LES GAKI6ALD1ËMS 9S
Le quatrième jour, le général napolitain Lelizia fît des ouvertures d'armi&tice, par riAterxaédiair^ de l^miral anglais.
Vers une heure, Garibaldi, MenoUi, son fils, elle eapitaine Misori se rendent au. bord de la mer; ordre avait été donné de suspendre le Ceu sur tous bs points.
Cependant, en passant près de Castelluccio, deux coups de feuxpartenieliesbailesakflUQtauxoreiUes âuigéaéBal.
^ bord de la tuer, on^attaMdit rarrÎKée du ^gé-
néral Letizia, qui, pour plus grande sûreté, s*était fait accompagner par le major Genni^aide de camp de Garibaldi.
Un canot, envoyé par l'amiral anglais, reçut les deux généraux et les oiiiciers qui les accompagnaient*
LfentreTTO eut lieu dans la'dha«nhre4e rambal,
en présence de celui-ci et des amiraux fcançaiSy américain ei 'napolitain.
De cette conférence résulta une trêve de ?ÎDgfrquatre heares, pendant-laquelle les Napolitains pouvaient transporter leurs malades et leurs blessés-à bord des vaisseaux et approvisionner le palais royal <de Tivies*
Cette irôve expirée, les hostilités devaient être reprises; mais, le lendemain, à onze beures du jpsatin, les Ifapolitains demandèrent une psoloQgfttûon de quatre jours, pour que le généial «Letida epût se rendre à Naples et conférer avec le roi.
Asonretour, Tarmisticefntprolongéindéfiniment, et le général Letizia repartit de nouveau pour Naples*
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C'est à ce second retour queitarent si^bees les
conditions définitives de la reddition de Palerme.
Dans la matinée du jour où devait commencer Péfaeoatioii,- les Napc^tains demndèreBl une escorte pour se rendre du palais royal et de la Fiera- Vecchia à la mer.
A la Fiera-Vecchia, on leur donna trois guides et un capitaine d*état-i&ajor, quatre hommes en tout; ils étaient de quatre à cinq mille.
Au palais royal, on leur donna quatre guides et le major Genni; ils étaient quatone mUie hommes.
De Taveu des officiers supérieurs napolitains euxmômest ils avaient à Palerme vingt-quatre mille hommes.
Tont était fini, les Napolitahis étaient chassés de
Palerme, et la Sicile était perdue pour le r(^i de Naples.
liais anssi se retinientrils, comme on dit en
termes de capitulation, arec les honneurs de la guerre.
Voyons comment ils avaient mérité ces hoor neors.
Le S4 mai, c'est-à-dire lorsqu'on avait su qne Garibaldi s'approchait de Palerme, on avait afUcbé, dans les rues de la ville, que, pourm qne la population se ttnt enfermée ches elle, elle n'amii rien à
craindre.
Voilà pourquoi, en arrivant à la Fiero-Vecchia» Garibaldi avait trouvé portes et fenêtres fermées.
Nous avons dit à quel moment le bombardement commença; il dura trois jours; en un seul jour, deux mille six cents bombes fbrent lancées sor la
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Les coups étaient pins particulièrement dirigés
sur les monuments publics, les établissements de bieiifaisance et les couvents.
Je compte de ma fenêtre trente et un boulets dans le charmant clocheton de la cathédrale de Palerme*
Dix ou douze palais et Dotamment celui du prince Cariniy ambassadeur à Londres, et celui du prince de Goto, sont au ras de terre.
Quinze cents maisons sont défoncées du toit aux caves, et, quand nous sommes arrivés, la plupart brûlaient encore.
Tout le quartier situé près de la porte de Castro a été saccagé; les habitants ont été volés, assassinés ou écrasés*
Une razzia avait été faite de toutes les jeunes filles, qui furent emmenées an palais royal, occupé par quatorze mille hommes; elles y restèrent dix jours et dix nuits.
Voilà pour l'ensemble; passons aux détails.
Le capitaine napolitain Scandurra, en voyant tomber un légionnaire de Garibaldi, blessé à Tépaule, enfonce la porte d*un café, y prend une bouteille d*esprit-de»vin, la vide sur le corps du blessé, et met le feu à TalcooL
Le légionnaire eût été brûlé vif, si le capitaine Scandurra n'eût reçu à la téte une balle qui le tua roide.
A l'Alberghesca, dont les habitants comptent à peu près huit cents morts, des soldats napolitains , dans la matinée du 27, enfoncent une porte et trou»
vent une i'amllie composée du père, de la mère et de la ûlle.
LES GAiRIBALDIENS
Us Uient le père et la mère; lia capond â^emfftre de kl jeune fllle» nommée Giofannina Splendore^'et
remmène coinine part de butin; le capitaine Prado les rencontre, voit la jeune Ûlle couverte de sang et tout en larmes; il la prend et la 'dépose 'iSme te marquis Mile.
La terreur l'avait rendue muette.
Dans le môme quartier, les sôldais enfoncent "une porte. Ils tronfent le père, la mère, 'deux eiAntts, l'un de quatre ans, l'autre de huit mois; l'enfant de quatre ans était aux pieds de ea mère, ren&nt de huit mois à son-eein.
Os tnent le père, mettent le feu % laimiiêmi, jet* tent l'enfant de quatre ans dans les flammes, arrachent l'enfant de huit mois du sein^de sa mère, et renvoient rejoindre eon père. La mère, folle âe'dovh leur, se jette sur les soldats. Ils la tuent à coups de baïonnette.
Dans une antre mànon, les Napolitains tronrent une mère et ^es trois enfants, et se font donner le
peu que la pauvre femme possède; après quoi, ils sortent, enfermant toute la famille, et mettent le feu à la 'maison.
Dans la maison de retraite de Diugari, les soldats entrent, violent toutes les femmes, puis ils ferment les portes et mettent le feu.
Pas une femme n'a échappé.
A Santa-Calarina, à la Badoïa-Nova, aux Sept- Anges, trois couvents de femmes, le feu est mia pftr les Napolitains; les religieuses se saoTedt au milieu de flannijcs. J'ai visité, avec le général Garibdidi, les ruines de ces trois couvents; tous les
aérés en avaient été volés. Â la BadoiarNova,
les soldats avaient coupé le cou d'une statue de la Vierge pour lui prendre un collier de corail, et lui avaient casa& un. doigt pour loi. valec une bague en. brillants..
Tous les pauvres effets des religieuses étaient semés sur le plancher ; leurs livres de prières seuls étaient à leur place dans le chœur de Téglise.
Derrière Thôpital, on retrouva huit hommes noyés dans un fossé ; on leur avait tenu la tête sous l'eau jusqu'à ce qu'ils fussent asphyxiés.
Le major Polizzi dirigeait les incendies de CoUi et de San-Lorenzo, et le pillago de la maison du marquis Spina, chez lequel il avait diné quelque temps auparavant, et dont il avait loué la magnifique argenterie.
Les royaux veulent forcer Antonia Ferraza de leur dénoncer l'asile de son ûlSi qui fait partie des picciotti; elle refuse; ils la renversent, latôte en bas, et la brûlent avec da vitriol.
Les Français eurent leur part dlnsultas,.de pii-^ lage et de meurtre..
A.rAgua^nta, Barthélémy Barge oroit protéger sa maison en y plaçant le drapeau tricolore; ce drapeau offusque l'olUciei! qui commaniLe les soldats dulaaaret
Ordre est donné k Barthélémy Barge d'enleiwr la
drapeau, et, comme il tarde à obéir, un trompette napolitain s'élance, déchire le drapeau, et le foule, aux pieds ; un domestique veut défendre, nos.oou*^ leurs nationales,, il. e^t assommé à coups dC: crosse: de fusiU
100 LES OAniBALDIENS
M. Foirand, maître de langue française, est dans la môme erreur que Barge, c'est-à-dire quil croit notre
drapeau une protection. Il l'arbore à sa fenêtre. Les Napolitains envahissent la maison, décliirent le drapeau, le foulent aux pieds, et tuent M. Fuirand à coups de baïonnette. Il laisse six enfants !
^ Tout cela se passe sous les yeux de notre consul, M. Fleoiy.
CE QUE NOUS VOTOXiS
Païenne, 18 juin.
n y a une chose véritablement bien curieuse,
c'est de voir vingt mille Napolitains, armés de quarante pièces de canon, relégués dans leurs forts, dans leurs casernes et dans leurs vaisseaux, et gardés par huit cents garibaldiens qui, deux fois par jour, leur portent à boire et à manger.
Tous les jours, des bâtiments à vapeur arrivent de Naples et en emportent deux ou trois mille qui s'embarquent avec des signes de joie manifestes.
Pendant les deux ou trois premiers jours de notre arrivée à Palerme, je me couchais chaque soir avec ridée que nous serions réveillés par des coups de fusil; il me semblait impossible que ces vingt mille hommes enfermés derrière une simple grille en
bds, iaebant cmfin le nombre de leurs tdtenndm,
n'eussent pas le désir de prendre une sangluute revanche.
Il n'en a rien été; aiqoord'bmi trois ou qntbe
mille Napolitains restent à peine, qui vont s*en' aller de la môme fagon que leurs devanciers ; le dernier Napolitain parti , les prisonniers rioiliens retenus an fort de Castellaceio seront remis en liberté.
Au fur et à mesure que les Napolitains s'embarquent, les barricades diminuent de hauteur et d'épaisseur; elles ne sont plus gardées que par des enfants de douze à quinze ans, armés de lances.
On en organise un corps qui montera à deux nulle.
Pendant la campagne de Rome, Garibaldi avait une compagnie appelée la compagnie des enfants; le plus Tieuz soldat de cette compagnie a^t quinze ans ; k Velletri, commandée par Daverio, elle fit des
merveilles.
Les picciotti abondent; à tout moment, on entend râler un tambour effondré; c'est une compagnie de
picciotti qui arrive du nord, du midi, de l'orient, de l'occident, et qui entre dans la yille avec sou tambour, son drapeau et son moine, capucin ou franciscain, un fusil sur l'épaule.
On se croirait au temps de la Ligue.
A chaque instant, (m entend la détonation d'armes à feu ; c'est un fàsil qui part entre des mains Inexpérimentées €t dont la balle va casser quelques carreaux ou trouer quelque muraille déjà, cependant, suffisamment mutilée.
• Le troisième jour après notre arrivée, Garibaldi
iOa l'Es GÂKIBjLLDlBJIS
aqBtUé le palaû da Sénat pour tenir praMbeui
palab royal rappartemeitf eontigu aamien; mais, arrivé là, il a trouvé rapparlement trop grand et a'art ratiié dans ua peUi paviUoa au. baul d/ime tamase» ncma laiMant, àniaa aonipagaei»^ k moi, tout le premier étage. Il en résulte qixQ uou& avons diinbttii atuuobres de plaia-pieil».
Depnb que Garibaldl aal aiii pala» wjtly dans fois par jour la musique vient nous donner des séréiiada& Comme il y a deux musii^ed^ celle de la gMda BJrtiooala et calla des légiaaiBaiftay.lafpi«« vàèr» anrifée va s'installar «Mia lea fitnètraa. da Qb^ ribaldi, la retardataire sous les miennes.
Puis» quaod celle de Garibaldi a joué tout aûo répartoira, alla lôant soat maa fonètoea» atla.iimsique qui est sous meà fenâtres va à sou tour sous celles de Garibaldi.
Béa le point da jomv la plaaa^daPalais^yaL s'emplit de volontaires que Ton exerce; impossible, da docmû: à cOté du vacarme qu'ils Ibot*.
liaa Skdliass aaofy apréa ou mAma «mit lâs NarpoUlakiB, le peuple le plua criard de^kt terra* Ca&to loquacité fait le désespoir d'un brave colonel anglais qui a pris dikeewioe daDaVacnéadé Gniribaidî et qui s'est chargé da.riBtttrMti<m de dea9aa«»tfl^ cents recrues.
JU paiwa iflfttrufiieur prend lea âkilieiis nu sô- . liiwc AuMit tiori il Yauiaît nhsnhuaant fake ftwitilay un chef de poste qui, sans crier gare, était partit relevant et emmeuaat avec lui toutes les sentiaeUeai ' placées devant lea casernes et les farta aaipolÂtaiMb.
Cla^ehaCde paaia» Uaa eateodiif éfeit wi.pMaUb.
LES GAaiBALDlENS 168
Turr avait beaucoup de peine à faire comprendre au colonel anglais qu'on ne pouvait pas avoir^ avee soldats impronsésv iBsiDêmes-ezigsiioes fa^svec k véritable homme de guerre.
Comme les soldats de* Gai^ibaldi sont vêtus do ttam» wugss, la couleur pooge %si deisenae-à: la mode» et toutes les étoffes rouges ont dooblé de prix. Une simple chemise de cotonnade rouge coûte aujourd'hui quiuze francs».
EentésuUe queles rues et le» places: de PadeEme ont Tair d'un vaste champ de coquelicots.
Le soir, chaque fenêtre, à côté de son drapeau ?«rt,. rouge e^ hlane, arbore ses^déux Uintamea^* Mwt^ rien à» plus cdrieus que la Tille, vue de lu ♦ place des Quatre-Nations, c'est-à-dire au centre de la. ^oix que font les deus rues de Tolède et de Maqueda. On dirait quatre rivière» de ffamme sov*» tant de la même source.
Craribaldi est servi, au palais, par les domestiques de l'ancien vice-roi, qui ont voulu ressusciter poun loi les. traditions da.la table prihcièes;, maîa ili leus a signifié qu'il n'entendait pas avoir pour son dîner autre chose que le potage, un^plat de viande et un plat de légumes. Ce n'est pae sans poiiid ^'il esè pamnutà leucfidise admettre eestoègles de sobriété.
Une chose l'exaspère : c'est que les Siciliens, bon gfié) mal gré, l'appellent £«ai<<^ka0 et veuLanàà.toiaie ibuM M baiser k.mioA.
Tout est hors de prix ici;: on se croirait h Saa«« Francisco aux beaux jours de la Califarnie ; uo QNifse vendqualireaous; IttliMeiapai»^ sniaotts; la livre de viande, trente-
Notez bien qu'à Païenne, la livre n'a que dôme
onces.
Hier, nous nous promenions dans les quartiers rainés de la ville; deux pauvres femmes nous monp traient du pain qu'elles venaient d'acheter.
— Et quand .on pense, disaient-eiieS| qu'en voilà pour un tort/ Tous les matins, il se &it une distrilmtion de
pain et d'argent à la porte du palais royal.
Ce sont les aides de camp de Garibaidi qui, à tour de rôle, sont chargés de ce soin.
La stupébction de cette population superstitieuse
est grande; elle éUiit affamée par un vice-roi catholique, elle est nourrie par un général excommunié.
Il est vrai que frère Jean lui explique cela & sa manière, en lui disant que Pie IX est l'Antéchrist et Oaribaldi le Messie.
Depuis hier, on assure que les Napolitains ont
abandonné Catane ; si cela est vrai, ils n'ont plus
que deux pieds en Sicile, l'un à Syracuse, l'autre à Messine.
Garibaidi prépare une expédition à Tîntérieur; elle sera commandée par le colonel Turr.
On attend de jour en jour Medici, avec les deux mHIe cinq cents volontaires annoncés. Ils garderont Palerme avec le général, tandis que Turr fera son expédition. S'ils tardent, Turr fera son expédition sans eux, et le général gardera Palerme avec trois ou quatre cents hommes.
* Il pourrait la garder seul, son nom suffirait pour en écarter les Napolitains.
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LES GARIBALDIENS lOS
Axk milieu de tout cela, les veogeances particu^ lièxes suivent leur eoors; de temps en temps on
entend cviev : Sorice! sorkef (souris! sourisi) C'est le nom sous lequel les gens du peuple désignent les sbiies.
Alors tout le monde court; un cri de donlenr retentit, un homme tombe; c'est un sbire ou ce n^est pas on sbire; en attendant, Thomme est mort.
Pendant les -premiers jonrs de Tarrirée de Cari» baldi à Palerme, on lui amenait les sbires, pour qu'il en fit justice; mais, après le combat, comme tous les grands inctorieux, Garibaldi est Thomme de la mansuétude; non-seulement il relâchait ces malheureux, mais encore il leur donnait une carte de sûr^; ce qoe voyant les Palermitains, ils se firent justice eax-mdmes.
Mais, si l'on compare les six ou huit sbires assassinés aux mille ou douze cents Palermitains tués, brûlés, égorgés par les Napolitains, on trouvera que la rengeance du peuple se contient dans des bornes bien étroites.
Aureste, jevoQsrapporteàlafoisle pouretlecontre, aGn que youssoyes an oourani de Pexaete vérité. Il y a ici beaucoup d'intérêts différents; chacun exagère les torts de son ennemi* Seul, avec des 'sympathies, mais sans haine, je puis raconter les choses telles qu'elles se passent sous mes yeux.
Je vous ai dit à peu prés tout ce qu'il est possible de dire sur PaJécme en ce moment Sans mes pro* chaines lettres, je vous dirai ce qui se passe dans Pintérieur des terres et quel est le véritable esprit * de la Sidle; car nous avons résolu, mes eomp»?
gnoDfr et moi, d'accompagner le colonel Torr dans son erpédîfion. La goélette ira, par le détroit de • *
Messine, nous attendre à Girgenti.
Quand j 'lui traversé la Sicile en 1835, je Tai tra** versée avec un chef de voleurs à qui j'avais donné dix piastres pour me protéger.
Je vais la traverser aujourd'hui avec une escorie de. deux mille hommes, venus pour la délivrer dè ses deux fléaux, les voleurs et les Bourbons.
Décidément, il y a progrès, et je tiens plus que jamais à mon système de la politique providentielle, qui, par bonheur, ihit opposition à la diplomatie terrestre.
19 juiu au malio*
Le colonel Turr entre chez moi et m'annonce deux nouvelles qui nous retiennent ici jusqu'à demain an soir.
La première est l'arrivée de Medîci et de ses deux mille cinq cents hommes. Il est aujourd'hui à Partanico et sera demain à Palerme ; il apporte dix mille fùsils. Garibaldi* vient de monter en voiture pour aller au-devant de lui.
La seconde, c'est le départ pour demain des derniers Napolitains et la mise en liberté des six prisonniers : le prince PignatelH, le baron Rîso, le prince de Niscemi, le prince de Giardinelli, le père Ottavio Lanza, et le marquis de San-Gipvanni, dont . quelques-ans désirent nous accompagnendans nôtre expédition.
— Ces six hommes, nous disait hier Garibaldf, màtenl sa millions à la Sicile. En effet, si les Na-
LVS GARIBALDIENS tOI
politains ne les avaient pas eus entre les mains, on eût pu leur faire, pour la reddition des armes, des conditions ploB dures qne celles qu'on leur a fiites.
Grâce à cette arrivée de Medici, notre corps expéditionnaire se composera de quatre mille hommes «Il lin de ém miite.
19 Juta SQ soin
•Un grand bruit nous arrive à table, et nous fait tous courir au balcon* Une foule immense débou* ehe psr h rue de Tolède et s'avance vers le palais avec des vociférations, des huées et des sifllets. Il nous est d'abord impossible de distinguer autre ebose que quatre garibaldiens s'agitant pour dé» fendre un homme, et encore les distinguons-nous parce qu'ils sont vêtus de rouge. Enfin» au fur et à mesure qu'ils avancent, nous arrivons à reconnaître sm'flitliett-d^eax un bonime que l'on tient enchaîné par le cou.
Comme on l'amène au palais, nous descendons et 1MK1B vous trouvcms là juste au moment où on le
fait entrer, en le soulevant, par la fenêtre d'une es* pèce de loge de portier.
>CMm«bire ndStninô Molinot^le mêBie qm,'daiis la «oMe du i avril, a dénoncé Brso avec deux moi* nés, frère Ignazio et frère Michèle.
Le peuple Ta reconnu et allait le mettre en pièces, quand, imr bonheur pour lui, quatre garibaldiens l'ont pris sous leur protection et l'ont, comme nous venons de le voir, conduit au palais.
iOa ' LES GARIBALDIENS
' Demain, Garibaldi revient et prononcera sur
son sort.
n sera bien difûcile de ne pas le /usUler.
Les deux eheb des sbires étaient les nonounés Sor-
renlino et Duché. Ils ont traversé la ville lors de la capitulation, déguisés en soldats napolitains; iia sont au Gastelluocio» et partent avec les Napolitains*
Bs espèrent bien que François U leur donnera une pension et les anoblira.
Un Français qui habite Palerme et que je n*oâe nooimer en cas de réaction, m'amène un malheureux auquel on a donné la torture.
Le moindre des supplices qu'on lui a fait subira été de le lier en boule et de le faire rouler du haut en bas des escaliers du palais royal, en semant ces escaliers de clous placés sur la téle et de couteaux placés sur le dos; — le moindre de ses suppUces, entendexrvous? les autres ne peuvent pas se ^ra» • conter»
Lors de la retraite des Napolitains, sa sœur a été violée par les soldats, qui lui ont ensuite coupé la tète et ont laissé dans la rue le corps nu et la tête coupée. Le corps et la tête ont été trouvés et pieusement recueillis par les carabiniers génois.
Lorsque les royaux ont. été envoyés contre les carabiniers génois, habiles tireurs qui tuaient leur homme à chaque coup, ils ont enfoncé les maisons, ont pris les femmes et les jeunes filles, et, la baïonnette dans les reins, les ont contraintes de marcher devant eux.
Sûrs de leurs coups, les carabiniers ont tiré dans les intervalles et au-dessus de la léte des femmes*
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LES GARIBALDI££fS JCO
Quelques-unes ont été blessées par les baïonncLlcs napolitaines, pas une par les balles génoises. Malgré ce rempart vkraBt, les Napolitains furent
mis en fuite.
La marquise de Sau-Martino me racontait hier ^ une assez bonne histoire en ce q[u'elle a un triple côté: côté triste, côté fanforon et côté grotesque.
Le général Letizia — le môme qui fit demander la première trêve à Garibaldi et qui avait donné sa parole d'honneur à un gentilhomme palermitain que (jarilialdi n'éntrerait pas à Palerme arrive un jour chez la duchesse de Villa-Rosa, et, avec l'air grave d'un homme qui fait son testamenti dépose à ses pieds une valise en lui disant :
— Duchesse, je pars pour une expédition des plus dangereuses; si je reviens, vous me rendrez cette valise; si je ne reviens pas, disposez de son eotttenn comme bon vous semblera. ^
Le général Letizia partait tout simplement pour piller la maison de campagne du marquis Pasquatino.
On s'étonnera peat*être de ce que. je nomme en toutes lettres les héros de ces anecdotes au lieu de les désigner sous des initiales ; mais mon avis a toujours été qu'avec certains hommes, il ne suffit pas de soulever les masquer* il faut les arracher.
19 juin, miauit.
Tandis que je travailICi retentit tout à coup UM vive canonnade : les coups se succèdent irréguBè*
rement et comme ceux d*un feu à volonté. ^
110 L£$ GARIBIXDIËMS
Je quitte uioa bureau et vais au balcoui où ja irouye mes compagnons réunis. Us ont sauté à bas du lit; denx sont dans le costume de la Juive, trois
autres dans celui de Britannicus, de Néron et de Narcisse; avec mou pantalon à pieds^ je suis le j>lus vdtu de tous.
On voit la lueur des coups et Ton entend le bruit. /
Baux des nôtres prennent leur montre et calculent, par le temps qui s'écoule entre la luéur et la détonation, que le combat doit avoir lieu à q^uinze ou dix-buit milles en mer.
Toute la ville s'éveille et bruit; on entend sur toute la ligne de ceinture le cri des sentinelles.
Ceux qui n'ont pas foi dans la parole des Napolitains — et le nombre en est grand — croient qu'ils profitent de la tréVè et du renversement des baiiicades pour tenter un coup de main sur Palerme. D'autres pensent que quelque bateau sarde» porteur d'un secours d'kommes et de fusils, a été rencontré en mer par une frégate napolitaine en croisière, et prend chasse.
Tout le monde déplore que Garibaldi soit absent.
Ce qu'il y a de certain, c'est que la trêve conve- * nue devant l'amiral anglais, l'amiral américain et Tanural français, ne saurait être rompue sans exposer les Napolitains à combattre les troupes de
débarquement des trois nations. v
Or, il n'est pas probable que des hommes qui, étant vingt^eu contre un, ont reculé devant Gari* baidi, aillent se mettre trois grandes nations sur les bras pour tenter de reprendre une ville qu'ils ont si béftévolement abandonnée.
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LË8 &AEIBALD1£KS iâi
Je cou£S réveiller le m£yor Ceaai, qui se lève en . disant: ,
— - Quje perMBM M koQ^s I
Je trouve chez lui ou plutôt à sa porte le duc de la Verdura, préteur de la TiUe,.qui aceourt imi «fluré. Tandis que Camn se lAve, j'eniBatee le pféteur sur notre balcon, d*û.ù l'on aperçoit la rév^* liéraiion des coups.
Au milieu de toutes les cfpmom éHûees, an 4as assistants élève la voix :
— - Messieurs^ dit-il, je déjeunais ce matin chez l'amiral Jehenne, lorsqu'on est venu lui,dire que la corrette anglaise levait Tancre pour aller faire Texercice à feu au large. Mon avis, à moi, est que • c*est la corvette qui fait l'exercice à feu.
Tout le inonde se met à rire à l'idée que, devant une ville qui vient d'être bombardée, qui a perdu miUe ou quinze cants de ses habiiattts dana ce J^om^ liaffdcaieid, qui eit«i tumulte toit le jour^ en mb^ goisse toute la nuit, une corvette anj^laise aurait ^ ridée de iaina rexercic^ k £eu k une luxure du matîiu
Sn attendant, on "voit-ce UKWveif des d^aeher
ments dans les ténèbres de la vaste place Royale, espace d'un àilooaàUEe emi éolaÎBé par huit léver* bëres à l'huile.
le propose de monter sur Tobservatoire qui est au plus haut du palais et d'oii l*on découvre âcuUe la mer; mata, afu^unejiMqtantanieiie eofofs^ le feo s'est éteint.
Un cavalier traverse la place k toute hcide et s'arrête 41a norte du j^alaksoTsal*
Tont le monde devine qu'il apporte des nouvelles,
et on se précipite à sa rencontre.
»L'amiral anglais invite les autorités de la Tille à ne pas s'inquiéter : tout ce bruit est causé par sa corvette, qui fait l'exercice à feu !
— £b bien? dit, tout triomphant, celui de nous qui avait deviné juste.
— Que voulez-vous, mon cher! répondis-je; je savais les Anglais bien excentriques, mais je ne les savais pas si folâtres.
Tout le monde regagne son lit; je me remets au travail.
^ 20 juin.
A dix heures, Garibaldi est arrivé. La première
chose qu'il a faite a été de mettre en liberté le sbire et de lui donner une carte de sûreté. Malheur au premier que Ton prendra I
A onseheures, La POTta, le héros du peuple, lHlustre chef de guerrillas qui, depuis le 4 avril, tient la campagne, qui le premier s'est^éuni à Garibaldi et dont les honmies seuls ont tenu k Galatafioii , est venu me prendre pour assister à la mise en liberté des prisonniers.
Nous sommes montés en Toiture et avons pris le chemin du môle.
Il n'y avait pas une fenêtre de la rue de Tolède qui n'eût son drapeau aux couleurs de l'indépendance, pas une porte où ne* tùt collée cette af&che» qui n'a pas besoin de traduction : •
LEÇ GAaiBâLDIBNS m *
VOGUAMO l'AKN£SSIOK£