‹ Les galles et leurs habitantsChapitre 7 sur 32 · ANIMAUX GALLIGÈNES. — PARASITES DES GALLES · texte numérisé non relu

ANIMAUX GALLIGÈNES. — PARASITES DES GALLES

La plupart des insectes gallicoles passent l'hiver dans la galle qui reste attachée à la plante ou qui tombe sur le sol Ils hivernent, soit comme larves, et alors les métainorphoses s'accomplissent au printemps, soit comme insectes parfaits. Quelques-uns, cependant, après avoir déserté leurs galles passent dans un endroit abrité quelconque tout le temps de la saison froide.

La sortie de rinsecte est indiquée sur la galle par la présence d'un ou de plusieurs trous à sa surface. Ces trous correspondent au nombre des chambres larvaires. Certains insectes prévoyants s^occupent de percer les parois dé la galle, déjà sous la forme larvaire, parce que l'appareil buccal de Tétat adulte se montrerait insuffisant pour accomplir cette besogne. Pour faire ressortir Vinstinct merveilleux qui guide rinsecte dans cette circonstance, nous n'avons qu'à enregistrer l'observation du grand Réaumur (1), au sujet dune plante, le Limoniasirum guionanum dont la galle a fourni une étude intéressante à M. le professeur Laboulbène (2) en 1857.

L'insecte fut observé par Réaumur da/ns des galles qu'il avait reçues de l'Ile de Chypre, où elles avaient été prises sur une espèce de Limonium. « J'ai ouvert plusieurs de ces galles,

(1) Réaumur. Histoire des Insectes. Mém. XII, p. 448, t. III.

(2) Laboulbène. Annales de la Soc. entom. de Franêé, 3« sér4e> V® BuHetin, p. 61. . .'

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dît-iU dans chacune desquelles j'ai trouvé la chenille morte et sèche... Quoique cette chenille nç fût plus en vie, il m'a été aisé de deviner quelques-uns de ses procédés ; elle ronge apparemment les parois intérieures de la galle. Quand le temps où elle doit se métamorphoser approche, elle perée avec prévoyance la galle d'outre en outre ; cette chenille de la galle de Limonium doit se transformer en papillon dans la galle même ; pendant qu'elle est chenille, pendant qu'elle a des dents, elle perce un trou qu'elle ne pourra percer quand elle sera papillon, et qui sera la porte qui permettra au papillon de sortir de sa captivité. »

MM. Lacaze-Duthiers et Riche (1) ont étudié avec beaucoup de soin l'alimentation et le mode dévie des insectes gallicoles. « Il est curieux^ disent-ils, de remarquer que les larves des Cynips, qui sont si grasses et si bien développées, se trouvent placées exactement dans les conditions que l'on recherche pour l'engraissement !

« Enfermées dans une loge oîi elles ne peuvent se mouvoir qu'avec peine, elles sont condamnées à un repos presque absolu ; aussi la respiration doit-elle être bien peu active, circonstance toujours précieuse, on le sait, pour le développement de la graisse. Une autre cause fait aussi que cette fonction doit être lente : les couches de tissu qui enveloppent la loge centrale sont épaisses et souvent très résistantes ; si elles n'empêchent pas l'air d'arriver, elles ne permettent pas du moins qu'il se renouvelle avec beaucoup de facilité. Et sans vouloir pousser la comparaison au delà des limites qu'elle comporte, nous ne pouvons nous empêcher d'observer que le repos, l'isolement, la tranquillité et l'obscurité où les agriculteurs placent leurs animaux à l'engrais, se trouvent ici réunis pour des larves qui se trouvent toujours remarquablement grasses. »

(1) De Lacaze-Duthiers et Riche. Mémoire sur l'alimentation de quelques insectes gallicoles et sur la productions des graisses, Ann. se. nat., 1853.

Les larves des insectes gallicoles sont aveugles. C'est là une curieuse particularité, dont la production corrélative au développement des mœurs de ces animaux s'explique comme tous les cas de cécité que présentent les animaux soustraits à l'influence de la lumière, c'est-à-dire par un défaut d'usage des organes de la vision, la lumière étant l'excitant normal de ces organes. Le défaut d'usage d'un organe amène son atrophie ; à mesure qu'elle augmente, elle se transmet avec d'autant plus de force par hérédité.

On a remarqué que les larves cannibales qui vivent dans la galle pour se repaître, à un moment donné, de la larve gallicole, quoique soumises aux mêmes conditions que cette dernière, sont plus élancées, portent des pseudopodes et peuvent se mouvoir. Comment expliquer cette différence? La raison en est sans doute dans ce ftût, que les phénomènes d'adaptation sont moins anciens, pour les larves cannibales que pour les larves véritablement gallicoles.

« Tout être organisé, dit Darwin, se multiplie naturellement avec tant de rapidité que, s'il n'était détruit, la terre serait bientôt couverte par la descendance d'un seul couple. » Mais un certain nombre d'entre eux sont destinés à disparaître dès le début de leur existence, les organismes ont à lutter, non seulement pour procurer les éléments nécessaires à leur subsistance, mais encore pour échapper à leurs ennemis mortels, bêtes de proie ou parasites. Chez les insectes gallicoles, les rapports de vie se manifestent à nos yeux sous des aspects différents, mais parfois par une hostilité flagrante. A toute époque, les observateurs ont constaté qu'une même galle peut servir de demeure à plusieurs habitants. Parmi ceux-ci, tous n'ont pas également droit à la demeure. Les uns sont les vrais habitants, les propriétaires, si l'on veut. Ce sont eux qui ont fondé la galle. Les autres sont simplement locataires. On peut désigner par ce nom les insectes ou autres petits animaux qui habitent, à un titre quelconque, des galles à la formation

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desquelles ils sont étrangers. M. Beauvisage (1) divise les locataires des galles en trois groupes qu'il caractérise d'une façon très-précise par les dénominations de parasites^ com-mensaiix et successeun.

On désigne vulgairement sous le nom de parasite (wapa, à côté, et a«w;, grain, aliment) tout être qui vit aux dépens d'un autre. C'est dans le groupe des insectes qu'on trouve des exemples parfois remarquables de vie parasitaire.

« C'est surtout parmi les insectes hyménoptères, que l'on voit en action l'instinct de la mère à la recherche de l'endroit qui convient à sa progéniture. Je ne rappellerai pas ce que les naturalistes ont signalé souvent avec admiration de ces mœurs desdivers Ichneumoniens, Draconides, Ptéromaliens. Quin'alu l'histoire de ces petits hyménoptères, dont la larve est parasite des larves gallicoles? A peine la mère de celle-ci a-t-elle déposé un œuf sous l'épiderme d'une plante où se développera une galle, que l'Ichneumon qui la surveille y vient déposer le sien d'oti sortira plus tard le parasite de l'insecte de la galle (2).»

Le parasite n'a pas intérêt à tuer sa victime. Il faut, au contraire, pour assurer sa propre existence que la vie de son hôte soit sauve. Selon la pittoresque expression de Van Beneden, il « pratique le précepte de ne pas tuer la poule pour avoir ses œufs ». Ce principe qui offre une très grande généralité, peut s'appliquer même aux Ichneumonides dont la cruauté envers leurs hôtes ne peut aucunement être mise en doute; en effet, d'une part, les larves d'Ichneumons qui habitent les galles attendent que les larves fondatrices soient développées avant d'en faire leur proie ; d'autre part celles qui dévorent les chenilles dans lesquelles elles se développent cherchent à leur conserver la vie le plus longtemps possible.

(i) Beauvisage. Galles utileSj Thèse d'agrégation, 1883. (2) Laboulbène. Ai t. Parasitisme, Dictionnaire Encycl.

Les vrais parasites des galles amènent tôt ou tard la mort du propriétaire en se nourrissant de sa propre substance.

Il arrive rarement alors que le développement de la galle s'achève par la présence des nouveaux habitants. Il est plus fréquent de constater un arrêt de développement ou de malformations plus ou moins bizarres. M. le professeur Laboulbène (I ) a observé un exemple remarquable de déformation' gallaire chez le Neuroterus knticularis. Or, il faut savoir que k galle elle-même , sur laquelle M. de Lacaze-Duthiers n'a pas pu découvrir des stomates, a été considérée comme un parasite sur la platite qui la porte; on a pensé que ce parasitisme n'avaitd'antre but qu^de favoriser l'être qu'il renferme. Sans doute, la plante ne peut quesouffrir d'une production morbide, i mais la galle elle-même entant quetumeur profite des avantages d'une' bonne association. Et comme l'association parasitaire' n'a lieu que dans des limites assez étroites, si le parasite étrange est ipar trop différent de l'habitant légitime, la galle sera frappée d'un arrêt de développement et pourra présenter toutes les variétés de monstruosité.

Un exemple qui montre combien les associations parasitaires peuvent s'établir à des degrés divers, c'est le cas très remarquable du Synergus melanopm rapporté par Mayr. Ce parasite |fait périr, par sa présence, datis leurs galles respectives, les Cynips caput-Medusœ^ C. giutinosa. Ci tinctona, et ce' même Synergus mela?20ptiSy dans la galle du Cynips polycera, vit à côté de celui-ci sans nuire le moins du monde à son développement.

Tandis que le parasite vit aux dépens de son hôte, et qu'à' chaque instant il menace sa santé ou sa vie, le commensal ne' lui demande qu'à partager la nourriture. Avec le commensal la concurrence vitale est plus atténuée qu'avec le parasite.

• (1) Laboulbène. Mémoires de la Société de biologie, 4« série, t. V, p. 217-219. 4«69.

c< Dans la galle en voie de développement, des femelles d'Hyménoptères térébrants appartenant à divers groupes Viennent pondre un ou plusieurs œufs qu'elles déposent au milieu des tissus constitutifs de la galle. Deux cas principaux peuvent s'offrir, d'après M. Beauvisage(l) : les œufs sont déposés dans la chambre larvaire, au milieu des cellules de la masse alimentaire, soit dans le parenchyme périphérique.

« Dans le premier cas, les larves qui en sortent se nourrissent aux dépens des provisions alimentaires de la larve propriétaire, et, suivant le nombre et le degré de voracité des nouveaux venus, celle-ci peut continuer à vivre, malgré les conditions fâcheuses où elle se trouve, ou bien, ce qui paraît arriver plus fréquemment, elle meurt d'inanition.

« Dans le second cas, les larves locataires se nourrissent aux dépens du parenchyme de la galle, qui ne paraît jouer qu'un rôle de protection et d'isolement vis-à-vis de la larve galligène ; cette dernière ne souffre nullement de leur présence et se développe dans des conditions normales. »

Les locataires delà galle sont, vis-à-vis de l'habitant régulier, dans le premier cas ses commensaux, dans le second simplement ses voisins.

Les successeurs sont tous les locataires qui viennent dans des conditions diverses, occuper la demeure abandonnée par le véritable habitant. Tantôt, ce sont des larves qui trouvent dans la galle un refuge tout préparé pour abriter leur phase de nymphe; tantôt même ce sont des insectes parfaits qui se retirent dans une de ces retraites inoccupées pour se garantir de leurs ennemis ou pour déposer leurs œufs dans de bonnes conditions de sécurité pour les couvées futures.

Le D' Mayr (2) a fait une étude approfondie des parasites des galles. Depuis 1870, cet infatigable travailleur n'a pas

(1) Beauvisage. Loc. cit., p. 25.

(2) G. Mayr. Die Einmiethler der Mittekuropœischen Eichengallen. (Verhandl. der K. K. zool. bol. Gesellschafl in Wien, 1872, XXU, p. 66λ.)

cessé de consacrer à peu près chaque année un mémoire à un groupe quelconque d'entre eux. Mais ses recherches portent presque uniquement sur les Cynipides galligènes de l'Europe centrale qu'il distribue presque tous dans les genres S î/nergus SapkolytuSy Ceroptres et Aulax. Il ne donne pas de classification générale.

Dans l'étude des nombreuses galles qne nous avons à faire, il est impossible d'indiquer d'avance les parasites divers qui les habiteront. Aussi c'est à propos de chacune d'elles, ou plutôt à propos des plus intéressantes ou des plus utiles à connaître que nous nous efforcerons autant que possible de signaler, à côté des fondateurs ou propriétaires, les locataires divers, commensaux ou parasites.

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