‹ Les galles et leurs habitantsChapitre 23 sur 32 · GALLES DU PEUPLIER NOIR · texte numérisé non relu

GALLES DU PEUPLIER NOIR

On trouve sur le peuplier noir jusqu'à cinq espèces différentes de galles ; nous allons les décrire successivement en nous aidant des travaux qui ont été faits sur ce sujet, en particulier sur les observations de M. Courchet.

V La ffalle en spirale ou du Pemphigus spirothecœ Pass. est à la fois l'une des plus communes et des plus singulières qu'on ait rencontrées; aussi a-t-elle été remarquée de tout temps et décrite bien des fois : Malpighi, Réaumur, Lacaze-Duthiers et beaucoup d'autres naturalistes nous en ont laissé des descriptions plus ou moins complètes.

Aux mois d'août et de septembre, on voit sur les branches du peuplier un grand nombre de feuilles qui portent sur leurs pétioles une tubérosité ayant parfois le volume d'une noix ; le limbe des feuilles atteintes est toutefois aussi vert et aussi vivant que celui des feuilles saines. « En examinant de près cette formation, on ne tarde pas à y remarquer une fente qui décrit autour d'elle une spire à un ou deux tours et dont les bords s'écartent avec facilité dès qu'on vient à tirer sur les deux extrémités du pétiole^ laissant voir l'intérieur de la galle. On s'aperçoit alors que cette formation curieuse est creusée d'une cavité dans laquelle s'agite une multitude

d'Âphidiens de forme, de couleur et de grosseur différentes, au milieu d'un nombre considérable de gouttelettes d'un liquide légèrement opalin et des dépouilles blanchâtres laissées par les insectes après leurs mues. Si Ton vient à lâcher Tun des bouts du pétiole, les diverses parties de la galle reviennent sur elles-mêmes avec élasticité et la fente se trouve close de nouveau (1). » Ce premier examen suffît à montrer que la galle est formée par le pétiole enroulé une ou plusieurs fois sur lui-même en une spirale dont les bords se sont ensuite accolés de façon à circonscrire une cavité interne; déplus, celte torsion s'est accompagnée d'un accroissement des tissus.

Au début, la galle est verte; à la fin de septembre, elle est recouverte par places d'une écorce fendillée.

Sur certains peupliers, cette galle est tellement abondante qu'on n'y peut trouver une seule feuille indemne.

2* La seconde forme de galle du peuplier noir est produite, d'après jffbc^, par \q Pachypappamarsupialis ; elle est produite aux dépens du limbe de la feuille et elle se présente sous la forme de follicule allongé dans le sens de la nervure médiane, comprimé latéralement, fortement saillant à la face supérieure du limbe et s'ouvrant en dessous par une fente longitudinale. Jamais on ne trouve cette galle au sommet de la feuille, mais toujours dans la moitié inférieure du limbe, tout contre la nervure médiane; au reste, sa position peut varier, quoique dans des limites très restreintes.

La surface est glabre, luisante et couverte d'aspérités ; la couleur varie du vert jaune au rouge intense. Beaucoup plus rare que la précédente, la galle du Pachypappamarsupialis est en plein développement dans le mois de juin.

3*" La troisième forme de galle est très commune et elle a été connue de tout temps; elle est produite par le Pemphi-

(1) Courciiet, loc. cit., p. 47.

gus bursarius et se montre dans les mois de juillet et d'août comme une excroissance latérale des jeunes rameaux. Sa forme est roide ou irrégulièrement sphérique, quelquefois allongée à la façon de la galle en corne du térébinthe ; elle est toujours étranglée au voisinage d'une insertion et parfois Tétranglement s'est transformé en un petit pédicule. Son extrémifé libre est munie d'une ouverture fermée presque entièrement par de grosses lèvres irrégulières, épaisses et réfléchies vers l'extérieur. Lorsqu'on produit une secousse sur la galle ou sur le rameau, on fait sortir par cette ouverture les pelotes blanches formées par les dépouilles des pucerons qui l'ont habitée et des gouttelettes d'un liquide analogue à celui que nous avons eu déjà l'occasion de signaler.

Ces productions sont très nombreuses; quelquefois elles s'accolent en grand nombre à la naissance d'un jeune rameau ; dans ce cas, elles se compriment réciproquement et prennent les formes les plus variées. Leur surface extérieure est lisse et verte avant leur maturité ; après le départ des habitants, les galles se recouvrent d'une écorce brune fissurée.

La galle du P. bursarius se produit aussi souvent sur le pétiole, mais alors elle a la forme d'une pyramide très surbaissée dont la base très large se confond avec le pétiole fortement hypertrophié en ce point; elle se termine par une sorte d'arête ou de biseau le long duquel règne la fente qui donne accès dans la cavité interne.

Il n'est cependant point démontré qu'il y ait identité complète entre l'insecte qui produit ces galles sur les pétioles et celui qui produit les galles sur lès rameaux.

4"* La quatrième forme de galle, qui est produite par le Pemphigm popub^ ne paraît pas avoir été décrite par d'autres que M. Courchet {loc. cit.). Elle est rare dans le midi de la France et elle se produit sur la nervure médiane; elle s'insère à la base même de cette nervure et sur la face supérieure du limbe ; arrondie, ovoïde ou oblongue, elle présente une sur-

face lisse et luisante d'un vert clair et elle est parsemée de petites taches blanchâtres.

Au point qui correspond à son insertion, on trouve sur la face inférieure du limbe une fente limitée par deux bourrelets; mais ici la fermeture est complète et les insectes ailés s'échappent par des déchirures produites sur les parois.

5"* Le Pemphigiis affinis produit sur le peuplier noir seulement un ploiement de la feuille le long de la nervure médiane, de telle façon que les bords de chaque moitié du limbe sont venus s'accoler, et le limbe est ainsi transformé en une vaste cavité dont la paroi interne est formée par l'épiderme supérieur de la feuille. La couleur de celte formation, à laquelle on peut refuser la qualité de galle, est vert jaunâtre; la surface externe apparaît comme boursouflée et toute couverte de mamelons arrondis.

Réaumur, qui a décrit ces productions, considère comme une galle chacune de ces petites tubérosités dont la présence aurait été précisément la cause de la courbure du limbe.

6** Nous devons enfin signaler une dernière forme de galle, dont le développement n'a pas encore été suivi avec soin, mais qui a pour cause, d'après Passerini (1), le Pemphigus vescarius. M. Lichtenstein en a recueilli un certain nombre dans les environs de Lamalou.

Voici la description donnée par le savant auteur italien : « Gallae vesiculosœ varie tuberculato lobatae ori gallinacei magnitudine e gemmis terminalibus ramulorum. »

Cette galle naîtrait donc à l'extrémité même des rameaux et conséquemment elle pourrait résulter de la croissance anormale et de la soudure des feuilles par un phénomène analogue à celui que nous trouverons dans la formation des galles de l'orme.

(1) Passerini. Aphididœ italicae hujusque ohservaiae.

Page 1