XI
6ARIBALD1 A BO^D OB VSmm*
V 'Bade de Miiazzo. 23 juillet.
Le général, tout en me gardant pour le lendemaio, ne pouvait m'oifrir un autre lit que le sien, c*e8C4*dire le pavé de la rue ou les dalles de Téglise. Je préférai le sable de la mer.
J'avais donné rendez-vous à quatre de mes matelots sur là plage, du o6té occidental du golfe : ils avaient dû dresser une tente et m'attendre avec une chaloupe.
Us étaient au r^es-voua/
Le général s'attendait à une sortie des Napolitains pendant la nuit, et il avait, en conséquence, donné l'ordre de garder vigilamment les portes.de la ville donnant sur le château, et de dresser des barricades.
Avant de me mettre en route, je voulus juger par mes yeux où en étaient ses ordres. Je visitai les portes de la ville donnant sur le château; une sentinelle, tombant de fatigue, les gardait au milieu d'une quinzaine d'hommes endormis. La sentinelle était obligée de marcher continnellement pour ne pas se laisser aller au sommeil, et encore elle dor« mait debouL
Digltized
Quant aux barricades, on avait traîné au travers de la rue quelques tables, quelques cbaises, quelques planchesi par-dessus lesquelles pouvait sauter un en&nt ; puis les barricadeurs étaient tombés sur leur ouvrage à peine commencé et s'étaient eûdormis. '
Les braves gens, comme les Spartiates de Lébnidas, pensaient que leurs poitrines étaient des remparts suflisants pour arrêter Tennemi.
Je quittai la ville en priant Dieu qu'il ne vînt pas à l'idée du général Bosco de Inre ime brèdie à ces vivants et inébranlables remparts.
. A un quart de lieue de la ville, je retrouvai mes matelots. Je me jetai sur -le tapis -du ea&ot, et je m'endormis, sûr, an bout^ii eompte, del'lramanité qui, à côté de ses bassesses, fait surgir de pareilles grandeurs, et qui fait contemporains François U et Victor-Emmanuel, Maniscalco et Garibaldi.
La nuit, contre toute arttente, fût tranquîBe. Au •point du jour, nous nous levâmes. La toilette n'était 'pas leiq^e à Mpe : nous nous jetâmes à k mer après a^ir tmt signe k la godiette, qài n'kvât poss pu ancrer à cause de la grande profondeur, de s'approcher le plus possible du rivage.
¥enrcniq heuves et demie du muthiy'nous étions k bimi. La fksilhde «vernait de recommmcif^, tnak retentissait de l'autre côté de la presqu'île, c'est-àdire du côté du port.
Le capitaine mit le cap au nord-est.
Il n*y avait qu'une très-faîble brise, et, malgré notre désir de passer de l'autre côté, nous ne Mons que deux nœuds à l'heure*
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, . LES GARIDAI/DIBNS 167
Ce Jpt donc vers les neuf heures seulement que ^oos eûmes doublé le cap de MihuBso, La preuûâre diose qne Bous vliiies en arrifsnt'de Panlre t6i6 duPhare fut le bateau à vapeur le Tuekeri/, remorqué par une viugtame d'eaibarcations. Un pêcheur que -Muaintenogetaiea imn» «fit que le iriitimesl hnat^ la veille, brisé sa roue.
Garihaidi se trouvait donc privé d'un de^s plus puissante moyens d'éction.
Iiefivage Aè k pwBqu'He préteiftril limage cPun camp; une vingtaine de familles S'étaient réfugiées -sur la plage et campaiaot sous des lentes inprowK sées ; d'autres étaîMit à bmf^^de petite bfttfanento à l'ancre près du rivage, et, grâce à la rapide déclivité de la montagne, à Tabri du canon du fort; d'autm anfin étaient dMs lat urottas aatvalles formées par la mer. '
Nous primes braven^nt Je large et passâmes ioni le «mon -da foirt; pv acnqpide pournotie MKOOptiMité fMfernedieiitale, j'amris enlesë la pavillon tricolore et lui avais substitué ma i)aimière pmenneUe.
Le général fkmw ne iwi» jugea peint digaesid»
sa colère, et nous laissa tranquillement jeter l'ancre k une encablure et demie du fort; De-4k, nom pomrknMfoir las addhte HipiiiiteiiWj
bavarois et suisses amoncelés dans ies coors ^u château.
Les iMas MtiaieDte -4» ifbrt «étwent obligés de dégorger 4eur Irop plehu
Ce trop plein cuisait à une chaleur de trente-cinq degrés, lie 7«a<»ry» toiqoimTemorf ué-pap S6S4sb^
168 LES GA&lBALDl£iNS.
loupes, passa à cinquante mètres de nous, et. alla jeter l'aacre dans le port. #
Le eaacm da fort resia muet et lui laUsa traiiqoUlement accomplir cette manœuvre.
Gela nous parut de boa augure, et nous pensâmes que des pourparlers s'étaient établis entre les gm^ baldiens et les Napolitains. Cette croyance s'ap- ' puyait non-seulement sur le silence des canons, mais encore sur la cessation de la fusillade*
A peine avitMis-nous jeté Tanore, qu'une embarcation portant une chemise rougSy — c'est ainsi que par toute la Sicile on désigne les garibaldiens, — ^ se dirigea ters la goélette.
Le général me faisait dire d'entrer dans le port et de me mettre à Tabri derrière U luckery. Un quart ' d'heure après, nous étions au poste indiqué, et je montais k bord du Tuckery.
Le général m'attendait, gai et serein comme d'babitttde; il est impossible de ?oir une placidité de fisage pareille à la sienne : c'est bien réellement le lion au repos, comme dit Dante. Aucune communication n'avait encore été ouverte entre le fort et lui; mais le grand nombre même des Napolitains le tranquillisait. Il pensait que le fort n'était point approvisionné pour un long siège, et qu'il serait incesttânment à sec de vivres et de munitions.
Après m'avoir ainsi entretenu un instant des grandes affaires du jour, le général me dit combien lui agréait la imposition qpeje lui avais fitite d'aller en France acheter des armes, et me pria de lui exposer mes moyens d'exécution. Je lui fournis sur ce point tous les détails qu'il désirait; à son tour» il
me donna ses instructions et ses conseils , puis me remit un ordre enjoignant à la municipalité de'Pa-
lerme de m'ouviir un crédit de cent mille francs, à Teffet d'acheter des armes.
— Tenez, dit-il en me présentant cet ordre, allez, et bonne chance!
Puis, comme par réflexion, il ajouta :
— A ?otre retour, Dumas, savez-vous ce que vous devriez faire?
— Quoi donc?
Un journal.
— l^arbleul j'y avais déjà songé; donnez-m*en le titre, mon cher général ; je n'attends que cela pour commencer.
Alors, il reprit la plume et écrivit :
« Le journal que mon ami Dumas veut instituer à 'Palerme aura le beau titre àUndé'pendant^ et il le méritera d'autant mieux, qu'il voudra commencer par ne pas m'épargner, si jaoutis je m'écarte de mon devoir d'enfant du peuple et de mes principeit hu* manitaires.
» G. Ga&ibâlûi. »
' —Va pour V Indépendant! m'écriai-je; ces lignes lui serviront d'épigraphe.
En ce moment, une petite barque arriva à la rame près du Twskery,* le général échangea quelques mots avec l'homme qui la montait, puis donna des ordres à ses aides de camp.
Un de ceux-ci me dit tout bas :
— Nouvelles de Messine! nous allons avoir à' faire de la besogne des deux mains*
Quant au général, it ne dit que ces deux mois : '
— Allons voir votre goélette.
On lai apporta un mot à signer; c'était un crédit de cinq cent mille francs ouvert pour lut.
Après l'avoir signé, il jeta ua coup d'œil sur mon petit bâtiment et dit :
— Si j'étais riche, je Youdrais avoir à moi une goélette comme la vôtre.
Ainsi, écoutez bien ceci, Siciliens, mes compatriotes, Italiens, mes frères : cet homme qui dispose du sang et de l'argent de la Sicile, qui donne au« jourd*hui au Piémont deux millions d'hommes, cet homme n'est pas assez riche pour acheter une goélette de vingt-cinq mille francs.
Nous passâmes à bord de notre goélette ; on versa le contenu djune bouteille de vin de Champagne dans les verres que j'ai pris au palais royal de Païenne, et qui sont ma part de butin sur le roi François II, et nous Lûmes à la santé delltalie.
Garibaldi but de Teau, sa boisson ordinaire.
Pendant que nous causions sous la tente, du pont, il se leva tout à coup.
Un bâtiment à vapeur, venant du côté de Pa-^ lerme, doublait la pointe de Milazzo.
Avec son coup d'œil de marin, Garibaldi le re? connut.
— C'est lui ! s'écria-t-il.
Et, me tendant la main: ,
— Au revoir, me dit-il ; retournez à Talerme, travaillez-y de votre mieux pour notre cause; moi,, j'ai aliaire à bord de ce bâtiment.
Nous nous embrassâmes ; il descendit à terre.'
Un cheval l'attendait. Il s'enfonça dans les rues de Milazzo et reparut sur la jetée qu'ua quart d'heure a^rès.
Pendant ce temps, le bâtiment à. vapeur s'était approché et ma goélette avait appareillé.
Tous mes matelots s'accordaient à reconnaître le nouveî arrivant pour anglais, mais lui s'obstinait à ne pas arborer de pavillon.
A la vue du bâtiment» tous les bateliers siciliens, espérant un débarquement de passagers» s'étaient mis à ramer vers le paquebot mystérieux.
Au moment où ils n'en étaient plus qu'à cent mètres et où nous n'en étions plus nous-mêmes qu'à cinquante, un léger nuage de fumée apparut sur la plate-forme du château, et, en méiiie temps, nous entjandîmes le coup de canon et le silUement duboulcU '
Le boulet tomba entre les barques siciUennes et le paquebot, s'enfonça dans la mer et fit jaillir une trombe.
Ab I vous eussiez ri en voyant la déroute qui se «Ut parmi les bateliers I
Une partie vint s'abriter derrière notre goélette, faible abri à peine suffisant pour gacantir dJune balle de mousquet ou de refvolver*
Au milieu de ces barques qui fuyaient effaroufibées comme une volée d'oiseaux, une seule s'avauQail suivant la ligne droite, inflexible comme celui qui la môntait.
Celui qui la montait était le général Garibaldi. Le fort continuait de faire feu sur le paq^bot^ les boulets portaient trop banlou trop bas», aucun ne l'atteignait. , .
172 LES GA&IBALDl£rîS
Au huitième boulet seulement/ le bltiment étran»
ger arbora son pavillon. C'était un pavillon anglais.
Malgré le pavillon anglais , un nouveau coup de canon partit du fort; il est mi que ce Ait le dernier.
Nous étions alors à peine à trente mètres du paquebot. Il nous tourna sa proijie, et nous pûmes y lire: CAy-of-Aterdem.
Le général Garibaldi raborda, monta sur le pont, et, du pontt sur le tambour.
En ce moment, nous le' croisions.
Il nous jeta un dernier souhait de bon voyage et s'éloigna à toute vapeur.
Dix minutes après, il disparaissait derrière la pointe de Milam.
VEmma continua sa route. Demain ou après-demain, selon le caprice du vent, je reverrai cette belle Palerme, qui m'a fiait son citoyai. •
Païenne, as ioilteU
A peine débarqué, je me rendis chez le président de la commission municipale, et lui présenté ma
lettre de crédit.
Par malheur, Garibaldi avait oublié d'ajouter à sa signature le mot dietaiêur.
M. le duc de la Verdura me fît celte judicieuse observation, que, si Garibaldi était tué pendant mon
absence, la municipalité de Palermo en serait pour*
son argent.
Je trouvai l'observation un peu bien rigide, pour des conseillers municipaux qui devaient toutà Garibaldi, lequel, sll se faisait tuer, comme le craignait
LES GARIBALDIENS m
'M. le duc de la Verdura,se ferait, au bout du compte, tuer pour la Sicile, . /
n me semblait que, pour le vainqueur de Galata* fimi et de Milazzo, on pouvait bien risquer une centaine de mille francs; mais, moi, je ne suis qu'ua poète, et le duc de la Verdura est un syndic, deux conditions qui ne se ressemblent nullement.
Je télégraphiai à Garibaldi le refus de la municipalité.
Il me répondit :
« Arrangez votre crédit avec de Pretis. d
J'allai trouver M. de Pretis, qui m'ouvrit un crédit de soixante mille francs.*
Je pris avec moi un jeune officier d'artillerie, Rognetta, fils du célèbre médecin de ce nom. Il devait se rendre à Liège et y acheter des revolvers, tandis que j'irais, de mon côté', acheter des fusils et des carabines à Marseille.
Nous manquâmes le bateau direct de Palerme à Gênes, par la mauvaise volonté de notre consul H. Fleury, le plus quinteux des consuls que j'aie jamais connus, et Dieu sait pourtant si j'en ai connu de drôles !
Voulant fàire toute la diligence possible , nous remontâmes sur la goélette et mimes le cap sur
Messine. Si nous avions la chance d'arriver avant le dimanche suivant, nous partions Qe dimanche-là sur le bateau direct pour Abrseilie*
PaiS£ DE MESSINE
riîessiae, 2S août*
Nous avons fait la traversée de Palcrrae h Messine en trente-deux heures. Quand nous arrivâmes de¥ant Milazzo. iLiaisaitnuit noire et la temp» ilvii affreux. . Now enyoyânaes noire canot demander des nouvôUûs^de ûaribaldi. U <Uail parù.dej^uis deux.Jau£Spour IbiiiiMu
Cet eBfoi de notre 'csunot nous fit perdre dmz
heures, pendant lesquelles le calme se fit.
V#i» deux tieure» du m^^Un, nous gouvenuoni- à peiM quand now ilftieS'appamltref à la- pointa do
cap de llasocolmo, les fanaux d'un bateau à vapeur.
Le tinM>£Ùer le signala au second, et, comme un abordage ne semblait pas devoir être à cmMca * dans rimmense golfe de Mila^iû, on ae s'occupa plus du bateau à vapeur.
Nmis niaiduone* lenlextttfit, noe* dewp: . fumaallumâH
Tout à coup, une masse sombre, enveloppée d'un nuage de fumée, nous apparaît à une cinquantaine de mètres, trace un ^emi-cercle autour de nous,
en passantà notre avant, puis vire de bord et revient droit sur nous par le travers de tribord.
Le bateau à vapeur ! le bateau à yageur 1 cria le matelot de quart
— Lofez I lofez l eria le second à son tour.
La manœuvre s'exécuta; mais, avant qu'elle fut accomplie, le bateau k vapeur était sur uous..
Ce qui se passa, daos: cet instant est indescriptible.
La goélette fut seulevée comme une plume; un. . craquement se fit entendre. Je fus couvert. d'eau; j'étais couché sur le pont. Le timonier fut renversé ; le second, jeté à cinq ou six pieds en Tair; notre vergue de fortune, brisée; notre guide baume, plié comme un roseau; notre grande voile,. déchirée; L'arrière de la goélette plongea dans la mer et se releva ruisselant» Le bateau à vapeur crut nous avoir coulés, et continua son chemin.
C'était une petite plaisanterie napolitaine. Notre goélette avait été reconnue pour avoir pris part à Taifaire de Milazzo; oq, voulait tout simplement nous couler.
Nous fûmes jusqu'au jour à réparer nos avaries; beaucoup de choses étaient brisées à bord, mais rien d'essentiel, rien de vital. Notre voile de cape remplaça notre grande voile. Nous avions des focs et de^ fortunes en double.
Le calme continuait; ce ne fut que vers midi qu'une légère brise et le, courant nous portèrent vers le détroit. ^ ^
Eu arrivant au Phare, un beau spectacle frappa nos yeux : une batterie de trois pièces de canon s'élevait, et je comptai cent soixante-huit bateaux tout prêts, pouvant contenir chacun vingt hommes.
176 LKS GARIBALDIENS
Ce sout des bateaux de débarquement; le nombre doit en être qoadraple.
An flir et à mesure que nous approchions de Messine, nous pouvions voir les^sentinelles napolitaines se promener au baut des remparts du fort de la mer; surTespèce de plaine qui, derrière la citadelle, s*étend à fleur d'eau, on voyait manœuvrer des troupes à pied et à cbevai.
Les Napolitains, vous * le savez, manœuvrent à merveille. Ils ont si bien manœuvré, qu'ils en sont arrivés à se renfermer dans la citadelle de Messine et dans celle de Syracuse*
Arrivés à Messine, notre première visite fut pour Garibaldi.
Les larmes lui coulèront des yeux quand je lui rapportai* la réponse du duc de la Verdura.
Puis, avec un soupir :
— Au bout du compte, dit-il, si je me fais tuer, ce ne sera pas pour eux, ce sera pour la liberté du monde*
Alors, se retournant vers moi :
— Partez et revenez-nous vite, me dit-il.
— Général, lui répondis-je, je puis être de retour ici dans quinze jours, mais pas plus t6t.
— Avec les armes?
~ Oui, dussé-je les payer un peu plus cber; je vous donne ma parole que je serai ici avec le bateau de mardi en quinze.
— Bon! S'il en est ainsi, je vous attends pour . entrer dans les Galabres, §t nous y. entrerons avec vos fusils.
L£S GARIBALDIENS m
Pendant mon voyage à Païenne avaient eu lieu la redditioa du fort de Milazp et la prise de Messine. Voici les détails que je recueillis sur ce double
événement :
Le lendemain de notre départ de Milazzo, le PtoUs^ tapeur à hélice français, capitaine Salvi, mouillait sur rade. Il apportait des vivres à Parmée napolitaine. Son capitaine ignorait complètement et le combat de Milazzo et le blocus du fort.
À l'embarcation qui vint prendre langue à son bord, il répondit qu'il était à la disposition du commandant de Milazzo, ainsi que tout son chargement.
^ Hais» lui répondit-on à son grand étonnement, c'est Garibaldi qui commande ici.
Comme on le voit, la situation se compliquait.
Le pavillon français sauvegardait cependant le Tapeur ; de sorte qu'il demeura en rade en attendant les événements.
Dans la même soirée que le Protis^ le Charles- MafUlf grand clipper à hélice français, ainsi que la^ Stella\ venaient, dans les mêmes intentions et conditions que le Protis, jeter Pancre à Milazzo, Le matin du 23, au point du jour, la Mouette, aviso de PÉtat, commandant Boyer, venant de Naples, arri* vait de son côté au mouillage.
Une entrevue eut lieu immédiatement entre le général Garibaldi et le commandant Boyer.
La position des transports français au service du roi de Naples étant parfaitement garantie, cet officier supérieur, qui avait des dépêches pour Messine, dut appareiller pour sa destination ; màis ce ne fut' pas sans avoir, dans un but d'humanité, fortement
178 LES GÀBIBALDIËKS
engagé le capitaine du Protis à offrir son intervention pour tâcher d'amener, entre le général Garibaldi et le commandant de la citadelle, m commencement âe négociation.
La position du général Bosco était très-critique. Sa garnison, composée de cinq mille cinq cents hommes, était entassée dans un forif sans aucmie espèce d'approvisionnements. Il devait donc à peine espérer une capitulation honorable.
Après avoir vu le général Garibaldi et obtenu son assentiment, le capitaine du Protis montait à la citadelle avec pavillon parlementaire, et était in-» troduit, les yeux handés, près du général Bosco^
De prime abord , le général Bosco se tint com* plétement sur la réserve; mais, dès qu'il sut que le capitaine Salvi était Français, il devint plus commuoicatif , et ne dissimula pas ^'il était tout prêt à entrer en arrangement, pourvu que les conditions fussent honorables pour lui et sa troupe.
Voici, non pas le texte, mais rensemble de la lettre donnée pour le général Garibaldi an capitaine du Protis :
Le général commandant la place de Milazzo, dans un but d'humanité qu'il apprécie comme le général Garibaldi, et désirant surtout éviter une inutile effusion de sang, ne serait pas éloigné de rendre la place à des conditions honorables, pourvu» toutefoisi qu'elles fussent approuvées par son gou-vemement. La position de la citadelle^ sans être désespérée, est, il le reconnaît, critique; mais elle ûHre encore des ressources à un général et à des ti oupes déterminées, o .
Le général Bosco confia, en outre, au commandant du Pr(Hi$f une lettre pour le roi de Naples.
Le capitaine Salvi se retira alors; mais le général - Bosco défendit qu'on lui bandât les jeux comme à son entrée dans la place.
Aussitôt après l'entrevue, k Chark9'Martel et la Stella partirent pour Messine; le Protis restait au . mouillage, attendant ilssue de la négociation entamée.
Cependant, le commandant de la Momtte, inquiet, n'avait fait que toucher h Messine et avait repris aussitôt la route de Milazzo. Il se croka en chemin avec le CharUs^Marlel et la Stella^ mais sans commu« nîquer avec eux.
Il étaitenviron quatre heures lorsqu'il arrivaen vue de Milazzo. L'étonnement du capitaine fut grand en apercevant devant Milazzo quatre frégates napolitaines sous vapeur, dont une battait pavillon d'amiral.
Le champ fut ouvert à bord à toutes les supposi* tions.
Les uns voyaient déj5 un débarquement; d'autres, un simple ravitaillement. Mais tout le monde s'attendait à une canonnade quelconque. Il était aisé, à Paide de la longue-vue, de distinguer les dispositions faites par le général Garibaldi pour résister à toute tentative d'agression.
La généràle avait été battue dans l'armée indé« pendante; une batterie de six pièces, établie comme par enchantement, s'élevait sur le quai au pied de la citadelle; une autre de deux pièces pouvait se distinguer au fond de la baie, à rembouchurel de la rivière.
le.O l'I^S 4}AKIBALDI£^'S
Les feoz de ces deux batteries devaient se contre-
battre.
Les deux tours du sommet de la presqu'île, qui, dès le principe, étaient tombées au pouvoir du gé*
néral Gaiibaldi, avaient aussi dirigé vers l'escadre napolitaine les quatre pièces dont elles étaient armées.
Toutes ces dispositions belliqueuses ne devaient
aboutir à rien. La frégate amiraic arbora pavillon parlementaire à son mât de misaine. La MoueUe vint iranquillement mouiller à côté du Prolii.
L*escadre napolitaine portait, à ce qu'il paraît, un plénipotentiaire. A sept heures, les négociations étaient terminées, et le capitaine du Protis recevait l'ordre de se rendre immédiatement à Messine pour faire rallier le Charles-Martel ^ la Stella, l' Impératrice^ Eugénie^ etc., en vue de l'évacuation immièdiate de Milazzo.
* A deux heures du matin, la Mouette appareillait elle-même pour rentrer à Messine.
Les conditions premières imposées par le générai Garibaldi avaient été^ dit-on, celles-ci :
ffîia garnison prisonnière de guerre; les officiers libres de rentrer chez eux avec armes et bagages. »
Les conditions acceptées de part et d'autre ont été celles-ci :
a Les troupes se retireront avec armes et bagages, mais sans cartouches; le matériel de la ciladeile aera partagé en deux parts, moitié aux assiégeants,
moitié aux assiégés. »
Maintenant, voici pour Messine :
Le S2t les bâtiments de guerre stationnés dans
LES GARIBALDIENS iU
le port de Messine avaient été invités parle général Clary à changer de mouillage, pour ne pas gêner les ' opérations défensives ou agressives de la citadelle.
De révaenation des bâtiments de guerre résulta immédiatement un sauve-qui-peut général pour tout ce qui n'avait pas encore abandonné la ville.
Toute cette malheureuse population se trouvait agglomérée sur les plages est du détroit de Messine, partie sous des tentes en lambeaux, partie dans des bateaux de toute espèce, où les femmes et les en* fants étaient entassés^à ce point, que, dans une mahonne, j'ai compté vingt-huit enfants et dix-buit ' femmes. La partie de la population la plus aisée avait fui dans la campagne ; la ville était silencieuse comme un tombeau. Ce silence n'était troublé que par les cris d'alerte des factionnaires napolitains et par les coups de fusil qu'ils envoyaient sans raison sur tout ce qui paraissait dans les rues.
Le port était aussi désert que la ville, sauf quelques corvettes napolitaines prêtes à appareiller. Il ne restait dans le port que la Moufitte, qui, forcée de faire son charbon, était amarrée à Terra-Nova.
Les journées du 34 et du 25 se passèrent de la même manière. ^
Cependant un combat paraissait imminent. D'après les intentions, qu'avait manifestées le générai Clary, on devait s'attendre à une lutte désespérée.
Effectivement» les troupes napolitaines occupaient toutes les crêtes des montagnes qui entourent Messine. Artillerie, cavalerk», génie, rien ne manquait au déploiement des forces mises en afant par le général de Tarrnée royale. Mais c'était la montagne
m IBS GARIBALUlfiNS
qui accouche d'une sourie. Le 25| ver& les sept hcoret du soir, uo MïÀê engagemeat avait liaa
enlre les avant-postes napolitains et l€8 guerrillas d'où chef de partisans nommé luterdouato, malgré i*ordre fgd avait été douaé da ne pas au venir aux
mains.
Cet engagement faisait présumer pour le lendemain une action pleine d'intérât; mais» au levèr da soleil, les Napolilains étaient rentrés en ville; les picciolti, descendus dans les ravins où ils séjournaient en attendant des ordres ; enfin^ dans le port^ l'évacntion commençait
Celte évacuation, dont les articles paraissent un ftroblèmei n'a été sans doute que la conséquence pnre et simple de la caj^tuiation de Milasxo.
En abandonnant de justes prétentions, le général de l'armée indépendante s'était réservé les bénéfices de l'évacuation de Messine. £n échange de ses prétentions premières, la gaznison de IClasso était la rançon de Messine.
Le 26, les bâtiments de guerre rentraient dans le port. La populatioa, rassurée* commençait à rentrer en ville. Plusieurs décrets rendus par le général Garibaldi assuraient la tranquillité publique : tout attentat contre la sûreté pessraneUe élût sévèrement puni ; Ja garde nationale s'organisait, prenait le service des postes abandonnés par l'armée napolUaîM^ et tout le monde, vainquevs et veiaens, stebfessait à qni mieux mieiiz dans les mes*
La signature définitive de la trêve n'a cependant eu lieu que le â8 : les troupes royales occupant la cîladeUe et les troupes de Garibaldi oocupant la
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yOIe s'èngagent à s'abstenir de toute hostiHté pen-*
dant un laps de temps quelconque, la reprise des hostilités devant être annoacée au moiaâ quarantehuit heures à l'avance.
Le dimanche 29 août» je m'embarquai pour Har- '
seille, sur le Pausilipp^^ bateau à vapeur des Messageries impériales.
LES NAPOLITA.INS
El rade dâ Naples, 31 juillet.
Je ne sais si vous avez jamais été à Naples; mais je puis vous affirmer une chose : c'est que, si vous y avez été, et qu'il vous prit aujourd'hui la fantaisie d'y retourner, vous trouveriez Naples bien changé !
Écoutez ce qui m'arrive, à moi qui ai l'honneur d'être condamné à quatre ans de gaîéres du fait d^ Sa Majesté Ferdinand.
A peine le PausUtppe a-t-il jeté l'ancre dans le port, que les hommes du peuple font invasion sur le pont, et que l'un d'entre eux, me reconnaissant probablement au visage pour un patriote, me dit tout haut :
— Monsieur, où est Garibaldi? Quand Garibaldi sera-t-il ici? Nous l'attendons.
. j ^ d byGôôgle
Vous comprenez que, moi qui connais mon Na«»
pies sur le bout du doigt, je me dis :
— Voilà un agent provocateur auquel il est parfaitement inutile de répondre.
^ En conséquence^ je réponds un Non capisco des mieux accentués.^
L'homme du peuple se tourne alors vers l'un de mes compagnons de vQjage et lui fait la même question.
Alu moment où j'allais écouter la réponse, un monsieur me tire son chapeau; je demande à ce monsieur si poli ce qu'il désire^de moi.
—N'étes-yous pas M. Alexandre Dumas? medit-il.
— Pour vous servir, répondis-je; mais à qui ai-je rhonneur de ])iirler?
• «-«Monsieury je m'appelle. je suis agent de
police.
Je lui tire mon chapeau à mon tour. .
— Je TOUS ferai observer, monsieur..., lui répondis-je, que je suis ici à Tabri du pavillon fiançais, et que, si vous venez pour m'arréier..
— Vous arrêter, monsieur ! vous, Tauteur du Corrieofo, du Speronaref du Capitaine AremfMais^ monsieur, mes enfants apprennent le français dans vos livres. Vous arrêter I quelle idée avez-vous donc de nous? Au contraire, j'ai cru qu'il était de mon*devoir de venir vous inviter à descendre à terre. ,
— Et voilà mon canot qui est à votre service, mon cher monsieur Dumas, me dit un second monsieur en me tirant son chapeau aussi poliment que le premier.
— Pardon, monsieur, nfais à qui-dois-je Toffre obligeante?.
LES QARIBALDIENS 185
—Je suis le commissaire de police du port, monsieur. Ne me refusez pas, je vous prie ; ma femine
désire énormément vous connaître. On a joué Tautre jour, aux Fioreniinsy votre Monte-Cristo^ qui a eu le plus grand succès. Venez donc» je vous prie.
— Messieurs, il y a deux motifs pour que je ne me rende pas à votre invitation : le premier, c'est que je suis condamné à quatre ans de galôres si je remets les pieds sur la terre de Naples.
— Eh ! monsieur, il est bien question de cela à présenti Si l'on vous savait dans le port, on viendrait vous prendra, et Ton tous porterait en triomphe.
— Le second, continuai-je, ç'est que j'ai promis à Garibaldi de n'entrer à Naples qu'avec lui,
» £t quand croyez-TOus qu'il soit ici, monsieur? ' demanda le commissaire avec la plus persuasive intonation de voix. *
— Mais dans quinze jours ou trois semaines an . plus tard.
— Oh ! tant mieux f tant mieux î s'écrièrent les deux agents de police. Tout le monde ici l'attend avec bien de l'impatience*
Je n'en revenais pas.
— Vous savez, monsieur, continua l'un des agents, qne nous avons reçu votre lettre sur Milazzo, qui nous est arrivée hier par la voie de Li- • vourne. Oh! monsieur, quelle sensation elle a faite I Un imprimeur Ta tirée à dix mille exemplaires, et, si TOUS descendez à terre, vous l'entendrez crier par les rues de Naples.
Je tombais de mou haut.
lâG LES GAKIBALDlËiNS ,
AkMfs» monsieur, repris-je, si voii8 t^m aussi
garibaldien que vous le dites, je vais vous montrer une chû^e qui vous fera graïuL pkiftir : c'est ua mgfd&^w portnU de GaribaldL
Et je tirai, en effet, de mon oarfoo une tite-beUe photographie du général.
Les |tfr0>^ en vimeol aux jeux de tnoa iutej^ locutear»
— Oh! monsieur, s'écria-t-il , nous qui n'avons que d'exécrables portraits du géaéf^» et qui se veudeat hors de prix encore i
~ Alors, répondis-je, j'ai grande envie de fidre graver celui-là et d'en faire un don patriotique àia ïille de Nâf)les.
— PocffqiHH les donner, mcmsienr» qund tous Mes sftr ée lee rendre le ^x que fons v4M2dreiL2
J'étais de plus en plus abasourdi.
Bref, je ne pus me débarrasser de mes a^nts qa'én leur disant que j'attendais quelqu'un el çi'il m'était impossible de descendre. Mes deux agents • se relirèreut en exprimant ks regrets 1^ mieux
VoOà l'esprit de Naples. Tout y est garibaldien, jusqu'aux agents de police, et je dirai môme que les asents ^ police, qui désirent garder leur place lorsque âartbaldi sent à Napks, y sont ]dua gsribaldiens que personne.
£a effet, la proclamalion de la Constiiutioa u'a pcodntt tpfmik effet mqaA celni qoî ia pnebaunl ^ était loin de s'attendre : e'est que einmm a dilloiil haut ce qu'il s'était contenté de penser tout bas. , Or, ce que chacun pensait tout bas, c'était: « Nous
voulons l'annexion au royaume de Victor-Emmanuel . Vive Garibaldi 1 ?ive l'Italie une 1 n Voilà l'effet de la Constitution ; vous voyez que le roi François Q a ^té bien conseillé en la donnant.
Elle a eu bien d'autres effets encore.
£Ue a créé la garde nationale, qui, dimanche dernier, fraternisait avec Tannée et criait^n pleine rue:
— Vive Garibaldi! vive l'Ilalie une!
£lie a créé le droit de réunion, et Ton se réunit pour conspirer en faveur du roi Victor-BmmanueL
Elle a fait rentrer les exilés, qui racontent ce qu'ils ont souifert en exil, et qui augmentent encore, sfil est possible, la baine que Ton porte à François II.
Notre tyranneau a bien essayé une petite réaction le 15 juillet dernier, à l'instigation de la reine mère. Les grenadiers de la garde royale, libres de sortir avec leurs sabres, se sont précipités sur le peuple en lui ordonnant de crier : «t Vive le roi ! » tradition palermitaine; mab, à Naples comme à Paienae, on a répondu :
— Vive le roi Victor-Emmanuel !
Les grenadiers ont sabré ; une soixantaine de citoyens ont été blessés et cinq ou six tués.
La seule punition du régiment a été d'être envoyé à Portici.
Mais la punition du roi sera probablement d'être envoyé à Trieste.
Les nouvelles de la reddition de Messine sont arrivées bier, et se crient dans les rues. Cela se coor fond avec la féte de la reine mère, pour laquelle ou tire le canon tout autour de nous.
188 ' L£S GàU1DâLD1££«S
Lorsque les émigrés sont rentrés, leurs instructions, — les instructions, on le présume, avaient . été données par M. de Cavour, — Jeurs instructions ' • étaient de faire la révolution sans Garibaldi. On a . \u que la chose était impossible; il faudra que M. de Cavour se résigne à voir faire la révolution par Garibaldi et avec Garibaldi.
Au reste, à Naples comme partout, le nom est magique; les soldats qui ont combattu à Calatafîmi disent que le général a huit pieds de haut, qu'il a reçu pendant le combat cent cinquante balles dans sa chemise rouge, mais qu'après le combat il a secoué sa chemise et que toutes les halles sont tombées ^ ses pieds.
Quand on a proélamé la CSonstitution, personne ne croyait à la bonne foi du roi de Naples; pas un cri ne fut poussé, pas un drapeau ne fut arboré, ^ pas une cocarde ne vit le jour.
Les premiers, les lazzaroni se levèrent, allèrent à tous les commissariats de police» brûlèrent les meubles et les papiers, mais sans rien piller, i
Un lazzarone portait une paillasse pour alimenter le feu; une pauvre vieille passa et lui dit :
~ Au lieu de brûler cette paillasse , donne-lamoi!
Le lamrone était près d'obtempérer à la demande, lorsque ses camarades lui font observer que la paillasse doit être brûlée et non donnée. La paillasse est jetée au feu, et les brûleurs se cotisent
pour acheter une paillasse neuve à la pauvre vieille.
Les émigrés, en rentrant, ont été émerveillés du
L£S GARIBALDi£r<S
' ' progrès auront fait les lazzaroni. Un d'eux me racontait qQe, faisant porter, du corps de garde chez lui, deux fusils à un facehinOf il voulut le payer de sa peine, mais celui-ci refusa en disant que lui aussi était au service de la patrie.
De mémoire de lazzarone, pareille réponse n'avait pas été faite par un membre de cette honorable
corporation.
Us firent bien un peu la chasse aux sbires, lors* qu'ils surent que le roi François II leur abandonnait sa police ; mais ce ne fut ni pour les assassiner, ni pour les faire rôtir, ni pour les manger, comme
ils avaient fait en 1798. Us se contentèrent de les livrer aux soldats, et ils furent déportés.
Deux cent cinquante furent envoyés à Caprée, et' . parmi eux ^tait le bourreau de Palerme et son iiTepieds, — On appelle ainsi l'aide du bourreau, qui tire par les pieds le pendu. — Il a bien paru là quelques petites collisions, mais elles ont eu pour résultat de mieux faire ressortir Tesprit général de la population et même de l'armée.
A Avellino, les Suisses et les Bavarois ont attaqué un poste de garde nationale. La garde nationale, repoussée d'abord, reçut un renfort, non-seulement de gardes nationaux, mais de carabiniers à cheval, renfort avec lequel elle reprit Toffensive, et chassa d'Âvellino les Suisses et les Bavarois.
n y a eu, ces jours derniers, une représentation au bénéfice des émigrés rentrés à Naples ; la sa-le était comble; la recette a monté à dix^huit cents francs.
n y a àNaplés sept ou huit grands journaux de
nouvelle création; cinq de ces grands journaux reproduisent les Mémoires ik Garibaldi, que je publie dans le Stick, et chaeim d*eiix écrit en tête de son feuilleton que ces mémoires sont sa propriété particulière.
Voilà des joumaoz dlïier aussi menteors qne s'ils avaient im demi-siècle d'existence; c'est boa signe pour la future civilisation de Naples 1
ON ROI QUI S EN Yà
Hade de tapies» 13 aûùU
Me.Yoici encore devant Naples h bord du PauiUippe; mais, eùire la date de cette lettre et celle de la précédente, j'ai été à Marseille, où je suis resté six jours, * *
J'avais "Compté d'abord y acheter des carabines de réforme du gotnremement ; mais, an moment où l'affaire allait se conclure, une intervention officielle l'a fait manquer. J'ai donc été obligé de m*adrcsser à mon ami Zaoué, et j'ai eu» pour quatre-^ngtronze aiflle francs, mille ftasib rayés et cinq cent cinquante carabines. *
De son côté, Rognetta est parti pour Li^ avec sept mille francs. ,
souscrit à Zaoué une lettre de change de. '
LES GARIBàLBIEHS m '
quarante mille francs» payable à Meaaiaat et» conme iê fiÊOiriUppe, qui partait le jeudi 9 et qui ftinit la
côte, ne voulait pas recevoir mon char.^ement d'armes, je me suis embarqué seul. Les armes doivent me eoifret pent-Mieine piéoé^ à lleseini» nr le baiera difeet.
Hier, en rade de Civita-Vecchia, deux bâtiments des messageries préseotaient im singulier spectacle. ^ ^
Lb OmMiniI, e*«el4HdiFe le bateau qui venait de Naples, emportait Filangieri, le duc de Sangro, le prince Zurlo, Vicenzo Zurlo, grand ami du pcÎAoe d'Aqnila, le réaetioMiaiie eieilîen Saboaa, te mapquis Tommasi (ne ims confondre avec le docteur ïommaâi)t le prince de Gentola Doria, la duc de Safr^Jesano, enfin madame TadoUnL
£e PamÊilippe, c'eat-Mire le bateau qui allait à Naples, apportait, en même temps que moi, Luigi MezzaâMpOy général piémonlais; France&ca Materazzit eoional piémoatais; le docteur Tommasi (ne pas confondre avée le marquis Tommw)iy le obevalier Andréa Aquaviva, le chevalier Capecelatro, Giuseppe Roioli, ez-mmistre 4a gouvernement sifiiliflo, et enfin TUstorien et vomancier La Ceeilia.
Cetie fuite et ce retour étaient occasionnés par le bruit qui s'était r^pAudu du débarquemeal de Garibaldi en Calabre,
Pailons d'abord des fogitife*
A Naples, on fuit par catéizories.
Le 28 juin, les bas coquios, les sbires, iesaasasains oufrent la mardie. On en tue seiaa m dia^sept ' et Toa interne les aintre s à Caprée.
IM LES GARIBALDIBNS
Pois tiennent les hauts coquins :
Alossa, le ministre de la police, que le dégoût
public a exilé de Paris, la ville des bons estomacs politiques cependant; Merenda, Tembrigadeur des sanfédistes; Maniscalco» le Torgoeoiadade la Sicile; enfin Gampagna, le torturenr du Calabrais Agésflas Milano, à qui la question arrachait des cris qui étaient entendus de l'ambassade de Russie» mais ne poumt arracher un aveu.
Hier, c'était ce qu'en politique on appelle les honnêtes gens^ mais ce que j'appellerai, moi, le^ gens fatals.
Nuniiante, fils du général qui a fiiit ftasiller Murât,
est aujourd'hui forcé d'abandonner les mines de soufre de Vulcano et son beau palais tout neuf de Santa-Maria-di-Capella. U est vrai qu'en partant il a, par une lettre dans laquelle il se pose en patriote persécuté, lancé sa flèche au ministre delà guerre; Filangieri, homme de premier ordre, quoi que Ton en pentfe ou quoi que Ton en dise, fils dn fa* meux publiciste Gaetano Filangieri.
Après les massacres de d9, que nous avons déjà écrits pour la France et que nous récrirons pour Naples, Gaetano Filangieri et son frère vinrent à Paris et se présentèrent au premier consul Bonaparte, qui les fit entrer gratiaau Prjtanée. Gaetano était capitaine à Austerlitz, chef de bataillon dans l'armée de Murât en Espagne, blessé au Panaro,. fait général et décoré par Murât.
Bn 1821, son étoile pâlit; le nuage du doute passé sur elle. Les officiers de la garde alors sous SCS ordres refusent de se battre contre les Autri-
chiens; il De fait pas fusiller les ofiicicrs. Disgracié jnsqa'eo 1830, il rentre alors en fàveur, essaye de ' reeonititaer un ministère libérri et de foire nn roi patriote; il échoue. C*élait la première année du règne de Ferdinand II; il est joué par le roi Boniba, ce tigre^renard, type de la finesse et de la férocité ; il se relire tout en conservant la direction du génie et de l'artillerie, passe à travers 1848 en louvoyant, se jette dans la réaction par jUonsie contre Pepe, envoyé à sa place en Lombardie* ^
Après le 15 mai 1848, jour de la réaction à Paris, ' ' à Vienne et à Naples, il prend franchement parti ponr la réaction, à laquelle il reste fidèle. U commande le corps d'armée chargé de reprendre Messine, la bombarde avec cette môme artillerie qu'il a organisée, mérite à son roi le surnom de Bamba^ reconquiert' Tannée suivante la Sicile, en de- 1 vient vice-roi , et occupe ce poste jusqu*en 1855,
! où le prince de Castelcicala, dans Tappartement
duquel j'ai écrit la conquête de Garibaidi, le rem- j^lace.
Rappelons en passant que le prince de Castelci- ' cala, brave soldat qu'une blessure reçue à Waterloo force *de porter une calotte d'argent sur le haut de la tête, est fils de l'inquisiteur de 1799.
Ministre sous François, Filangieri mécontente tous les partis et slUustre, ministérieliement parlant, par son fameux décret sur les immondices déposées devant le théâtre Saint-Charles. Enfin, il donne sa démission à propos, prétend-4iy d'une constitution présentée au roi au ^^oiçmencement de Tannée, qu'il porte sur lui comme un sauf-coii*
m L£S GARIBALDIENS
(luit, qu'il nous a montrée et qu'il dit être la même qm le roi lui a jetée au nez en s'écriaBi :
Pittk6t mourir I Le fûî a depuis doané qm constîtwtion et il n'en
est pas eocore mort; mais, à la vérité, il en est bien mala4f ■
Boa vofa§et messienrsl nous tous Miriton» sur fotre pmdmee : tiaribaldi a eoudid «saul-liîer à
8eggio; hier, vous avez quille Naples.
Naples, au milieu de tout cela, est fort agité» eomm^ voua le peoses liien.'
U y a quatre partis à Naples.
Le grand partit celui de i'anoejûûu par Gari* baidL
Un parti moindre, celui de ranuftTum par Caiour. .
Un parti moindre encore, le parti du prince Na^ poléon.
Enfla» .un parti imperceptible gue Vm ne voit Qu'au mieroecope sokuie, le parti de PrsA^is IL
Celui-là cependant s'agite fort pour qu'on croie qu'il p.xiste. Il fait aller et venir les soldats du cap liiaàae à Salenie; il âdt acheffer des revcdws à Marseille par M. Miccio; il fait parvenir au comte d'Aquila, sous couvert de parfumerie et de quincaillerie, des caisses d'armes; il fait acheter des képis pareilaà ceux de la garde civique, pour mâler, ^ à un instant donné, ses sLires de Sicile à la milice uationaLe»
te le regarde fisire et mi riL
Les yeux soat fixés sur Gaiibaldî, cet autre colosse de Rhodes qui a déjà un pied sur le Vésuve, i'autce sur le Pausiiippe, et entre ies jambes duquel
LES GARIBiLDIBNS 195
passent tous les bàtimeais, qu'ils viÊ&oeaideEome ou de Messine* .
On dit les plus étranges choses sur IiîL On le sait capable de tout, Naples est convaincu qu'il y a. huit jours il était dans le port à bord de l* Adélaïde^ qu'il ^ % a eu une entrevue avec Villamarina, et qu'il est resté six heures en conférence avec lui.
Je crois la nouvelle fausse. S'il était venu daus le port il y a huit jours, il fût descendu à terre, et« depuis huit jours, il n'y aurait plus de roi de Naples.
On l'attend pour faire évanouir ce dernier fantôme de la royauté hourbonnienne*
Voilà où j'en suis des nouvelles, à neuf heures et demie du noatin; mais j'attends des amis qui habitent Naples, et, sons leur dictée, j'iichéverai cette lettre.
Garibaldi n'est nullement débarqué de sa per-» sonne, comme disent les faiseurs de bulletins ; mais il a envoyé son colonel des guides, Misori, pour éclairer la route. Vous savez, ce beau et brave Misori qui lui a sauvé la vie à Milazzo.
Misori s'est embarqué au Phare; il a ilKiver^ le détroit et a débarqué entre Scylla et Villa-San- Giovanni , avec cent cinquante-trois^ bomfiBkea» Il s'est jeté aussitôt dans les montagnes.
La nouvelle du débarquement a été portée au mi par le ministre de la guerre Pianelli, auquel l'avait transmise le tél^aphe de Eeggio* Déjà François 11 en avait été instruit lui-même par une dépêche lé- ' ^ légraphique directe.
196 LES GAAiBALDI£MS
Le jeune roî, bien qu'il n'eût point perdu son calme, se montrait fort étonné de la nouvelle. U awt, disail-îl, reça de la France et du Piémont Tassurance que Garibaldine passerait pas le détroit, et c'est parce qu'il avait eu confiance en ces promesses, qu'il avait déjà coosentii ouàpeuprès» à' rabandon de la Sicile*
Il fit mander en toute hâte M. Brenier, lequel déclina laresponsabili té des promesses faitesauroi» promesses qui n'étaient pas , dit-il , à sa connaissance*
François n réfléchit un instant; puis, s'adressant^ à M. Brenier :
— Donnez-moi un conseil, lui dit*il.
~ Sire, répondit M. Brenier, puisque le roi me fait l'honneur de me demander mon avis, je lui dirai qu'à sa place, je me mettrais à la tête de mon armée, et que je marcherais contre Garihaldi, confiant la province de Saleme au général Pianelli et la ville de Naples à la garde nationale. La présence de Votre Majesté en Galabre empêcherait la défection de l'armée et l'encouragerait à se battre. £n cas de défaite, la ville de Naples serait épargnée, et le roi partirait pour Trieste ou pour Vienne , abandonnant à la reconnaissance du peuplé napolitain la dernière page de son histoire.
Le roi demeura un instant pensif.
— - Après le premier succès, dit-il, je ferai ce que vous me conseillez; mais il me iéîii un succès d'abord. •
Quant aux ministres, excepté Pianelli, ils apprirent la nouvelle du débarquement, comme tout le monde, par la voix publique.
LBS GARIBALDIENS 107 '
Us étaient réunis ea conseil. Liborio Romano prit le premier la parole et dit : ^
— Comme les circonstances sont graves, et ne peuvent que le devenir encore davantage, nous devons, en notre qualité de ministres responsables, demanda an roi d'être consultés et entendus sur tout ce qui concerne la guerre.
Le président Spinelli fut chargé de transmettre * immédiatenàent cette opinion au roi.
n se rendit an palais, et exposa à François n l'objet de sa mission, ^
— Dites à MM. les ministres, répliqua le roi, que la constitution de 1848 me donne le droit de faire la paix et la guerre, et que je maintiendrai mon droit.
Sur cette réponse, Romano proposa de donnersa démission ; de Martine et GaroiiEdo se réunirent à
lui ; Spinelli, Lanzilli et Pianelli lurent d'un avis contraire.
Alors Romano proposa de rédiger une adresse pour demander an roi de ne pas permettre que
Naples et ses environs devinssent, en aucun cas, le théâtre de la guerre.
Romano fut autorisé à fiiire le projet d'adresse; toutefois, ses collègues lui déclarèrent .qu'ils ne pouvaient se prononcer qu'après en avoir pris lecture, la forme étant d'une gr^de importance dans les actes de ce genre.
— Si vous ne voulez pas signer l'adresse, reprit Romano, je la signerai seul, je la porterai seul au palais, et seul je la remettrai entre les mains du roi.
m L£S GARIBALDIENS
Tel est à peu près Thislorique de C€ qui se pa^sa dans la journée du 12. / '
. La matin du même jomv on avait «famné l'ordre
de compléter Tenvoi de trente mille hommes en Calabre.
Tons les aégoeiaBis oot embarqoé lenrs eieU et leur argent sur les b&timenls dn port, en payant^
piimes d'assurance d'un et demi pour saille*
Le général de Benedielis, pèreda capitaine da
génie qui a passé le premier à Garibaldi, a envoyé défiôcb^de Glulia-Nova, disant qu'ayant été averti, par le télégraphe de Brindisi, qn'nne flotte italienne côtoie le littoral des Fouilles et s'avance vers les Abruzzes, il a changé ses dispositions stc^ logiques en portant ses tronpes à Pescara et en fermant son quartier général à Crinlia-Nova.
Une autre dépêche d'hier, datée de Palma et signée du général Melendez, annonce que la croisière napolitaine I commandée par Salazar, se tenant entre Villa-San-Giovanni et Reggio, a empêché cinquante barques chargées de . troupes de sortir du Pliare, U ajoute que, ^ on loi garantissait deus nnits sans débarquement, il pourrait, avec sesfuees, détruire les garibaldiens débarqués et les bandes calabraises qui augmentent dans celte proportion : hier» denz cents; aiqourd'buit denxmilLa. «Dans la nuit dernière, ajoiite«t-il, elles ont mangé quaâfilBtrois moutons. »
Une troisième dépêche du commandant dubateau marchand U Vimce^ an service dn gouvernement
us GARIBALDIEIfS 19^
M^ftlitoîa, MDMiiqaeaf de deux gro» Mvires chargés de charbon pour la ciladelle de Meflsine, an- AûQce qu'il a été obligé de tirer trois coups canon sur une flottille débarquée, le dirigeant ▼€» les eAtea de Gidaltte, et de se frayer ainsi un pas*
J'oubliais de vous dire qiie le général Bartolo Maim, ayant publié un ordre du jour dans kquel
il a exprimé son chagrin de commander ces mêmes soldats qu'il avait commandés à Palerme, et qui s'y étaient c s n d tnïi en brigmkdê plutAt qu'en soldats, a été arrêté par ordre du roi et conduit au fort Saint- ËJUue, où il est encore à cette beure.
Le générad Bartolo Maira eonmandait une division en Calabre.
La batterie appartenant aux Bavarois, qui n'ont pas été dissous malgré l'article X de la ConstitutioUi estcasemée depuis hier aux portes de la ville, dans le quartier des Granili, ce qui augmente l'alarme.
Les cinq mille bommes composant la légion étraiigère sont encore à-Nocera.
Les élections devaient se faire dimanche 19, tempo permettendo; mais il est probable que la révolution se fera d'ici à samedi et que Garibaldi amènera luiaiéme les électeurs?
En attendant, deux conseils électoraux sont fornés, l'un au palais Galabritto, présidé par Pietro ^ Leopardi, l'teire au Vioo'delle Campane à Toledo, présidé par le célèbre naturaliste Orionzo Costa.
Ces djBtàX, comités ont présenté des listes presque UeBtiqaea de candidats omteifes, Cdie de Costa est la plus avancée.
SOO LES 6ABIBAXDIE1IS
Les mômes comités ont ouvert les correspoadances les plus actives, ont envoyé des commissaires pour organiser des comités en province et font
jouer le télégraphe.
Le goaverneoient a abandonné la partie électorale et a annoncé, avant-hier, il août, aux intendants, qu'il n'avait pas rfe candidats à yaironner, '
Le roi est très-elTrayé des deux comités, surtout . de celni de Costa, qn'il Undie de comité garibaldien. * Hier, il est sorti, après vingt jours de réclusion, mais il n'a fait que traverser et retraverser Cbiaîa au pas de course*
C'est prolMtldement sa dernière promenade I
lions partons ce soir pour Messine*
l»E VIEILLES CONNAISSANCES
Messine, 15 août so soir.
En passanthier devant lePbare,n(msavpnscompté près de deux cents barques rangées en ordre sur la
. plage, et protégées par une batterie de canons de gros calibre établie depuis mon départ ; au-dessus de cette batterie flotte le drapeau piémontais. Deux vapeurs napolitains, Fulmmanlt et h
Tancrède, croisent dans le détroit pour empécberles débarquements*
LES GARIBALDIENS 20i
A peinc^avions-nous jeté Pancre^ que le capitaine
de ma goélette s'eçt empressé de monter à bord du Pausilippe pour m'annoncer «la grande nouvelle. »
Cette grande nouvelle, c'est qu'un aide de camp du roi de Piémont est venu défendre k Garibaldi de débarquer en Calabre, et lui ordonner, au nom de Victor-Emmanuel, d'aller à Turin rendre compte de sa conduite.
Là-dessus, je me suis mis à rire.
Le capitaine, alors, m'a très-sérieusemeiit affirmé qaè la nouvelle était certaine, qu'il, la tenait du consul de France, H. Boulard.
Cela, toutefois, ne changea rien à mon opinion, at^ndu que, selon moi, les agents diplomatiquei^ sont toujom^s les derniers et les plus mal renseignés.
— M. Baular4 est si bien renseigné, reprit le capitaine Beaugrand, qu'il m'a dit jusqu'au nom du b&timent sur lequel Garibaldi est parti pour Gènes*
Et ce bâtiment s'appelle ?
— Le WashiTigton,
— Mon cher capitaine, Garibaldi n'aurait pas choisi un bâtiment portant ce nom-là pour faire
un pas en arrière. Je persiste dans ma conviction que Garibaldi n*a pas été à Gênes.
— En tout cas, reprit le capitaine, à qui il . en coûtait de mettre en doute une nouvelle donnée par une bouche ofûcieile , ou ne sait pas où il est.
— Capitaine, Suétone dit, en parlant de César : «U n'annonçait ni les jours de marche, ni les jours de combat; il voulait que l'on fût prêt à tous
30a L£S GÀK16ALDI£NS
les moments. Il avertissait qu'on ne le perdît point "de Toe, et, tout à coup, il disparaissait, soit de pOBt^ floit de nul, fàimi emt miUei m ym^j^ quatre heures, ef signalant sa présence, dans le lieu oii on l'atlendaif le moins, par quelque coup de tooMrre. » Moa cher caj^tatae, GariMA a beawoop deOésar. — Et, namteaMrty occnpomnous du Mercey.
Le Mercey était le bàtimest qui detaU la^qKiQftQr lev armes par trajet direct Oa le vojwt Anaar de 'autre côté du Phare : il serait donc en rade avant une demi-heure.
Je quittai k PamiHffÊ et je pasm à Intd da^ioa goélette.
À peine me sut-on arrivé, que toutes mes ee»naissances de Messine accoururent pour me eenmuniquer à leur four «la grande Mttifrile;» mais plus on me l'annonçait et plus on me l'affirmaU, moins je consentais à y croire.
Un des visiteurs, pour vaincre »e<i ofc atinat ien, finit par me dire qu'il tenait la chose de Garibaidi lui-même.
Pour la coup, s'il m'était resté mi donner docte,
ce dernier doute se fût évanoui.
■ Je compris que le général avait fait çourir ce bruit pour donner le change au gouvernement de Naples et pouvoir débarquer, sans qu'on l'inquiétât, oii bon lui semblerait.
Je me rappelai, d'ailleursi que, lors de moli patsage à Gênes, Bortani m^vatt annoncé qu'il devait conduire six mille hommes à Garibaidi, et que, le lendemain du jou^ où il m'avait dit cela, il était en
effetparti,avec dix mille hommes, pour la Sardaigne; je me rappelai que deux jours après mon arrivée à Marseille, j'avais reçu du mômeBertaûi une dé« pèche ainsi conçue :
« Je pars. En mon absence, eniendez-ypus avec mes^ remplaçants, n
Selon toute probabilité, Garibaldi avait été à la • rencontre de ces six mille hommes, soit à Milazzo, eoit à Paierme, soit môme à Salerne.
S*il était vraiment venu à Naples, ou plutôt dans la rade de Naples, à hord du vaisseau piémontais l'Adélaïde^ il avait pris connaissance de l'esprit de Naples^ et, en ce cas, il était à parier que, pour ne pas avoir à traverser toute la Galabre avec ses six mille hommes, il débarquerait à Sapri ou à Saieme.
Seulement, je gardai pour moi ces réflexions.
Si j'avais deviné juste, Garibaldi devait d'autant plus désirer qu'on le crût parti pour Crônes, qu'il était plus près du Glento on de la Baailicate.
Pendant ce temps, le Mercey était arrivé et avait , geté l'ancre.
J'envoyai quelqu'un à son bord ; les aimes y étaient.
Je ne laissais pas que d'être embarrassé; j'avais k payer, on s'en souvient, une lettre de chai^ de Quarante mille francs, et, en l'absence de Garibaldi,
ayant à peine une dizaine de mille francs à bord de l'Emma^ je ne pouvais faire honneur à ma signature.
J'allai aux informations, et j'appris crue Medici était à Messine.
J'étais sauvé*
204 LES.GARIBALDIBNS
Je courus chez lui et je lui annonçai que j'arri* vais avec mille fusils et cinq cent cinquante carabines.
— Âvez-vous des cartouches? me demanda*t-il vivemei^t.
— Dix mille.
— El des capsules?
— Cinquante mille.
— Alors y s*écna Medici, tout va bien ! Noos manquions de cartouches et nos capsules sont éventées. Nous allons faire payer vos quarante mille francs et prendre vos fusils*
— Vous débarquez donc toujours en Galabre? Im demandai-je.
^ Pourquoi pas?
— Dame 1 cet ordre ^ui appelle Garibaldi à Tu*!rîn?
Medici me regarda fixement.
— . Et vous Tavez cru ? me dit-il.
Pas un instant, Dieu merci 1
— A la bonne heure!
— Mais où est le général?
— Oh i pouF cela, personne ne le sait ; avant-hier, il s*est embarqué sur k WathingUm; il a remis le commandement à Sirtori, et il est parti.
— Et plus de nouvelles de lui depuis ce temps-là?
— Aucune; seulement, j'ai reçu, il y a environ une demi-heure, l'ordre de me tenir prêt à partir ce soir.
— Pour quel pays?
— Je l'ignore absolument.
— Eh bien, ne perdons pas de temps. Mes cara-
bines et mes fusils pourront vous ôlre utiles; ilè
doivent être à la/Douane« Nous nous rendîmes chez M. Pié, agent des Mes-? ,
sageries à Messine, et nous y trouvâmes le corres-
pondant chargé de louchet te montant de la lettre
de change. On i*emmena au ministère des finances,
où la chose fut arrangée; comment? je l'ignore;
ce n'était pas mon affaire: Tessentiel, c'était que la
lettre de change fût acquittée.
Deux heures après, Medid fldsalt prendre à la
Douane fusils et carabines.
Cette opération terminée, je pris une voiture, en
criant au cocher : .
' — Au Phare!
Je ne comptais pas rester longtemps à Messine, dans la conviction où j'étais que Garihaldi avait quelque dessein, soit sur Sapri, soit sur Salerae, Je ne savais pas quand je reviendrais, et je devais faire deux visites d'amitié avant mon départ : la première, au village délia Face, chea le capitaine Arena, le même qui commandait le petit speronare sur lequel je fis, en 1835, le voyage de Sicile ; la seconde, au village du Phare, à mon vieil ami Paul de Flotte, qui avait le commandement de cette flottille de barques que j'avais comptées en doublant le cap occidental de Messine.
A chacun de mes précédents voyages dans cette ville, je m'étais informé du capitaine Arena ; mais on ne m'avait jamais fait à son endroit que des ré* pooses vagues.
Par malheoTt avaient été plus {urécises sur son/ fils et sur notre pilote : l'enfant était mort en
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tee Les GAaiBâ^LDisiis
atteignaiii Tâge d'homme ; Nunsio était motl avant
d'atteindre Tâge de vieillard.
Cette fois, j'y mis tant d'insistance, que les habitaBto du village deUa Pace, . en s'inteirogeant matMttement, âairent-par m'apprendre que le capitaine Giuseppe Arena domcurail, avec sa femme, ses deux iils et sa fiUe, dans uoe maison mmmée U
J'avais dépassé le Bunadis d on boa quart de lieue.
Je poarsuivia ma route, me promettant de laira
ma visite au retour.
C'était un spectacle curieux que le Phare avec son camp d'environ douze mille hommes; nous appelons cela un camp, faute d'autre terme pour désigner une grande réunion d'iiommes armés; mais la mot ounj» présente à l'esprit ildée d'une enceinte iormée par des fiMéa ou des palissades, èt renfer* maal un certain nombre de tentes ou de baraques, avec dn la paille sous ces tentes ou sous ces hazaqnes. i
Le.eamp de Garibaldi n'offrait aucune de ces douceur^ et de ces conamodités qui se voient dans les autres camps; taî qui couehe toujours sur la Icrre des dumps, sur le saUe des images oo sur le pavé des chemins, avec sa selle pour oreiller, il ne comprend pas qu'il faille au soldat autre chose que ee qui lu* Mtfût k lM*méa«*
Douze mille hommes sunt là éparpillés, émaillant le paysage de leurs chemises rouges, qui Xont^ ent£e les TeSet de eoqoeUeols dsM m chaoïp .
, de Mé.
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L'eau manque, l'ean est saumâtre; mais^ bah! on a le vin du pays pour la corriger.
Je ckeicbai de FioUe aa milka de tontes tes dMBises ronges. Gimenn le oonaeîsBut peur Vvtoiv vu le premier au feu; mais il n'était pas au camp.
Je m'ea retournai et passai par le Paradis.
Gîueeppe Afeoa, Doa plus, n'était pas chei hii ; je n'y trouvai que sa femme, que j'avais vue, vingtcinq ans auparavant, donnant le sein à un petit enfuU de huit mois. La femme Mait vieille; renCuit devail être un grand garçon.
Madame Arena me promit que son mari viendrait le lendemain matin me voir à mon bord, fin effet, le lesdemsia melini la première personne qoe j'aper» çus, en montant sur îe pont, ce fut mon brave capitaine Arena. Vingt-cinq ans lui avaient blanchi la barèe et les el&eveaa; mais il avait oonservé sa bcmne figure, toujours sereine, même aa milien de la tempête.
Pourquoi pas? li avait ^ constamment beureux; aQliead*aBe baigne, il en avait trois* Son ambitieft B*livait jamais Até an delà dHme pareUk fortnne.
Il amenait avec lui un de nos matelots, Giovanni, le danseur, le coureur de belles ûlles, le euisiniep an besoin; o'étail le scnl débris de notre ancien
équipage.
Giovanni n'avait pas fait fortune, lui; avec un pantalon décbiré et «ne cdiemise en locpes, il iaieaitt dans un batean tont rapiécé, les basses commtnions
du port.
J'écoutai rhistoire de ses misères. Une de ses ftBes s'était maiMe, il y aymt sept on bmt moisy à
un garçon • aussi paùvre qu'elle. Elle n'avait pas
môme un matelas pour accoucher !
Je donnai à Giovanni un matelas et deux louis.
Au milieu de toutes ces reconnaissances de vieux compagnons, je vis apparaître à sou tour la vaillânte figure de Paul de Flotte.
Je ne Tavais pas revu depuis 1848. Il avait la barbe et les cbeveux gris; il avait vieilli, mais pas de la même vieillesse que le capitaine Arena ; aux rides qui sillonnaient son front, on comprenait que le temps avait été pour lui moins calme qu'ora» - genx : la proscription, Texil, le regret de la patrie, les déceptions politiques , les fréquentes désespérances avaient laissé leur trace sur ce front loyal, fier et toiqours levé au ciel«— Ce sont ces fronts-là que sillonne Téclairt
Pauvre de Flotte ! il me conta tous ses dégoûts. Le général était excellent pour lui; mai$ sa qualité de Français lui valait Tantipatbie deHoutes les inin* . telligences. L'Italie a, sous le rapport de la fraternité avec les autres peuples, un immense progrès à faire; mais e$péronsl I^es Italiens ont déjà vaincu fat plus grande difficulté en cessant de se bair entre eux.
Ce quif par-dessus tout, pesait à de Flotte, c'était de se trouver en retard avec ses hommes pour la
solde. Ceux mêmes qui avaient de l'argent, au Phare, y manquaient de tout, comme j'avais pu m'en convaincre la veille par mes yeux; à plus forte raison, 40eux dont la bourse était vide.
' Il fallait mille francs à de Flotte pour le tirer d'embarras. Moi qui ai si souvent eu besoin de
LËS GAKIBALDIËJSS 209
vingt francs, je me trauvais^ par hasard, en avoir
mille.
Inutile de dire que je les lui donnai. Un rayon d'ineffable satisfskction éclaira son visage. Comme il craignait que la caisse municipale de Messine ou ' de Palerme ne fit des difficultés pour me rembourser, il me remit une traite sur le comité institué à Paris en bveur de Tindépendance italienne, lequel Tavait autorisé à recourir à lui en cas de besoin. Il n'usait de ce crédit, du reste, qu'après avoir consacré au même emploi environ trois m^le francs de sa propre fortune. Ce sont là nos profits, . à nous autres Français, quand nous faisons la guerre ' pour la défense d'un principe ou le triomphe d'une idée.
Puis il me serra la main, en me disant :
— Adieu!
— Au revoir 1 repris-je en appuyant sur le mot.
— Ce n*esl pas probable, dit-il. Adieu donc I
Huit jours après, il tombait raortcllement blessé à Selimo, et Garibaldi publiait en son honneur Tordre du jour suivant :
Or<ke du jour du 24 août 1860* ^
« Nous avons perdu de Flotte.
» Les épithètes de brave, d'honnête, de vrai démocrate sont impuissantes à rendre tout l'héroïsme de cette âme, ineomparable.
» De Flotte, noble enfant de la France, est un de • ces êtres privilégiés qu'un seul pays n'a pas le droit de revendiquer. Non, de Flotte appartient à Thu*
no LES GAUIBALDIBNS
XDaaité entière; car, ppar im, la patrieélait partout où un peuple souffrant se levait au nom de la liberté.
De Flotte, mort pour l'Itulic, a combattu pour elle comme il eût combaitu pour la France. Cet homme iUmtreadoanéungaçepréeieQXàlafratffliité des peoplee qnePiiuinanité se propose; frappé dans les rangs des chasseurs des Alpes, il était, avec nombre de ses j^raves compatriotes, le représentant de cette génémiie nttiony qiii peut Idea s'anêler «n instant, mais qui est destinée par la Providence à marcher à l'aTant-garde des peuples et de la civilisation du monde. ' » G. Oaubaii». )i
 Selano, de Flotte, pour la première Ibis de sa vie, avait touché une arme. Au milieu du feu, dans
tous les combats auxquels il avait assisté, il était resté sans armes et les bras croisés, surveillant ses \ hommes et les encourageani. Je lui avais oifiart une carabine et un revolver ; il les avait refusés, en me disant ces paroles prophétiques ;
•—Le jour oii je tuerai, je serai tué I
A Tattaque de Selano, il prit une earabiM, taà deux Napolitains, et resta mort sur le champ de èataille. Une balle de trombion l'atteignit un peu au-dessus de la tempe, et y fit une trou comme eût ' Jhit un biscaïen.
Il tomba en balbutiant quelques paroles,, imiis eipira sans faire un mouvement*
n avait encore sur lui le quart de la somme que je lui avais remise \ ' • ^ ,
1. A la nouvelle de la mort de Paul 4e Fiolle, le comité i\jèkm ùù Paii» décicia qu'une souscription seraU ouverte pour
16 août.
Arrivé à Messine le 14 au matin, j'en repars aujourd'hui 16, dans l'après-midi.
61eyer« à Selanoif un monument à la méteoire du commandant des volontaires français, et fit insérer dans Jes journaux la pièce auiraite :
jiu général Garibaldi, diUaUur des J)eu:f-SMu^
a Général, »
» Le sacrifice de nobles Ties est malheureusement uMdes nécessités Istales de la conquête de la liberté. New le savons» et Mos safoos aueii qt» le eang des nMrtf» enfenle des Mm.
» ta pensées soBtimadotteiaement ta i ealum qni «ms opprsMedepals^ nous est parvenue la triste nonfvHe de la mort de notre ami de Flotte.
m Par les honneurs Ifonèbres que rom hii avez Mi rendre,
général, vous avez prouvé que votre grand cœur avaH cora- • pris le sien ; mais ce que la modestie de notre si regrettable
concitoyen ne vous a pas permis sans doute de bien connaître, c*estsa vie si noble, si pure, si bien remplie. Permettez-nous de vous la raconter brièvement.
> Un écho des monts napolitains nous a dit sa mort héroïque; qu'un écho parti de France vous dise comment il a vécu.
» Paul-René-Gaston de Flotte, descendant de l'amiral BoulainviUiers par sa mère, né en 1S17, à Landerneau, fit ses études à la Flèche et à Vendôme, et entra deuxième au vaisseau-école. Il avait alors quinze ans. Il fit une de ses preroièree ' csMpsgneB, œmme «nseîgne, à l)Ofd de la frégate la Vénus, «myée 4ains l'océan Paoiflqne* em le commandement 4e 9npeHt*TlMmrs. An retour, il reneontea IMxpédîfSott du et» pHaine Dinoit d^rvilie, qni «ntreprenatt son voTafe éi drottsnavigation» obtint de permnier aveo un ami, et repflt» «nrfoZIMs, laloogne re«tequ^ venait de çarooorir.iliiHid
LBS GARIBALDIENS
J'emmène sur CEmma frère Jean, chapelain de Oaribaldiy que Tabsence du général laisse sans emploi. I
il rentra en France eù 1840, il arait fait» à Tingt-trois aBS,
deax fois le tour da inonde. *
» Plein d*ardeur, doué d'aptitudes brillantes et. variées, destiné, de l'aveu de ses camarades et de ses chefs, à devenir un des officiers les plus distingués de son arme, il fut envoyé à Paris pour surveiller l'exécution d'une machine de son invention. Cette mission décida autrement de la carrière du jeune lieutenant de vaisseau. Il était à Paris quand survint la révolution de 1848, à laquelle il prit une part énergique.
» La vie politique de Paul de Flotte date de cette époque.
9 Depuis longtemps déjà, les idées qu'il avait héritées de sa famille n'étaient pas les siennes. La nature de son esprit in* ▼estigateur» non moins que l'élévation de sentiments qui lui était propre, avait fait de lai un homme nouveau : il appartenait tout entier à la cause démocratique. MaiSi bien qne ses adversaires l'aient souTent ' accusé de vouloir pousser à reztiéme l'application de ses idées sociales» il étaitt à tons égards, loin de mériter ces imputations STeagles*
» Son action dans les clubs. n*a point eu le caractère qu'on lui a prêté an dehors* n fit les plus grands efforts» an 15 mai» pour prévenir la dissolution de l'Assemblée ; et, quand l*insnr* leotion de juin éclata, provoquée par la proplisition Falloax» fl en ftet atterré. Ayant vainement tenté de parvenir auprès de la commission exécutive, il parcourut les barricades durant une nuit entièrf): «léplorant le fatal malentendu qui ensanglantait la cité, et s'^puisant en essais malheureusement infructueux pour arrêter cette lutte fratricide.
» Dénoncé et arrêté, il se vit bientôt transporté sans jugement à Belle-Isle en Mer. Une tentative d'évasion n'ayant point réussi, il fut condamné de ce chef à un mois de prison, et c'est à cette condamnation qu'il dut sa liberté; car, à l'expiration de cette peine, on n'osa le retenir pour le fait d'un jugement qui n'existait pas. Huit jours après sa sortie de pri*
LES GAUIBALDIENS . Si3
SALEUNF
/ A bord de i'fmma» golfè de Saiernet
20 août» à midi.
Nous avons, depuis deux heures, jeté l'ancre devant Salerne.
800, les électeurs de Paris l'envoyèrent protester à la tribone nationale contre latransportation sans jagemenL
» Le 20 mars 1850, il devait dire pporquoi il avait été Tan des élus da peuple et exposer ses doctrines politiques. L'anxiété était extrême cbez ses amis, et ses adversiUres s'attendaient à lui entendre prononcer un discours d'utopiste* Il parla, et prou? a que, sans cesser de lever les yeux vers l'idéal qui était son réve, il ne perdait pas du pied le réel, qui était son appui.
» Pendant rexercicede son mandat, Paul de Flotte écrivit et publia son livre De la Souveraineté du peuple, ouvrage imparfait sans doute^ mais plein d'idées neuves et profondes et de pages éloquentes.
» Le 2 décembre l'envoya en exil. Après un court séjour en Belgique, il revint secrètement à Paris, qu'il quitta de nouveau en août 1852, pour entrer dans une compagnie de chemin de fer. Il y resta huit ans sous un nom supposé, employé à ia construction de tunnels et de viaducs, et s'occupent d'études scientifiques.
» Enfin, général, la Sicile se réveilla. A la première nonvelle de votre audacieuse entreprise, Paul de Flotte sentit que rtieure de se dévouer était venue* U partit, s'arrêta à Gènes, où il travailla à organiser un petit corps de volontaires firangais»
Pas encore de Garibaldi; mais, s*il n'est pas arrivé, je puis vous répondre qu'il est attendu. ^ Les royaux passent à Saleme et filent en Calabre
sans s'arrêter; deux ou trois compagnies seulement occupent la ville,
et gagna la Sicile. Il tous vit» général; il apprécia votre génie: ses lettres nous l'ont prouvé ici; il s'attacha font entier à !a cause que vous représentez si glorieusement... Hais» hélas! il vient de tomber» frappé d'une balle au front» à ses premlecs pas sur la terré napolitaine.
» Tel a vécu» te! est mort notre brave ami. C'était un homme rare à tous égards; son intelligence était vaste et compréhensive; son cœur était plein des plus généreux sentiments. Supérieur à rinduence des intérêts vulgaires, dévoué sans restriction aucune à la cause de la véritéet de la justice, il aimait avec la même passion la science, Tart, la poésie et la liberté.
» Comprenant largement sa mission d'iiomme de progrès, il a sacrifié, pour racheter un peuple ot)primé, le bel avenir auquel ses amis intimes savent seuls peut-être où il était appelé. Mais, s'il est une chose qui puisse adoucir l'amère douleur de tous ceux qui l'ont connu ou aimé, c'est la fin glorieuse qui a couronné sa vie. il est mort en afin mant la démocratie française; il a écrit avec son sang, sur la plage napolitaine» le nom de son pays. Que sa tombe sur cette terre rendue libre soit désormais le monument et le gage d'un pacte, d'union entre l'ItaUe et la France!
» Paris» le 5 septembre iSGO.
» Carxot, Havin, Étie.NxNe Arago, Ch. Ceslat, CoHBON, Delestre, Taxile Delord. Ad.Guéroult, GuiNARD, Ed. Hlet, Fr. IIuet^ F. Jobbé-Dlval, Henri Martin, Mornand» Tu. Moutard» JLlcu
PlÉS, RlCUARi). »
Un grand nombre d'amis et d'anciens collègues de Paul da Flotte avaient déjà répondu à cet ai)peU lorsque, au bout de . ^rois jours, la sousjripUon fut interdite par oidi6 du i auioritô*
LES GARIBALDlEiNS 215
La garde nationale s'est organisée; elle compte
sept compagniescommandées par deschefs patriotes (^ius par leurs concitoyens* On la dit bien armée.
Je vais avoir des nouvelles sûres : mon capitaine . Cl frère Jean sont descendus à Icrre; l'évéque de Salerae est né à Marsala et se trouve être le com-* patriote et le condisciple de frère Jean
On dit aussi que les jeunes gens du séminaire se %Oût révoltés, ont chassé leurs maîtres et se sont armés ; si c'est vrai, je passe des bas rouges et me mets à leur tête.
J'expédie un de mes secrétaires à Naples pour avoir des nouvelles de la capitale, et me ramener un ami avec lequel je puisse faire delà propagande sur la route de Salerne à Nazies.
Frère Jean revient triomphant; au lieu du martyre auquel il s'attendait, il a eu une ovation; il est suivi de barques chargées à couler.
Trente Salernitains viennent boire à la santé de Garibaldi dans les verres à Champagne du roi de Naples, ^
Il n'y a plus à Salerne ni poliee, ni deuane* ni
garnison.
Là police et la douane sont mortes de leur belle mort; — cela se dit» mais» au lEait, ce doit être une vilaine mort que la mort de la police et de la douane. y
Quant à la garnison, moins deux compagn^est
Ste LES GABlBAppiBNS
elle est partie pour Poteûza^ qui 8'est réioltée et qui a tué deux ou trois gendumes,
La Basilicate, comme vous voyez, suit l'exemple de la Galabre ; elle marche. Vienne Garibaldi, et les erts de joie que Ton poussera à sa vue retenti*
ron t j u sqtt% Naples* ,
Je mets un matelot en vigie dans les haubans, tant je suis sûr que Garibaldi est à cette heure dans cette grande ornière liquide qui conduit de Mi|aszQ à Salerne.
» Voici du nouveau.
Le bruit se répand que Garibaldi est à mon bord; toutes les barques du port glissent vers tEmma comme une bande d'oiseaux de mer ; les femmes se mettent de la partie; rEmtm est complètement entourée. Je suis obligé de donner ma parole d'honneur que je suis seul.
Les Salernitains me croient; mais le général Scotti n'est pas si crédule : il fait sortir toute la gar-» nison et la range en bataille dans un demi-cercle de deux kilomètres, de Tintendance au chemin de fer.
Nous sommes à demi-portée de fusil les uns des autres.
Alors de grands cris éclatent dans la ville — V:ve Garibaldi! vive Victor-Emmanuel I En môme temps» une députation de la municipalité sWnce vers FEmma et proteste de son unanimité à la cause de lltalie; Salerae s'illumine comme un palais de fée.
Le général Eomano illumiae sa maison comme
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les autres; Hntendance seule, occupée par les troupes, reste obscure.
Je tire alors de ma soute aux poudres des feux de Bengale et des chandelles romalues aux trois couleurs, et PEmma s'illumine à son tour, aux grands • applaudissements de la ville.
La fôte dure jusqu'à minuit; on a fait transporter à bord de l'Emma des glaces et des g&teaux; j'ai tiré de la cave le Champagne de Polli^t-Louis et de Greno; ce sont des cris de « Vive TlLalie ! vive Garibaldil » à assourdir les soldats napolitains, qui nous regardent tout ébahis et qui nous écoutent tout effarés.
Mon secrétaire arrive à onze heures par le dernier convoi. Voici les nouvelles qu'il apporte :
Une dépêche télégraphique en date d'hier a annoncé le débarquement de Garibaldi ou de Medici à Reggio.
La dépêche se trompe; ce n'est ni Garibaldi ni , Medici qui sont débarqués : c'est Bbdo.
Medici et Garibaldi, César et Labiénus, sont ailleurs. .
Une dépêche arrivée aujourd'hui à quatre heures amonee que l'on se bat depuis dix heures du
matin au cap dell'Armi, c'est-à-dire près de Reggio.
Le général Florès écrit de Bari que, le 18, les habitants de Proggia et les cent vingt dragons à cheval de la garnison ont crié : « Vive Victor-Emmanuel ! » Il a envoyé contre eux deux compagnies . du 13*; elles se sont réunies aux insurgés.
Le général Salazar, commandant la station maritime de MeâMue, écrit de son côté, au gouverne*
id
Sf8 LES GARIBALDIENS
nienl, que Garibaldi vient de recevoir le l^aieaui irapeur Quem^of-Englandj avec dix«biiit canoiiB et dix-huit mille carabines rayées.
Il demande un prompt secours»
L'ordre est dooaé de lui «envoyer la frégate ia- Borbona; mais, au moment de chauffer^ les méoi^ ûiciens ont disparu. " •
Vous le voyesy de tuis eôtés TiBuvi^ de la jcbuie . bourboMiieiiiie s'aeoomplit*
Main tenant} voici les nouvelles olUcielleâ de Po« tensa;
Au comité unitaire national de Naples^
c Poteaza» 18 août 1860.
» Ce matin, 18, la gendarmerie, guidée par le capitaine Gaslajfna, aii nombre d'environ quaire cents hommes, s'amassait sur la place de Poteua; le peuple obligeait les gendarmes à crier : a Yive>Garibaldil vive l'unité de lliaiie-l »
» Ceux qui étaient au piemîer mug xépMriirtet d*abord k ce cri ; mais le capitaine cria : <c Vive le » roi I mort à la nation l » et commanda le^feu surJe peuple et sur la garde nationale. Gello-Â^ qmeifnn peu nombreuse, répondît k l*ii»tant même mim^ et, avec un admirable courage, força la gendarmerie à fuir» ce qu'elle ât en laissant sur le cbamp de ba-* taille sept morts, trois Uessée-et quîni»'prisoDwei0;>
)) Le reste des gendarmes se rend peu à peu,
9 Dans l'escarmouche, trois gardes natiooanx ont étélégèronieat Meesés, et parmi oeiixhci se trome, ftftppé à la «empe, leclMW BontQlw dkosit. OMiH»
L£S GÂRIBALDIËM» 219
dant le combat, quelques gendarmes sont entrés dans la maison d'une pauvre ieuiine du peuple, ont tué un eu&nt et. blessé le père et la mère.
» A cette heure, nous sommes en pleine révolur lion ; et les masses ailluanJLde tous les côtés de la province.
» Ce soir» on proclamera le gouvernement provisoire.
y> £t cepeadaat les arm^s ne sont pas encore arrivées; comment expliquer un si coupable retard, je ne dis pas de votre part, mais de la.part de ceux qui nous ont fait tant de promesses? Mais, par bonheur, les fusils de chasse, Jes poignards, les couteaux, les clous (Sont désarmes pour un peuple, qui veut véritablement conquérir sa liberté.
» Et vous, pendant ce temps, que faites-vous à Naples? que £ait-on:à Avellîno, dans les Abruzzes, à Campo-Basso, à Saleme? Soulevez-vous, imiiez^r nous, les moments sont suprêmes : au nom de ritalie, aux armes 1
p Signé : Colonel Bolboni.
» Magraha, avocat. »
21 aoùt^ cinq heures do matin.
En me réveillant, je vois les quais de Salerne changés en un véritable bivac; quatre mille Bavarois et'Croates sont arrivés pendant'Ia nuit.
Douze pièces de canon, rangées en batterie devant rintendance, me font Thonneur de tourner leurs gueules de mon cMéi-
Sr vous étiez ici, comme on me faisait Thonncur
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!!20 , LES 6ARIBALDl£NS
de le croine hier, mon illustre ami, ces quatre mille hommes tous présenteraient on vous vendraient les
armes, et ces douze pièces de canon chanteraient nn Te Dmm de feu pour le roi Victor* Km manuels
CSes ^atre mille Bavarois et Croates sont destinés à étouSér rinsnrrection de Potenza; seulement, ils
resteront à Salerne tant que j'y resterai.
J'y resterai le temps de donner aux messagers que nous expédions dans la montagne le loisir de prévenir nos hommes.
Dix mille picciolti n'attendent qu'un signal; ce signal, tandis que les Bavarois et les Croates me gardent à vue, ils ?ont le recevoir. U y a cent à pa« fier eonti^ im que la colonne n'arrivera pas à sa
destination.
Je partirai vers deux heures de l'après-midi pour Naples.
XYIII
LB OiBÂRQUBMENT V
£a rade de Maples» 24 août au mttin«
L'affaire de Salerne devient de plus en plus sérieuse. Je suis arrivé, comme je vous l'ai dit, k réunir les chefs de la montagne et à les échelonner, eux et leurs hommes, sur le chemin qui conduit de Salerne à Potenza. Leur résistance probable était
LES GÀRlBiiLDi£KS 221
telle, que le général Scotti n*a pas même essayé de forcer le passage; au lieu de conlinuer son chemiOi il s'esl arrêté à Saienie ; la révolutiou de Potenza a donc pu s'accomplir sans difficulté.
Mais cette hésitation du général Scott! a eu un résultat plus grave : les Bavarois et les Suisses qui sont sons ses ordres» déconngés par les ^positions hostiles où ils voient le pays, me font offrir de déserter avec armes et bagages, moyennant cinq ducats par homme; ils sont cinq mille, c'est une afEedre de vingt-cinq mille ducats.
Je n*ai pas, comme vous le pensez bien, vingtcinq mille ducats à leur donner; mais je viens d'ouvrir à Maples une souscription qui donnera, je l'espère, le cinquième de la somme dans la journée.
Un courrier qui m'arrive de Salerne à l'instant môme m'annonce que mes hommes ont été dénoncés et que mon embaucheur, qui est un jeune homme de la ville, a reçu, par ordre du général Scotti, cent coups de bâton. ,
La ville est dans l'agitation la plus grande; de tous côtés on me demande des armes.
J'oubliais de vous dire qu'au moment où je quit- ^ tais Salerne, le bâtiment français le Frony entrait en rade.