‹ Les Garibaldiens, révolution de Sicile et de NaplesChapitre 6 sur 11 · COMANDA GENERALE · texte numérisé non relu

COMANDA GENERALE

BELLE ESERCnO N AZIOIf AU^

Oggetto :

« Palermo, Sîf'gtuTïw 18005»

» Si lasci kherakoeaie passare in Sicilia l'illustro uomo ed intîmo amico mio Alessandro Dumas. Ânzi saro ben ricoaosdenle à qualuaque gentilezza à Iui.c€»Dpartira«

» Garibaldi. )>

Tdrr ôst parti cette . nuit à trois, heures du màtia

' pour Païenne.

Ce soir» à ciaq heuces^ la cûlûoae^ccuatiiiue sa. maiehe vm Girgenti.

Des lettres reçues hier de Gênes annonçaient

que quarante mille fuaiis et ua bateau à vapeur étaient achetés.

. QoânuoteKntiq'iDiUe volontaires enrôlés ont déjà donné leur signature, et viennent en Sicile rejoindre l'armée de la liberté.-

Aussitôt Tarmée organisée^ on chasse les Naporitains de Biessii» et l'on marche sur Naples.ptr ia Calabre, où ferraente déjà l'insurrection.

Les dernières paroles du général, quand je. L'ai quitté, à Paierme, ont été: ' •

— Vous savez que, aussitôt arrivé à Naples, je TOUS fais préparer un appartement dans le palais du roi. •

— Pendant que vous y serez, lui ai-je répondu, faites-moi préparer une maison de campagne à Pompéi.

Le conseil de guerre n'est rentré^n séance qu'à

deux heures du matin; après trois jours de débats, il ne s'est pas trouvé sufiisamment renseigné sur le compte de Santo-Meli.

Le prisonnier est renvoyé à Palerme, où une nouvelle enquête sera ouverte.

J'appuie sur ce fait pour bien montrer la diflérence qui edste^ dans* la manière de rendre la jus* tice, entre les royalistes, ces hommes d'ordre, et. les révolutionnaires^ ces hommes de sang.-

Ea quatre heures, le conseil de gtt«nre4entt.à Bih lerme par le» roiralisles le 5 awil, àla^mte de l'affaire Riso, a condamné h mort quatorze personnes.

En trois jours, le conseii de guerre tenu à ViUafirati par les révolutionnaires ne s^est pas^ trowé suffisamment renseigné pour porter son jugement sur un homme qui avouait lui-môme avoir brûlé la moitié d'un village,. levé des- inqiositicmsi^ pillé des caisses.

Santo-Meli et ses six guerrilleros passent en ce moment k cinq cents pas de ma featoe,. sur. la grande route qui conduit à Baiérme.

Ils sont à pied, et marchent escortés d'tme quinzaine d'hommes, avec avant-garde et arrière-garde.

Nous parlons ce soir à cinq heurea pour la Vi« caria, nous dirigeant sur Grtgenti.

iSÙ LES GARIBAiDlËNS

COMBAT DB HILAZZO

A bord de VEmma devant Milazzo, 21 juillet» au soir*

Omti combat 1 grande idctoirel Sept mille Napolitains ont . fol devant deux mille cinq cents l\a^ liens t

Je TOUS écris sous le canon . même du château, qui fait feu bien maladroitement, rendons-lui cette

justice, sur la YiUe-d'Édimbourg et sur votre trôsixupble servante VEmma.

' Pendant que Bosco brOle sa pondre, nous atons le temps de causer. — Causons.

A mon départ de Girgenti, j'avais quitté la Sicile avec rintention de me rendi» directement à Malte, et de Malte à Gorfon, lorsque, dans le petit port d'Alicata, où je m'étais arrêté pour m'approvisionner de vivres, je fus pris d'une sorte de remords.

N'assisterais- je pas jusqu'à la fin à ce grand drame^ de la résurrection d'un peuple? N'y aiderais-je pas de tout moiv pouvoir?

L'Orient serait toujours là. Un an de plus passé bors de France, c'était une année de plus loin de la

calomnie ou de l'injure.

A part deux ou trois cœurs qui m'aiment vérita-

LES GARIBALDIENS / m

blement là-bas, rien ne me rappelait dans rimmense Babyione.

• Je pris une plume et j'écrivis au fils de Garibaldi^ que j'avais laissé à Gii^genti, le billet suivant :

iC'Mon cher Henotti»

» Fais parvenir, par une occasion sûre, par un

courrier s'il le faut, la lettre ci-incluse à ton père* .

' 1» Je t'embrasse.

)> Alex. Dumas. »

J'écrivais à Garibaldi :

« Ami,

Je viens de traverser la Sicile dans toute sa lar» geur.

» Grand enthousiasme partout, mais pas d'armes î » Voulez-vous que j'aille vous en chercher en France? Je vous choisirai cela en chasseur.

» Réponse poste restante à Catane; si vous me dites : « Oui, » j'ajourne mon voyage en Asie» et je fais le reste de la campagne avec vous.

» Foie et me ama*

» Alex. Dumas,

J'expédiai un pêcheur avec sa barque à Girgenli; puis je partis pour Halte, où je m'étais fait adresser des lettres et de l'argent. ,

LES Gi.PclBALDlËNS

Jfr ipÊÈssà'k Mhtte. im:joiir el. àaoi mtàkODBB^ jbIi.

de là, je me rendis à Catane en quarante heures.

U y ami à peine cinq jours ^ue.j 'avais quitté Ali* cala ; il était donc évident que^ môme «mt la ph» grande diligence, la réponse de Garibaldi ne pouvait m'arriver que lendemain ou le surlendemain. .

Je restai trois jours à Catane ; ce furent trois jours dè'féies Le premier soir, ilyentnrasfque; le second soir, musique et illuminations; et, le troisième soir, au beau milieu de la musique et des illuminations, le conseil municipal vint m'oifrir mes lettres de citoyenneté, qu'il m'avait octroyées à L'unanimité des voix. \

C'était la quatrième fois que j'étais proclamé citoyen en Sicile.

Dans le courant de la journée, le consul deFrance était venu m'apporter une lettre.

Je reeomms aussitôt l'écniure de Garibaldi, et je rouvris vivement Elle conienaii ces lignes, ÛSm laconisme toui.spartiate :

cPateraiei.iaâoiÉlêt».

»• Afedi Dumas,.

Je vous attend» pour votre chère personne et pour la belle proposition de fiisîls. . .

» Venez l ^

» Voire dévoué de cœur,

» 6. Gabibaudi. s

Il n'y avait plus à hésiter. Nous mimes à la vcHe pendant la nuit; retardés par k bonace et par les

pour atteindre l'autre côté du détroit.

A. l'aube du troisième jour, nous étions dans- le golfe oriantal «le Mikiio.

Le bnrt de ONnea nrae mMu

Du moment qu'on se battait à Milazzo , il était ew^aia que Garibaldi ne devait pas être à Palerme.

En effèt, le général, parti le 18 de celle "riUe, éUiM arrifé* l»lft*a« eainp de IHri ; depm- deux jova

déjè, des combats partiels avaient eu lieu.

A peine arrivé, le général avait passé en revue jj». troupes de Medici, gui l'avaient accoaUli «leo esh* tbouaîasmew

Le lendemain, h l'aube du jour, toutes les troupe» éleitnt en mouv^ai£nt pour attaquer les Napolilainii letiii dy ibrt et dn-TiOage de Mitaso, qa!il» eeoupaient.

Maiencbini commandait i'e^ifôme gauche, legénnéral Medici et Cosenz le centre; la droite, compot sée simplement de quelques compagnies^ n*af«it pour but que de couvrir le cenixe- el liiiie ^aucbe 6&ca3 de surjH'ise»

Lagénéral Ckirihaldi se glaqfcan^eaBtm, e'eiM^ dm:à.ltedMsi0iiil jugeaii^ Itetioo. awaâ k plus vive.

Le feu coiiiEieni^ sur la gauche; à moitié chemin de Uixi k MibttaOt oir xeMooIrasI. las ataBorf^oalet

napolitain'' cachés dans les roseaux. *

Après un quart d'heure de fusillade sur la gauobei^ le oeotare^ à son. tour, a'eat troavé en fiuie de la ligne n^[>elitaiiie, et Ta ailaqade et délogée de.

saprermère position.

Oigitized by

La droite, pendant ce temps, chassait les Napolitains des maisons qu'ils occupaient.

Mais les difficultés du terrain empêchaient les renforts, d'arriver. Bosco poassa nne masse dé six mille hommes contre les cinq ou six cents assaillants qui Pavaient d*abord forcé de reculer, et qui, accablés par le nombre, avaient été forcés de reculer à leur tour.

Le général envoya aussitôt prendre des renforts. Les renforts arrivés, on attaqua de nouveau l'en- Demi, caché dans les roseaux et abrité derrière des figuiers dinde.*

C'était un grand désavantage pour les garibaldiens, qui ne pouvaient attaquer à la baïonnette.

Medici, en marchant à la tôte de ses hommes, avait eu son cheval tué sous lui. Gosenz avait reçu une balle morte dans le cou et était tombé; on le croyait blessé mortellement lorsqu'il se releva en criant :

— Vive l'Italie!

La blessure n'était que légère.

Le général Garibaldi se mit alors à la tête des carabiniers génois, avec quelques guides et Misori. Son intention était de déborder les Napolitains et de les attaquer de flanc, pour couper ainsi la retraite à une partie d'entre eux; mais on trouva sur la route une batterie de canons qui s'opposa à cette manœuvre.

llisori et le capitaine Statella poussèrent alors sur la roQte avec une cinquantaine d'hommes; Garibaldi se mit à leur tôte et dirigea la charge. A vingt pas, le canon ci^argé à mitraille fit feu.

L'effet fat terrible; cinq ou six hommes seulement restèrent debout, Garibaldi eut la semelle de sa botte et son étrier emportés ; son cbeval, blessé, devint indomptable, et il fat forcé de l'abandonner en laissapt, son revolver dans les fontes. Le major ' Breda et son trompette étaient tués à ses côtés ; Misori tombait soos son cheval, qui venait d'être frappé à mort par un biscafen ; Statella restait de* bout au milieu d*un ouragan de mitraille; tous les autres étaient morts ou blessés.

Ici, les détails disparaissent dans l'ensemble; tout le monde se bat, et se bat bien.

Le général, voyant alors l'impossibilité de pren«> dre le canon qui avait fait tout ce ravage de front, envoie demander quelques compagnies au colonel Donon, se jette avec elles à travers les roseaux, en recommandant à Misori et à Statella, les roseaux franchis, de saùter par-dessus le mur qu'ils rencon* treraîent devant eux, et comme, le mur franchi, ils devaient se trouver à peu de distance de. la pièce de cano% de s'élancer dessus. ^

Le mouvement fut exécuté avec beaucoup d'en* semble et d'élan par les deux officiers et par une cinquantaine d'hommes qui les suivaient; mais, lorsqu'ils arrivèrent sur la route, la première personne qu'ils y trouvèrent était le général Garibaldi, à pied et le sabre à la main.

En ce moment, le canon fait feu et tue quelques hommes ; les autres s'élancent sur la pièce, s'en emparent et Tentraînent du côté des Italiens.

Alors, l'iafanterie napolitaine s'ouvre et donne passage à une charge de cavalerie qui s'élance pour

162 LËS GAKIBÂLDIENS

reprendre la pièce. Les hommes du colonel Donoii, ^ peu babiUié&au féo^ se jettent des deux côtés de la route kaMm de «oatsnir.la.dMiig* à la batoasatte; mais, à ganah^y ils sont* letanus par les. figuiers d'Iode, à droite par un mur. La cavalerie passe cmuM lUi touri)iUoiu Sas deux, côtéa akmS} laa SidlieDs font feu v^eur lamur d'un instaiil-a dispam.

Fusillé à droite et à gauche, l'officier napolitain, s'^rrôte et veut .reiouimar eu arrière; mais alors, au milieu de la route, il trouta, luibarcanl la. passage,

Garibaldi, Misori, Slatella el cinq ou six hommes. Le général saute à la bride du clieval de L'ofiicier, es lui criant: cBandebvousIa L'offietar» mot toute réponse, lui porte avec son sabre, un^coup d'élite; le général Garibaldi le pare, et, d'un coup de sams, lui ouvre la joue* L'oifiaiec tai&be..lMHa 01» ^ntra sabras scmt levée' sur la gfodral^ qui blesse un de ses assaillants d'un coup de pointe; Misori en tue deux, aiitret at abat le cheval d'un tnsisièmadetmiaeoups darefohier; atalallafirappe de son côté, et un homme tombe; un soldat démonté saute à la gorge de Misori, qui^ à bout j]prtuil, lui cassa la. téta d'un ipietriAma coup d6 xa» valaer.

Pendant cette lutte de géants, le général Garibaldi a rallié les boaamea éparpilléa* U ebaige am eux, et, tandis qu'on extero&ioe ou qu'on ùAt prii» honniers les cuiquante cavaliers, depuis le premier jusqu'au dernier, il joint-enfin, saoondépar le rest4 du centre, las Napolitaine, les* Bavarda, les.Sniseasy qu'il charge à la baïonnette. Les Napolitains fuient; les Suisses et les Bavarois tiennent un instant, maie

LfiS 6AEIBALDIE98 Itt

fuient à leur tomr- : la journée est décidée ; la victoire n'est pas encore, mais seta-bientAt ans héros

de ritalie.

Toute Tarmée napolitaine se met en retraite sur MiiàsEO* Oa antpe en la pounai?ant josqu'am premières maisons; Ib, les canons dafort se mêlent

au combat.

Mila^ est, oomme on le saitt bâti à chefal sot une presqu'île^ Le combat^, qni a^it commenoé

dans le golfe oriental, avait peu à peu tourné an golfe occidental ; dans le golfe était la frégate U Tuekery^ l'ancien Vélooê. Le général âartbaUli sesoiH ▼ient^qull a commencé par être marin : il s'élance sur le pont du Tuckery, monte dans les vergues» et^ de là, domtnjB le oombait Une troupe de cavalerie et d'infanterie napolitaine

sortait du fort pourporter secours aux royaux; il fait pointer une pièce de canon sur cette troupe, et, à quact de portée, loi crache nne grAle de mitmille; les Napolitains n'attendent pas un second coup et fuient. /

Alors une lutte a'engafa enire le foii.el le hftti* ment. Quand le général GaribaMî voit qnlil est parvenu à attirer sur lui le feu du fort, il saute dans une chaloupe avec une vingtaine d'iiommes, se lUt débarquer et se jette dans la ftisillade de Mi-

lazzo.

La fusillade dure une heure encore; après quoi, les Napolitains, reponssés de maison en maison, 'rentrent an chfttean.

J'avais assisté à tout le combat du pont de la goélette ; j'avais hÀte d'aller embrasser le vainqueur.

161 IKS 6ABIBÀLBIBNS

La nuit venait; je me fais débarquer à mon tour, 6tf au milieu des derniers coups de fusil, nous en* irons à Milazzo.

Il est difficile de se faire une idée du désordre et de la terreur qui régnent dans la ville, peu patriote, dit-on. Les blessés et les morts étaient couchés dans les mes. La maison du consul français était encombrée de mourants ; le généraUCosenz y éta au milieu des autres blessés.

Nul ne pouvait me dire où étaient Hedici et Garibaldi. Au milieu d*un groupe d'officiers, je reconnus le major Cenui, qui se cbargea de me conduire aù général. Nous arrivâmes au bord de la mer, suivîmes la marine et trouvâmes le général sous ie porcbe de réglise, avec son état-miyor couché autour de lui.

Il était étendu sur la dalle, la téte appuyée sur

sa selle; écrasé de fatigue, il dormait.

Près de lui était sou souper : un morceau de pain* une cruche 4'eau.

Je venais de vieillir de deux mille cinq cents ans; J*étais en face de Cincinnatus. .

Dieu vous le garde, mes chers Siciliens I Si vous • le perdiez, le moàde entiei* ne vous en donnerait pas un autre.

Le général vient de rouvrir les yeux : il m'a reconnu et me garde demain toute la iournée.

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