ACTE PREMIER
LE MARQUIS
Et comme nous étions bien gras, c'était le moment de nous manger nous-mêmes.
VAUCLTN.
Allons donc; on vous a tout au plus mordu les talons, et vous courez encore.
LE MARQUIS
C'est qu'on vous sait enragés ! (Vauclin hausse les épaules et se remet à lire son journal; le Marquis, se tournant vers Baiilîon qui est descendu à droite.) VoUS attendez depuis longtemps, monsieur Barillon? — Je vous aemanae pardon
BARILLON
C'est plaisir pour moi, monsieur le Marquis, de vous consacrer toute ma soirée.
LE MARQUIS
A la bonne heure! Vous prenez le thé avec nous... Si le citoyen Léonidas y consent toutefois; car avec ces amis de la liberté, on n'est jamais sûr de ce qu'ils nous permettent! (vau-
clin hausse les épaules sans répondre.) En attendant, Si VOUS VOulcZ qUC
nous causions 1
BARILLON
Oh ! nullement, monsieur le Marquis, rien ne presse !
LE MARQUIS, surpris.
Mais!...
BARILLON
Ne vous occupez pas de moi, je vous en prie. Ma communication ne peut que gagner à ce retard.
LE MARQUIS
Vous êtes mon hôte... commandez!
BARILLON, à part.
C'est tout ce que je demande. Et maintenant étudions nos gens.
LE MARQUIS, à Fromentel, qui lit le journal *.
Quoi de nouveau ce soir, Fromentel?
FROMENTEL, le nez dans son journal.
Ah! ne m'en parlez pas! Ils ne savent plus ce qu'ils font! Voilà qu'ils bâtissent un Opéra maintenant...
* Fromentel, le Marquis, Vauclin, le Bue, de Valcreuse debout devant la chemi" née, Barillon.
DE VALCREUSEj prenant uue pastille dans une bonbonnière»
Un Opéra! — A quoi bon? quand on ne fait plus que de la musique de sauvages !
LE DUC
Eh! eh! les sauvages... ceci me rappelle ce que M. de Lafayette disait un jour devant moi à Louis XVL..
BARILLON, à part.
Parions qu'il n'est pas à la question !
LE DUC
« Sire!... savez-vous qui faisait nos plans de campagne en Amérique!... C'étaient les Peaux-Rouges!... »
FROMENTEL, VAUCLIN, regardant le Duc d'un air étonné.
Les Peaux-Rouges!...
BARILLON, à part.
Il n'y est pas l
LE DUC, continuant.
« Nous n'avions qu'à leur dire : « En avant !... »
LE MARQUIS, allant à lui, et l'intenompant.
Pardon, mon père!... mais nous disions...
LE DUC, montrant Valcreuse.
Je dis cela pour monsieur, qui discute là sur les sauvages!...
LE MARQUIS
Non, mon père; non, nous parlons du nouvel Opéra que l'on conslruit à Paris.
LE DUC
Ah ! l'Opéra. Ah! bien!... Ah! pardon 1
(Il se renfonce dans son iauteuU.) FROMENTEL.
Au lieu d'assainir des quartiers infects, comme la place Maubcrtl si ce n'est pas une honte : des maisons pourries où les pauvres gens sont entassés!... On n'aurait pas seulement la cœur défaire un quartier neuf!...
BARILLON, traversant à gauche sur le devant de la scène.
C'est fait, monsieur Fromentcl !
FROMEiNTEL.
C'est fait... quoi^ c'est fait?
BARILLON
Ce que vous dites...