gîte exploitable n'est pas à découvert, il n'affleure pas. Le seul moyen de L'atteindre est de creuser un puits vertical jusqu'à sa rencontre. Le percement des puits de forage, lorsqu'il est exécuté dans des terrains consistants, ne donnant lieu par leur constitution géologique à aucune infiltration ni à aucun éboulèment, n'offre point de difficulté. Chacun se représente facilement la suite des opérations par lesquelles on arrive à forer des trous de mine au moyen d'outils usuels, et à les faire ensuite sauter par un agent explosif comme la poudre ou la dynamite. Il n'en est malheureusement pas de môme lorsque les puits traversent des couches aquifères : leur forage nécessite alors des opérations longues et minutieuses. Le percement des puits dans ces conditions a reçu le nom de fonçage d'una avaleresse au trépan. L'installation mécanique nécessaire à cette opération se compose, en résumé, d'une puissante machine placée à l'orifice du puits, et communiquant son mouvement au moyen d'ijn balancier, à une tige de fer munie d'une sonde ou trépan descendant jusqu'au fond du puits, où elle creuse et entame le roc par degrés.
Les trépans dont on se sert habituellement, se composent d'une lame dont la longueur varie entre ^",50 et 4 mètres , et dans laquelle sont implantées des dents d'acier qui peuvent être remplacées à volonté^ si elles viennent à se briser. Le trépan est solidement boulonné à une tige de bois que le mécanisme placé à l'extérieur du puits soulève et laisse retomber alternativement. En dehors de ce mouvement de translation, le trépan re-
çoit aussi un mouvement de rotation autour de l'axe de
L tige, de façon que le roc soil également entaillé
sur tuutc la section du trou de sondage. La roche ainsi brojée et mêlée à l'eau qui sujnle sans interruption des parois du puits, est retirée d'ordinaire au moyen d'une sonde à clapet dont la figure ci-jointe explique le fonctionnement. Que la sonde \ienne à être enfoncée, la résistance qu'elle rencontre fera lever le clapet, et la boue liquide emplira le corps de la sonde. Dans son mouvement ascendant vers l'orifice du puits, le poids du liquide presse sur le clapet qu'il tient fermé. Le trépan est guidé dans sa course par des glissières qui ie maintiennent, et l'empê- ■ M chent de dévier du chemin vertical qu'il doit parcourir.
On est quelquefois amené, par la configuration des terrains eiploitéa, à creuser des puits dans le Ut même des fleuves et des rivières. On emploie alors le système de forage à air comprimé, que nous décrirons spécialement dans un ctiapitre spé-
Les puits sont habituellement revêtus en maçonnerie, afin d'éviter dans ta suite les éboulements partiels qui pourraient se produire par le délilement des parois.
De même que pour le fonçage, deux cas peuvent se présenter, suivant que l'opération a lieu dans des terrains solides ou susceptibles d'ébouler. Si la roche est consistante, on commence seulement la ma- vif. s.— Sonde çonncrie lorsque le fonçage est terminé; «cUpei. on muraille de bas en haut, depuis le fond du puits
jusqu'à son orifice, comme on bâtirait une colonne. Si la nature des parois latérales peut occasionner des éboulements, on construit la maçonnerie à mesure, imr reprises, dit-on, en anneaux distincts de 5 à 10 mètres de hauteur, séparés par des cadres en bois qu'on appelle rouets^ sur lesquels repose chacun des anneaux qui sont reliés ensuite les uns aux autres. Pendant tout le temps que durent le sondage et la construction du muraillement, les déblais sont extraits du puits, et les matériaux nécessaires y sont introduits au moyen d'un tour à manivelle supportant deux bennes. L'une de ces bennes descend, tandis que l'autre remonte vers l'orifice extérieur.
Les diverses méthodes d'exploitation employées dans les mines reposent toutes sur l'établissement de galeries appelées galeries de traçage; elles divisent le massif en une série de piliers qu'on attaque séparément et régulièrement par diverses autres méthodes partielles, dites à gradins droits ou renversés, suivant que les ouvriers, pour attaquer le travail, marchent de haut en bas ou de bas en haut de la taille. Les grandes tailles du Harz se font par gradins droits. On a soin dans tous les cas de boiser le plafond au-dessus des mineurs, afin de prévenir les éboulements inattendus, et de remblayer à mesure les vides formés par l'exploitation, qui pourraient causer des affaissementâ considérables.
L'outillage nécessaire à l'abattage môme de la roche est très-simple. Le pic, la pelle, la massette, tels sont les outils usuels du mineur, identiques aujourd'hui encore à ceux qu'on a trouvés dans les anciennes galeries abandonnées des Tschoudes, aux monts Altaï, sur les frontières de la Sibérie et du Céleste Empire. Les appareils mécaniques tendent cependant à se substituer au travail
L'EXPLOITATION DES MINBS. 37
manuel depuis plusieurs années '. Au nombre de ces appareils d'inventioa récente, nous devons ciler la
haveute mécanique , spécialement employée dans les
I, Nous n'arons pu cru devoir décrire ici les appareils de perCoratJoii mécanique en usage aiijourd'liui dans les mines, réservant cette étude pour la partie de l'ouvrage consacrée aux IjrtndeB galeries souterraines, comme le mont Cenis et le Saint- Gothard, où elles ont rei;u, du reste, leur première et véritable application.
mines de houille d'Angleterre. Le havage à la main, qui doit toujours se faire à la partie inférieure de la taille, est une opération très-fatigante, l'ouvrier étant obligé de travailler couché.
Fig. 8. — Marteaux. Masse. Coins.
La haveuse mécanique, ou hâve use Winstanley, du nom de son inventeur, est une sorte de scie circulaire, creusant dans la houille une entaille dont la profondeur varie avec le diamètre de la roue coupante. Un fort
L'EXPLOITATION DES UINBS. 3U
châssis, en fer forgé, de l-^fiO de longueur sur û^iiSû
de large, portant sur quatre roues deO°, 15 de diamètre, roule sur un chemiu de fer à rails vignole, établi dans la
LES GALERIES SOUTERHAINES.
galerie esploitée. A peu près au centre de ce châssis, se trouve un arbre moteur qui reçoit son mouvement de deux petits cylindres oscillants, dont les axes font entre euxun angle de 90 degrés. L'arbremùparces deux cylindres communique son mouvement à un pignon commaudant lui-mâme une grande roue d'engrenage dont les dents sont armées de couteaux. C'est celte roue à couteaux qui par son mouvement de rotation exécute le havage. La figure ci-jointe Tait comprendre lemceanisme de la machine. I.a Torce qui transmet le mouvement
aux deux pistons moteurs logés dans les cylindres, et l'air comprimé. Le havage mécanique terminé , l'exploiladon est achevée à la main ou à la mine.
Lorsque la roche exploitée présente une grande ré-
sistance,il est encore d'usage aujourd hui, dans certains districts métallifères, de la rendre plus friable en la traitant d'abord par le feu. La légende, si riche en anecdotes sur les galeries souterraines, nous raconte qu'Annibal, traversant les Alpes, et trouvant, debout devant son armée, ces barrières infranchissables qu'il n'est au pouvoir' d'aucun conquérant d'aplanir, fit couper les forêts dont elles étaient couvertes, et après les avoir fait entasser au fond du précipice, ordonna d'y mettre le feu. Inévitablement, dans l'esprit du victorieux fils ' d'Hamilcar, la haute température produite devait faire gercer les rochers et aider à leur écroulement. Toutefois la légende s'arrête là, et ne nous dit pas si l'opération réussit.
Les Romains, les Carthaginois, tous les peuples de l'antiquité qui connaissaient déjà l'art d'exploiter les filons souterrains, commençaient toujours par attaquer la roche par le feu ; c'est ce qu'ils appelaient étonner la roche. L'historien Diodore, parlant des exploitations minières d'Egypte et d'Ethiopie, après avoir fait une peinture affreusement véridique de ces travaux réservés aux esclaves et aux vaincus, nous dit que « si la terre est trop dure, les mineurs la rendent d'abord friable par le feu, après quoi ils la rompent avec des pics ou avec d'autres outils en fer. » L'application de cette méthode est aujourd'hui fort rare, vu la cherté toujours croissante du combustible. Dans certaines exploitations où elle est encore en vigueur, en Norwége par exemple, les mineurs allument leurs feux, le samedi soir, en abandonnant le travail , et les éteignent le lundi matin. Quelquefois, si le minerai affleure, au lieu d'employer la dislocation par le feu, on profite des basses températures des jours d'hiver pour verser de l'eau dans les fissures naturelles ou faites à la main ; l'eau par l'augmentation de volume qu'elle prend en se congelant.
brise la roche. On procède ainsi dans un grand nombre de carrières de pierre à bâtir.
En même temps que le filon utile est exploité pour alimenter l'usine dépendant de la mine, de nombreuses galeries souterraines doivent encore être percées dans les profondeurs de la terre : galeries de service, de transport, d'écoulement, etc. Les déblais provenant du percement de ces galeries, et qu'il n'y a aucune raison de traiter mécaniquement, servent simplement à étayer les galeries abandonnées plus bas et à reconstruire les étages inférieurs du sol évidé, ou bien sont ramenés au jour. Ces galeries sont creusées suivant les méthodes que nous développerons en détail dans un chapitre spécialement consacré aux tunnels, auxquels, sauf les dimensions plus restreintes, elles sont complètement assimilables. Le point de départ de la galerie une fois déterminé, on fore des trous de mine qu'on charge et qu'on fait éclater à mesure. Le travail se continue ainsi jusqu'à complet achèvement; on a soin de conserver la direction indiquée d'avance pour la galerie.
Si la roche ne présente pas la solidité désirable, il est nécessaire d'opposer aux éboulements possibles un revêtement qui varie suivant la nature du terrain traversé et suivant le pays. Dans les contrées où le bois est à bon marché, les. revêtements en bois ou boisages sont adoptés. Ailleurs, ils sont faits en briques. Les revêtements en bois sont exécutés au moyen de cadres qu'on place de distance en distance, et qu'on relie les uns aux autres par de solides planches horizontales appliquées contre les parois de la galerie. Les muraillements en pierres ou en briques affectent la forme voûtée ordinaire, quelquefois même la forme elliptique, si la
roche donne lieu à des pressions latérales considérables. Dans ce dernier cas, la roche laissant passer des infiltrations d'eau, U devient indispensable, pour le service du transport des minerais, d'établir un plancher.
En dehors des puits d'eitràction, des galeries de Ira-
'FIk.IS. — Gilcriebuiite.
ïBge, de service, d'écoulement des eauï, formant pour ainsi dire l'ossature même de la mine, de nombreux oi^anes concourent encore au développement de la vie souterraine, lui assurant ce qu'on peut appeler son existence de chaque jour. I,e mineur rencontre des ennemis terribles qu'U doit combatttre : les irruptions d'eau, que des causes si diverses et si puissantes peuvent amener, la décomposition de l'air respirable, dans un
milieu ou le fluide principe de la vie organique ne se renouveUe qu'imparfaitement. De là, la nécessité d'établir des pompes d'épuisement et dilfércnls appareUs d'aérage.
Les eaux s'accumulent facilement h l'intérieur des exploitations souterraines. Les fissures naturelles du sol,
Kg. U. — Olerie b«li«e.
(plus nombreuses lorsque le terrain appartient à cette catégorie que nous avons appelée roches s édi mental res), et les failles — que ces dernières soient le résultat de glissements ou qu'elles soient Jues à des crevasses produites par des cataclysmes particuliers — ce sont là en général les causes ptemières de la présence des eaux dans les exploitations souterraines. Si on laissait cette eau naturelle s'accumuler, ?ane l'épuiser d'une façon
f. 15. — Pompe d*épuiKip«iil des minet.
continue, la mine serait vite envahie, et le travail rendu par cela môme impossible, sans compter les accidents terribles qui pourraient survenir, à la suite de l'inondation totale ou partielle des gîtes exploités.
La pompe d'épuisement est restée de nos jours ce qu'elle était il y a près d'un siècle, lorsque Watt conçut le projet de l'appliquer au dessèchement des mines de Gornouâilles. Imaginez un piston énorme, souvent de 3 mètres de diamètre, donnant son mouvement à un balancier, qui le communique lui-môme à une tige appelée tige-maîtresse. Cette tige-maltresse fait manœuvrer une pompe placée au fond du puits, ou plutôt une série de pompes placées de 10 mètres en iO mètres, agissant chacune comme les simples appareils que nous voyons constamment fonctionner sous nos yeux. Souvent, la tige des pompes est directement attachée au piston. Des échelles, collées le long du puits^ permettent aux ouvriers d'aller visiter l'état de l'appareil.
Dans certains cas, la pompe d'épuisement placée à l'extérieur du puits est remplacée par une puissante machine installée au fond de la mine et qui refoule l'eau dans un tube scellé le long du muraillement. Tou: tefois, ce moteur a une limite, qui peut ôtre représentée par la hauteur et le poids de la colonne d'eau à soulever.
Il arrive quelquefois que dans les galeries abandonnées, les eaux séjournent en quantité considérable. On bâtit, alors un mur en maçonnerie isolant l'espace inondé du reste de la mine, ou bien on assemble, en forme de voûte, de solides pièces de bois qu'on serre jusqu'à une limite extrême. Aux mines de Blanzy, où l'on dut construire un serrement de ce genre, les pièces de bois qui le composaient furent enfoncées jusqu'à ce qu'il fût impossible de faire entrer un clou avec le marteau.
Une des conditions essentielles à remplir, pour Texécution des travaux souterrains, c'est d'aérer les chantiers.
La température intérieure, la chaleur centraley comme on dit, va en augmentant à mesure qu'on avance dans Fintérieur de la terre; de 30 en 30 mètres, elle augmente d'un degré. Cette progression n'est pas toujours régulière ; eUe dépend de causes extérieures multiples, du lieu où l'on opère, de ses rapports avec la région environnante, du voisinage des cours d'eau ou des volcans. La loi n'en reste pas moins vraie en général : la température s'accroît graduellement quand on approche du noyau fluide sur lequel nous reposons. On comprend, d'après cela, que dans les exploitations souterraines, la température devienne souvent très-élevée, à tel point que les mineurs sont obligés quelquefois de se débarrasser de toute espèce de vêtement pour pouvoir travailler. L'air est encore vicié par d'autres causes : la combustion des lampes servant à l'éclairage delà galerie, les gaz délétères qui s'échappent des fissures terrestres ; la respiration d'une armée de travailleurs, vivant sans repos dans une atmosphère si pauvre déjà en principes respirables.
Deux méthodes principales peuvent être employées pour l'aérage souterrain, soit qu'on expulse de la mine l'air vicié qui sera remplacé par de l'air frais venant du dehors, soit qu'on insuffle, dans l'atmosphère à renouveler, de l'air pur qui expulsera l'air vicié. Les cheminées daéraye sont les appareils de ventilation les plus simples. C'est un principe connu de tous que l'air chaud tend à s'élever, à mesure que la température augmente. Si on installe un foyer au fond d'un puits de mine, l'air intérieur environnant s'échauffera, le puits fera fonction de cheminée d'appel, l'air
chaud impur sera eipiilsé et remplacé par de l'air frais. On dispose souvent le foyer dans l'intérieur de la cheminée elle-même, sur une grille qu'on appelle toque-feu. Le puits est ainsi partagé en deux compartiments ; dans l'un monte l'air vicié expulsé et dans l'autre descend l'air pur. Si la mine possède plusieurs puits, il est inutile de diviser la cheminée en deux compartiments;
l'air extérieur rentre par liune quelconque des ouvertures, et comble le vide produit.
Outre les cheminées d'aérage, on emploie quelquefois divers appareils d'un mécanisme très-simple qui, comme les ventilateurs, agissent par expulsion d'air; nous citerons la vis pneumatique et la cagnùirdeUe, celle dernière machine désignée ainsi du nom de son inventeur, Cagniard de la Tour,
La cagniardelle est une sorte de vis d'Archimède,
assez courte et assez peu inclinée pour que ses deux extrémités plongent dans l'eau que renferme un bassin en maçonnerie, construit à l'orifice de^la galerie de mine dont on veut effectuer l'aérage. A chaque révolution de l'appareil, un certain volume d'air est emprisonné dans la spire supérieure ; et parla continuation du mouvement de rotation, cet air passe successivement dans les spires inférieures, où son volume diminue de plus en plus, en môme temps que la pression augmente. Cet air s'échappe ensuite de la dernière spire, par un tuyau qui y débouche; l'air suit dans cet appareil une marche inverse à celle suivie par l'eau dans la vis d'Archimède.
Nous ne parlons ici que des simples appareils de ventilation des galeries souterraines. Les grandes exploitations ont à leur service des machines très-puis ^ santés, construites du reste d'après les principes que nous avons exposés.
Citons encore le ventilateur Lemielle, semblable à une sorte de moulin à, vent renfermé dans un coursier ou cage en bois , dont les ailes chassent l'air qu'elles saisissent au passage. Les Romains n'agissaient point autrement dans la simplicité défectueuse de leurs appareils primitifs. L'exploitation des roches par le feu augmentant encore l'état vicié de l'air à de grandes profondeurs , les mineurs des siècles passés n'avaient rien trouvé de mieux que d'agiter, à l'extérieur des puits, d'immenses toiles, qui selon le mouvement qu'on leur donnait, comprimaient l'air dans la galerie , ou l'aspiraient, à la façon d'énormes éventails.
Telle est, dans son ensemble, l'histoire résumée de Texploitation des galeries souterraines. Nous avons, certes, passé sous silence bien des choses intéres-
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santés; pour plus de détails, nous renvoyons notre lecteur aux excellents ouvrages où d'autres écrivains ont décrit toute la vie du monde souterrain : la descente dans les puits, les bennes à parachute, les fahrkunst ou échelles mobiles, le système de transport du minerai, les appareils ingénieux inventés pour combattre les explosions du grisou, la préparation du minerai par les différents procédés métallurgiques connus, etc. *. Nous désirions seulement faire connaître ce qui pouvait être ' utile pour l'intelligence de certains faits que nous nous proposons d'exposer dans la suite de ce volume.
Nous ne pouvions non plus omettre, dans un livre sur les galeries souterraines, le résumé des efforts que l'homme a dû accumuler pendant des siècles pour arracher à la nature les richesses qu'elle tient renfermées dans son sein. Le Moyen Age, ce siècle du merveilleux, si riche en fantaisies subtiles et grandioses tout à la fois, avait considéré les filons métalliques comme des germes prodigieux, vivants, puisant leur sève dans les profondeurs inconnues, mystérieuses, où bouillonnait la vie métallique. Nous sommes aujourd'hui revenus de ces fictions d'une poésie trop éloignée de la science pour exciter encore notre admiration. On ne peut cependant, parfois, se défendre d'un sentiment voisin de celui des alchimistes du Moyen Age, en considérant certains minéraux, tels que le minerai de plomb par exemple, dont les rognons boursouflés et brillants semblent les fruits pétrifiés de quelque arbre merveilleux du jardin des Hespérides.
De pareilles conceptions sont aujourd'hui complètement délaissées. Elles ont fait place à une poésie autrement grande et vivante, qui ne doit pas nous
1. V. L. Simonin. — La Vie souterraine, tes Mines et les Mi" neurs, Paris. Hachette.
faire regretter les rêves de nos aïeux, c'est la grande et sévère poésie du travail. Nulle part peut-être, cette poésie austère n'abonde plus en traits merveilleux que dans la vie du monde souterrain, faite tout entière d'audace et de patience, de dévouement obscur et de noble abnégation*