AL REGNO GOSTITUZIONALE BI
^ vmoRio-slixAiraBLB n.
Les balcons étaient encombrés de femmes et d'eofuits appartenant ai sîgtion, comme on dit ici« Qoant anx seoils des portes, aux perrons, aux por- ' tiques, ils appartenaient de droit au peuple.
Une haie de garibaldiens, de piccioiti et de guer* rilleros, armés de fusils de tons les échantillons, depuis le fusil de rempart avec sa fourche jusqu'au canon de pistolet monté sur une branche d'arbre et auquel on met le fea avec nne mèchei s'étendait du palais royal an môle.
Le véritable chemin eût été la rue de Tolède; maiS| en iace de la cathédrale, la rue est iatercep* tée par les mines du palais Carini, et, à ^fixxL au- i très endroits» de pareils olM^dea obstruent Ift chemin.
U iàUait donc faire des détours.
A une centaine de pas du m61e^ nous entendîmes
de grands cris; puis, tout à coup, nous vîmes une immense foule de peuple qui roulait au-devant de nous en dansant, en agitant des moiicboirs et en criant :
— Vive ritaliel
Mous arrêtâmes notre voiture.
Ce qu'il y a de remarquable dans ces sortes de fêtes populaires, c'est que cavaliers, cheTàux, piétons» homme^ armés, hommes sans armes» fcm«
lil LES GARIBALDIENS
mes, enfants, vieillards s'entassent, se poussent, se
croisent en dehors de toute précaution prise, sans gendarmes, sans police, sans sbires, et que pas un accident n'arrive.
Nous nous troovftmes en «9 instant le centre de *
deux un trois /xîille personnes, qui n'étaient qu'une aTant-garde.
La nmsiqae 8*avftiiçtift en jouaiit l'air national
de la Sicile. Dmnt elle, derrière elle, autour d'elle, hommes et femmes dansaient ; en tôte de tout, un prêtre, représealant le roi David devanl l'arobe ; poti^ venaient les cinq noitures oontcnant les prisonniers et leurs familles. Us étaient littéralement en sevelis sous les ûeurs qu'onleur jetai t de tous côtés* Derrière enx soivail une longne file de voitoituu
Nous prîmes rang.
A peine les prisonniers furent-ils entrés dans la ville, que les eriS) les applaudisseinentiy les vivat éektèrent. CTétaiinn enthousiasme effifuj^nt, comme
toute chose arrivée à son paroxysme. On jetait des fleurs, on jetait des bouquets; on Unit par jetée les drapeaux des fenêtres* Chaque voiture eut SOn drapeatt et mêM aes
drapeaux.
J'étendais le hm podr en fmnére on lorsqoa La Porta me dit :
— Attendez, je vais vous donner le mien.
Et, appelant un de ses guerrilleros :
— Dis à mon porte^bannière de m'apporter mon drapeau.
Le porte-bannière accourut; La Porta me mit dând les mains son drapea6| percé de trente^buil
bâties, n en résulta que les honneurs de la journée furent à moi, à cause du drapeau.
A chaque groupe entassé sur un perron, j'étais oMigé d'abaisser le drapeau, que les femmes saisissaient à pleines mains et baisaient avec cette ardeur que les Siciliennes mettent à tout ce qu'elles font
^ Nous passtocs devant un couvent de religieuses. Les pauvres recluses, suspendues à leurs grilles, criaient avec frénésie : «c Vive TKaliel » battaient des mains avec fureur, se tordaient les bras de joie.
La marche dura plus d*une heure avec un délire toujours croissant. Enfin, on arriva sur la place du Gbîteau, où toute cette multitude put s'étendre.
Garibaldi attendait sur la galerie de son pavillon, planant au-dessus de tout ce bruit, comme s'il avait déjà atteint les sphères sereines.
Les voitures se sont engouffrées sous la sombre voûte du palais.
J'ai laissé les prisonniers allei" remercier leur libérateur, et je suis rentré chez moi.
Mais à peine ai-je paru sur le balcon, accompagné du porte -drapeau de La Porta, que les vivat ont éclaté. Ce peuple enthousiaste faisait la place du poète dans cette solennité, où se réunissaietit toutes les poésies.
0 mes trente ans de luttes et de travaux, soyez bénis I Si la France n'a pour ses poôtes que la couronne de la !hisère et le bâton de l'exil, l'étranger leur garde la couronne de lauriers et le char du ti'iomphel •
Oh! si vous eussiez été avec moi, ici, sur ce bal*
coQi VOUS deux que j'ai dans mon cœur, cher La« martine, cher Victor Hugo, c'est à vous qu'eût été le triomphe !
Prenez-en votre part, prenez-le tout entier; que les plus douces brises de Palerme vous le portent avec le sourire de ses femmes, avec le parfum de de ses fleurs !
Vous êtes les deux héros de notre siècle, les deux géants de notre époque. Moi, je ne suis, comme ce pauvre guerrillero de La Porta, que le porte-bannière de la légion.
Mais, n'importe l après avoir laissé, il y a deux ans, mon sillon dans le Nord, je le laisse aujour^ d'hui dans le Midi. C'est vous que Ton applaudît en moi du. mont Elbrouz au mont £tna. — Sois ingrate, France, tu le peux; le reste du monde est reconnaissant!
11 y a un jour comme celui auquel j'assiste, non pas dans un an, non pas dans un siècle, mais dans la vie d'un peuple I
Les prisonniers, en sortant de chez Garibaldi^ sont venus me faire visite avec leurs mères, leurs femmes, leurs sœurs. La femme de Tun d'eux, la baronne Riso, est la fille de mon vieil et loyal ami du Hallay, le juge de camp de toutes les alTaires d'honneur.
20 juin au soir*
En vérité, il y a une justice céleste.
Un grand rassemblement débouche de la rue de Tolède. Une cinquantaine d'hommes, au milieu de
ce rassemblement, sont armés de torches; ils roulent» à coups de pied, un objet informe qn'ils
huent, qu'ils insultent, qu'ils sifflent; ils viennent sous mes fenêtres, et, là, dansent autour de cet objet que chaque danseur frappe du pied.
Paul Parfait, Édouard Lockroy et deux ou trois autres de mes compagnons descendent pour savoir quel est cet objet.
Je reste sur le balcon.
Savez-vous ce que c'était que cet objet que la > populace de Palerme traînait, je ne dira pas dans . la boue, mais dans la j(»ous5iàre, qu'elle cou?rait de crachats et d'immondices? C'était la tête de la statue brisée de l'homme qui a empoisonné mon • père ; c'était la tête du roi Ferdinand i
Sent-il quelque chose de cela dans sa tombe royale, l'homme qui a présidé aux massacres de 98, qui a vu pendre Carracciolo, Pagano, Cirillo, Eleonora Pimentele; qui a vu trancher la tête à Hector Garafa, et qui a été obligé de . donner des appointements fixes au bourreau, parce que les vingt-cinq ducats qu'on lui allouait par chaque ej&écution ruinaient le trésor royal
n n'y a plus un Napolitain à Païenne ; nous avons
maintenant le chiflre exact de l'armée royale era- . barquée pendant les huit jours qui viennent de s'écouler.
Elle comptait vingt^t mille hommes.
Comme on pourrait dire que nous avons éxagéré
les cruautés commises par les Napolitains, nous
lid ^ LES GAAIDÀLDI£i^S
•MsigtioM iel mm flècm «IteMte qêt imm 6M
fournie par le consul suisse, M. Hirzel.
Nous lâ reproduisons sans y cbaiiger uq iao^ i'o«*
C'est Qft rapport m msttétiM LMea» )» MeMiè
autorité de Palerme. 11 doit donc renfermer tous las ménagements que les repiséMatants 4e* nâtioM ont l'habitude de conserver entre ettiu
A Son Excellence le maréchal Lans^ miM (k Z^'alier
« Mecme» 9 juin 1860.
a BnellÉMe,
» Sur l'avis qiii m'a été donné pas divemes jperscmtiês qu'Alberto . TIch Holier, Suisse de natiôlH
itiari de donna Rosa Bevilacqua, domicilié piazzetta Grande, n» 778, boutique 22, dans la rue qui donduit de la place Bailero vers la porte de Castro, cantintef' de son état, avait eu le mathettf d'être pillé et incendié; que sa boutique et son magasin avaient été saccagés ; que son fils, âgé de douze ans, en voulant fdir l'incendie, avait été tué par les soldats d'un coup de fusil , et que nul ne pouvait dire ce qu'était devenu le reste de la famille; j'ai em qcrti était de mon* devoir de pmàrt fumm»* nellement des renseignements, et je mê sni* aul i U S lO aux habitants, ses voisins; mais nul n'a pu me dire autre chose sur le compte de cette famille, sinoa qu'on la supposait arrêtée par les troupes royales;
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LES GARIBALDIENS ilO
seulement, aucun n'en savait davantage; et tout ce que l'on pouvait supposer, c'est que cette nom* brense famille avait été conduite au couvent des Bénédictins blancs, renfermée dans le réfectoire et brûlée vive par le feu que les soldats avaient mis à ce couvent avant de se retirer vers ie palais rôyal. '
» Ne pouvant croire à la vérité d'un pareil rapport, je me rendis personnellement au couvent des Béné* didins susdits.
)) Chemin faisant, au milieu d'un quartier entièrement ruiné» et parmi des maisons brûlées, des ruines desquelles sortait une odeur pestilentielle, j'ai demandé h tous ceux que je rencontrais d'où • » venaient de pareilles horreurs, et par chacun des quelques survivants de ce pauvre quartier, môme réponse me fut faite, que ce que j'avais sous les yeux était le fait des troupes, qui, tandis qu'elles se retiraient vers le palais, repoussées de leur poste de défense de la porte Montalto, tuaient tout ce qu'elles rencontraient dans leur fuite.
i> Arrivé au couvent/ des Bénédictins blancs, je fus conduit dans un vaste local que l'on me dit avoir été le réfectoire; là, je trouvai des hommes occupés à transporter des cadavres brûlés qui étaient, m'assuraient-ils, ceux des habitants des maisons voisines que les troupes royales avaient arrêtés et enfermés dans ce local; après quoi, ayant pillé et saccagé le couvent, elles s'étaient retirées en y mettant le feu.
» Je demandai aux fossoyeurs combien de cadavres ils avaient déjà emportés; ils me répondirent
quarante ; je leur demandai encore combien il en pouvait rester à emporter, et ils me dirent : « Une 9 vingtaine. »
» Ainsi, c*étaientsoixante personnes assommées dans ce seul couvent des Bénédictins blancs.
» Je me tourne donc avec la plus grande anxiété vers Votre Excellence pour en obtenir quelques renseignements sur le sort de mon national, s*il se trouve arrêté à cette heure avec le reste de sa famille, ou toute autre lumière sur le sort de ces malheureux, présentant ma demande à Votre Excellente au nom de l'humanité et de la justice, réclamant, dans ce cas, un ordre de Votre Excellence pour le faire mettre le plus promptement possible en liberté, faisant toute réserve pour les dommages-inlérôls que mon national pourra pré^ tendre en temps et lieu plus opportuns.
» Vaqmi de la Confédéralion smssep
» G.-G. HlRZEL. »
On accusera peut-être le rapport de l'agent de la
Confédération suisse d'être peu poétique ; mais on n'osera pas l'accuser, je présume, d'être inexact.
Le premier bataillon des volontaires piémontais^ division Medici, arrive musique en tète; chacun d'eux est admirablement armé et équipé; on dirait des hommes ayant dix ans de campagne*
Gomme nous n'attendions qu'eux, nous partons probablement ce soir, sans fauté demain.
LES GARIBALDIENS m.