‹ Les ganaches; comédie quatre actesChapitre 26 sur 238 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

LE MARQUIS, prenant le çicjre de Vauclin el faisant signe à BariUon de s'asseoir.

Voyons, monsieur Baiillon, de quoi s'agit-il ?

BARILLOX.

Mon Dieu, monsieur le Marquis, je vous vois bien ému!

LE M.\RQUIS.

Non, non ! ce n'est rien; nous avons bien d'autres prises ensemble!... Voyons ce qui vous amène?

BARILLON, tirant une lellre de son porlefenille et s'asseymt.

Le jour même où maîIre.Honorin me remettait la clef de l'élude, il recevait cette lettre, venue de Paris, signée d'un nom très-honorable, et qui lui recommandait instamment une jeune personne...

LE MARQUIS, l'inlerrompant.

C'est assez, monsieur Barillon, gardez la lettre. Il s'agit de la fille de ma défunte sœur, n'est-ce pas?...

Précisément, monsieur le iMarquis.

LE MARQUIS

Maître Honorin pouvait se dispenser de vous faire faire ce voyage, monsieur. Je lui ai donné tout pouvoir de subvenir aux besoins de cette enfant. Si la pension que j'ai faite jusqu'ici est insuffisante, augmentez-la, doublez-la, faites enfin tout ce qu'il faudra... et n'en parlons pas davantage.

(Il -va pour se lever.) BARILLON.

Mon Dieu, monsie..r le Marquis, pardonnez-moi d'insister; Tnais ce n'est pas d'un secours d'argent qu'il s'agit cette fois....

LE MARQUIS

Ah! et de quoi s'agit-il?...

BARILLON

Croyez que je suis désespéré de toucher à des questions qui paraissent vous affecter douloureusement.

LE MARQUIS

Oui... oui, douloureusement, en effet, et plus que vous ne pouvez le croire! — M. Honorin vous a certainement mis au courant de cette triste histoire, monsieur?...

BABILLOX.

Oui. monsieur le Marquis.

LE MARQUIS

Mais il l'a fait sans doute a sa manière. Il n'aura pas manqué

de vous dire, monsieur, pour justifier ma sœur, que son choix n'était pas blâmable, ce qui est vrai; que l'homme qu'elle avait distingué, si humble que fût sa condition, était fort honorable en tout point, et je n'en disconviens pas... qu'ils s'aimaient depuis longtemps, et que le refus de mon père à autoriser leur union prenait sa source dans un étrange orgueil nobiliaire qui n'est plus de saison... (ce que je ne discute pas); mais quitter la maison de son père, la nuit, furtivement, à l'heure même où la loi la déclarait majeure,... se réfugier dans la famille inconnue de cet homme, et là, nous dépêcher sommations sur sommations, jusqu'au mariage audacieusement conclu sous le coup de la réprobation paternelle. Ah! voilà, monsieur Barillon, ce que toutes les dibsertations philosophiques du monde ne me feront jamais admettre. C'est une révolte contre la loi de Dieu, qui a le pas sur celle des hommes... Et si vos conquêtes de la législation moderne autorisent beaucoup d'actes semblables, je m'applaudis de ne pas même connaître de nom ces droits nouveaux qui nous dispensent si effrontément des anciens devoirs.

BARILLON

Il y aurait beaucoup à répondre, monsieur le Marquis, si nous étions ici pour discuter. Mais j'aime mieux vous accorder que votre sœur fut coupable, impardonnable même... pour vous rappeler seulement que cette coupable est morte, que cette impardonnable est aujourd'hui devant le seul juge qui puisse la déclarer sans excuse, et que sa pauvre enfant innocente...

LE MARQUIS

Mais je vous l'ai dit, monsieur, faites pour cette enfant tout ce qu'il faudra, et s'il lui manque...

BARILLON

Eh! monsieur le Marquis, ce qu'il lui manque... tout l'argent du monde ne saurait le donner, ni le remplacer ! Songez qu'elle a dix-sept ans, que les personnes qui l'avaient recueillie ne sauraient la garder plus longtemps... Ajoutez qu'elle vient d'être cruellement malade, elle aussi, et qu'elle est à peine convalescente. Ce qu'il lui manque, hélas! suis-je forcé de vous le dire, monsieur, c'est le conseil tendre que son 5ge implore, la douce indulgence, les soins affectueux, la protection constante, et tout cela dans un seul mot : c'est la famille I

LE MARQUIS, ému.

Sans doute... Mais... •

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