‹ Les galles et leurs habitantsChapitre 27 sur 32 · ACARIENS · texte numérisé non relu

ACARIENS

Les galles produites par les Acariens sont très nombreuses ; elles constituent le grand groupe des Phytoptocécidiesou Acarocécidies établi, et si bien étudié par le professeur Thomas.

Elles ont été signalées pour la première fois par Réaumur (1), sur les feuilles du tilleul ; mais c'est Turpin (2) qui a reconnu la nature de leurs habitants et les a désignés sous le nom de Sarcoptes gallarum tiliœ. Plus tard, Dugès (3) et von Siebold (4) ont reconnu que les animaux qui se trouvaient dans ces galles étaient des Acariens, et ont vu que leurs larves ne possédaient que deux paires de pattes. En 1851, Dujardin(5) donna une bonne description de ces Acariens; il observa ceux des galles en bourgeons du noisetier et créa le genre Phytoptus. D'autres auteurs, Fée, Steenstrup, Pagenstecher, Trauenfeld, Landois, etc., ont trouvé depuis des Acariens dans plusieurs galles, entre autres dans VErineum; mais ce sont surtout les nombreux travaux de Thomas qui ont le plus contribué à faire connaître l'histoire de ces galles.

Les formes affectées par les galles produites par les Acariens sont très variables, et quelques-unes d'entre elles ont reçu des noms particuliers.

La forme Erineum, qui s'observe sur les feuilles de beaucoup de plantes, consiste généralement en une simple production exagérée de poils qui constituent une sorte de feutrage en certains points du limbe foliaire. La surface de la feuille est souvent déformée au niveau de ces productions pileuses ; on y

(1) Réaumur. Mém. pour servir à l'histoire des InsecteSf Paris, 1737, HI, p. 12.

(2) Turpin. Froriep's Notizen, V^eimar, 1836, t. XLII, p. 65.

(3) Dugès. Recherches sur Vordredes Acariens, Paris, 1834.

(4) Siebold. Bericht ùber die Arb, der entomol. Sect. d. schles Gesselsch f. vaterl CwWur, 1850.

(3) Dujardin. Ann. des se. nat,, 1851, p. 166.

observe une sorte de boursouflure qui ppésenle une coloration différente de celle de la feuille; la chlorophylle est en ce point plus ou moins altérée; les boursouflures sont jaunâlres ou rougeâtres. Comme exemple de ces formes de galles érinéennes, nous citerons VErineum bien connu de la vigne et du tilleul.

Les déformations occasionnées parla présence des Acariens peuvent être bien plus marquées que dans VErineum. Use produit alors de véritables galles, très saillantes, comme celles que donnent les Aphidiens. Ces galles, en forme de bourse, de doigt de gant ou de cornicule, font saillie à la surface des feuilles. Leur cavité, tapissée de poils, s'ouvre extérieurement par une petite ouverture également garnie de poils. Tantôt elles se trouvent simplement appendues à la surface de la feuille, comme dans le tilleul et dans le Prunus Padùs, tantôt elles font saillie sur les deux faces de la feuille et ressemblent alors à de petites vessies qui seraient enchâssées dans le limbe foliaire, comme dans le Salix caprea et le Prunus spinosa. Leurs dimensions sont peu considérables ; elles ne mesurent en général que quelques millimètres (1 — 5 mill.).

Lorsqu'on suit le développement de ces galles, on voit qu'elles commencent par une petite production pileuse, accompagnée d'une légère boursouflure du limbe foliaire. Cette boursouflure augmente peu à peu, de manière à faire une saillie prononcée à la surface de la feuille, tandis que son ouverture se rétrécit de plus en plus. On peut donc considérer ces sortes de productions comme des galles érinéennes qui, au lieu de s'étendre en surface, subissent un accroissement rapide dans une direction perpendiculaire à la surface de la feuille. On trouve, en eff*et. tous les passages entre le simple feutrage pileux superficiel de VErineum et les galles allongées en forme de doigt de gant. Sur la même plante on observe souvent un dimorphisme intéressant des phytoptocécidies. Ainsi sur le Prunus Padus, les galles des feuilles sont bursiformes et corniculées, tandis que

sur les pétioles des feuilles et sur les rameaux, elles se présentent sous forme de godet à rebords garnis de poils et assez semblables aux coupes de pezizes.

Sur beaucoup de plantes, la présence des Acariens sur les feuilles se traduit seulement par un enroulement ou un plissement plus ou moins marqué de ces feuilles. La feuille ne présente la plupart du temps aucune altération ; il n'y a pas là production de galles proprement dites, mais la présence fréquente de nombreux poils à la surface des feuilles ainsi contournées ethabitées|par les Acariens montre la parenté de ces formes avec les Erineum. De semblables déformations des feuilles ont été observées sur le carpinus betulus^ différentes espèces de Galiurrij G.mollugo^ saxatile^ sylvaticum^ sylvestre, verum, aparine, tricorne ^parisiense), les Stelleria glaucQj Canvohulus arvensiSy Géranium sanguineum, Pediciilaris Palustris^ Hieracium murorum, Tanacetum vulgare^ etc.

L'enroulement et le plissement des feuilles, sous l'influence des Acariens, peut aussi s'accompagner d'un épaississement plus ou moins considérable du parenchyme foliaire. Si cette hypertrophie porte sur un point limité de la feuille, soit à son extrémité soit sur ses bords, il se produit une cavité plus ou moins irrégulière, constituant une petite galle bursiforme. Thomas a décrit des productions de ce genre ^xxvX^^Tîlia grandifolia et T. parvifolia^ Fagus sylvatica^Lonicera xylosteum^ Punica granatum, plusieurs espèces de Periclymenum et de Bhododendro7ij sur les Hippophœ rhamnoides^ Clematis recta^ Lysimachia vulgaris.

Le professeur Thomas a observé aussi des altérations des feuilles toutes particulières sous l'influence des Acariens. Les jeunes feuilles au lieu de se développer normalement sont remplacées par de petits faisceaux de lanières irrégulièrement contournées. Chacune de ces lanières correspond à une nervure principale de la feuille; le parenchyme ne s'est pas développé, tandis que les nervures se sont hypertrophiées et ont subi seules

l'action déformante que les Acdriens exerçaient sur l'ensemble de la feuille dans les cas précédents. Les feuilles ou les folioles terminales des feuilles composées prennent alors un aspect filamenteux et crispé qui rappelle certaines monstruosités décrites par Moquin-Tandon. Cette déformation a été rencontrée sur les Scabicsa colombaria, S. suaveolens, Sisymbium sophia^ Aquilegiaatrata^ Lotus corniculatus et Pimpinella saxifraga.

D'autres fois ce sont les jeunes bourgeons qui abritent les Acariens, et subissent une hypertrophie rappelant celle qui s'observe dans les bourgeons habités par des Chermes^ sur les A é2>5 par exemple. Les folioles épaissies présentent sur leur face supérieure des replis, des anfractuosités, ou des poils au milieu desquels se trouvent tous les œufs et les Acariens. Tournefort connaissait déjà ces sortes de galles sur le Thymus serpyllum^ dont les bourgeons arrondis atteignent un centimètre d'épaisseur. On les rencontre aussi souvent sur le noisetier [Cor y lus avellana) dont les bourgeons, au printemps, ont un aspect cotonneux et irrégulier; on les a signalées aussi sur les Veronica Chamœdrys^ Betonica officinalis^ Polygala vulgaris^ Cerastium arvense, Saxifraga aizoides^ Sedurnsexangulare^ Betula alba^ etc.

Les mêmes altérations peuvent se rencontrer sur les bourgeons à fleurs, et sur les involucres et les bractées des inflorescences des Composées (Artemisia campestris^ CentaureaJacea^ Carduus acanthoides^ Festucaovina^ etc). Enfin, la présence des Acariens dans les bourgeons détermine aussi quelquefois une ramification exagérée des jeunes pousses avec atrophie des feuilles, comme cela s'observe sur les Salix babylonka^S. nigra^ Populus dilatata^ P. tr émula, les Fraxinus, Sarothamnus scoparius, Votentilla tormentilla, Campanula rapunculoideSj Feronica officinalisy Solanum du'camara, Orlaya grandifloraj plusieurs Galium etc.

Nous avons encore à signaler une formation de galles toute particulière qui se rencontre surtout sur les arbres à

fruits et observée par Scheuten (1), puis par d'autres auteurs.

Les galles sont situées dans l'épaisseur même des feiiMes. Les Acariens vivent dans le parenchyme foliaire dont les éléments se séparent de manière à former des cavités plus ou moins spacieuses qui logent les parasites. Ces galles se distinguent des autres galles de ce genre produites par des Hyménoptères ou des Diptères, en ce qu'il n'y a pas dans leur intérieur formation 'de tissus nouveaux aux dépens d'un méri^ tème résultant de la transformation de mésenchyme, mais seulement désagrégation, ou allongement des cellules de ce mésenchyme. La présence des Acariens dans la feuille détermine à la surface de celle-ci de petites pustules : d'où le nom de Pockenkrankeit (petite vérole) donné à la maladie. Célle-cl affecte souvent plusieurs espèces de Pomacées {Sorbus Aucuparia, S. Aria, S. torminalis, S. Cotoneaster.). Thomas a signalé de semblables galles sur la Centâurea scabiosa.

Les différentes formes d'Acarocécidies que nous venons d'énumérer rapidement montrent combien sont variées les altérations déterminées par les acariens. Si quelques-unes se présentent nettement sous formes de galles véritables, heaocoup d'autres au contraire ne peuvent être rangées dans le groupe des galles que si l'on considère leur mode d'origine; elles sont toutes dues en effet à l'action des parasites.

Nous n'aurons que peu de chose à dire sur les hahitants des Acarocécidies ; ils sont encore mal connus. Les diverses espèces qui ont été établies dans le genre Phytoptus sont plus ou moins problématiques. Pagenstecher a désigné les esp^ ces de Phytoptus suivant les plantes qui les portent {Phytoptus pirij vitis^ tiliœ^ etc. Les espèces d'Acariens, trouvées dans les différentes galles, sont si semblables les unes aux autres qu'il est impossible actuellement de les distinguer morpholo-

(1) Scheuten. TroscheVs Archiv f, Naturgesch, 25. I. p. 104.

giquement. D'un autre côté, les productions si variées dans leur forme et dans leur développement qu'on observe sur une même plante, sous Tinfluence des Acariens, doivent faire admettre qu'elles sont dues à des espèces différentes.

Les Phytoptus sont toujours de très petite taille et ne mesurent que de 0""1 à 0"™3, leur corps est à peu près cylindrique, un peu rétréci à la partie postérieure, et vaguement annelé, avec une extrémité céphalique conique et lancéolée, au-dessous de laquelle se trouvent deux paires de patte§ très courtes ; à Tétat adulte les animaux ont quatre paires de pattes : ils ne possèdent jamais d'ailes. Il vivent pendant Tété dans les galles, se nourrissent vraisemblablement par succion et se multiplient par des œufs. On ne connaît pas encore bien tout leur cycle biologique.

L'un des Phytoptus qui a été le mieux étudié est celui qui produit VErineum de la vigne.

Les feuilles de la vigne présentent très souvent en été à leur face supérieure des bosselures irrégulières, rugueuses, souvent rougeâtres, suivant les époques. Sur la face inférieure des feuilles, à ces bosselures correspondent des cavités tapissées par un duvet tantôt gris ou argenté, tantôt plus ou moins brunâtre ou rougeâtre suivant la saison. Ces déformations, connues depuis longtemps, puisque Malpighi les a décrites en 1687, ont été attribuées pendant longtemps à la présence d'un champignon parasite, dont Persoon fit le genre Eîineum et qu'on désigna plus tard sous les noms de Taphrina erineum, et de Phyllerium. On sait aujourd'hui, ainsi que nous l'avons déjà dit, qu'elles sont dues à un petit Acarien appartenant au genre Phytoptus de Dujardin, et auquel Landois, ou peut-être avant lui L. Dufour, a donné le nom spécifique de P. vitis.

Cet Acarien a un corps cylindrique allongé, mesurant de 0"""04à0"'"15delongueur, muni généralement de deux paires de pattes seulement qui dépassent notablement la tête en

avant. Celle-ci porte un rostre ou suçoir, creusé d'un sillon .aboutissant à l'œsophage. Une lèvre inférieure en s'allongeant et s'appliquant sur ce sillon, forme un tube qui s'enfonce dans les tissus de la feuille et en tire la sève. Intérieurement ce tube semble contenir deux stylets. L'abdomen est partagé en anneaux, au moyen de sillons peu profonds; le professeur Briosi (1) de Palerme, en a compté 60 à 70.

L'Acarien se reproduit au moyen d'œufs enduits par une substance glutineuse qui les fait adhérer aux poils de la galle. Après l'éclosion, les jeunes subissent quatre mues, et se reproduisent par parthénogenèse. Il se répandent rapidement à la surface inférieure de la feuille, se fixent en un point et fondent une colonie, en même temps qu'une galle se développe. Les poils qui tapissent celle-ci sont, dit Briosi, anguleux, contournés, unicellulaires,jaunâtres ou incolores quand ils sont jeunes, plus ou moins bruns, quand ils sont^âgés. L'afflux des sucs nourriciers sur la tache et l'épaississement consécutif des parois cellulaires modifient, dans toute son épaisseur, le tissu de la feuille. L'inégalité du travail formateur dans les différentes couches peut expliquer l'incurvation de la feuille dans la partie affectée.

Les Phytoptus vitis passent l'hiver sous les écailles des bourgeons ; ils peuvent y subir un froid très rigoureux, car ils possèdent une grande résistance vitale. Au printemps ils se réveillent et commencent à attaquer les jeunes feuilles qui portent déjà des traces de galles, dès qu'elles sortent de leur enveloppe de bourre.

Les déformations produites par le Phytoptus ne sont pas très nuisibles pour la vigne^ cependant elles entravent la fonction des feuilles, et partant le développement de la plante. Beaucoup de viticulteurs inexpérimentés confondent encore

(1) Briosi. SuUa Phyloptosi délia Vite. Atti délia stat. spmm. di Palermo 4, i877.

las galles de rErineum avec celles du Phylloxéra. Si Ton se rapporte à la description que nous avons donnée de ces der* nières on verra qu'il n'est pourtant pas possible de confondre ces deux sortes de productions. Les galles [de VErineum sont de petites bosselures irrégulières, peu élevées, faisant saillie à la face supérieure des feuilles; celles du Phylloxéra sont au contraire situées à la face inférieure de la feuille et s'ouvrent à la face supérieure : elles sont ovoïdes ou globuleuses, à paroi résistante etnettement détachéesde la feuille. On ne confondra pas non plus ces galles avec celles produites par la Cecydomya vitis; elles sont pour ainsi dire dans l'épaisseur de la feuille ; elles partagent celle-ci en deux, faisant saillie au-dessus et au-dessous; déplus elles s'ouvrent à la face supérieure.

Des galles érinéennes semblables à celles de la vigne ont été observées sur les Tiliay Juglans, Quercus, Fagu%, Pirus, SorbuSj CratœguSj Rubus, Prunus, Amygdalus, Acer, Alnus, Betula, Populus, et sur des plantes annuelles, Geum urbanum. Géranium palustre, Yeronkachamœdrys, Potentilla verna, etc.

Parmi les Acarocécidies en doigt de gant, ou en cornicule, nous citerons celle des Tilia, Prunus Padus, P. spinosa, P. domestica, Acer campestre, Rubus saxatilis, Alnus glutinosa, Ulmus campestris, Salix caprea, S. cinerea, Fraxinus excellor, etc.

NÉMATODES

Parmi les productions morbides des végétaux dues à Taction parasitaire, les galles de certains nématodes présentent beaucoup d'intérêt à cause des désordres qu'elles provoquent sur quelques plantes utiles. La nature des désordres est variable avec chaque plante et suivant le genre d'altération produite ; mais le résultat est toujours fâcheux au point de vue pratique. Si la plante, qu'elle soit attaquée dans ses racines ou dans sa fleur, offre assez de résistance pour ne pas périr, le rendement des produits qu'elle devait fournir est toujours considérablement diminué.

Galles des graminées. — Nielle des blés (1). — Dans un mémoire remarquable, couronné par l'Académie des sciences, Davaine a fixé, le premier, l'attention des savants sur une maladie du blé qu'on désigne sous le nom de nielle. Cette maladie, qui inquiète surtout le cultivateur dans les années humides, lorsque les pluies sont abondantes au temps de la formation de l'épi, est caractérisée par une altération du grain après sa maturité et par un changement de couleur. Les grains affectés ne sont pas hypertrophiés ; au contraire, ils sont beaucoup plus petits que les grains sains. Leur forme est arrondie. Ils sont noirâtres et consistent en une coque épaisse et dure dont la cavité est remplie d'une poudre blanche grossièrement semblable à de l'amidon. Mais c'est une poudre d'une nature particulière. Elle se montre composée d'une multitude considérable de petites animalcules, ayant une longueur de 8 dixièmes de millimètre. Ces animalcules, au nombre de plusieurs milliers dans chaque grain, sont des larves d'un Nématode, de YAnguillula Tritici.

(1) Davaine. Recherches surVAnguillule du blé niellé ^ considérée au point de vue de l'histoire naturelle et de l'agriculture, Paris, Bailli ère, 1857.

Provenant d'œufs déposés dans le grain par une anguillule mère, ces larves se sont développées côte à côte dans un milieu riche en matériaux nutritifs, à la manière des larves d'insecte dans une galle multiloculaire. C'est ce rapprochement qui nous permet de faire rentrer le grain de blé niellé dans la catégorie des productions gallaires. La quantité de blé niellé est souvent considérable. Maxime Cornu (I) raconte que Adolphe Brongniart possédait en Normandie une fermé dans laquelle, pendant Tannée 1874, la proportion des épis niellés s'éleva au douzième de la récolte. Dans ces conditions, la nielle constitue un véritable fléau pour l'agriculture.

Le cycle biologique de VAnguillula Tritici est par trop intéressant à connaître pour que nous le passions sous silence

Au moment de la germination du blé, les larves d'anguillules qui jusque-là étaient restées dans une sorte de vie latente (2), manifestent leurs propriétés vitales sous l'influence de l'air et de l'humidité. Elles désertent le grain dans lequel elles étaient renfermées comme dans une prison bien close. Elles viennent sur le sol au pied des épis naissants. Si le temps est sec, les larves d'anguillules sont inertes; elles restent immobiles à la base des chaumes, et le blé est préservé de leur atteinte. Si le temps est pluvieux, au contraire, ces mêmes larves, douées d'une grande activité, s'élèvent le long des tiges humides, arrivent jusqu'aux épis et pénètrent dans l'ovaire dont le tissu jeune et mou n'offre pas de résistance. C'est alors que ces larves arrivées au bout de leur chemin, atteignent l'état parfait. Elles acquièrent des organes génitaux qui n'étaient pas développés encore. La femelle pond des œufs qui éclosent. Les larves se dessèchent à mesure que le grain approche de sa maturité, mais elles conservent dans un état d'indifférence chimique leurs pro-

(1) Maxime Cornu. Etudes sur le phylloxéra vastatrix, page d66.

(2) Voir Claude Bernard : Leçons sur les phénomènes de la vie, page 89.

I priétés vitales qu'elles manifesteront plus tard sous Tin-

! tluence de conditions physico-chimiques déterminées, telles

que Tair, la température et Teau. Cette propriété de revenir en quelque sorte à la vie dans des circonstances spéciales, les larves d'anguillules la possèdent à un haut degré. Elles sont reviviscentes môme après plusieurs mois et plusieurs années, jusqu'à six et huit ans après la dessiccation. Quant aux parents, ils sont toujours destinés à périr dans le grain qui renferme la génération des larves à laquelle ils ont donné naissance.

Galles produites sur des plantes diverses. — Sur les feuilles f d'un certain nombre de graminées, on a observé des galles

' produites par des anguillules. D'après Diesing (1), ce serait

une seule et même espèce d'anguillule, V Anguillula graminearum,({m serait la cause de ces productions morbides. L'opinion de Diesing ne doit être acceptée que sous toutes réserves, car les galles offrent des formes différentes dans les diverses plantes oti elles ont été signalées, Phleum Bœhmeri^ Kœleria glauca^ Agrostis stolonifera^ var. diffusa, festuca ovi?îa, etc.

En dehors des graminées, certaines feuilles de plantes de la famille des composées ont présenté des galles d'anguillules. Nous signalerons celles de VAchillea mille folium^ trouvées, par le D' Franz Low (2) près de Vienne, et celles du Leontopodium Alpinum, observées par Trauenfeld (3).

Les anguillules ne déterminent pas seulement des productions gallaires dans l'ovaire des fleurs ou sur les feuilles. Elles s'attaquent aussi aux racines où elles déterminent des altérations souvent funestes pour la vie des plantes. En 1864, Greef (4) observa des galles produites par VAnguillula radiaicola sur les organes souterrains du Poa annua^ du Triticum

(1) Diesing. SysL Helminth, i851 .

(2) Verhandl des zooL bot, Vereins zu Wien, d874.

(3) Ibid, d872.

(4) Verhandl. des naturhist. Ver der Preuss. Rheinlande, 1864, t. xxvii.

repenSj du Dodartia orientalis et de quelques Sedum, Licopoli (2) a trouvé des anguillules sur les racines du Sempervivum tectorum et d'autres crassulacées. Leur présence sur ces différentes plantes avait déterminé la formation de renflements sphériques qui mesuraient de 3 à 10 millimètres de diamètre. Chaque renflement présentait une cavité plus ou moins grande dans laquelle étaient renfermées de nombreuses anguillules. Mais les galles les plus intéressantes et les plus utiles à connaître sont celles qui sont produites sur les racines de la betteraves et de quelques rubiacées.

Galles de la betterave. — Dans une note présentée à l'Académie des sciences, M. Aimé Girard (3) annonce que le rendement cultural de la betterave à sucre a subi en 1884, un déficit qu'en général on évalue à 20 p. 100 du poids des racines.

Au nombre des causes invoquées pour expliquer cette perte, telles que la sécheresse des mois de juillet et de septembre, Tabondance des myriapodes et des vers gris, la plus grave, sans contredit, c'est le développement d'un parasite de la betterave, déjà signalé par Schacht (4) en 1859, le nématode ou Heterodera Schachtii, animal remarquable par la différence de taille des individus mâles, qui sont filiformes, tandis que les femelles sont fortement renflées. 11 est à remarquer que le parasite n'occupe pas la partie interne des racines, mais des kystes attachés aux radicelles. « A l'état d'anguillules agiles, mesurant environ 3/10 de millimètre de longueur, les nématodes attaquent les radicelles, se logent sous leur écorce, la soulèvent, la font éclater, et, sur place.

(1) Licopoli. Sopra aUmni tubercoli radicellari contenenti anguillole, Id Jast botan. Jahresb«^r. d876.

(2) Aimé Girard. Sur le développement, en France, des nématodes de la betterave pendant la campagne de 1884. Comptes rendus de TAcadémie des sciences. 1874, t. ic.

(3) Zeitschnft der Ver, fur Rùbenzucker Industrie, t. ix, 1859.

fixés par leur suçoir, vivant aux dépens de la sève dont Tafflux amène une prolifération des tissus, se transforment peu à peu en sacs ayant l'apparence d'un citron, remplis d'œufs et mesurant environ I millimètre de diamètre. Accumulés sur les radicelles, ces petits sacs, d'un blanc laiteux, aisément visibles à l'œil nu, y forment souvent de véritables chapelets. » La plante, envahie par ces parasites, ne tarde pas à s'affaiblir. Les feuilles se flétrissent, jaunissent, se piquent de taches de rouille, et bientôt, devenues toutes noires s'affaissent sur le sol. En même temps, la production du sucre est empêchée et, par le fait, le rendement de ce produit se trouve considérablement diminué.

Galles des Rubiacées. — A côté de la maladie de la betterave qui a pour origine une anguillule parasite, nous devons mentionner la maladie des caféiers du Brésil, que M. le D"" Jobert (1) a signalée en 1878, dans une note présentée à l'Académie des sciences. Cette maladie sévit sur les caféiers plantés dans les terrains humides. Elle est déterminée par des anguillules logées dans des kystes développés sur les radicelles. « Chaque kyste contient de quarante à cinquante œufs, et, si l'on fait un calcul approximatif, on arrive au chiffre trop faible certainement de 30 millions d'anguillules par caféier. Arrivées au terme de leur développement intruovulaire, les jeunes anguillules s'échappent au dehors, laissant béante la cavité dans laquelle elles se sont développées, et la radicelle ne tarde pas à pourrir et à être envahie par les cryptogames. » La plante, épuisée après avoir dépensé ses réserves, meurt d'inanition à la suite d'une agonie plus ou moins longue, absolument comme une vigne atteinte par le phylloxéra.

En 1879, M. Maxime Cornu (2) a décrit une affection ana-

(1) Comptes rendus de TAcadémie des sciences. Séance du 9 décembrel878, p,941.

(2) Max. Cornu. BuUetindela Société botanique de France, t. XXVI, 1879.

loguesiir d'autres plantes de la famille des Rubiacées, sur les Hamilto?iia et les Ixora, cultivés dans les serres de la ville de Paris pour la beauté de leurs fleurs. Les racines présentaient des nodosités de formes très diverses, ayant un diamètre beaucoup plus grand que Torgane qui les portait. Sur les racines menues, ce diamètre était parfois dix fois pkrs consirable ; sur les grosses racines, il était souvent plus du double ou du triple.

« Des coupes minces, dit Fauteur, montrent ça et là, dans le parenchyme du tissu cortical, des kystes irréguliers renfermant un nombre considérable d'œufs. Ces œufs sont ovoïdes, un peu courbés et réniformes ; ils sont incolores. Ce sont des œufs d'anguillules; ils ont en général un contenu non segmenté, mais présentent dans quelques cas la segmentation du plasma et la formation d'une jeune anguillule repliée en hélice sur elle-même. La paroi des kystes est incolore ou faiblement teintée en jaune. Le kyste paraît se former aux dépens d'une anguillule qui se renfle et se dilate énormément, et dont Tenvèloppe extérieure devient la membrane du kyste. Celui-ci s'ouvre à l'extérieur comme dans le cas des caféiers signalés par M. le D' Jobert. A l'instant de leur éclosion, les jeunes anguillules sortent au dehors pour se porter vers les racines nouvelles.

Antérieurement, M. Maxime Cornu (1) avait fait connaître des nodosités renfermant un nombre variable de kystes d'anguillules comparables à ceux que nous venons de décrire sur les racines du sainfoin, d'un cissus cultivé et d'une clématite.

Il nous a paru intéressant de signaler les altérations produites par les anguillules sur les racines de plantes de différentes familles.

(1) Max. Cornu. Études sur le phylloxéra vastairix, p. d68.

ROTATEURS

Le célèbre botaniste suisse, Vaucher (1), avait distingué nettement sur les filaments des Conferves d'eau douce qui portent aujourd'hui son nom, les Vauchériées, deux sortes de renflements :

lo Les uns sont les organes connus sous les dénominations d'oogone et d'anthéridie, c'est-à-dire les organes de reproduction sexuée de ces algues.

2o Les autres, beaucoup plus gros, à formes variables, renferment un être qui se meut dans leur intérieur et que Vaucher détermina sous le nom de Cyclops lupula,

Vaucher n'hésita pas à comparer ces derniers renflements aux galles des végétaux supérieurs, telles que les bédéguars des Rosiers. Après lui, diverses observations furent publiées sur ces productions par Lyngbye(2), Unger (3), Wimmer(4).

En 1834, le D^ Werneck, de Salzbourg, donna des animalcules, contenus dans les excroissances de Vaucheria cespitosa des dessins assez parfaits pour permettre à Ehrenberg de reconnaître la véritable nature du parasite. C'est un rotateur de son genre Notommata; il en créa l'espèce Notommata Werneckii et le décrivit avec soin (5).

Depuis cette date, Morren, Hofmeister et Cohn, Magnus, Kutzing, ont publié de nouvelles observations sur les Vauchériées et leurs parasites, mais en insistant seulement sur le côté botanique dé la question et en assimilant vaguement

(1) Vaucher. Histoire des conferves d'eau douce, 1803.

(2) Lyngbye. Tentamen hydrophytologix danic», 1819.

(3) Unger. Die Métamorphose der Ectosperma clavata, Vauch., Bonn., 1827 et Ann. des Se. nat,, 1828, T. Xm.

(4).Wimmer. Uebersicht der Arbeiten derschles. Ges, fur vaterl. Cultur,, 1833. (5) Ehrenberg. Organisation in der Richtung des kleinstein Raumes, dritler Beilrag, 1834.

les productions parasitaires de ces cryptogames aux galles produites par les insectes sur les phanérogames.

M. Maxime Cornu, ayant recueilli, en avril 1874, dans Teau d'un fossé, aux environs de Bordeaux, une assez grande quantité de filaments de Vaucheria terrestrisj étudia d'abord sommairement le parasite, puis envoya sa trouvaille à M. Balbiani, qui s'occupa avec beaucoup de soin de l'étude de cette intéressante question. Nous allons passer rapidement en revue les faits acquis sur les galles des Vauchériées et leurs parasites par le savant professeur du collège de France (1).

Description des galles. — Une simple comparaison entre les organes de la reproduction et les excroissances habitées par le Noiommata Werneckii dans le Vaucheria terrestris suffit pour convaincre de l'identité morphologique complète des deux sortes de productions.

Les galles ne sont, en effet, autre chose que les branches persistantes qui forment les organes reproducteurs; mais ces branches, sous l'influence du parasite, ont pris un accroissement considérable et se sont plus ou moins profondément modifiées dans leur forme primitive. Cependant, on y reconnaît toujours la forme en massue de l'oogone, sa partie rétrécie ou manche de la massue qui porte le cornicule ou anthéridie. De plus, on trouve souvent de jeunes rotateurs logés dans les capsules qui, pour la forme et le volume ne diffèrent en rien des branches reproductrices normales. Ce sont de jeunes galles. On observe, en outre, tous les intermédiaires entre elles et les galles les plus développées qui atteignent cinq et six fois le volume primitif de la massue originelle.

Le développement de la galle suit pas à pas le développement du rotateur qui s'est introduit à un âge très jeune, dans

(i) Balbiani. Observations sur le Notommate de Werneck et sur son parasitisme dans les tubes des Vauchéries,

ET LEURS HABITANTS 13i

l'oogone. Les modificalions les plus importantes à signaler sont Taugmèntation de la chlorophylle, Tépaississement de la membrane et la diminution du protoplasma incolore qui est la seule nourriture du parasite. Lorsque le rotateur est arrivé à Fétat adulte, « la capsule commence à présenter des signes de décomposition : la chlorophylle perd sa distribution homogène et sa belle coloration verte ; elle disparait par places, forme des amas irréguliers, floconneux, en partie décolorés. » Les galles des Vauchériées présentent aussi fréquemment des filaments plus ou moins longs et nombreux, simples ourameux, remplis de chlorophylle. C'est là une analogie bien nette avec les galles des végétaux supérieurs, par exemple, les bédéguars des rosiers. Ces filaments naissent et se développent comme les branches des tubes d'Algues et s'ils viennent à être isolés de la galle , il peut être souvent difficile de les distinguer des filaments brisés de Vaucheria.

M. Balbiani a observé que, parmi ces productions adventives, quelques-unes peu développées en longueur se perforent à leur sommet, établissant ainsi une communication entre l'intérieur de la capsule et le liquide ambiant. Ces perforations, dont la formation n'est pas bien connue, permettront aux parasites de sortir de leur galle. Après le départ des jeunes rotateurs, les diverses parties de la protubérance meurent peu à peu et se décomposent.

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