N BOUTS
Villafrati, 22 juin»
Notre première étape, en sortant de Palerme, a été Misilmeri. Nous suivions, pour quitter la capitale de la Sicile, la route que Garibaldi avait suivie pour y entrer.
Arrivés au pont de TAmiraglio, nous y trouvâmes trois cadavres de sbires à moitié rongés par les chiens; ils n'étaient cependant tués que de la veille.
C'est au pont de l'Amiraglio qu'a eu lieu le premier engagement entre les royaux et les garibaldiens; c'est là que trente-deux hommes, conduits par Tuckery et Misori, attaquèrent quatre cent» Napolitains, et, secondés par Nino Bixio et une compagnie de Piémonlais, — c'est ainsi qu'on appelle ici les volontaires, de quelque nation qu'ils soient, — les débusquèrent.
La veille de mon départ de Palerme, j'avais reçu ce certiiicati suite d un conseil donné par moi:
u Aujourdliui, 20 juin 1860, se sont enrôlés»
<m LES GARiDALDI£i\S
comme Hmpks soldaU^ dans le régiment de ca^a-* lerie légère dont je suis colonel,
» MM. le prince Conrad Niscemi,
le baron Jean Colobria Riso,
le prince François Giardinelli,
le chevalier Nosarbartholo San-6io« vanni.
» Sit^tié: le colonel GiULio Samto-Stjëfako D£S
HABQDIS DE Là CbRDA. JI
Une heure auparavant, j'avais été tiite mes
adieux au général, et, comme je lui avais demandé dans quels termes précis sa démission avait été présentée au roi de Piémont, il avait été chéh^her dans une liasse* ua duplicata de sa démissioiii et me Tavait donné.
Voici le texte môme de cette démission :
J'en possède une copie écrite et signée par Gart-
baldL
)) Sono molto riconoscente alla Sua Maesta pei^ Talto onore délia mie nomina a tenente genende; ma devo osservare alla Sua Maesta che con cîo, io perdo la liberla d^azione colla quale potreï esser utile ancora nell' Italîa centralCi e prego la Sua Mheeta é'esser tteta buona di ponderwre ki gkMlitia
délie miel ragienî e sosp^ndere, aimeuo per ora, la nomina suddetta.
» €on aHeltuoso rispetto délia Sua Maesta»
» Sono il devotissimo
» GÂaifiALDI. » V
U ; a loin de là à «ce cri sotti des entrailles d'un
de nos maréchaux de France : a On ne m'arrachera mon traitement qu'avec la vie I »
Nous avons Hait, avant de partir de Palerme,* um groupe photographique des six principaux prisonsonniers, et deux magniiiques portraits, un de Turr et l'autre du général. Lorsque je portai au général la copie qui lui était destinée, il me pria d'y écrire un mot, en souvenir de notre amitié.
Je pris une plume et j'écrivis les ligjoes suivantes :
« Mon cher général,
> Évites les poignards napolitains, devenez ^sheC d'une république, mourez pauvre comni.e vous avez
vécu, et vous serez plus grand que ne l'ont été Washington et Gincinnatus*
» Al£x. Dumas.
» Palerme» 20 juin 1860< •
Notre petite troupe de soldats amateurs suit jpie-'
ment la colonne expéditionnaire.
Mous sommes tous armés d'un fusil à deux coups
et d'un revolver; nous avons deux caièclies de ré- , guisition*
De plnSy le comte Tasca, Tan des plas riches pro-
priétaires de Palerme, a voulu nous faire les honneurs de là Sicile: pendant une vingtaine de lieues, nous pouvons nous arrêter dans ses chàteauzi ses fermes, ses maisons ou celles de ses amis.
Il a deux voitures, une pour lui, une pour son valet de cbambre.
La seule chose qu*il y ait vraiment à craindre jusqu'à Girgenti ou Syracuse, ce sont les voleurs.
Lorsque les Napolitains, chassés par les soldats de Garibaldi, ont abandonné, en fuyant» la garde des prisons de la ville, les prisonniers, presque tous voleurs ou assassins faisant leur peine et attendant leur jugement, se sont échappés des prisons, et, trouvant la* ville pei^ sûre, se sont réfugiés dans la montagne.
Là, réunis par troupes de dix, de quinze et même de vingt, ils ont repris leur première industrie, arrêtant et pillant les voyageurs. <]!omme nous ne suivons pas très-exactement la marche de la colonne, nous aurons, selon toute probabilité, maille è partir avec eux.
Ainsi, par exemple, la première nuit, nous sommes partis à trois heures du matin.
Dès la veille, à cinq heures, la colonne était partie.
A six heures du matin, nous sommes arrivés à Misilmeri ; Turr y était, non-seulement couché, mais malade. Il avait été pris de violents vomissements de sang.
^ Ij ... Lj v,j^y..,-^le
Aussi les légionnaires ne se remelLroni-ils en Toute qu'à la nuit.
Quant à nous, nons partons à trois heures de Pâprès-midi pour préparer les logements à Vilîafraii.
Misilmeri a ceci de remarquable, que c'est le premier pays de la Sicile qui se soit soulevé après le 4 avril.
Il y avait à Misilmeri quatre soldats napolitains^ huit gendarmes à cheval et huit sbires.
Les gens de Misilmeri commencàrent par les chasser; puis on arbora la bannière italienne et Ton sonna tocsin.
Un comité fut établi.
Le préddent, du comité était don Ticemso flâ«
molo.
Le vice-président était notre hôte, il signore Giuseppe Fiduccia; deux prêtres complétaient ce tribunal d'insurrection, Pizza et Andolîna.
Lorsqu'on me les présenta, je reconnus dans Andolîna le prêtre qui dansait si énergiquement de* vant la voitnre des prisonnierSi à leur sortie de Castelluccio.
Le il, on alla, un peu en avant du pont de l'Amixaglio, attaquer un corps de Napolitains; mais le bruit ^n combat attira une colonne trop forte pour
que Ton songeât h lui résister.
On se réfugia dans la montagne.
Les insurgés étaient à peu près deux nulle.
Le 16, se présenta dans leur camp Rosolino Pilo» Je précurseur de Garibaldi; il remonta tous les courages en annonçant le prochain débarquement dugénéraL
Oigitized
128 LES GÂRIBÂiDIElfS
U avait de Tor anglais. Notre hôte lui eu changea une partie contre de la monnaie sicilienne.
Sur ces entrefaites arriva La Masa, avec trois ou quatre cents hommes seulement. Il réunit le comitéy qui décida que Bliailmeri serait le quartier général de la révolte, et que ce serait de Mieîlmerî que l'on corres|)ondrait avec toutes les j^arties de
nie.
Cette initiative de la part d'un homme phcé air-
dcssus des autres, lui valut sa nomination de commandant des guérillas.
Ce fut avec ce titre qu'il rejoignit tSaribalddi à Sa\|emi, je crois, lui amenant six ou huit cents hommes; les picciottise trouvèrent h la bataille de Calataflmi; j'ai dit comment ils s'y étaient conduits.
On parte fbrt diversement de La IVasa : tes uns prétendent qu'il a beaucoup fait, les autres (ju'il n'a rien fait du tout.
Inutile de dire que, des deux cAtés, îl y a de Vex^
gération. Mon avis à moi est qu'au milieu d'hommes ' aussi braves et aussi simples que le sont Garibaldi^ Xurr, Nino Bizio, Sirtori et Garini» La Sasa a eu le fort d*employer trop souvent et trop em])hatiquement le mot je.
Au reste, il est dans les environsi ét, selon foute probabilité, je le verrai avant moa dôpatt cfe Tillafrati.
 trois heures du soir, par une chaleur de quarante-cinq degrés au soleit, nous avons quitté ni<-
silmeri. Les garibaldiens devaient quitter à leur tour la ville à huit heures du soir, faire une halte de minuit à trois heures du matin, puis se remettre
en marche et arriver à Yiliafjrati vers six heures da matin.
Villafrati se signale de loin par un petit château normand assez bien conservé, nommé par les gens du pays le château de Diane, et situé au sommet
d'un rocher; au bas, dans la vallée, abrités derrière une maison de paysan, sont des baiios arabes d'eau sulfureuse.
Une inscription arabe à moitié ou plutdt aux trois
quarts effacée par le temps a été déchiffrée par un savant palermitain ; ces diables de savants déchiiirent tout!
La voûte des bains est encore telle qu'elle a été bâtie par les architectes arabes» avec ses trous pour laisser sortir la vapeur.
Villafrati, ou la ville des prêtres, estMtiesurle penchant d'une montagne assez rapide. Notre cocher s'est entêté à la faire monter au galop par ses chevaux, jusqu'aux trois quarts de la montée ; les chevaux ont d'abord assez bien pris la chose. Mais, tout à coup, sans prévenir notre conducteur de leur mauvaise intention, qu'ils s'étaient, selon toute probabilité, communiquée à Toreilie, ils se sont tous trois, d'uncommunaccordjjetés de côté. Heureusement, la roue de derrière de notre calèche s!est trouvée calée par une grosse pierre qui nous a arrêtés court. S pouvait nous en arriver autant qu'à Hippolyte sur la route de Mycènes; il n'en a rien été, grâce à Bieul mais la faute n'en a pas été à nos che- Yaux : — la bonne intention de nous casser le cou
y était.
Comme nous n'étions plus qu'à une centaine de
pas de la maisoii du marquis de San-BIarco» la plu9
élevée de la ville et visiblement la casa principak^ Dous avons fait le reste de la route à pied.
Grftce à Salvator» le valet de chaiôbre du comte Tasca, nous avons trouvé les fourneaux allumés, le dîner en bon train et des lits préparés dans toutes les chambres. . ^
Villafrati est située dans un ratissant pays» au mllien de montagnes nuancées par des champs de blé qui ondulent sous le vent et par des bosquets d'un vert charmant*
En face de nos fenêtres s'élève le vieux ehftteau de Diane.
Une plate-forme s'étendant devant la façade, sur* montée de bustes d'empereurs et d'impératrices romains modelés à Faenza, domine tout le village et la rue que notre cochera si malencontreusement eu ridée de nous &ire gravir au pas de course de ses chevaux.
Cette plate-forme, pavée de faïence et toute garxûe de roses trémières sauvages, est délicieuse de cmq heures du matin à neuf heures, el de cinq heures
du soir à la nuit.
Aussi, le lendemain de notre arrivée, après une nuit fort tourmentée par les cousins et les puces, ces deux grands fléaux deTIlalie, — les Bourbons et les Autrichiens, à mon avis, ne sont que le troisième» — aussi, dis-je, le lendemain de notre arrivée » étais-je, à cinq heures du matin, sur cette terrasse; l'avant-garde de la colonne apparut bientôt au détour de la route, et, un quart d'heure après, elle atteignit les premières maisons du village.
LËS GARIBALÛIËNS 129
Au bout de cinq minutes, un cavalier entrait à toute bride dans la cour du château ; c'était le frère Jean, coiflë d*un large chapeau à glands de soie.
Changez les glands de soie en glands d'or, teignez le chapeau en rougei et vous aurez un chapeau de cardinal. '
Frère Jean, frère Jean ! une si ambitieuse idée yous serait-elle venue sous votre froc de franciscain réformé?
Mon premier soin fut de lui demander des nouvelles de Turr; Turr avait été repris de vomissements; il venait dans une voiture traînée par trois chevaux blancs que, de la plate-forme, frère Jean me montra à la suite de la colonne.
Il était impossible que Turr montât jusqu'à la casa principale^ où son logement était préparé. Nous nous mimes eu quête, frère Jean et moi, et lui trou* vâraes une maison aux trois quarts de la montée, juste à l'endroit où nos chevaux avaient essayé de de se débarrasser de nous.
Une demi-heure après, ûotre cher malade était dans son lit.
La colonne doit s'arrêter ici^ trois jours.
J'écris à Garibaldi pour lui apprendre dans quel état de maladie sérieuse est Turr, qu'il aime comme son enfant. Probablement Turr recevra-t-il demain ou après-demain Tordre de retourner à Palerme.
24 juin à midi.
Hier, à quatre heures, le comte Tasca est venu me
prévenir qu'un ofiicier, dont il ne me dit pas le nom.
désirait faire ma connaissance ; il me demandait, en
conséquence, la permission de Tinviter à dîner.
Comme cet oQicier était dans la chambre voisiae» j^passai pourappuyer llnvitation; si besoin était. •
Au bônt de cinq minutes de conversation, je savais à quoi m'en tenir : j'avais affaire à La Masa.
C'était bien l'homme que j'avais pressenti, c'està-dire un Gascon dans la bonne accepti(m du mot Il est resté dans le sang sicilien plus d'arahe ^ae de normand* »
La Masa, né à la Trebbiaj peut ayoir Irente-cing ans; il est blond, il a des yeux bleus, et il est bien taillé. Il porte l'uniXorme garibaldien, c'iest-à-dire* une blouse rouge avec un pantalon .gris à bandes d'argent.
Garibaldi simplifie beaucoup le costume : au lieu
une blouse, il porte une chemise, et son pantalon, fort usé, ii^a pas débande».
La Masa resta avec nous jusqu'à neuf heures du" soir; il passa le temps à parler de lui et de ses bommes, et des services rendus par eux à la Sicile. Sa conversation fut toujours agréable, facile et môme élégante.
En me quittant, \l me laissa la coIleAtipn de ses proclamations et de ses ordres du Jour»
En voici un échantillon :
à ï)es hauteurs de Roccamena, 17 mai 1800. ,
» Frères, ^
» L*amour sacré de la patrie et le . sourire du ciel
m'ont amené vers vous, me^ vieux compagnons d'à*
Tentures et de victoires, pour combattre une dernière fois à votre côté les armées du tyran. •
» Le preux général Giuseppe Garibaldi, aiue de camp de Sa Miyesté Victor-Ëmmanuel U, nous a rejoints^ nous émigrés siciliens du continent, avec un corps d'invincibles patriotes, pour nous aider k briser le Joug bourboonien et à accomplir notre programme insurrectionnel, Tanneidon au gouvernement de Victor-Emmanuel il, afin de former, aussi vite que possible^ une Italie unitaire, libre et puissante^
9 Tous les insurgés proclameront dictateur ce
- grand général italien.
» Aux armes, mes valeureux frères !
» Notre corps d'expédition, avec le brave général Garibaldi à notre tête, dans un jour de formidable bataille, a rompu et mis en fuite, à Calalafimi, les troupes royales, qui tenaient en leur pouvoir le territoire sicilien depuis Marsala jusqu'à Alcamo.
» Il vous reste maintenant, mes frères, à vous armer de toutes façons, à vous organiser, à vous unir avec les preux qui, dans les montagnes de Palerme et aux environs^ combattirent les troupes bourboniennes; tous les Siciliens armés, de Marsala à Partanico, sont accourus, empressés titt innombraÙes, pour grossir les rangs des troupes italiennes. Faites-vous, pour redevenir forts et puissants, les guerrilleros patriotiques qui combattirent à Parce, à Piana-dei-Greci et dans les environs de la capitale.
» Sur rinvilation de quelques-uns de nos frères,^ je suis accouru dans ces montagnes pour examiner
le
132 ' LES GÂRIBÀLDIKfrS
Totre position et pour vous mettre en étroit rapport avec Tarmée du valeureux général et combiner l'unité d'action indispensable à la guerre de la patrie.
1» Frères 1 toute Tltaiie vous regarde ; vous saurez être dignes de vous-mômes et de vos frères du continent, qui accourent généreux pour répandre leur sang en Sicile en faveur de la cause commune.
n Vive rilalie 1 vive Victor'ȣmmaauel U!
» G. La Masi. »
n y a loin de cette prolixité au style clair et précis
du général Garibaldi, qui n'a peut-être pas, dans toutes les proclamations qu'il a faites depuis son départ de Talamone, — et il a dû en iàire quelque cbose comme une vingtaine, — parlé autant de lui que La Masa dans celle-ci.
Au reste, depuis que Xurr est arrivé, La Masa a disparu.
Hier au soir, après le départ de La Masa, le comte, en causant avec moi sur la terrasse, m'a appris que nous étions sur le théâtre même des exploits du iàmeux Fra Diavold. Les montagnes qui sont devant nous étaient sa retraite habituelle, et un petit bois d'oliviers, situé à trois milles d'ici, et appartenant au marquis de San-Marco, fut le tbéàtre de son dernier combat.
Sur mon désir de recueillir de plus amples détails à l'endroit d'un bomme que les paroles de Scribe et la musique d'Auber ont popularisé en France, le comte a fait venir un des campieri du marquis de San-Marco, homme de cinquante-cinq à
soixante ans, qui a personneilement connu Fra DiaYolo.'
Toid ee que eet homme nous a raconté :
Fra Diavolo naquit à Carini vers la fin de l'autre siècle ou le commencement de celui-ci ; il se nommait de son nom véritable Antonio fionetta.
n amt un frère ca'det do nom d'Ambrodo.
Son père était propriétaire.
Poursuivi trop sévèrement par la justice pour des escapades de jeunesse, il se jeta dans la montagne et se fil bandit.
£nsix moisy sa réputation fut telle, qu'on ne lui donna plus que le nom de Fra Diavolo.
Un bandit renfermé dans les prisons de Païenne ' lit dire au vice-roi que, si on voulait lui donner la liberté, il se chargeait de.iivrer Fra Diavolo mort ou vif.
On risquait, en se fiant à la parole du bandit, qu'Une tînt pas sa parole; mais, en ne s'y fiant pas, on risquait* bien davantage : c'était de ne pas pvendre Fra Diavolo, qui, cbaque jour, se signalait par quelque nouveau méfait.
On fit donc sortir le bandit de prison ; il se nommait Mario Granata et était de Misilmeri.
Le vice-roi lui* demanda ce qu'il désirait comme argent; il répondit qu'il n'avait besoin que de dix onces pour acheter de la poudre et des balles.
Oc lui donna dix onces.
Il demanda alors qu'au lieu de le faire sortir de prison, on le laissât s'évader. Les moyens lui en ajfant été donnés, il s'évada. Vario Gii^mata acheta de la poudre et des balles
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tai L£S GÀ&IBÂLDI£Hft
* et alla rejoindre Fra Diavolo» doat il était le compère, . ^
D'abord, sa présenee inspira des soupçoBS àAmbrozio, frère de Fra Diavolo. Tous deux se consultèrent sur ce qu'ils devaient faire pour éprouver Oranata^ ci île déoidéreni qu'il lui serait oonié une somme estes forte pour aeheter des vitres et durants objets dont la troupe avait besoin. S'il reve- * nait en rapportant les objets, on pourrait se fier à ' loi, ptrisque, pour yoler des volrâcs, il n'eftt eik
couru aucune pénalité.
àiario Granata partit et revint. '
A dater de ce qiomeDt, il fiât admis dans la troupe.
La foire de Castro-Giovanni approchait, et, avant la foire de Castro-Giovanni, devait avoir lieu eellede ' Lentini. A cette foire se rendent tdus les gros mar^ chands de bestiaux qui approvisionnent Palcrme. ' Comme dans tous les pays du monde, ces marchands, qu'ils aillent vendre oa acheter^ pcurttnt beaneoi^ d^rgent avec eux. Graaaia demm lê.oifl»* seîl d'aller s*embusquer dans les montagnes de VilUirati; ce conseil fui suivi. La bande» qui se' composait de six homoies : Fra DiavolOi son Irèea AadHwk), Ifuia Granata, Giuseppe et Beasdetio Davi de Torretta, et Yitali de Ginesi, se mit en route dans le but proposé» / .
Un peu en avank-de Misilmeri, GnoiataLdenunidaà Fra Diavolo un coftgé de douze hfcures pour aller voir sa femme. Fra Diavolo, sans défiance, le lui accorda»
Granata devait» aiuiil le jew, aveir rcîai&t ses eompagoons daus les montagnes de Villafrati*
Lié GARIBALDiSHS fSS
Les baiMlits contmuèreat leur chemin;
Au jour, Granata ne les aTait.pas rejointe; ils le trouvaient alors sur la montagne de Chiara-Stella; fm Diavolo fît halte et ordouha d'aller prendlre langue à ViUafrati* ' »
Vilali, m coneéi^ence, descendit Ters le bourg, et,comnQe c'était le jour de TAnnonciation, il com« • mença par entendre la messe et le prêche du pàre capucin Innooenzio de Bisacquim); après quoi, il sortit de l'église pour s'inibrmer,
Pendant la messe é\Mi venue ia gendarmerie de Men^lero,
€e mouvement extraordinaire de la force armée iui apprit ce qu'il voulait savoir, c'est-à-dire qu'on iMûl'Svr le8*traces de Fm Diavolo.
* Il prit sa course vers la montagne; mais, là, i! se beurta contre un cordon de troupes composé de émoL compagnies, disposées par le ?iee-roi aur les inifOitioM de Mario OmiMte.
Ces troupes étaient commandées par le capitaine iAnteoio Qrlando, le lercaza Fredde et Antonio Pe« 4itooe, de Païenne. *
Ils demandèrent à Vitali ce qu'il venait îairedans la montagne.
Vllili répandit qu'il dhercbait des simples ^ur les herboristes et les pharmaciens.
Au moment où les soldats se consultaient pour savoir s'ils devaient l'arrêter ou non, iui les écarta '4m, cefdde, s'élança dans la montagne et disparut.
Au bout d'un quart d'heure, il avait rejoint Fra IMavolo et lui avait tout dit.
Alors, vjàT chaque issue delà montagne, on es-
È2Ù LBS GARIBALDIENS
saya tie sortir ; mais de tons cOtés la montagne était gardée.
Les soldats resserraient de plus en plus leur cercle. Vev$ onze* heures du matin, les premiers coups de flisO se firent entendre à Villafrati.
Tout en combattant, Fra Diavolo battit en retraite vers le bois d'oliviers appartenant au marquis de San-tiarco.
Vers deux heures, la fusillade cessa,
A quatre heures, on apporta à Villafrati le cadavre de Fra Diavolo. U s'était tiré au côté droit de la téte un coup de pistolet chargé de deux balles, pour ne pas tomber vivant entre les mains des soldais.
On reconnut qu'il s'était suicidé en ce que la tempe droite ne présentait qu'ûn trou, tandis que Tautre côté de la tête offrait deux blessures.
Les deux balleSi qui n'avaient fait qu'une ouverture pour entrer, en avaient fait deux pour sortir.
Deux ou trois soldats étaient tués; un sbire et Giuseppe Davi étaient blessés.
L'oncle d'Antonio âchi£ari| qui était chapelain de Téglise, porta dans la montagne le viatique aux *
deux aiourants.
Les autres étaient prisonniers.
Ambrozio et Vitali, qui, ayant pu se sauver, avaient voulu mourir avec leurs camarades, furent fusillés à Garini.
Tous deux moururent en riant.
Gomme t0^i le bourg les suivait pour les tok
fusiller :
• — Ma mère, dit Ambrozio, n'a rien perdu à ne pas me faire prétt^; quelque réputation de sainteté
que j*euss6 obtenue, je n'aurais jamais été à la téta d'une procession aussi considérable que edle que
je mène après moi aujourd'hui.
Benedetto Davi fut condamné à dix-huit ans de fers.
Le cadavre de Fra Diavolo fut décapité ; sa tête fut passée au vinaigre bouillant, envoyée au vice-roi, , à Païenne, ët renvoyée par celui-ci à Carîni, où elle fut exposée dans une cage de fer, comme celle de
son confrère non moins célèbre Pascal Bruno, dont, voici bientôt vingt ans, j'ai raconté l'histoire.
SANÏO-IIELI
' Yillafrati, 23 juin.
Gommelecampieri du marquis de San-Marco ache* Tait de nous raconter cette histoire, on apporta au
comte Tasca le journal officiel de Sicile du 22 et du 23. il garda le numéro le plus récent et me passa l'autre.
Je Touyris machinalement, — j'ai une médiocre attraction pour les journaux officiels, — et je le parcourais plus machinalement encore lorsque mes yeux s'arrôtè^rent sur mon nom.
En France, à peu près aûr que j'allais lire une chose désagréable, j'eusse jeté loin de moi le jouinaU
âl8 .I,£3 C^AAlftlLBl&KS
.Ëa Sicile, je lus.
«Nel ûoslro consiglio civico vien di esser Êatta mozione al celebralissimo romanziero Alessaûdro JtaoMs. au vùiù é'«u«oioo ebe pec le ^pere è BirtiffRle 46601» deUa FjMekiy et il quale îa oggî
.Irovasi rn Sinilia, dove raccoglio i particolari délia 'Mfttca^giuerra contre i RorlKuaiv aiifibe d^siia. graa'
del cQQ$igiia.«
La motion avait été laite et avait passé le lendemain de mon départ.
C'était une délicatesse ajoutée à une faveur. J'écrivis à la municipalité de Palerme pour la remercier.
Après ce fait, ^i m'est personnel, venaient les Ikits suivants :
« Notre, préteur, le duc de la Verdura, en continuation des détails donnés par loi sur )es cadavres
retrouvés dans les ruines, fait connaître que, dans Ja journée du 18, deus, et, dans celle du 19, huit eadaifrea^nt eBCMeiélé*dMe»és. Tandis ^'on. travaille opiniâtrémect à rendre A Ja ville soneincienne
splendeur, les horribles scènes qui se révèlent aux
jeux du .peuple enflamment de gim ea gim la luonexontre les RoMrbooa> o
t dm neas mendie de ifaisine, cm diÉe4«4t'j«in :
tt Les garnisons royales de Trapaui, de lermini.
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LES «AAIBÀLDlfiliS ^
» d'Agosta, de Gkgenti, de Catane et une partie de
» celle de Palerme, sont arrivées à MenuM, qpi I» renferme, en outre, une grande quantité d1n«
» firmes, de blessés, de sbires, d'agents de police -» et d'emf^yés .civils. Il y a aiiyourd'hui quinze
», xoiile hommes au moins, tantsoldats qu'ausiliaires •» du jûuvemcoieiit. )) . *
«c Au nom du peuple de Messine, cette proclama^ tion a été distribuée aux troupes royales :
» Tous êtes les fils de Pltalie ; lltalie, d'est la T» terre qui s*étend du mont Cenis aux eau de la
)) Sicile, aujourd'hui rouges de sang.
» Soulevez-vous donc au noiin de Tltalie, au nom » de la liberté.
« Les preux de Varèse et de Ccme sont avec vous, » et vous combattez contre eux! Dieu a dit à Gain : » Homme maudit l qu'ciS'iu faU de ton frire?
» Litalie vous dit i Frèttè rnnudUs ! qu'avex-wiêi fail » de vos frères ?
» Toute goutte de sang répandue en Sicile est une ^ malédiction sur votre tête, sur la tête de vos fils » et sur celle des fils de vos flisi
> Napolitains I Htalie vous pardonne ; mais sou- » levea-TOus avec le feu de vos volcans contre ceux » qui ne veulent pas dltalie. »
Ce malin, nous apprenons que la diligence a été onétée, à deux milles dlci, par vingt hommes ar-
més; quatre voyageurs qu'elle renfermait ont été dévalisés.
^ 85 juin, onze heures du soir.
Pour la première fois de ma vie, à cette heure de la Buit où l'on repasse dans son esprit les événe-*
ments de la journée, j'éprouve quelque chose qui ressemble à un remords. Voici ce qui s*est passé; rhistoire finira, selon tonte probabilité, tragiquement :
Ce malin, j'étais près du lit de Turr; la fenêtre était/)uverte pour laisser entrer les rayons du soleil, toujours si doux à l'œil d'un malade, en même temps que la porte était cntre-bâillée pour établir un courant d'air. J'entendis le pas de plusieurs chevaux, je levai la tête.
Le bruit était causé par une troupe de sept hommes à cheval, armés de fusils et de pistolets; les deux derniers cavaliers étaient montés sur le même cheval.
En tête de la troupe marchait un homme qui semblait en être le chef; il portait sur la tête un képi napolitain à quatre galons, indication , du grade de capitaine, et, à son c6té, un sabre militaire à dragonne et à gland d'argent.
Rien de tout cela n'eût attiré mon attention ; mais ce qui me préoccupa, c'est une demi-douzaine de poules, se débattant à l'arçon de la selle de l'un des cavaliers.
^ Pardieu I dis-je à Turr, voilà un gaillard qui ne mourra pas de fiiim t
Turr se souleva, jeta un coup d'œil sur les der*
LES GARIBÀI.D1ËNS Ui
niers hommes de la troupe que rinclinaîson du ter^ rain dérobait rapidement à nos yeux, et retomba sur son lit sans rien dire. .
— Quels sont ces hommes? lui demandai-je.
— Quelques guerrillâs deLaMasa, probablement, me répondit-il.
Pois, au bout d'un instant, s'adressant à moi : ' — Regarde donc où ils vont, ajouta-t^il.
Je me, levai et j'allai à la fenêtre.
— Ils ont Tair, de vouloir sortir du viliage et de se diriger vers Palerme.
En ce moment, le major Spangaro entra.
— Major, dit Turr, voyez donc quels sont ceshonftnes qui viennent de passer.
— Oh! dis-je, ils sont déjà loin; on les aperçoit de Taulre côté des maisons du village.
— Général, dit un des jeunes officiers qui gardent Turr, voulez-vous que je monte à cheval et que je vous amène leur chef?
— Prenez quatre hommes et amenez toute la troupe; entendez-vous, Carbone?
— Ohl c'est inutile, dit le jeune officier; à quoi bon déranger quatre hommes pour cela? J'irai seul.
U descendit, sauta sur un cheval, et, à poil nu, courut à la poursuite des sept hommes.
Turr se mit à causer avec le major.
J'allai au balcon et suivis des yeux le jeune officier.
En moins de dix minutes, il eut rejoint la petite troupe, qui cheminait au pas. ^
Plusieurs fois le chef avait tourné la tôte; mais, voyant venir un seul homme, il n'avait pas cru de» voir s'inquiéter.
149 LES ÇARIBALDIENS
D'où j'étais, je ponvaissuhrales moindres détails
de la scène et, par la pantomime, deftner ee qui ee
passait, trop loin que j'étais pour entendre, *— £h bien, me demanda Toit, les vois-tu d'ici? Parfaiteme&t
— Que se passe-t-il?
— Rien encore ; ils paraissent causer assez amiablemeut.. Ah I le chef met pied à terre et porte la main à son fasil ; Chrbone tire son revolver et le lui appuie 8ur la poitrine.
— Vite I cria.Turr, quatre hommes an seoours de Carbone.
— Inutile I le chef remonte à cheval et obéit; les sept hommes marchent devant Carbone, qui tient tooijoiirs son revolver & la main* .
— Les ramène-t-il?
~ Oui.
£a dTet, au bout 4e cinq minutes, la tète de I^l . petite colonne apparaissait it l'entrée de la rue et s'acheminait vers la maison du général.
Dix minutes après, elle s'arrêtait à la porte.
•<^Dis à Carbone de monter seul, me dit Turr, .«mais qu'avant de monter, il recommande ces gail« Jaa'ds-lâ à ses camarades.
Je criai à Carbone de monter scvl ; quant à recommander les sept hommes 4 «obeval aux garibaldiens, c'était inutile : ceux-ci avaient déjà formé autour des prisonniers un cercle infranchissable.
— Eh bien, dit Turr au jeune officier ^ se ren- ,dait à ses ordres, il parait qu'il y a eu du tirage?
— Oui, général ; mais, comme vous le voyez, tout a fini mieux que je ne m'y attendais*
— Gomment cela s*esl-il passé? N'omeltez aucun dâtail; avant devoir leorcbef^ je veux savoir à quoi m*e» tenir mr lai. ^
— Général, je les ai rejoints à quinze cents pas d'iciy à peu près, et, m'apercevaiU seulement alors que je m'étais chargé d'une besogne plus difficile que je ne l'avais cru, je m'adressai poliment au chef.
Vous avez raison, dit Turr en riant, il faut toujours parler poliment, Carbone; et que lai avez* vous dit avec politesse?
— Je lui ai dît : « Seigneur capitaine, le général m'envoie vous demander où vous allez. ~ Je vais à Païenne, m'a-t«il réponda. Alors, cela tombe à inerveille; le général a des dépêches et une certaine somme d'argent à envoyer à Palerme, et il voudrait vous en charger. — Moi? — Oui, vous ; il vous prie donc de le venir trouver, afin qu'il vms remette les lettres et l'argent. — J'en suis fùché, répondit le chef, mais je n'ai pas le temps< — - En ce cas, c'est autre chose, il ne vous prie pas, il vous ordonne. — De quel droit?—- De son droit comme votre supérieur. Si vous êtes ofûcier, ainsi que l'indiquent votre képi et votre sabre, vous devex
. obéir; si vous n'êtes pas ofUeier, comme vous »'avez le droit de porter ni ce képi ni ce sabre, je vous arrête. » Alors, continua Carbone, il fit un mouvement pour mettre pied à terre et* armer son fusil; je tirai mon revolver et le lui appliquai contre le front en lui disant : « Si vous ne me suivez pas, je VOUS tue I » Il s'est décidé> et le voiiÀ. -
— G*est bten, dit Turri foites*le monter* Je voulais sortir.
— Reste, me dit Turr; c'est probablement quelque baadit; il n'y a paa de mai à ce que tu voies ce qui va se passer: d'ailleurs, tu as le droit
d'être là, c'est toi qui Tas fait arrêter.
— Oh! un instant, pour cela^ je m'en défends I
— Mais tu restes?
— Oui.
La porte s'ouvrit; un homme de vingt-cinq à vingt-huit ans» blond, à Tœil bleu, bien;[pris dans sa taille moyenne, entra avec un air remarquable d'assurance ; mais, en apercevant Turr couché sur un canapé, il s'arrêta court et pâlit visiblement.
Turr, de son côté, fixa sur lui son œil loyal et ferme; mais il ne laissa échapper aucun signe d'étonnement; ses moustaches seulement -se hérissèrent.
~Ahl dit Turr, c'est toi 1
— Pardon, mon général, répondit le prisonnier, mais je ne vous connais pas 1
— Eh bien, je te connais, moi I Essaye donc de marcher sans boiter.
— Je ne saurais, général, je suis blessé à la jambe.
— Oui, d'une balle au-dessus du genou; mais cen'est pas en face de l'ennemi que lu as reçu cette blessure.
— Général. •«
— C'est en essayant de voler la caisse de Santa- Margarita. Allons, je te connais, tu es Santo-Melû Je t'ai déjà eu entre les mains à Rena, et ta serais fusillé à cette heure, si nous n'avions pas étë qbligés
de marcher sur Parco sans perdre une minute. Je
lES GARIBALDIENS Wi
t'ai consisrné alors à Santa-Anna, qui t'a mal garde ; mais, ceUe fois» je ne te consigaerai à personne/ et tu seras mieux gardé, je t'en réponds 1 Puis, se retournant vers le major Spangaro :
—-Major, dema,in vous réunirez un conseil de guerre dont vous serez président. «— Désarmez cet homme-ià, tous autres, et conduisez-le en prison.
Un officier s'avança, prit le sabre du prisonnier, tandis que deux soldats se plaçant, l'un à sa droite, Tautre à sa gauche, le faisaient sortir de la chambre et le conduisaient en prison.
— Diable I mon cher, dis-je à Turr, tu y vas les* tement.
— C'est comme cela qu'il faut procéder ilans les temps où nous sommes, avec les voleurs, les assassins et les incendiaires.
— Es-tu sûr, au bout du compte, que cet homme soit tout ce que tu dis?
— Oui, puisqu'il a volé la cîtisse de Santa-Margarita, assassiné un orfèvre à Carleone, et brûlé le village de Calaminia ; d'ailleurs, tout cda ressortira du procès, et on ne le fusillera qu*à bon escient.
— Tu crois qu'il sera fusillé? •
^ Hais j'y compte b^en! Nous causions tout & l'heure de l'arrestation de la diligence de cette nuit; eh bien, que deux ou trois faits pareils se produisent encore, et Ton dira, dans nos journaux réactionnaires, que, de Gatane àTrapani, de Girgenti au Phare, on n'ose plus faire un pas hors de chez soi en Sicile depuis que les Bourbons en sont chas* aés. Mon ami, Garibaldi a fait fusiller à Rome un de nos légionnaires qui avait pris trente sous à une
vieille DomiDe; .Ganbaldi a pour toute fortune deux
pantalons, deux chemises rouges, deux foulards, un sabre, un revolrer et un viçuz chapeau de feiUre; Garibaldi emprunte ua carlin pour &ire l'aumône à im paime, parée qoHl «n'a jamais un carlin dans sa poche; cela n'a point einpôché que les journaux de Naples ne l'aient traité de llihusUer, et les fonziDaaiztdeiFraDaede pirate. Banales temps ecHome èeusoii nous vivons, il 'faut être trois fois pur, trois fois brave, trois fois juste, pour n'être qu'un peu calomnié. £n se condoiaant aînai, au bout de dix on douze ans, on commence à 6lre apprécié par ses ennemis, et il ne faut guère que le double de ce temps pour l'être par ceux auxquels on a rendu «aervice. Sur 'oci va déjeuner, il est it'heure, et envoie*moi un peu de bouillon que lu feras loâ-mdmey et une cuillerée de confiturca, si tu en trouves.
Je serrai la main de cet homme si bon, si juate, ai pitoyable, dont le cœuT'eat mi*piirlie d'ange,-mipartie de lion, qui rit aux balles et pleure à )a misère; je m'en allai tout pensif en songeant à la rude tftohe entreprise par Garibaldi et par luf, Tkmt^ qui est son second, non-aeuleitMRt de édiitrer, ' mais encore d'épurer un pays corrompu par quatre ceute ans «le UomiaaUoa e^aole et WffOitame.
Toute la journée, la pensée de l'arreslation de cet homme, dont j'étais la cause bien involontaire, me tourmenta; je pu^Iais de Santo-Meli à tous ees 4>flkciersinsoueieuxqui savaient à peine cequejevaulaia
dire, et qui, lorsque j'avais lixé leur pensée sur le prisonnier, disaknt : a Ahl em^ oe brigaaid que
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que l'on ftisille demain ? Oh I nous ne le laisserons '
pas échapper comme Santa-Anna, nous î »
Mon Dieu! comment peut-on être juge, comment peut-on être procureur impérial ou royal, demander tous lés jours la tête d'un homme, et garder
un rayon d'azur dans les jeux et un sourire sur les lèvres ?
Je comprends le chasseur qui, 'dans Pardenr de la chasse, tue depuis 1a caille jusqu'au sanglier, sans pitié pour la faiblesse de l'une, sans crainte pour la brutalité de l'autre; mais je ne comprends pas le chasseur qui coupe le cou à un poulet ou qui égorge un cochon.
Le comte Tasca était, comme moi, assez pensif; je présumai que c'était pour Ja même cause, et j'allai à lui. Je ne m'étais pas trompé.
Santo-Meli est du village de Ciminna, à quelques milles seulement de Villafrati. Il est fort craint et fort admiré dans le pays ; les natutés énergiques, fussent-elles énergiques pour le mal, conquièrent toujours une popularité sur le vulgaire; témoin, la popularité de Néron à Rome, cèSle de Mandrin chez pous, celle de Pra IKafrôlo efl Sicile.
Nous résolûmes^ le comte, un jeune poëte palermitain, di Maria, *et moi, de faire, après le diner, tomber la conversation sur Baâto-Meli et â4nfiuer •autant que nous pourrions en faveur de l'accusé sur l'esprit du major Spangar-o.
Mais nous trouvâmes en celui-ci ce qu'on trouve toujours ou, du moins, presque toujours dans les juges militaires qui ne sont influencés ni par un * pouvoir supérieur ni p» une haine de corps, c'est*
148 LES GABIBÀLDi£NS
à-dire un homme inflexible dans la life.*e ae la justice» et qu'il était aussi impossible de .faire dévier fen la clémence que Ters la rigidité.
Au premier mot, il nôus interrompit.
—J'ai deux choses à défendre dans la positiou oâ je suis, nous dit-il : mon impartialité et mon^cœur» qui pourrait m'empêcher d*étre impartial. Ne vous adressez donc pas à mon cœur surtout; car je suis homme, je pourrais faiblir, et alors je ne serais plus juge.
Puis, comme j'igoutais vai dernier mot, il se leva et sortit.
- J'admire fort ce stoïcisme, mais sans m'en sentir capable. D'ailleurs, ces hommes accomplissent un devoir; mais moi, ce n'était pas mon devoir de dire cette parole qui attira l'attention de Turr, qui amena l'Iurrestation et qui amènera peut*étre la mort du prisonnier.
Moi, je passe au milieu de cette belle Sicile, qui ae régénère au souffle de l'homme providentiel; je passe pour plaindre les malheureux, pleurer les morts 'et sourire aux vivants; de quel droit laisserais-je une goutte de sang sur ma trace?
Peutrétre. la ?oix qui me parie est-elle, non pas celle de ma conscience, mais celle de ma ftihlesse; n'importe! cette voix me dit que je dois faire tout ce que je pourrai pour sauver cet homme, fût-il assassin et incendiaire, et je le ferai.
26 jnio.
Ce matin, à mon lever, on m'a dit qu'une femme Têtue de noir m'attendait dans l'antichambre
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C'était la mère Santo-Meli» — une lieiile
paysanne aux cheveux grisonnants, au teint pâle, à l*œil bleu clair, à la physionomie intelligente.
Qui lui avait dit de me demander, moi, dont probablement, le matin même, elle n'avait jamais entendu prononcer le nom? qui lui avait dit dé me choisir au milieu de tous ses compatriotes, moi étranger?
Le fait est qu'en me voyant venir à elle, elle me prit les mains et voulut, selon Thabitude sicilienne, les baiser.
Elle comptait, me dii-elle, sur moi pour lui faire
voir le général Turr.
Je ip'y refusai pour deux raisons :
,La première , Turr croit Santo-Meli coupable et veut fiiire un eiemple qu'il juge nécessaire 'à la
Sicile.
La seconde, dans Tétat de faiblesse où il est réduit .par ses vomissements de sang, toute émotion peut lui être dangereuse ; or, il ne repousserait pas
sans émotion la prière d'une mère.
Au reste, la pauvre femme ne mesure pas toute . l'étendue du danger que court son fils; je lui ai dit ^que ce qu'elle avait de mieux à faire, c'était de demander à voir son enfant; et, comme le conseil de guerre sera constitué ce matin, de dire à Santo* Meli de c&olsir pour défenseur di liaria.
Après lui avoir donné sur un papier le nom de di Maria, je lui ai Sait donner, par le major Spangaro, la permiesion de voir son fils. x
Elle est partie aussitôt.
La prison est une maison carrée au milieu de la
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130 LfiS OARIBALDIËKS
* ville; rien ne la distingue de^^ autres, excepté les grilles de ses feoèires»
J'ai aura des yen la pavrre femiiia joaqa'à la porte dont son âl»afait passé la Teille le seuil, sénil qu'il ne repassera probablement que pour ndarcher à la mort, et je yj vis disparaître àson tour;
àt dix heures do malin, le conseil s'est assendiié'; Santo-Meli, selon Tavis que je lui avais fait donnât par sa mère, a ciiûisi di Maria pour âon avocat*
A. oinq houies^ le auneil «tait terminé sa pn«* mière séance; l'accusé a répondu avec beaucoup de fermeté que, depuis le 4 avril, c'est-à-dire depuis l'insurrection proclamée à Païenne^ il tient la um» pagne avec la bannî^e totoolore ; que, s^I a.pillé les caisses, incendié les villages, c'est qu'il y étail auto- ' risé par k&pcoclâmationa du comité révolutioaoaka de Païenne ; que, sll a mis des contributions sur les villages , c'est d'abord que les villages étaient royalistes, c'est qa'en&uilç, pour que ses bûm^es ne rabandonnassrat point» il aivnii dù leur payée - une solde et les nourrir; or, la solde dtait de quatna taris par jour (un franc quatre-vingts centimes ), la nourriture de deux taris (quatre-vinglrdia: centi^ mes )» Il avait jusqu'à tosis» oa quatre- oubés bomme» avec lui; c'était donc une moyenne de mille à éûum coaU iiaoûs qu'il dewiit se pjnûcur^ic cbaquja jour par toua les mejens: possibles.
Quant aus maisoi» brûlées, ^'étaient des maisons d'où l'on avait tiré sur ses bûmmes, et rjuacendie n'était qu'une raprésaiUe.
Il demande que Ton pèse lea senme» qu'il a rendus à la cause de l'in&urrectioa en restant armé, .
ei le mal qu'il a fait jjour se mainlenir, lui et les siens, sous les armesi et qu'on le juge impartialement.
Ces raisons seraient médiocres dans un pays eomme la France et chez un homme civilisé; maûi, en Sicile, lorsqu'il s'agit d^un paysan sans éducation, elles ont une yaieur qui a frappé le conseil de guerre.
La soirée et la jomnée de demain se passeront à
entendre les témoins. Le conseil regarde l'affaire comme grave, non-seulement à cause du résultat qu'elle peut avoir pour Santo-Meli^ mais encore, à esnse de sa portée mbral«.
Les puritains disent î
Plud c?X homme a rendu de services à la ré^ Tolution, plus lîous devons être sévères vîs^-vîs du patriote qui n'a pas su se conserver pur des excès que l'on reproche systématiquement aux révolutîonaaires.
Les modéfés répondent s
— Il y a en ce moment-ci, en Italie, deux peuples différents de civilisation, de patrie, nous di*^ rons même de race : la race latine pute, qui tn^ verse la mer pour affranchir la Sicile, et qui trouve en Sicile une race croisée de Latins, de Grecs, de Sarrasins et de- Normands. Si l'on est trop sévère pour Santo-Meli, les Siciliens ne diront^ls pas quHm des premiers actes d'un de leurs frères de l'Italie du Nord a été de fusilier un patriote sicilien?
A onze heures du soir, c'est-à-dire an moment où féerfe ces ligues, le conseil^ rentré en séance^ siège encore.
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m U.£S GARlBi.LDl£NS
27 Jnia an matio.
Hier, pendant qae. l'on entendait les témoinsi la inère de SantoMeli est venue me supplier, de la p»irt de son fils, d^aller le voir en prison; il voulait me remercier lui-même de Tintérôt que je prenais h son sort, et me prier de lui continuer cet intérdt*
Je me suis rendu à celle demande.
Le prisonnier est dans un cachot dont l'ouver- * tare donne sur le pied de l'escalier par. lequel on monte an conseil de guêtre.
Il m'attendait avec une anxiété visible.
Ses yeux avaient une telle expressioui que je n'eus pas besoin que sa bouche iti'interroge&t; il me saisit les mains à travers les barreaux et me les baisa malgré moi.
Sa mère se tenait debout près de l'ouverture grillée*
Je dis d'abord à Santo-Meli d^avoir confiance dans ses juges; que le major Spangaro, président du conseil de guerre» était d'une grande impartialité; que je lui conseillais, au reste, de tout avouer en rejetant tout sur Ll nécessité des temps, i
11 me dit que c'était son intention. «
Je restai près de dix minutes avec lui.
C'était un jeune garçon ; sa chemise ouverlé laissait voir sa poitrine vigoureuse, velue et respirant largement. Il avait des pantalons larges, des bottes rabattues! au-dessous du genou, comme les houseaux de nos anciens gentilshommes campagnards.
Son arrestation a produit une grande émotion dans le pays; il est, je crois l'avoir déjà dit, de '
LES GARIBALDIENS iSS
Ciminna, petit village qui n'est qu'à sept milles de VUlafinti.
. Torr est de plus en plos souffrant.
Ma lettre au général Garibaldi a produit son effet ; seulement, au lieu de i'o]^dre que j'avais demandé est aifitée one prière. Il est dilBcile d'ex* primer l'affectueuse tendresse que Garibaldi a pour les hommes qu'il estime et qu'il aime; un p4re ne serait pas plus tendre pour ses en&nts.
n a poussé la délicatesse jusqu'à donner la conduite de notre colonne à un ami de Turr, qui ne pent lui porter aucun ombra(;e, an colonel Sbery lequel, pour cet intérim seulement, entre au service de l'Italie. Eber, colonel de la légion étrangère en Grimée, est correspondant du Ttmes, qui lui donne trente mille fhtucs par an pour aller aà ilu passe quelque chose d'intéressant et correspondre avec lui. £ber est Hongrois, et, en sa qualité de Honr> giois, parle avec la même élance le français, Tanglais, l'itaflien et le russè.
n est arrivé ^ier au soir.
Garibaldi, ne me sachant pas presque àussi lié avec Eber que je le suis avec Turr, a craint que le
laissez-passer donné par le major Ceuni ne suffit pas, et m'en a envoyé un autre.
On irerr» dans les termes de ce laissez-passer irne
preuve de cette affectueuse tendresse dont je par* lais tout à rbeure.
. i*en donne le texte même.
ff
154 LES GAlilBALDlLNS