CHAPITRE m
Paris souterrain : Le service des eaux. Les égoiits. L*éclairage. Mille lieues de conduites souterraines! Le siège de Paris et ralimeiitation urbaine. — Londres souterrain : Le Métro» politari'railwoy.
Toute ville moderne — Paris en est l'exemple — possède ses organes cachés, indispensables, présidant à la vie de chaque jour, et sans lesquels toute agglomération d'individus devient impossible dans ses murs. Supprimez ces organes essentiels, la vie se retire, la cité se vide. Où fleurissait le commerce, où respiraient des milliers d'habitants, régneront bientôt la solitude et l'inertie. La ville ira, dépérissant, semblable en tous points à l'individu qu'on aurait privé d'une des fonctions essentielles de la vie organisée. Vous étes-vous jamais demandé d'où sortaient ces innombrables becs de gaz, qui, le soir venu, illuminent nos rues et nos boulevards ; quel triton, échappé de son palais sous-marin, soufflait, de ses narines puissantes, les gerbes d'eau de nos fontaines; quel dieu protecteur de la grande cité balayait, au lever du jour, les voies semées d'immondices, pour nous donner au réveil un Paris propre et coquet, sur le sol duquel nous pouvons poser le pied sans crainte? Il n'est plus permis de dire, comme au
LES GALEKIES SOUTERRAINES
temps du chroniqueur Mercier, que le p«\é de Pans est le plus infect et le plus immonde de toutes les villes du royaume Chacun sait vaguement quau dessous du Pans actuel se déroule une autre citA, immense comme celle que nous avons sous les yeux personne
n'ignore non plus que ses cryptes mystérieuses renferment dans leurs replis nombreux, l'eau qui nous abreuve et celle qui dous lave, la lumière qui nous éclaire, la tombe qui nous réunit. Tout le monde sait cela, ou à peu près ; peu se demandent, à la vérité, quels ont été
l'origine et les progrès de certains services organisés dans cette ville souterraine. Il leur paraît tout simple de les avoir constamment à leurs ordres, parce qu'ils ne se figurent point qu'ils puissent jamais leur manquer.
Trois services distincts se partagent le Paris souterrain, utilisant ensemble mille lieues de conduites, de tranchées , d'aqueducs , formant bout à bout le dixième de la circonférence de la terre qui est de quarante millions de mètres, ou environ les deux tiers de son rayon qui est de i,600 lieues : -v- le service des eaux, celui des égouts, celui de l'éclairage. Un quatrième encore peut s'ajouter aux trois précédents, le service de la mort, ce dernier le plus indispensable, le plus inexorable de tous. Voulez- vous savoir en passant ce que Paris dépense , engloutit de vies humaines chaque année : la moyenne annuelle des décès en période normale est de 45,000, près d'un million d'êtres en 20 ans î
n serait oiseux de vouloir faire ressortir l'importance de chacun des services souterrains. Que Ton se représente les privations qui nous seraient imposées, si l'un d'eux seulement venait subitement à nous manquer. Supposons que pendant quelques jours, un seul des organes distribuant la vie à la cité vienne à disparaître, et la ville, hier encore riante, illuminée, rafraîchie, vous apparaît désormais sèche, infecte, obscure.
Paris fut bien près de voir arriver cette heure de désolation. Reportons-nous à quelques années en arrière, ù ces jours douloureux, éloignés déjà et si proches encore dans le souvenir, où Paris assiégé se débattait sous la lourde étreinte du vainqueur. Le i9 septembre 1870, à la bataille de Châtillon, lorsque déjà les Bavarois s'avançaient en masses serrées, on s'aperçut tout à coup qu'on manquait d'eau pour les hommes et les chevaux.
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On n'en pouvait trouver sur le plateau, ni dans le village de Châtillon. Les conduites avaient été coupées par Tennemi et les grandes artères du Paris souterrain s'étaient subitement desséchées.
Ce pénible épisode est bien fait pour nous montrer, dès le début, l'utilité des travaux souterrains en vue du bon fonctionnement de la cité. Lorsque Paris tout entier était enclos dans l'île étroite de la Cité, on se contentait d'aller puiser l'eau à la Seine, triste boisson, bien dédaignée aujourd'hui que nous avons à notre service les eaux limpides de la Dhuys. Plus tard, quand la ville trop resserrée, eût enfin élargi sa ceinture, on mit à contribution le ruisseau de Bièvre, qui n'était pas alors cet égoût fangeux dont beaucoup d'entre nous ont vu rouler les eaux multicolores. Le Paris souterrain consistait alors dans les conduites aboutissant au vieil aqueduc d'Arcueil, construit primitivement par l'empereur Julien, pour desservir les Thermes qui ont conservé son nom, et dont on peut voir les ruines imposantes attenant au musée de Cluny. Conduites et aqueduc furent détruits par une invasion normande au IX« siècle. Ce fut seulement en 1 544 qu'on en retrouva les vestiges.
Les moines de Saint-Laurent et de Saint-Martin conçurent, les premiers, le projet de doter leur monastère d'une conduite d'eau régulière. Ils présidèrent pour ainsi dire, à la naissance du Paris souterrain. Ils s'appuyaient, pour la réalisation de leur idée, sur l'observation d'un phénomène bien simple : l'eau qui tombe du ciel n'est pas complètement perdue par l'évaporation ; une grande partie doit certainement s'infiltrer et s'enfoncer à de grandes profondeurs, jusqu'à ce qu'elle rencontre un
de ces lacs intérieurs qui reposent sur une des couches imperméables qui recouvrent les fissures du globe. La connaiss€mce de ces fissures, les moyens scientifiques que nous possédons aujourd'hui, devaient conduire de nos jours au percement des puits artésiens ; les moines d'autrefois ne songèrent qu'à capter les sources à leur passage, en établissant des canaux destinés à les recevoir. Ces canaux souterrains, sortes de conduites, carrées pour la plupart, bâties en moellons grossiers, dans lesquelles ont accès des ouvertures appelées barbacaneSj recueillant les eaux infiltrées, se nomment pierrées. Le système de captation, comme on voit, est très simple, trop primitif pour ne pas être défectueux. Viennent de fortes pluies, la conduite s'engorge facilement. Qu'un vent violent s'élève, et aide à Tévaporation immédiate, le canal reste complètement à sec. Les moines de Saint-Martin et de Saint- Laurent captaient ainsi les eaux de Belleville et des Prés-Saint-Gervais , qu'ils amenaient ensuite par un aqueduc souterrain de i ,200 mètres environ jusqu'à leur abbaye, devenue le Conservatoire des Arts-et-Métiers. Aujourd'hui, l'aqueduc est complètement détruit; les eaux des sources du nord, dont le rendement total est d'environ 216 mètres cubes par jour, ne servent plus à la consommation, et curent simplement l'égout.
Paris souterrain est alimenté de nos jours pour le service des eaux par seize grands réservoirs ou « épanouissements » situés à des altitudes différentes, sur des points élevés, où il est quelquefois nécessaire de faire parvenir l'eau sous la pression d'une machine à vapeur. C'est ainsi que les pompes de la Seine, au nombre de six : (Port-à-l' Anglais, Maison s- Alfort, quai d'Austerlitz, Auteuil, Saint-Ouen et Chaillot) nous ont fourni pendant le siège la provision d'eau nécessaire, les con-
duites hors de l'enceinte fortifiée ayant été coupées par l'ennemi. Ces seize réservoirs *, distribuant par jour 3 ! 5,316,000 litres d'eau potable, sont alimentés, d'un côté, par la Seine, l'Ourcq, la Marne (281 ,500 mètres cubes),' de l'autre, par les sources d'Arcueil ou sources du sud, de la Dhuys, les puits artésiens de Grenelle et de Passy (33,600 mètres cubes), sans compter les 100 millions de litres qu'amènera bientôt la Vanne. Tous ces contingents réunis apportent à nos châteaux-d'eau, à nos fontaines, à nos lacs, à nos jets d'eau^ à nos cuisines, l'eau indispensable à nos besoins domestiques, aussi bien qu'à l'arrosement et à l'ornement de la grande cité.
Suivons l'ordre chronologique. Après les pierrées des moines de Saint-Laurent, livrant à Paris l'eau gypseuse de Montmartre, — la Maubuée, comme on l'appelait alors, » celle qui fait mal la lessive », parce qu'elle est trop chargée de sels calcaires, — jetons un coup d'œil sur les sources du sud, descendant de Rungis, de l'Hay, de Cachan, d'Arcueil. L'ouvrage principal qui supporte les conduites souterraines à leur passage du val de Bièvre, est assez célèbre dans Fhistoire des travaux de ce genre pour que nous le décrivions. Nous empruntons ici la belle description de M. Maxime Du Camp * ;
(( L'aqueduc qui nous les apporte, au moment où il doit franchir la vallée de Bièvre, prend yn aspect grandiose qui ne déparerait pas la campagne romaine. Il fut construit par Jacques de Brosse, qui a fait une œuvre
1 . Ces seize réservoirs sont situés à Passy, Monceaux, rue Racine, rue Saint- Victor, Vaugirard (2), Panthéon, Ménilmontant, Belleville, Gentilly (2), Charonne (2), Montmartre (2).
2. Maxime du Camp. — Paris, ses organes, ses fonctions, sa vie, L. Hachette.
durable. Il a 400 mètres en arcades, et il produit un effet imposant dans le paysage. Je me le rappelle au temps de mon enfance, tout empanaché de verdure, habillé de lierre et fleuri de ravenelles ; des ormeaux , des frênes, des érables, avaient trouvé moyen de pousser sur le toit de pierre, en avaient descellé les dalles, entre lesquelles ils glissaient leurs racines, qui allaient boire au courant ; sous les arches, on avait bâti de petites maisons auxquelles les piliers servaient de façades latérales; tout ce monde semblait vivre là en famille, la nature, le monument et les hommes. On y mit bon ordre, et Von eut raison, car ce pêle-mêle compromettait la construction elle-même, qui se lézardait, se désagrégeait et parfois en guise d*avertissement laissait choir quelque gravier sur la tête des passants. De 4834 à 1836, on déblaya l'aqueduc; on jeta bas les bâtisses parasites, on arracha les herbes folles, on abattit les arbres et Ton pansa toutes les plaies que le temps avait faites à l'édifice de Marie de Médicis. Aujourd'hui il est fort propret, et si les humides bourrasques du Nord n'en avaient noirci la face septentrionale, on le croirait neuf. Les parties contemporaines de Jacques de Brosse sont facilement reconnaissables ; les larges blocs de pierre équarris et assemblés portent tous les marques particulières des tâcherons qui les ont taillés : ici un maillet, là un ciseau, ailleurs un compas, signature naïve de ceux qui ne savaient point écrire. Au fond de la vallée, il a 22 mètres d'élévation et semble regarder avec mépris la vilaine petite rivière de Bièvre, qui passe BOUS l'une de ses arcades. Il ne suit pas exactement le trajet de l'aqueduc de Julien, dont un pan de ruines est encore debout dans le voisinage. Ce vestige de l'ancienne conquête a résisté à tout ; le temps n'est pas parvenu à l'égrener de ses doigts inflexibles. Il est composé de couches alternatives de moellons et de tuiles
rouges, dont le revêtement est tombé ; à l'heure qu'il est, il ne sert plus que d'espalier à un énorme lierre.
« On gravit un terrain en pente où végète un jardin potager ; le long de la muraille, on voit des bornes gerbées les unes par dessus les autres, verdies, moisies, dévorées par les mousses : ce sont les bornes de repère qui jadis indiquaient le trajet des conduites souterraines dans les champs et à travers les rues de Paris jusqu'au grand réservoir delà Vieille-Ëstrapade ; on les a arrachées il y a une trentaine d'années, et depuis cette époque elles gisent sans utilité à l'abri du grand aqueduc dont elles furent jadis les sentinelles avancées. Toujours marchant au milieu de plates-bandes cernées de buis, on arrive à la porte du regard n*" 13 qui est située à 7,164 mètres du point de captation : on ouvre la porte, et Ton se trouve dans une chambre pleine de rumeurs ; Feau y bruit avec des glouglous retentissants. Un large tuyau en fonte rampe au-dessus d'un petit canal taillé dans la pierre et escorté de deux trottoirs ; une galerie voûtée, striée par des jours blanchâtres et blafards projetés à travers des ouvertures étroites comme des meurtrières, s'enfonce dans la nuit, et semble tout à coup se briser à un angle éloigné. C'est comme un immense cloître abandonné auquel il ne manque que le silence... »
Il faut compter aussi, comme contingent respectable, les eaux dérivées de l'Ourcq, qui fournissent environ ^ 06,000 mètres cubes par jour. Le canal de FOurcq commence à Mareuil (Oise), et se termine au bassin de la Villette, après un parcours de 96 kilomètres. De là, par un court canal couvert, il débouche dans le réservoir principal, fermé par des vannes, puis se dirige par une conduite souterraine vers le faubourg Saint-Martin^ et par l'aqueduc de ceinture sur les réservoirs de Monceau. Du point de départ jusqu'à son arrivée au réser-
voir des BatignoUes, Faqueduc de ceinture, constamment couvert, mesure 4,233 mètres. Il suit la rue de TAqueduc, la place Roubaix, Tavenue Trudaine, la rue de Laval, la rue de Douai, remonte vers la place Glichy, et gagne le réservoir des Batignolles. Il passe au-dessus de la voie du chemin fer de l'Est dans une solide cage de pierre assujettie par des poutres en fer.
i< Cet aqueduc, dit M. Maxime Du Camp, — n'est plus tel qu'il était au commencement du siècle. Girard l'avait construit en pierres meulières reliées à la chaux hydraulique ; de nos jours, l'ancien tracé a été abandonné, on l'a élargi sur les trois quarts du parcours, et ou l'a revêtu d'un bel enduit inaltérable ; il a l'air d'être en stuc grisâtre. On peut s'y promener, et j'y ai fait une longue course. L'eau coule dans un petit canal qui est la cunette ; celle-ci est accostée par un trottoir qu'on nomme la banquette, et où on trouve assez de place pour mettre les pieds d'aplomb. On y va dans la nuit ; la lueur d'une lanterne ou d'un rat-de-cave brille sur l'humidité des voûtes et tire des reflets argentés de l'eau, qui glisse lentement sur le lit qu'on lui a préparé et qu'on appelle le radier. Le bruit des voitures qui passent au-dessus retentit lugubrement comme les roulements d'un tonnerre lointain. C'est d'une propreté extrême : l'eau est nette, les murailles sont en sueur;, nulle ordure, nul animal. C'est mort; la lumière n'éclaire qu'un cercle très-restreint ; au delà et en deçà, tout disparait... »
Les travaux hydrauliques que nous venons de décrire, bien qu'ils méritent déjà toute notre admiration, ne sauraient encore être comparés aux entreprises vraiment colossales que notre siècle a réalisées. On peut dire avec vérité que Paris ne possède sa ville souter-, raine que depuis un petit nombre d'années. Qui ne se
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rappelle ces longs tuyaux couchés, comme d'énormes serpents, le long de nos trottoirs : de temps à autre, quelques-uns disparaissaient, on les enfouissait dans une tranchée. C'étaient les conduites souterraines destinées à la distribution des eaux de la Dhuys et de la Vanne, captées, la première à 173 kilomètres de Paris, la seconde à i 30 kilomètres, dans le département de l'Aube. Seule, la Dhuys a fait son entrée définitive dans Paris. Pour arriver jusqu'à nous, elle traverse 104 kilomètres d'aqueduc en tranchée, 9 kilomètres et demi en aqueduc souterrain, et 17 kilomètres de siphons en fonte, pour aboutir enfin aux immenses réservoirs de Ménilmontant, près la rue Haxo.
Le réservoir de Ménilmontant, qui ne mesure pas moins de 2 hectares de superficie, est partagé en deux étages, dont l'un reçoit les eaux de la Dhuys, l'autre celles de la Marne. Le réservoir supérieur, destiné à la Dhuys qui y débouche par un large canal en ciment lisse inaltérable, faisant suite à l'aqueduc souterrain, cube 100 millions de litres, et a 5 mètres de profondeur ; le réservoir inférieur contient 30,000 mètres cubes. Sixcent vingt-quatre piliers soutiennent une voûte de 75 centimètres d'épaisseur, recouverte de 50 centimètres de terre gazonnée. De distance en distance, des cheminées ménagées dans l'épaisseur de la maçonnerie, laissent passer, à travers de solides plaques de verre, un jour grisâtre qui va se refléter sur l'immense nappe d'eau, immobile, coupée çà et là par l'ombre noire des piliers. Ces réservoirs, construits par M. l'ingénieur en chef Belgrand, sont de beaucoup les plus remarquables des seize grands « épanouissements » dans lesquels l'eau fait étape, se recueille pour ainsi dire, avant de s'engouffrer dans l'inextricable réseau de l'alimentation urbaine.
' De chacun de ces seize réservoirs, en effet, comme du point central d'une immense toile d'araignée, partent, en ramifications multiples, des conduites en fonte, longeant les parois des égouts, ou cheminant dans des tranchées couvertes. Réunies aux aqueducs de ceinture de Belleville, des Prés-Saint-Gervais, d'Arcueil, de la Dhuys et de la Vanne, ces conduites forment un total de i,'74^ kilomètres, desservant à chaque habitant une moyenne de 150 à 175 litres. Chiffre colossal, si on veut bien revenir en arrière, considérer les travaux accomplis depuis le jour où Jacques de Brosse mettait la première main à l'aqueduc d'Arcueil, chiffre relativement faible si on le compare à celui de la Rome antique. Sous l'empereur Nerva, Rome comptait un million d'habitants, et recevait par ses conduites souterraines près d'un milliard de litres en vingt-quatre heures — \ ,000 litres par habitant !
Le service des égouts est le complément indispensable du service des eaux. L'eau distribuée à Paris représente par vingt-quatre heures 248,000 mètres cubes, la pluie 106,000 mètres cubes, soit un total de 118 milliards de litres par année. On se rend difficilement compte de ce chiffre énorme de 118,000,000,000; un calcul bien simple et bien connu mettra sous les yeux son importance. Il ne s'est pas écoulé un milliard de minutes depuis la naissance du Christ ; si, chaque demi-seconde, on avait versé dans \m bassin un litre d'eau, on n'aurait pas encore le volume qui se déverse en une année dans Paris souterrain. Il faut compter que 20 pour cent de cette eau sont perdus par l'évaporation ; il reste encore toutefois 262,000 'mètres cubes quotidiens dont il faut se débarrasser. Ces 262,000 mètres cubes s'engouffrent chaque jour dans les bouches placées sous les cadres des trottoirs, et se répandent dans l'admirable réseau de voies
souterraines qui forment de nos jours le système des égouts parisiens.
Si le service des eaux était abandonné au Moyen Age, que dire du service des égouts ? il est plus difficile encore de nous en faire une idée ; ou plutôt un mot résume Tétat de la voirie dans cette période : la rue est l'égout. Au milieu de la chaussée, l'infect ruisseau fait clapoter au jour ses eaux limoneuses, où se vautrent les pourceaux, à tel point qu'il est indispensable d'y établir des passerelles pour la sécurité des passants, afin de communiquer d'une rive à l'autre du bourbier. La Seine, dont on se plaint tant aujourd'hui, recevait alors tout l'égout que lui déversaient la Bièvre, le ruisseau de Ménilmontant qui la rejoignait au quai actuel de Billy, et les fossés de l'enceinte. Ces collecteurs roulaient, bouillonnaient, écumaient, remplissant l'air de vapeurs empestées. C'était là toute la voirie ancienne. Ajoutez encore les cloaques nombreux, les trous oblitérés de vase lourde, le trou Bernard, le trou Punais, désignations qui parlent assez par elles-mêmes. Au dix-septième siècle, Paris possédait en tout moins de 1 1^000 mètres d'égouts. « Dès qu'on y touchait, on courait risque d'asphyxie ; mais la science de cette époque ignorait la nature des gaz méphitiques. En 1633, cinq ouvriers sont foudroyés, au moment où ils mettaient la palette dans l'égout du Ponceau. Des médecins réunis discutent sur le fkit, en recherchent attentivement les causes, et tombent d'accord pour déclarer que les ouvriers ont été tués par le regard d'un basilic qui sans doute est blotti dans l'excavation de l'égout *. »
Le grand égout collecteur est alors le ruisseau de Ménilmontant, dont le lit fut formé primitivement par
1 Maxime du Camp. — Paris : Les organes^ les fondions^ vie, L. Hachette .
LES VILLES SOUTERRAINES. 6a
les eaux infiltrées des collines de Montmartre, de Belle ville, de Gharonne et de Ménilmontant. Ses rives sont bordées de talus, plantées d'arbres ; de distance en distance : se déversent les cloaques immondes dont Paris est sillonné, la rue des Égouts, l'égout Montmartre, l'é;gout Gaillon. (c II traverse des jardins, des marécages, où chantent les grenouilles. La rue Chanteraine en garde le souvenir. Nulle maison sur ses bords. Il souffle la peste, chacun le fuit. »
Ce fut Turgot qui le premier entreprit d'assainir les égouts. n construisit à la tête de Tégout, boulevard des Filles-du-Calvaire, un réservoir qui réunit les eaux de Belleville, et les lâcha dans le canal, qu'elles curaient sans peine. Ce canal était revêtu d'une forte maçonnerie, avec un lit de pierres de taille ; les murs avaient environ cinq pieds de hauteur, et formaient le trottoir d'où il était facile de le nettoyer. A la vérité, les progrès marchaient bien lentement. Toutefois, en 1788, l'égout entier a disparu sous terre. En 1806\ il existe déjà 24,297 mètres d'égouts, dont 282 pour la Cité et l'île Saint-Louis, 4,648 pour la rive gauche, et 19,367 pour la rive. droite. Ces égouts sont tous couverts, sauf sur une faible longueur.
Au commencement du règne de Louis-Philippe, le service des égouts est encore dans un état déplorable. Les rues, creusées à la partie médiane, inondées par les gouttières, forment, aux jours d'orage, des ruisseaux fangeux qui s'engouffrent de distance en distance dans des trous verticaux, recouverts par des grilles obstruées parles immondices de la rue. Il existait rue Amelot un égout voûté de 850 mètres de longueur, commençant au boulevard Beaumarchais, et se rendant à la gare de l'Arsenal ; c'était dans le principe un ruisseau qui aboutissait en Seine, à l'endroit où le boulevard Mazas prend naissance. Lorsqu'on voulut le curer, les sept ouvriers qui y descen-
dirent les premiers tombèrent asphptiés. Le nettoyage dura sept mois; on enleva 6,500 tombereaux de matières molles ou solides qui obstruaient son cours. Autour des regards d'extraction, on brûlait des bois résineux qu'on aspergeait de vinaigre, et où Ton jetait des baies de genévrier et du soufre, comme dans les lazarets d'Orient.
Il fallait à toute force, pour la sécurité de la ville, remanier de fond en comble le Paris souterrain. Lorsqu'on 1855, on se mit à l'œuvre, on reconnut que, pour desservir 423,600 mètres de rues, on possédait 143,386 mètres de galeries souterraines. Aujourd'hui, pour 850,000 mètres de voies publiques, on compte 773,846 mètres d'égouts.
Les galeries souterraines comprises dans le réseau des égouts se partagent en deux catégories, les collecteurs et les égouts. « Les égouts sont des rivières qui se jettent dans les collecteurs qui sont des fleuves. » Les collecteurs suivent autant que possible, dans leur parcours, les vallées naturelles creusées dans le sol parisien, afin que les égouts puissent s'y déverser facilement. Trois grandes artères principales, auxquelles se relient une multitude d'affluents de toutes dimensions, se déroulent sous la cité. — Sur la rive droite, le collecteur départemental, qui prend naissance à la rencontre de la rue Oberkampf et de la chaussée de Ménilmontant, franchit les fortifications, suit la route de Saint-Denis, et va grossir la Seine à l'île Saint-Ouen, après avoir reçu les lavures immondes des abattoirs et de Bondy, les résidus des usines de la Villette, de Belleville et de Saint-Denis.— Le grand collecteur de la rive droite part de l'Arsenal, suit les quais, longe le boulevard Malesherbes qu'il a rejoint par la rue Royale, et se perd dans la Seine à Asnières après avoir englobé les égouts Rivoli et des Petits-Champs. — Le collecteur de la rive gauche capte la Bièvre rue Geofl*roy
Saint-Hilaire, prend la ligne des quais au boulevard Saint- Michel, jusqu'au pont de TAlma, traverse la Seine, gagne Levallois-Perret par l'avenue Wagram, et se réunit au grand collecteur de la rive droite, 500 mètres environ avant son entrée en Seine. — Sur ces canaux principaux, greffez, comme sur trois énormes troncs d'arbres couchés, les ramifications sans nombre des égouts, déversez-y les 300,000 mètres cubes qui représentent leur approvisionnement de chaque jour, enlevez par la pensée le sol qui recouvre ce dédale de voûtes et de tuyaux, et . vous pourrez vous faire une idée assez exacte du réseau qui transporte au loin le résidu delà vie urbaine.
Pour compléter notre description du Paris souterrain en ce qui touche le service des égouts, nous ne pouvons mieux faire que de parcourir avec notre lecteur le réseau qui part de la place du Châtelet pour aboutir à la Madeleine. Nous prendrons toujours pour guide M. Maxime du Camp :
« Dès que l'on a descendu l'escalier de fonte en vrille, et que l'on a pénétré dans la vaste chambre, le Paris souterrain se dévoile ; il livre son secret d'un seul coup. Ces énormes conduites métalliques, brillantes et polies comme un marbre noir, qui s'appuient sur de fortes béquilles de fer, portent les eaux de l'Ourcq, de la Seine, et attendent celles de la Vanne ; elles poussent sous chaque trottoir du Pont-au-Change deux tuyaux qui partent d'un tronc commun, et ressemblent aux jambes d'un géant nègre couché sur le dos; plus loin, les conduites moins amples et par conséquent moins pesantes peuvent être u agrafées » aux parois mêmes de la muraille, qu'elles suivent en détachant çà et là des branchements particuliers : sur la voûte môme, ces faisceaux grisâtres qui ont l'air de fagots de sarment sont les gaines de plomb, où dans une enveloppe degutta-percha,les fils du télégraphe élec-
trique bavardent en silence à l'abri de l'humidité. Un long tuyau, trop étroit pour conduire de Teau, trop leirge pour porter un fil de métal, glisse entre les murs ; que contient-il ? Écoutez : un bruit rapide et acéré comme un sifflement de javelot vient d'y passer : c'est le chariot de cuivre, chargé de dépêches, qui franchit l'espace dans le tube du télégraphe pneumatique. Paris est bien réellement un corps vivant ; les organes cachés de ses fonctions ne se reposent jamais.
« La chambre s'ouvre sur la berge de la Seine par une large voûte ; dans l'épaisseur du mur, on a ménagé un bureau pour les employés, une officine pour les lampistes, des cabinets où l'on enferme les palettes, les balais, les pelles, les bottes nécessaires aux égoutiers. Sur les piliers de fer fichés dans le trottoir qui domine la cunette où l'égout roule ses eaux limoneuses, on a placé des lampes munies de globes en porcelaine ; c'est une petite illumination. Les hommes d'équipe, munis de blouses blanches, sont à leur poste. Les curieux arrivent avec des cache-nez et de gros paletots pour parer aux rigueurs d'une température qui n'est cependant point redoutable, car elle reste presque invariablement fixée entre il et 13 degrés. Pendant que l'on attend les retardataires, on peut gagner lestement l'embranchement de la rue Saint-Denis. C'est un vieil égout à sec, la voûte est de moellons moisis, comme la muraille ; il n'y a ni trottoir, ni cunette. Le radier (le lit) est formé de pavés ; on a peine à s'y tenir debout, c'est une ruelle couverte. Lorsque l'on s'échappe de ce caveau pour rentrer dans l'égout Rivoli, c'est comme lorsqu'on sort de la rue de l'École-de-Médecine pour déhpucher sur le boulevard Saint-Michel. *
a Tout le monde est arrivé, on amène les wagons remisés dans le grand collecteur, on les fait pivoter sur les plaques tournantes, comme dans une gare de che-
min de Ter, et on les met dans l'axe de i'égout Rivoli, dont les deux trottoirs sont armés de bandes métalliques faisant office de rails . Des lampes brûlent aux quatre coins des wagons, qui sont découverts et garnis de bancs en canne tressée. On s'asseoit, les fem-
Fig. 18. — Fins aaiilerrain. — Le gnai égoul Gullcelcar.
mes ont un peupeur;s'ilyadespick-pockets, ils courent quelques risques de mégayentures, car je reconnais un agent du service de sûreté qui s'installe de façon à nùeux voir les promeneurs que la promenade. Un coup de sifilet donne le signal, et l'on part. Deux hommes à l'avant, deux hommes k l'arrière, les mains appuyées sur une barre de bois transversale, prennent leur course, et très^rand train font rouler le wagon, qui bruit au-des-
70 LES GALEKIES SOUTERRAINES.
sus de la cunette. La rapidité du mouvement détermine un courant d'air frais qui frappe au visage. On va vite sous une voûte obscure : c'est à peu près tout ce qu'on peut remarquer ; du reste nulle odeur fâcheuse, à peine en passant sous les casernes du Louvre a-t-on perception d'une senteur ammoniacale un peu accentuée. La marche est ralentie, on eirrive place de la Concorde, à l'endroit où l'égout Rivoli apporte « le tribut de ses eaux » au grand collecteur. On descend sur la banquette et l'on aperçoit une flottille de cinq ou six bateaux peu pavoises, mais éclairés d'une lampe ; on s'y embarque, et, sous la conduite de « mariniers » vôtus d'une blouse bleue, on gagne au fil de l'eau la chambre de la place de la Madeleine, On gravit l'escalier, et l'on sort au milieu des badauds, qui paraissent extraordinaire ment surpris. »
L'égoût, comme l'aqueduc de distribution des eaux, se jauge. On a mesuré son débit, et on est arrivé, pour le seul grand collecteur, au chiffre de 220.000 mètres cubes. Ce torrent d'immondices, de détritus de toutes sortes,
Vomissement confus de Ténorme Paris.
qui sous Louis XIII, bouillonnait au soleil, empestait la cité, a reçu de nos jours une utilisation pratique. Capté à son embouchure, ce fleuve fétide du grand collecteur, aspiré par deux énormes siphons, s'engage dans une conduite en fonte, qui traverse la Seine aux îles Robinson et Vaillard sur le pont de Clichy, prend le chemin d'Asnières à Saint-Denis, et aboutit dans un large réservoir en pierres {\ la plaine aride de Gennevilliers. Le réservoir se vide dans un canal qui reçoit en môme temps les eaux du collecteur départemental. Sur ce canal, se branchent des conduites d'irrigation, ouvertes ou fermées par des vannes qu'on manœuvre à volonté.
LES VILLES SOUTERRALNES. 71
L'eau d'égout ainsi distribuée donne par Févaporation un engrais d'une richesse remarquable. Toute une partie de la plaine, jadis inculte, a été transformée en un sol fertile. On espère pouvoir capter complètement le grand collecteur, et le répandre sur près de 2,000 hectares. L'égout qui soufflait autrefois la mort, verserait dorénavant à pleins bords la richesse et la fécondité ; mais serait-ce sans danger pour l'hygiène ?
De même que pour les deux services des eaux et des égouts que nous venons d'étudier, nous n'essaierons point de démontrer l'utilité du service de l'éclairage ; il nous suffira de citer les résultats obtenus dans ces dernières années en ce qui regarde la consommation. Paris consomme environ 150 millions de mètres cubes de gaz par année. Pour distribuer celte énorme quantité de gaz dans les endroits où il doit être employé, 1,500,000 mètres de conduites souterraines suivent dans tous leurs plis et replis les sinuosités de nos rues. Chaque rue possède sa conduite principale sur laquelle se branchent les conduites particulières des maisons qui la bordent. Cette conduite principale ressemble assez bien à l'épine dorsale d'un gigantesque saurien.
Des précautions particulières sont prises pour la pose des conduites souterraines qui nous déversent la lumière par ces milliers de becs, où le gaz pousse la flamme agile « comme une fleur d'or pâle sortant d'un calice bleu ». Il faut éviter autant que possible de les rapprocher des aqueducs et des conduites qui amènent les eaux : le gaz pourrait leur communiquer une saveur désagréable. On doit aussi éviter avec soin les égouts qu'une fuite de gaz imprévue pourrait remplir ; car il suffirait alors d'une simple lumière introduite par un ouvrier dans l'atmosphère détonnante, pour amener les plus regrettables sinistres.
C'est un chapitre à part de l'histoire du siège de i 870 — et non certes un des moins curieux — que celui du Paris souterrain. Combien de sujets de constantes inquiétudes ne renfermait pas cette seconde ville, de laquelle dépendait notre existence de chaque jour !
Pour le service des eaux, il arriva ce qui était prévu : l'ennemi s'empressa de couper les conduites dans le périmètre d'investissement. Le 12 septembre, le canal de la Dhuys était à sec ; le 20 septembre, c'était le tour des sources du sud et du canal de l'Ourcq. La Dhuys avait été dérivée à sa source même, il n'y avait eu qu'à lever la vanne de retenue des eaux. L'ennemi n'avait aucunement détérioré l'aqueduc, privé de ses eaux limpides ; seuls, les regards, qui eussent pu servir à des embuscades, avaient été comblés. Les sources du sud furent interceptées à Fresnes, et dirigées dans le lit de la Bièvre ; l'Ourcq fut coupé dans la forêt de Bondy. Heureusement, les pompes de la Seine étaient là. pour parfois suffire à tous les besoins, et les réservoirs, pour être moins remplis, renfermèrent cependant toujours la quantité d'eau"* nécessaire à l'alimentation de Paris.
Qui a vécu pendant le siège, au milieu de cette population parisienne qu'une triste succession de revers avait rendue plus impressionnable encore que de coutume, comprendra facilement les craintes qu'éveilla dès les premiers jours de l'investissement la situation des égouts. Sans réfléchir à la position particulièrement forte où se trouve placée l'entrée du collecteur, protégé par les replis de la Seine qui lui font une triple ceinture naturelle, on réclama à grands cris la fermeture de l'égout, alléguant que c'était là un chemin tout préparé pour la surprise de la place. Répondre eût été inutile ; on donna satisfaction aux instantes réclamations de la foule^ et on
mura Tégout, en laissant seulement libre la place strictement indispensable pour le service.
Non moins grandes étaient les appréhensions causées par le service de l'éclairage. Un projectile ne pouvait-il point tomber sur Fusine à gaz, communiquer le feu aux conduites, et produire un effondrement subit? Mieux vaut se résoudre à une obscurité complète l La pratique vint cette fois au secours de la théorie : à plusieurs reprises, les réservoirs de gaz furent crevés par les obus, le gaz s'échappa lestement par la fenêtre, et Ton en fut quitte pour la perte du précieux fluide, dont la provision devait du reste être bientôt épuisée.
En dehors du réseau des conduites d'eaux et des égouts qui se développent sous l'industrieuse capitale de l'Angleterre, une des plus grandes curiosités de l'art souterrain à Londres, avec les deux tunnels sous-fluviaux de la Tamise, est certainement la voie ferrée qui relie entre elles les grandes gares à ciel ouvert situées dans la zone métropolitaine. Cette voie souterraine a reçu le nom de MetrapolUan-Railway.
Le Metropolitan est semblable par sa destination au chemin de fer de ceinture parisien que nous connaissons tous, longeant, à l'intérieur de la viUe les fortifications, et reliant entre elles les deux gares de l'Ouest, celles du Nord, de l'Est, de Lyon et d'Orléans. 11 y a toutefois cette énorme différence que le chemin de ceinture ne dessert que les quartiers excentriques de la capitale, tandis que le Metropolitan se porte au cœur de la ville même, faisant communiquer les uns avec les autres, au moyen de gares souterraines ayant accès avec l'extérieur, les quartiers les plus populeux de Londres. De
cette dernière comparaison, il est facile de déduire le genre de chacun de ces deux travaux d'art : le Metropolitan est presque en entier un chemin de fer souterrain, tandis que le chemin de ceinture parisien est exploité à ciel ouvert, sauf dans de rares endroits, où la topographie du terrain exige le percement de tunnels de différentes longueurs, comme à Belleville et au Père- Lachaise. Nous ferons donc simplement mention du chemin de ceinture, comme ayant une destination analogue à celle du Metropolitan, et nous nous contenterons de décrire ce dernier, qui seul rentre dans le cadre des grandes galeries souterraines.
Le Metropolitan- Railway, en tant que voie ferrée, est un chemin à deux voies, différant essentiellement des chemins ordinaires que nous avons chaque jour sous les yeux : chacune de ces voies en effet est mixte, c'est-àdire formée de trois rails, ce qui lui permet de recevoir le matériel des différentes lignes anglaises, dont les voies n'ont pas toutes le môme écartement *. Les deux rails extrêmes, séparés l'un de l'autre par une largeur de 2», 13, reçoivent le matériel du Great-Western ; le rail intermédiaire forme avec le rail extérieur la voie étroite qui reçoit le matériel des autres compagnies.
La majeure partie de la voie est en souterrain, le reste en tranchée à ciel ouvert. La section courante en souterrain affecte la forme d'une voûte en anse de panier à trois centres, avec pieds droits en arc de cercle. La largeur du souterrain est de 8«d,70 ; la clef de voûte est à o mètres au-dessus du niveau des rails. Le revêtement, comme dans la plupart des travaux d'art anglais, est en briques, donnant pour la voûte une épaisseur con-
I . Le Metropolitan fut construit avec une voie mixte ; mais depuis sa construction, les chemins de fer anglais, et le Gréai' Western en particulier, ont adopté Técartement usuel , soit 1",436.
stante de O», 69. Dans certains passages, la nature ébouleuse du terrain a rendu nécessaire un revêtement complet, aussi bien à la partie inférieure du souterrain, sous la voie même, qu'à la partie supérieure placée directement au-dessous du sol de la ville : c'est ce qu'on appelle un revêtement complet avec radier. De 15 en 15 mètres, sont creusées de chaque côté delà voie, dans l'épaisseur des pieds droits, des niches qui permettent aux employés de déposer leurs outils, ou de s'y garer lors du passage des trains.
Les parties en tranchée sont revêtues de murs de soutènement en briques. De distance en distance, dans certains passages où la poussée des terres formant les parois de la tranchée pouvait faire craindre un glissement, on a relié l'une à l'autre les deux parois par de solides contrefiches en fonte, à une hauteur de 4 mètres au-dessus du rail. Un aqueduc central, placé dans l'axe de la voie, et servant à l'écoulement des eaux d'infiltration, suit dans tous ses plis et replis le tracé du Metropolitan,
A l'exception de quelques longueurs peu considérables creusées en véritable galerie, à la manière des tunnels ordinaires, les travaux nécessaires à l'établissement du Metropolitan furent tous exécutés à ciel ouvert. Les tranchées nécessaires étaient solidement medntenues sur leurs parois latérales par des boisages, afin d'empêcher la chute des maisons voisines. La tranchée une fois creusée, on établissait la voûte définitive du souterrain, et par-dessus cette voûte, on reformait, la rue telle qu'elle était auparavant. Les parties en tranchée furent soutenues par des murs en briques, d'épaisseur variable selon la nature des terrains traversés.
Il semblerait, d'après ce que nous disons de la nature élémentaire des travaux, que cette gigantesque entreriseeût dû s'effect uer avec la plus grande simplicité du monde, en tenant compte du temps exigé par la longueur
même de la voie souterraine. Mais des difficultés sérieuses sont inhérentes à un tel travail. Il faut compter avec le dédale d'aqueducs, de conduites de toutes sortes qui plongent comme des racines sous les villes. Ces conduites sont dirigées en tous sens, à des niveaux souvent très-différents. Il a donc fallu en détourner un grand nombre, les faire passer sous la voie, ou les suspendre au plafond de la voûte à Faide de supports en fer. Un tel travail ne pouvait se terminer sans accident : c'est Tinévitable sort de toutes ces grandes œuvres. Au moment où la ligne allait être livrée à la circulation, le grand égout dit Fleet Sewer fit irruption dans les travaux achevés.
La voie ferrée du Metropolitan étant établie à des profondeurs variant entre 8 et 16 mètres au-dessous du niveau des rues de la ville, il a fallu construire pour son exploitation des stations souterraines. Nous ne' pouvons nous faire une idée plus précise du fonctionnement complet du Metropolitan, qu'en étudiant brièvement le réseau qui relie les deux gares du Great-^stern et du Great-Northern, pour aller aboutir à la station centrale de Farringdon- Street, Le tableau suivant donne la succession des gares intermédiaires, avec la distance qui les sépare l'une de l'autre :