acte de violence contre moi
J'ai .répondu à ee&mefisiûuca gue^neofSeuleBien,
" .1. Un journal français, je ne sais lequel, — de Marseille, je oroi», — a dit que l'amiral avait re£uâé jnatreMXOir. Qe jouroial, 4ttel qu'il £oU^ en .& maoU.
LES GARIBALDIEi^S 223
ne venais pas réclamer la protection de mes com- -patriotes, mais que jyrenortçais de tout mon eceor, et qa"en supposant que j'eusse besoin d'une *pïo-
tcction quelconque, ce que je ne croyais- pas, j'aurais recours à celle de l'amiral anglais.
Ces messfeurs m'ont dooné alors le conseii^de quitter Naples, conseil auquel j'ai répondu en allant jeter l'ancre à (lemi-portée de pistolet du fort*
Maintenant, parlons un peu de Naples.
Nous avons laissé Liborio Romano propoisant'à îs^s collègues deux choses l epoussées toutes deux par ses colfègues :
• La première, de donner sa démission, * La seconde, de faire une adresse au roi pour le
prier d'épargner à Naples les désastres d'une guerre civile. * Le lendemain du jour où il avait fait ces deux
propositions, Liborio Romano vit le roi.
Que peasez-vous de la situation? lui demanda ffançois II.
— Sire, répondit Liborio, je crois que, du moment où Garibaldi en personne aura débarqué en Calabre et marchera sur Naples, toute défense sera impossible, attendu que ce n'est pas Garibaidi qui vous combat ; que ce n'est pas Victor-Emmanuel qui Vous pousse, mais la fatalité qui s'attache à votre nom et qui veut que tout Bourbon descende du trône. Sire, à tort ou à raison, l'esprit public est tel que vous ne le rallierez jamais à vous,
— C'est vrai, répondit le roi; mais ce n'est pas ma faute ; c'est la faute de ceux qui ont régné avant moi.
— Et cependant, sire, dit Liborio, il y a eu wi
moment où vous eussiez pu rallier à vous tous les esprits. Si, en montant sur le trône, vous aviez donné à votre peuple cette constitution qui vous perd, elle vous eût sauvé.
Le roi posa la main sur l'épaule du ministre. ^
— Je vous donne ma parole royale qu'un instant j'en ai eu l'intention, dit-il; mais j'en ai été empôché par l'Autriche et par mes conseillers.
Ces conseillers étaient FerdinandoTroîa» Sconsa, Aossica, Carafa.
— Aujourd'hui, le sort en est jeté, continua le roi; il faut jouer la partie jusqu'au bout.
— Votre Majesté me permet-elle de lui demander ee qu'elle compte faire ?
— Tenter la fortune des armes. Elle ne me sera peut-être pas toujours contraire»
— Votre Majesté connaît les mauvaises disppsitions de son armée?
Je crois, en mettant tout au pis, avoir aa moins soixante mille hommes sur lesquels je puis compter.
Romano fit, de la tête et des épaules, un mouvement qui signitiait : « Je crois que Votre Majesté est dans l'erreur. »
Le roi vit le mouvement, et, ne voulant pas continuer la discussion, il congédia Romano en loi doxmant sa main à baiser.
Sur ces entrefaites arriva la nouvelle du vrai débarquement de Garibaldi, et du combat et de la prise de Reggio.
César avait reparu, et, comme dit Suétone, avait signalé sa présence par un coup de tonnerre.
La chose s'était faite tandis que j'attendais Gari* baldi à Salerne.
Où était-il? Je vais vous le dire.
Il était, en effet, monté sur le vaisseau le WoBh* ingion: sealement, au lieu d'aller à Turin rendre compte de sa conduite, il était allé examiner la côte de Sicile, depuis le cap Vaticano jusqu'à Paola, L'examen fait, il s'était rendu en Sardaigne dans le gôlfe d'Arancio; mais, là, il avait été loin de trou« ver ce qu'il attendait, c'est-à-dire presque une armée. Les hommes transportés à bord de l'Isère s'étaient ^voltés, s'étaient fait mettre à terre, s'étaient débandés. Du golfe d'Arancio, il se rendit à Itle de la Madeleine, où il fît du charbon; puis, dans un moment de doute et de dégoût, peut-être, il alla passer un jour à l'Ile deCaprera, ce sol de granitoù le géant, lasse de la lutte, va de temps en temps reprendre de nouvelles forces, où il retournera aux jours de l'ingratitude et de Texil; puis, remontant sur I^WashingUm^ il toucha à Gagliari, et, de Ca« gliari, fit voile pour Palerme, où il s*arrôta vingtquatre heures pour faire ses dispositions et donner ses ordres ; après quoi, passant du Washington sur FÀmaxone^ il alla à Milazzo toucher, comme bon augure sans doute, la terre de la victoire. Là encore, il changea de bâtiment, se rendit à Messine sur le Blach-Fishy s'y arrêta quelques minutes, et passa de là à Taormina, où se trouvait la colonne Bixio, destiné^ à être la cheville ouvrière du débarquement*
Il arrivait dans un moment d'embarras. Voici ce qui se passait :
Svi»
L£S GAaiBALDi£NS
. U JbrîNo, ▼CDft&t 4e flénes at«e Me.jMHîant des
hommes de Bertani, qu'il avait portés à Palerme; ie Franklin y avec Id& àattmespris à Paleima, aiment jreçQ l'ordre de coiitoonier.ia Sicile par liuiala et Giii^enti, et d'attendre à Taormina le général, qui • devait y venir par Celalu, le Pbdre et Messine.
Les deox bàtimeats étaient partis, te J^miiUmi commandé par Orrigoni, vieil ami d'exil de Gari- Jbaldi, le Torino par le capUaine Bâriiûgieri. Ces 4eQZ bftlimefifa dievaient ^e-escorléa par lei»atean k ywpm^ Boréè Iê Mommbam. Lf MêtmmèoM m^ûU en elTet, avec eux, du golfe de Palerme, les escorta ; quelque leo^^ maisy la nuit venue» il dispami à la •iuratenr da cap San-Vîio.
Tout alla bien jusqu'à Syracuse.
A la hauteur de âyiacu«e, U larim^ûl sigaeau WramkUn de atoper»
Le Franklin stopa.
Alors un canot se détacha du loriAOy eivlntà berd du FfoaMm» %
.B portait le colonel SbeAard, chef de t^eqiédi* tion du Torino. Le colonel venait proposer à Orri- -.gealde débaiiquer à Nato au lieu de débarquer à Jhpmiina, ayant su, disait«il, que toute la eAte»*de . btScaletta à Taormina, était gai clce ^ar des»CBOi- ' sière3n^)oliiaiaes.
Goaune^Orrigoni doutait, de la -véfaeit4deicette nouvelle, on proposa de s'arrêter à Catane et d'y prendre langue. Orrigoni parut accéder à la proposition; mais, arrivé à la hauteur de Catane» au lieu de mettre le cap sur la Tille, il continua yers sa destination.
Digiiizeû by Goo^
LËS GAPtlBALDIEISS
iif QMfi^ hésita lin inst&titret te stiitit.
En arrivant en rade de Taorniina, U Torino eut son balancier cassé.
Un instant,^eii>«!it l^spok dé^letépaperwiTOP;
mais, craignant d'être jeté h la côte par les courants, Orrigoni jeta l'aiicre par yingt-trois brasses
La secousse produite par rancre fit trembler le \ieux> Franklin dans toute sa membrure, et, le matin, on découvrit une raie d'eau considérabief
AwRtôt, le capitaine ordonna de faire jouer toutes les pompes, môme celles à incendie, et courut à Taormina prévenir le général Bixio de l'accident qui lui était arrivé. Bizio, officier éenHnrtneidiatÎQgué, se >rendit à l'ifïstant à bord pour juger par lui-même de l'élat où se trouvait le bâtiment. :Malgré> le travail des pompes, l'eau augmntaitrtoujours. On résolut de faire remorquer fel^roftAlMipar le fonno, et, pour ne pas perdre de temps, de lui faire filer son ancre avec une bouée. Eemorqué par /e J^tno, aidé par ses voiles, le PpmkUn vint mouiller à une demi-eneftbhire 'de
terre, et, là, débarqua son monde au moyen de balanceiies, de tartanes et de speronares que lui envoya Bixio.
«Le jeu des pompes cootinoa; mai», vers deux
heures de Taprès-midi, on n'avait pas encore pu se rendre maitre de l'eau, quand tout à coup parut le général.
/On lui exposa la situation.
U ordonna de plonger pour reconnaître la gran-
298 LES 6ÂH1BALDIEN»
deor de la mie d'eao, eV comme on ne s'empjressait pas d'obéir à son ordre :
— C'est bien, dit-il, je vais plonger, moi!
Mais, aussitôt, le capitaine et les lieutenants je*
tèrent bas leurs babits et plongèrent.
La voie d'eau s'élait forinée au centre du bâtiment. On parvint à la boucber avec de la vase et de la bouse dé vache étendues sur une claie dV>sier.
Puis ojx se remit à pomper, et Ton vit que les pompes gagnaient sur Teau*
— Tout va bien! dit le général. EmbarqinonsI
Et, comme les troupes débarquées hésitaient à remonter sur le même bateau avec lequel elles avaient &illi couler :
— Capitaine Orrigoui, dit le général, je m'embarque sur ton bateau.
Alors personne n'hésita plus; c'était à qui mon* têrait sur le Franklin. On y embarqua douze cents hommes, ce qui était deux ou trois cents de plus qu'il n'eût été raisonnable de lui en confier en état de parfidte conservation. On embarqua trois mille cent hommes sur le Torino. Garibaldi prit le commandement de Tun, et Mino fiizio celui de l'autre. .
On quitta Taormina le 49 août, à dix heures du soir, el l'on fil roule vers Melilo, petite bourgade située entre le cap deir Armi et le cap Sparlivento, à l'extrémité méridionale de la Calabre.
Contre toute attente, ony arriva vers deux heures du malin sans accident. Malgré l'appareil posé sur sa blessure, le Franklin continuait de faire eau, et il était tellement chargé, que les hommes devaient
LES GÀ&IBAXDUNS m
se tenir debout sur le pont, se balançant comme le roulis.
An moment d^aceoster, h Tmino^ qui, pendant toute la route, éUiit resté en arriére, chauffa à toute Yapeur, dépassa le Franklin^ et alla ae heurter contre wi rocher.
Il n*y avait pas un instant à perdre. C'était à son tour le Torino qui était blessé à mort. Le Franklin mit ses chaloupes à la mer, et aida le larino à opé-^ rer son débarquement.
Au bout de deux heures, il était complet. Abds» quoique allégé de ses hommes, U lorino ne poo» Tait se remettre à flot Le général' ordonna de faire tout ce que l'on pourrait pour arriver à ce but; maS^ le Franklin y perdit inutilement cinq heures.
Alors, ne voulant pas abandonner son bâtiment, le général se décida à aller à Messine demander du secours à l'escadre [ûémontaise ; il remonta sur k FranUin^yec le 'second du Torinoj et gouverna Ters le détroit; mais à peine eut-il doublé le cap dell* Armi, qu'il se trouva. entre deux croiseurs napoli^ tains, le P%dfMna$Ue et PAquUa.
Le Franklin hissa le pavillon américain, et mit un second pavillon aux armes des États-Unis sur l'édielle de bord, afin d'avoir un prétexte pour brûler la cervelle au premier qui mettrait le pied dessus. D'ailleurs, il se savait dan? un détroit, e'estpà*dire dans des eaux libres, où personne n'a* vait le droit de le visiter. Après avoir tourné phK sieurs* fois autour du Frafiklin, s'en être approché, s'en être éloigné, U Fulminwle se plaça par bâr
XES GÀILIBÂI.D]SN8
àhasd fiJtAjwUaéifAT tribord,, les xanoaaiâr&i aux pièces, les sabords abattus* ».ilie««apilattierdu Fukn hw m te ^ptlt alops-iawi porte-
•>T0ix et cria au Franklin :
— — iD'où venez-vous?
Orrigoni répondit, en anglais,, qiifil»nefCQm^!6fttaitpas.
Puis il fil retarder la marche, et, conséquent, JteberJa-Kapaur» laiiiftpeur, en 6'éebappant,^9r(MMla comme un tonnerre.
-Alors, pour mieux voir ce qui allait se passer jQUtour deil^i, Orjcigûiai monta sur le tambour.
t jOiie Inique s'approchait de son bâtiment,. et<tta r'offleier, avec un portera» lui lenouvela la qwe- 'tian :
— D'oxx venez-vous?
.Cefele.foîs, Qmg^^amituapxiéte^ey.noa*^ rment'poor ne pas entendre, mais encore pour ne pas comprendre : c'était le bruit que iai^aiLla^vaa peur en a «échappant, .n fii<€i0ne qu'il n'e»tandaii pas.
Jlnfin, les deux bâtiments napolitains, bien convaincus qu'ils avaient aifaire à un sourd^oaà un lîdiot,. s*<éloigoàifint et Jaissèr enU« EpoÊMin oanti- ^auefifiajmite yers Messine.
Mais le Fulminante et /*i4çMi/a s'étaient éloignés du >càié<du cap deir Armi. A peine Veureni-ils dépaasé,*.qu.'ils virent U Jorîno,. s^en ^^iproelièrent^i le reconnurent pour garibaldien. Aussitôt, ils corn- .raencèrenl 5 le canonner; mais, s'apercevant qu'il itait abandonné, ils se rendirent à .son .bord et le pillèsent; après quoi, ils larguèrent ses voiles, .ha
' I.ES*GXimilIinENS 931
imduisireat d'essence de térébentliiae et y mirent le feu.
La canonnade et Tincendie détruisirent le pauvre 'iMlthuenty mais n'eurent d'autre iniluence *£ur i'é- - quipa ge q u e deHiire mourir de peur un des mécaniciens^moins diKgent que les autres à quitter le bateau. Se doutant, par la canonnade qu'il entendait, qu'il était inutile de porter du secours au To- " rtrtcr, Oaribaldi repassa le' détroit, et se fit débar* ^ *q[uer eu Gahibre*
' Lc*<Mbarquement avait eu lieu dans la nuit du ^'19 au 20. iieggio fut attaqué et pris le 2i* L'attaque ^ hr prise fbrent connus à Naples le 23, c'est4.^Wre le jour de mon arrivée.
De nouvelles dépécbes arrivent de la'Calabre et ajoutent à la consternalion du gouvernement; le général MeAendez écrit qu'il a été battu après une vive résistance, et.forcé.de rendre la forteresse de fteggio, faute d'eau.
On reçoit des courriers de la Basilicate. Gacibaldi ' y est proclamé dictateur ; un gouvernament provisoire 7 est nommé. Le eolonel Boldoni est général de l'armée; deux prodictateurs, Mignola et Albini, signent les actes d'organisation pour la résistance. Nousjsavons ce que sont devenus les • soldats que ron envoyait -eontre eux.
A la réception de ces nouvelles, le ministère a proposé au roi d'abandonner .Naples et de laisser ' une révolution irrésistible suivre son jcours.
Mais, pour toute réponse, le roi a tiré de sa
232 LES GAK1BALDI£1(S
poche une lettre çu'il avait écrite à l'empereur Na« poléon.
En Yoici le texte :
« Saa Màesta mi ba consigliato di dare ddla ia-
stituzioni costituzionali ad un popolo che non ne domandaya; io ho aderito al suo desiderio. £gli mi ha fatto abbandonare la Sicilia $ema eombaUm (!) promeltendomi che cosi facendo il mio regno sarebbe garantito. Finora le Poterne sembrano f^mtere nd hropenrierodiabbcmémarm Fra io devo prevenire Sua Maesta che sono risoluto di non discendere dal mio trono sema combatlere; io faro un appeilo alla gimtnia dekV Europa, ed ella sapia che io di* fèndero Napoli tanto tempo che sara assalito. »
A minuit seulement, les ministres se sont séparés.
Ce matin, à six heures» liborio Roma^o a été appelé au palais.
Si août*
J*ar veillé toute la nail et ai fait TciUer mes hommes les fusils chargés.
Jamais je n'avais entendu taat de guî-çioe? en aUemand et en italien, , que j'en ai entendu cétte nuit.
Le vent nous en apportait Técho jusqu'au. milieu dnport*
Tout ce bruit était causé par le général Melen^ dez, qui revenait de Reggio aveo les débris de son armée.
Les blessés sont descendus les premiers, puis les hommes valides, puis les artilleurs.
LES 6ABJBALDIBNS 233
Quand les artilleurs ont été descendus :
<^ Et les canons? ont demandé les portefaix.
— Bon! a répondu un artilleur, don Pepplao n'en avait pas, nous lui avons donné les nôtres.
J'ai Cait iûer une visite à l'amiral anglais ; sa frégate est encombrée de sacs d'argent; chacun porte à son bâtiment tout ce qu'il possède en numéraire*
J'expédie un courrier k Garibaldi pour lui dire rétot de la Yille.
Cette nuit, le ministre de la guerre Pianelli a ordonné à deux bataillons et à une batterie d'artillerie de se tenir prêts; trois fois ils ont été embarqués, trois fois débarqués; ils sont définitivement restés à Naples.
La goélette est un véritable bureau d'enrôlement. l>éserteurs et volontaires y arrivent; j'expédie le tout à Garibaldi.
Rien de plus extraordinaire que le spectacle qui s'accomplit sous nos jeux. Un trône en dissolution ne tombe pas, ne croule pas, il s'aiEeusse. Ce pauvre petit roi ne comprend rien à l'engloutissement de sa personne dans le sable mouvant de cette étrange révolution. Il se demande ce qu'il a fiait, d'où vient que personne ne le soutient, pourquoi personne ne
l'aime.
Il cherche à reconnaître la main invisible qui pèse sur sa tète. ^
C'est la main de Dieu , sire !
Du pont de ma goélette, placée juste en face du palais, je vois la chambre du roi, reconnaissable à* une toile tendue au-dessus des fenêtres. De temps en
temps, le petit roi s^ppracheet Rigafdewecvmie
lunette l'horizon ; il croit déjà voir venir le veneur.
Le pauvre enfant ue sait rien. Il demandait ayanthier à LilK)rio*Eomaiio d'où venait* ma inine'ooAtre
Il ignore que son aïeul Ferdinand a fait ^poi* •sonner mon père. •
Un jonriial parait, intitulé i^tfarîMi^ Il m- est à son, huitième numéro. Il prêche- ouvertement la •révolte, et la ville est en état de siège.
De nombreuses arrestations ont été onlimliées «Irier. J'ai à mon bord deux des personnes qu'on «%^oulait arrêter; Tune est de Gosenza, l'autre de Palerme,
Je fais partir le Cosentin, cette nuit, avec une haniue; il a cinquante lienei k bàie en mer; «Dieu
.le garde!
Un ancien condamné politique,.iaiaiourd'iuû Jbas jolteîierde police» nous fdndeoinptede tont'eeupii -se passe; il a été condamné, comme révolutionnaire, à quarante-six ans de galères.
Àu.MMiQentoù le juge Nafiana fOBQnenQàîtr lej»pmtn) :
- Je ferai ce que je pourrai, a-t-il dit, vous iercz le reste.
U est sorti de prison è^ l'amnistie et a obtenu'Wie place dans la police,
Il s'en serf pour empêcher les arreskitiims» ;en prévenant, ceux que l'on doit arrêter.
.« Jeivoua le répète, xien.n^ plmétao^d^M. ce qui se passe sens nos yeux.
liSS GARIBALDIENS ' 185
BlMtiwIn; M m^t, 4mKL *^^—r ^T ^*Tprig mirti
Le bateau qui devait emporter ma lettre n'est pomt*parti, fort heureusement; car, cette nuit» se sont passées des choses très-importantes.
IVabord, hier, dans la journée, le général Vial est revenu de Calabre avec ses troupes compléte- "tomï débandées, et* ft aolenneUement déclaré *ao Toi qne toute 'leBtiitîfe vésfstafiee était i&utile dans les Calabrcs. Le gouvernement ne sait plus sll doit faire un dernier effort entre Naples et Sa- '{eme, t)u bien s'il doit TeiKmifer à toute efiteioiiile sang et reconnaître le triomphe de notre cause. La Basilicate continue de s*organiser, et la pro- . dictature a la sympathie de tous tes cttojens. Le- général GaHotti a «spitolé, hûesaDt dfliii'lés mains de Garibaldi tous ses chevaux, beaucoup d'artillerie; et la plupart de ses soldats, se ^rappelant qjoms sont fils 4e Titalie, ont pané law tes ' Anpeanx de IHmfté.
A Spoggia a eu lieu une tentative de réaction; mais les dragons ont fraternisé avec le peuple* ' Lintendant ette eornnumdant de la provonse wnt fuite.
• La Calabre compte, à cette heure, plus de cent "éaille fusils; près de Gotenza, où uous vcnons d)ez« * pédier le patriote Hasdaro, gui a-sacriflé sft f(»C«e à la cause de lltaîie, on organise un camp considérable d'insurgés. Dans le district de Castro-Villari, * la gendarmerie a été dénumée el Ir go wwtfw nt "provisoire "proclamé au nom de' Gariltaldi 'let de ^ Victor-Emmanuel,
m LES GABIBALDIENS
Mais le fait le plus important est une nouvelle lettre du comte de Syracuse, dont voici la traduction :
« Sire,
» bi ma Yoix s'est un jour élevée pour conjurer
les périls qui menaçaient notre maison, et n'a pas été écoutée, veuillez, aiiyourd'hui qu'elle présage de plus grands malheurs, donner accès dans Totre cœur k mes conseils et ne pas les repousser pour m suivre de plus funestes. Le changement survenu en Italie, et le sentiment de l'unité nationale devenu gigantesque dans les quelques mois qui viennent de ' s'écouler depuis la prise de Palerme, ont enlevé au gouvernement de Votre Majesté cette force qui soutient les Élats, et rendu impossible Talliance avec le Piémont.
9 Les populations de ^Italie supérieure, saisies \ dliorreur à la nouvelle des mabacres de Sicile, ont repoussé de leurs tcbuzIcs ambassadeurs de Naples,
et nous avons été douloureusement abandonnés au sort de nos armes, seuls, sans alliances, en butte au ressentiment des masses, qui partout, en Italie, se sont soulevées au cri d'extermination jeté contre notre maison, devenue l'objet de la réprobation universelle. JSt cependant, la guerre civile, qui déjà envahit les provinces de la terre ferme, entraînera la dynastie dans cette ruine suprême que les intrigues de conseillers pervers ont de longue main préparée à la postérité de Charles IH de Bourbon. Le sang des citoyens, inutilement versé, inondera encore les mille cités du royaume, et vous
qui fûtes nn jour Tespoir et l'amour des peuples, vous serez regardé avec horreur, comme l'unique cause d'une guerre fratricide. Sire, sauvez, pendant qu'il eaest temps encore, sauvez notre m^on des malédictions de toute l'Italie!
Suivez le noble exemple de notre royale parente de Parmie, qui, au moment oùi éclatait la guerre civile, a délié ses sujets de leur serment et les a laissés les arbitres de leurs destinées. L*Eu^ rope et vos peuples vous tiendront compte de ce sublime sacrifice, et vous pourrez, sire, lever avec confiance votre regard vers Dieu, qui récompensera l'acte magnanime de Votre Majesté. Retrempée dans le malheur, votre Ame s'ouvrira aux nobles aspira* * tiens de la patrie, et vous bénirez le jour où vous vous serez généreusement sacrifié à la grandeur de ritalie.
» En vous tenant ce langage, sire, j'accomplis l'obligation sacrée que m'impose mon expérience,
et je prie Dieu qu'il vous éclaire et vous lasse mériter ses bénédictions.
» De Votre Majesté,
l'oncle affectionné, » LfoPOLD, comte de Steàguss. »
Maintenant, voici du plus nouveau encore.
Je reçois à l'instant même cette lettre de l'un des
hommes qui m'ont le plus aidé dans le mouvement de Salerne, de celui qui m'a mis en commupication avec les che& de la montagnci dont la prompte or-
218 LES GAIUBALDIËJXS
gamsation a empêché les troupes bavaroisesude pé-.
néteer dans la BasilicaJLe : ; *
aClftTa#2itA0(UimiL.
» Mon cher Dumas,
j> Je vous écris en toute hâte poup* vous anaoneei^
que j'ai été obligé de quitter précipitamment Salerne en y abandonnant le peu queJetpossÀde» J'aiété dénoncé comme votre agoity comme foumie-* ■ sant de& armes et embauchant les Bavarois*. Déjà, hier, j'avais été prévenu de ce qui se> lraJIlait;au-• jourd'h1l^ ua capitaine de la .garde: natûuialeoesl» venu confirmer la nouvelle diriez etime conseiller^ pour peu que je tinsse à la vie, de fuir immédiate-.ment. £n eUeti il ne s'agissait pas moins que de mre « &ire endurer le^- supplice .qu'a souffsrt le« pauvre jeune homme dont je voustai parlé dans ma dernière lettre, lequel a reçu un à-jGorapte de cent coups de bâton, sur les deux cea()i6iauauîii&ls iia été-i condamné.
rt Un mot sur ce pauvre martyr de notre cause, dont les royalistes ne se croient pas encore assez vengés. Il est eu prison,, condamnéisans doute à une mort plus douloureuse que celle à moitié chemin de laquelle les bourreaux l'ont laissé. Le général Scotti adéfenduià quelque chirurgien que ce soit de pansa:^ ses blessures, et k fiesLgeôUers-de luixkuuoier à manger. Il y a aujourd'hui trois* jours que, le corps tout sillonné de blessures, il est soumis à un jeûnaiûKcé; Si ManiaeaLso était moitl» ce serait^ .
LES GARIBAtDISNS 230
OBcdra que son luDoie est passée dans celle du général Scotti*
» Tout cela n'a point empôché une vingtaine de j^HOes gens de partir pour le val de Dian<^« .
n Le télégrapî^a éleetrique de Sala est rompu.
» Comptez toujours sur moi de toutç manière; j'ai fait le sacrifice de ma vie, elle est au service de Garibaldi et au vôtre.
0 Hier au soir, un bataillon a bivaqué hors de la porte qui conduit à Naples, un hors de celle qui conduit en Galabre, un hors de celle qui conduit h Âvellino, enfin un à la porte de Tin tendance, où il garde les onze canm ^i ont eu Thonneur d'être
traqués sur vous.
» Un escadron de chasseurs à cheval a parcouru la Yîile enlovs-senvpmdaiit la nuit.
» Mon hôtel est plein de Croates» du rçz^de-
chaussée au troisième étage.
» Maintenant, que doisrje. faire?
» On continue de demandes des armes, et^rinci* paiement des carabines et des revolvers ; cinquante . et môme cent fusils à deux coups seraient également les bienvenus* J'ai re^u de. toutes parts des lettces où Ton m'en demande.
» Voire tout dévoué compatriote, »
» p. s. A l'instant môme, dimanche matin, le. commissaire de police arrive à Gava avec sa famille; iloiaiM dit que l'on attend le débarquement daGaribddi^à JSaleme. H est asrivé cette nuU un renfovi détruis mille iiomiixes de cavalerie.
SIO LES GARIBALDIENS
» Esdtés par leon officiers» les soldats ont
promis de se battre.
» La ville, assure-t-on, doit pajer par le sac et le pliage la flfmpathie qu'elle lom a montrée et son • illumination à la barbe des Napolitains.
» J'apprends à Tinstant que le uom de mon dénoneiateor est Peppino Trolano. »
Liioaio moaairo
Bu rade de Naplei, S leptendire*
Laisses-moi faire un retour sur ce qui s*est passé à Naples depuis mon armée.
Il s'agit de vous initier à des choses secrètes, lesquelles ne pouvaient, à cause des noms propres qui s'y trouvent mêlés, être rendues publiques qu'au moment où nous sommes parvenus, c'est-à-dire au point culminant et suprême des événements. Il est maintenant impossible que Naples soit trois jours sans faire sa révolution.
Ou le roi partira ce soir, cette nuit ou demain, ou, dans quaiante-buit beures, on tirera des coups de ftasil à Naples.
Écoutez donc.
Le jour même de mon arrivée en rade de Naples (23 août), un cbarmant garçon que j'avais connu en France, Muratori, est \enu me trouver de la part
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de Liborib Romano, avec lequel j'avais été en relation épistolaire, à propos d'armes que j'avais fait saisir au comte de Trani.
En écrivant à Liborio Eomanoje lui avais dit que je regardais comme impossible qu'un homme de son intelligence pût conserver Pespoir de sauver la dynastie des Bourbons de Naples, et je lui avais exposé les avantages qu'il aurait comme homme politique^ l'honneur qu'il aurait comme patriote, s'il enlevait à François II l'appui de sa popularité, et si, se déclarant son ennemi, il devenait un des éléments de sa chute.
Liborio Romano me faisait dire qu'il m'attendait le môme soir à sa maison particulière. Je fis répondre à Liborio Romano que mon signalement était donné à Naples, que je le compromettrais horriblement en me rendant chez lui; que, d'ailleurs, dans nos situations respectives, c'était bien plutôt lui qui avait à parler à moi que moi à lui*
Muratori lui rapporta ma réponse.
Deux heures après, la nuit était venue, et, protégée par la nuit, une barque abordait ma goélette; dans cette barque étaient deux hommes et deux* femmes ; un des deux hommes était enveloppé d'un manteau et portait un chapeau à grands bords rabattu sur ses yeux.
Cet homme était Liborio Romano.
La présentation fut courte ; nous nous tendîmes les bras et nous embrassâmes. '
Puis je l'entraînai dans un coin à l'arrière de la goélette, et nous entrftmes immédiatement en oommunication.
S4i LB9 GÀRIBÂLDIBNS-
La sitiuttioa de liborio Bomauo dbdt celto^ : n était entré au nuoistère eonstitnltomiel eB&i*-
sant toutes ses réserves d'honnête homme et de boa. ciioym. ïaui qull verraii le roi Frangoia U nmtimr francbeDQieBt 4ana la Toîe conrtitotioimelle, ilseiftii
à la foÎ8 ITionime du roi et de la nation; quand le roi manquaraiLà son aermaol^il paâ&erait du. c(M de la.iialioD*
Le ministère de l'intérieur et de la police fntiillii offert et accepté par lui à ces conditioas,!
Yona comiaisses les éyéBeœenta qoi anienèrMiit rétat de siège ; les deox principaux furent, k . réaa^ tion du prince Louis et la teulative. faiU).5ur k frégate de CasteUamare.
• Un eommandant de la place fat nommé ; J^^mskt
mandant fut le mai éch;d Viglia.
Mais jamais état de siège, grâce à Lihoriû Romaoû» ne fut plus curieux : toutes les Ubcntéagaruitîes .pM la Constitution furent omservéee; la garde nattio* nale se partagea la police de la ville avec la troupe ; la liberté de la presse eut sou cours aveaunetoléiêiiee qui n^^t d'égale que. la toléianoe anglaise; les* journaux continuèrent de paraître sans répression; les oomités s'organisèrent; un de ce& comités, prit
le. titce de comité de Tordra, Taulre de oomit6.de.'
Vaclion.
Enfîn un journal parut sous le titre du Gài^Mi.
Ea.otttre» la poliee déelaca B*ft?eîr pUialmBeiaBi de sbires, ni d'espions, mais seulement d'employés; les sbires et les espions furi^nt^ en conséquence, supprimés; toua les bommae quii aiuiiik souffiEBir sous le gou?emement de Ferdinand n et jpàMvàani
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LES ftAElBALDIENS 948
reat entrer dam la police y furent casés selon leur
Vous comprenez qu'un roi comme François n, lequel avait juré, au lit de mort de son père, de ne {MIS s*écarter du système gowememenlid qui avait mérité an fèse te surnom de roi Bomba- et au fils le surnom de roi Dombelta^ ne pouvait s*accommoder d'un pareil état de siège, plus libéral qu'aucun des * goQimeiDiQli de TEuiope.
Aussi, auiieaademarcherfranchement dans la voie piopulaire, se jetait-il de plus en plus dans la réaction.
Leschefs.deeette réaettOD, ete&mémetemps les . eonseillers secrets du roi, étaient la reinemère, déjà éloignée de la cour par l'inUuence de Liborio RommaetreléguéeàGaete, las frires et les ondes du roi, le comte de Trani^ le comte d'Âquila et les princes Charles et Louis.
.Xe comte de Syraouse^ qui, par sa première lettre, Mit pris poeition farmi les libéraux, sesia dansla position qu'il avait prise.
. ïotttes ces .aspirations libérales de LilM»:io Ko-* «Moeiasiitr linni la loi ; mus^ oomme te roi se&tait
-iqnll jfwmii d'autre appui que liborio Remano, qu'avec Liborio Romano il perdrait à la lois la garde
■OMitiimale» la^bourgeeisie et k peuple, dont Liborio BMMmo étaU L'homme, IL contîmiaU de iui fsise les
blanches dents.
Sur ces entrefaites, <m apprit .le .débarquement .«da-fliBÎbaldi en Galabie.
Jusque-là, le roi R:?ait consent quelque espoir; il avait cru en être quitte pour la cession de son ter- .ntoire iatalaioe.att J^iémoat;. il ^it^non^aincoque
• 344 JL£S GARIBALDIENS
les souverains, et parliculièrement l'empereur des Français, lui garantiraieut l'intégralité de.son territoire continental.
n tendit les bras vers eux et cria d'une voix dés« espérée ; <c A moi, mes frères! » Les rois se détournèrent; ile hésitaient à se reconnaître les frères de l'homme qui avait brftlé hnit cents maisons et égorgé douze cents personnes à Paierme.
il comprit donc bientôt qu'il n'avait aucun secours à. attendre d'une autre Sainte-Alliance, en même temps que la victoire de Reggio lui apprenait que l'Indomptable continuait de s'avancer.
Dès lors, il jeta le masque, ou à peu près; il entra en lulle avec le ministère, ou plutôt avec Liborio Homano, seul élément véritablement constitutionnel du ministère.
Liborio Romano accepta le combat ; comme Qaribaldi, il eut la première victoire continentale; Garibaldi avait pris Reggio, liborio Romano fit exiler la reine mère.
Lé roi se sentit atteint au cœur; il fit partir sur une frégate autrichienne son argenterie, ses diamants, son trésor, dix millions de diteats (e&ki quarante millions de France).
Puis il continua de se mettre en opposition ou- ▼erte, presque menaçante avec Liborio Romano, qui n'avait pour lui que l'alliance douteuse du ministre de la guerre.
C'est dans ces circonstances que LiborioRomano, me sachant F4md intime de Garibaldi, venait s'Ouvrir
il moi.
Mif en effet, personne k Napie? n'avait aucun
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pouvoir direel dé Garibaldi. Carbonelli et Mîgnona, ses deux envoyés, étaient partis pour faire la révolution de la BasilicatSy l'un deux, Carbonelli, ànné par moi d^on revolver que je tenais de madame Ris* tori; le père Jean, chapelain de Garibaldi, était parti de son côté pour le Valio, avec deux crents flnmcB que je lui avais donnés et le revolver offert par Émile de Girardin à Alexandre Dumas premier.
Je me trouvais donc seul ayant, non pas des pouvoirs directs de Garibaldi, mais deux lettres qui m'accréditaient auprès des patriotes K
Voilà pourquoi Liborio Rouiano venait à moi, et voici ce qu'il voulait me dire :
— Je lutterai pour la cause constitutionnelle tant que je pourrai. Quand je sentirai que la lutte de ma part est devenue impossible, je donnerai ma démission, je me retirerai à votre bord, et, selon la situation de Naples, ou j'irai me réunir à Garibaldi, ou je déclarerai le roi traître à la Constitution et j'en appellerai à la garde nationale et au peuple de Naples.
— Ferez-vous cela? lui demandai-je.
Je TOUS en donne ma parole d'bonneur.
.—Je Taccepte; maismaintenant,reprîs-je, comme, d'après ce qui m'a été dit à bord de la frégate amirale de M. Le Barbier de Tinan, mon pavillon n'est pas sûr d'être protégé, laissez-moi faire une démarche auprès de l'amiral anglais, afln que vous trouviez sur sa frégate le refuge que vous ne trouveriez par sur ma barque, comme l'appelle M. de Mi&siessi*
!• ¥• pages 40 et iS(K
KÉM *L£S GARIBALDIENS
^^NjMiez ; traaisy 1 £6 «oir, le8»évéi»eiMnto.«trCfnt
.tels, qu'U peutiarrive^ ique demaia jc quitte le miijaifttère.
» Vofu^pactit y'mu Maiatomit, tpar quel intor-
fXnédiaire communiqueroiiraoïis?
— - Par celui de madame ***, une des deux dames A^iitsoiii-«ieâues^ve<î moi, et auxquelles, je <i?aiâ .vous
ipBstfiieiiter,-aa*par .celui de Gozzolongo, moa leevé-
taire., D'ailleurs, Muratori, mon ami intime, sera ^toujours, soit près de moi de votrç part, .soitt ^ès
de vous de mienne.
Nous n'avions pas autre chose à nous dire»Liliorio
Romano me présenta à madame ♦♦♦ et^ quitta la «goélette.
A If instant AiAme,. je me rendis àl^rd^de l'Amm*
bal et demandai l'amiral Parkings.
Lfamirai était à terre, mais allait rentrer; en son aJbfiepcei 'le .commandant me reçut.
Auilmutderdix minutes, Tamira^I rentra «n effet.
Je lui exposai la situation; je lui dis comment, par suite de la discussion que j'avais eue avec deux officiers de la marine française^ ma.^oôlette a'offrant plus un sûr abri au ministre démissionnaire, je venais lui demander, le cas écbéanti un asiie^ur À*Amibal^fom Liborio Bomano.
. L'amiral, à l'instant même, avec eetle.conrtoiste parliculicic à la marine anglaise, fit veniri le<comjnandajut.
— f .Gommandant,.»kii.4U-ily à.fartir de ce-.-aoir, tenez votre chancre pcéte pour le .cas 4>ù don Li-
borio Romano jugerait ù propos de se retirer sur ÏAnnibaU
, Le commandant salua et sortit.
Le lendemain, madame *** m'apporta un p&risiait aiec ces deux lignes dâ LilMma Ac^no :
JMie^mje^îkB tiens pas- les promesses que je.vous aiJaile& iûerau siur. »
'Laissez-moi interrompre un instant mon récit pour tom-dire ipiei homme est LiborioRomno.
: Don Liborio liomano, c'est-à-dire Thomme qui, «à .ce moneat, oceupe la piue priiicipitodaTBMh «MiWraïaatt M i hi t iqMM et <»liniie8,'tiftMil paerne-de
ces apparitions momentanées qui bien souvent, à l!époque des > réfotatioas, se montrent à l-horiaea pQÛ(î«pt& dHm peafde, sdQtMKft dans lanrttOBvement d'ascension par Taudace indivi-doelle 'Ou par mi iOapiice du soufile popuiaife; l'étude persévé* XMleiet ptofande des leieiices moiataBy.vneiièiUe et constante pratique des «fctres; des ^ principes libéraux et généreux éprouvés par l'exil et la prison/ Mtdaityaa ocnlraire, de Liboiio Rgmmwi aa howMàm •kittmit, m jâk&fva intègre, vue dae-hattièM^dn barreau napolitain, enfin l'homme recommanda ble dans lequel aus^ourd'bui le .pays a placé toute aa eMtaMe.
En .hii et .ehe^ :lui, le passé est le garant de llftvenir. ^
'iNédamvttii'viUage de la terre 4*01911110 en 1M8
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c'est-à-dire dans la glorieuse et fatale année qui vit
naître la révolution de Naples et proclamer la république parthénopéenue^ ses premiers vagissements se mêlèrent aux derniers soupirs des Carrac"cîolo, des Hector Carafa, des Pagnano, des Cirillo et des Mentone; il lit ses études littéraires et philosophiques sous Francesco-Berardino Gercala, littérateur de grande réputation, et dont le nom est signalé par Signorelli dans son histoire de la CuUura m/p(MUina^ Cet éminent professeur était un véritable cœur de poète d'oà débordaient les deux sentiments sacrés de l'humanité et de la patrie, joints à un degré d'élévation ineffable; et, sans doute pour seccmder la mission qu'il semblait avoir sur la terre, l'homme privilégié avait reçu de la nature cette mystérieuse séduction victorieuse des âmes et des intelligences. Romano lui emprunta ces sentimenls purs et sacrés ; ils s'infiltrèrent dans la pureté primitive de l'éducation et dans les études sereines de l'âge juvénile. Dans la science du droit, Liborio Romano eut pour maîtres Sarno, Girardi et (jiunti ; en 1819, après avoir passé ses examens de lauréat, il se mil en relation avec Felice Parilli, qui, émerveillé de son jeune génie, le prit sous sa protection, comme recteur de l'université de Naples, et resta jusqu'à la fin de sa vie non-seulement son protecteur, mais encore son ami; poussé par lui, le jeune Bomano obtint la survivance de Parilli à la chaire jwiê ehUis et eomn^reiaTum^ ce qui était un him* neur inouï pour un homme de . vingt-sept ans.
En 1820, le jeune professeur faisait ses cours en habit de garde national, recouvrant les dignités de
. . LES GARIBALDIEiNS 240
Ift teienee des insignes du ^dvisme et de la liberté.
C'était un de ces crimes que ne pardonnait pas là réacUon, lâche et féroce à la fois, de i82i; Liborio Romano et Parilli forent destitués par la même ordonnance; le premier fut emprisonné, resta un an enfermé à Sainte-Marie- Apparente; puis, enfin, sur les instances et les démarches de son ami PariUi,. il fut remis en liberté.
Aucun jugement n'avait été rendu; jnais il n'eu» iai pas moins interné à Naples. '
Ce fut alors qu'il se jeta, avec toute la fougue de son tempérament» dans les luttes du barreau, où sa profonde connaissance du droit, la lucidité de soo' esprit, la vigueur de ses arguments, sa science de la parole et sa physionomie expressive, fidèle traductrice des sentiments de son cœur, ne tardèrentpoint à lui conquérir une des places ks plus élevées»
Dans cette carrière, il a r^uni, dç son début à l'époque où nous sommes arrivés, trente-sept gr6s volumes de harangues et de plaidoyers.
En 1837, un drame qui rappelle celui d^ÉUoeh eê Polynice s'accomplissait dans les régions ténébreuses de la politique du temps; Orazio Marsa, d'abord • sous-intendant, ensuite intendant et définitivement directeur de la police, dénonçait son propre frère, JérémieUarsa, noble cœur, jeune homme de grande espérance, un des auditeurs les plus jassidus de Romane, qui, soupçonné de complicité avec lui, eut à souilrir énormément de cette souterraine accusa* tion, surtout lorsque Marsa ftat contraint dé s'éziler en France et en Allemagne ; ce qui n'empêcha point Bomano de se charger de l'administration de ses
LIS &àHIBiXDIEH 9
làm$f et, Bmigeé tms.ies ^mpèebemcnto gao lui •oicita le gooferwiMity-de lui cttCnretnaeliaBient
:passer les rentes.
En 1848, J^mano n'avait point oublié «eft.piîiH dpes eonstitetieaMlB moûMBy qui ftamt, qui eont
et qui seront toujours la règle de i>a conduite; il fit alors un cours de droit constitutionnel napolitain, et» n'ayant rien demandé, n'occupa aeeoii emploi; •mais la . police inquiète de Peoabemda ne pouvait permettre plus longtemps à riionnôte et indépen- * dant^piofesMUff le libre exercice de.ae&^fonoliona dtevoeat.
. Il fut arrêté en 1849, resta deux années dans cette JBAme priion où il avait été conduit vingtnsix ans .aupaiaiaottiet.oii il trouva pont eompagaons de
. captivité et d'études économiques Scialoïa et Vacca; là, il écrivit un opuscule sur la mission des quatre poftes -dasaifues de rit^ie.' Au iioul de dans ans,
.•les portes de son eachot s'ooyrtrent, mais sur la route de Texil. 11 partit alors pour la France, et,
. dans cette grande patrie de la civilisation» il acheva d/ennehir son esprit et de se mettre au niveau de la science universelle, étudiant à Montpellier les sciences naturelles, et, cette élude achevée, reye«
junt àParis r^f^endre lecounsda aes ohèies étades économiques et sociales.
Ce fut là qu'il se lia avec toutes les notahUités
4e la France : tes Guizot, les Lamennais, les Augustin Thierry devinrent ses anus, et ont. gardé de
Mi un bon et grand souvenir.
Ce fut en iâSâ seulemant qu'il revint & Kaples, où il ri^t,. avec IVirdeur et l^amourd/un jeane
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L£S tiâKlBALDlËISS 25i
iHHume^ les études de soo ancienne • profession et
les relations d'amilié que l'absence et. Texil sem-
Uaieakavâir» .coatce riial)itudiv.Qûa pas rel&chéee, mis vendues plus soUdes»
Et cependant il ne cessait, au milieu de ses Ion- • gua&f¥eiiles nocturnes, de relever la iôte et de cher-
efaer.aii£aieil Tàtoila sî longtemps milte dA.sa obtee *
patrie.
Un souflle de GaribakU diassa le nuage et la fil luire plus brillante que jaiuaiit. François II crut conjurer l'orage en donnant une tardive constilu- * tien; il se tourna, pâle et tremblant, du côté de ces. bommes que son père» à son lit d'agonie, pouraui- ▼aiteneore*
La préfecture de police. Xut« offerte à I^iborio IIût; mano.
C'était un poste difficile à occuper; la fétide .et
sanglante administration de ses pi tciccesseurs avait fait du cabinet du préfet la saUe de la torture, et Tantiobambre de la guillotine* Un moins pur j eùi laissé SOI) honneur et sa popularité; Bomano traversa les jours difficiles avec la calme fermeté de » rbonm^ de bien qui ne suppose pas même qu'on., le puisse soupçonner, etjeta.horsdeaétablesd'Aa^ gias la fange qu'elles contenaient, sans qu'une seule . tacbe en rejaillît sur ses m^^ins ni sur son visage«
Naples, au milîBu de bi plus terrible agitation*, resta pure des massacres de 1799; pas une goutte, de sang ne fut versée; les lazzaroni brûlèrent les bureaux de 4>olioe , déabirèrent* les ari^biv^ des« Alossa^ des. Gampana, dea Maddoloni et des Mar*. billai mais ne détournèrent pas une obole de l'ar:-
LES GABIBALDIENS
gent qui servait à payer leurs espions, leurs sbires et leurs bourreaux,
À peine Romano était-il depuis quelques jours à la préfecture, qu*il fut, par la force môme de sa loyauté, nommé au ministère de l'intérieur.
C'est dans ce poste élevé, mais devenu dangereux par les progrès de la réaction et la haine de la camariUa, que je le rencontraié
Reprenons le récit des événements.
C'était dans la soirée du 23 août que Liborio Romano était venu me foire la visite dont j'ai raconté les détails.
Naples, à travers cette insouciance épidermatique, si Ton peut dire cela, était agité dans les couches les plus profondes dé la bourgeoisie et de la noblesse. Naples est, comme son Vésuve, couvert de fleurs, jusqu'au moment où, sur ces fleurs, le géant ignivome épanche la lave ardente de son cratère.
Naples comptait déjà deux réactions qui, découvertes par Liborio Romano, n'avaient pas eu le temps de s'élever à la hauteur de coups d'£tat; la première avait éclaté le 5 août, jour où les soldats de la garde royale, armés de leur sabre, s'étaient jetés dans les principales rues de Naples, contraignant les passants à crier : u Vive le roi ! » et avaient blessé une douzaine de personnes ; la seconde était celle du prince Louis d'Aquila, qui voulait renverser le ministère» assassiner Liborio Romano et Moratori, son ami particulier, et ramener entre ses mains le pouvoir despotique échappé aux mains duroL
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LES GARIBALDIENS 2fi8
Une troisième tremblait sourdement sons les pavés de la Tille.
• Et, pendant ce temps, ajoutant à l'inquiétude générale, arrivaient coup sur coup des nouvelles de la Calabre dans le genre de celle-ci :
« Le dictateur Garibaldi s'avance à travers les Calabres à la tête de quatorze mille héros; les troupes royales ou se réunissent à lui* ou fùient à l'éclair de son épée. La révolution éclate dans la Basilicate, trouve un écho dans le cœur de tous les vrais patriotes ety avec la rapidité de la pensée, se répand de province en province; de l'extrême pointe de la Galabré à Saleme, les chaînes de l'exécré Bourbon sont brisées pour toujours.
» Frères I descendons de nos montagnes natales, où ne s'est jamais éteint Tamour de la patrie et de ^ la liberté, et, dans notre élan, renversons les ennemis de l'Italie!
» Combattre pour l'unité et la liberté de la patrie est le plus ancien et le plus constant devoir de uotre âme. Accourons; le moment est suprême et la victoire immanquable, puisque notre cause est sainte et que la Providence combat avec nous*
» Vive l'unité de l'Italie 1 vive VictOD-Emmanuel f vive le dictateur Garibaldi L
• * » Le citoyen Giuseppe m Mabgo. »
Ces nouvelles à double tranchant, menaçantes dans le fond, provocatrices dans la forme, étaient accompagnées de ces proclamations afQchées par des mains inconnues et que Naples, en se réveillant, lisait sur ses murs :
«•NapolUaia$ ! *
1» n est temps d'en finir ayec la descendance de Xlbaries III. Vous connaissez maintenant le droit cUfîn ei n'avez plus rien à démôler avec lui,
» L'homme qui -règne sur tous ne s'appelle pas François II, il s'appelle la Lâcheté ; son père s'appelait la Maine ; aou grand-père, Trahison; son aïeul, lê Mmmge. Nous ne parlons pas de sa grand'màre etde^soDalenle, de Ifenaimeet de Sapho^ pour ne pas faire rougir nos femmes et nos filles.
» Napolitains l il y a assez longtemps que Ton ma.daiDs vos mes : Werda? et que vous répondez : Esclaus!
» Il est temps que Ton crie : a Qui vive? d et que vous répondiez : «.Citoyens! »
» Napolitains 1 de tous oôtés la fusillade éclate; de tous côtés le cri de « Vive l'Italie ! )> se fait entendre ; vous seuls semblez muets et sourds.
» Bc^H^f Potaoza, .Bari, Poggia sont en pleine révolution; vous^uls regardez rincendie.natiooal d'un œil si calme, qu'il semble indilférent.
» «KapolilaÎAs 1 craignez d'arrixer trop .tard, et que, quand voua arriverez, une^ grande voix sortie de la Lombardie, de la Sicile, de la Calahre et de la Basilicate, ne vous crie :
» — Arrière, bâtards de lltalie ! vous n'été» plus nos frères, vous n'êtes plus de la famille sainte I
» Napolitains, aux armes!
» Napolitains I maintenant que vous pouvez lire les pages sanglantes de votre histoire, vous savez ce qu'ont été les arillo, les Pagano , les Hector CaralTa, les Mentone, les Eleonora Pimehtele?
LES GARIBALDIENS tttf
» Napolitains l aujourd'hui, il ne s'agit plus môme de mourir comme eux; la liberté compte assez de martyrs parmi les pères pour qu'elle ne prélève pas sa dîme sur les enfants; il s'agit seulement de recueillir leur héritage.
» Or, leur héritage,- sublime dépôts est entre les mains dtt^rnier BouFbon et du dernier .de& Bourbons.
« Leur héritage, c'est la liberté de l^ïaples .et l'unité de l'Italie.
)) Napolitains! comparez les noms des Bosco, des Scottijdes Lelizia à celui de Garibaldi ; comparez la fottvberie de François II à la loyauté de Yictor*£mmanuel.
» Et choisissez î )> * •
Au milieu de ces fusées incendiaires éclata tout à mup scfconde léttre du comte de Syracuse ; cette lettre était terrible; elle devait produire et produisit un grand effet à Naples; toute la camariila sentit le coup» et, ne pouvant plus le parer, Toulut du:moins avoir la chance de la riposte.
Une troisième réaction s'organisa ; à la téte de celle-ci se mit le roi en personne. Cutrofiano fut nommé commandant de la place et Iscbitella^ommandant de la.garde.nationale. Ainsi Ton neutralisait le pouvoir de Romano, ministre de mntérieur et de la Justice, et.de Piaaelli, ministre de la guerre. ^
De cette conspiration faisaient partie le nonce apostolique, ayant sous lui, comme lieutenants généraux, l'évôque de Gaëte et révôque de Noia.
Le manifèste suivant fut lancé. dans le public :
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le peuple napolitain d sm roi François IL « Sire»
» Quand la patrie est en danger, le peuple a droit de demander à son roi de le défendre. Puisque les rois sont faits pour les peuples et non les peuples pour les rois, nous devons leur obéir; mais ils doivent savoir nous défendre, et c'est pour cela que Dieu leur a donné non-seulement qn sceptre, mais encore une épée,
» Aujourd'hui, sire, Tennemiest à nos portes; la patrie est en dan^^er. Depuis, quatre mois, un aventurier, à la téte de bandes racolées chez, toutes les nations, a envahi le royaume et a fait couler le sang de nos frères. La trahison de quelques misérables Ta aidé; une diplomatie plus misérable encore le seconde dans ses coupables entreprises. Dans quelques jours, cet aventurier nous imposera son joug odieux; ses desseins, nous les connaissons tous, et vous aussi, vous les connaissez, sire. Cet homme, d'ailleurs, n*en £ait aucun mystère ; sous prétexte de réunir ce qui n'a jamais été uni, il veut nous faire Piémontais pour mieux nous décalholiser, et, la religion détruite, établir sur ses ruines m gouvernement républicain sous la féroce dicta* ture d'un Mazzini, dont il sera le bras et Tépée.
» Mais, sire, depuis des siècles, nous sommes Napolitains ; Charles UI, votre immortel aïeul, nous arracha au joug étranger; nous voulons rester, vivre et mourir Napolitains, avec cette belle et sage civilisation que ce grand roi nous a donnée. £h guoi { le fils de Ferdinand II ne pourrait teair d'une
LES GÂniDÂLDIENS 2S7
• main ferme le sceptre qu'il a hérité de son père de glorieuse mémoire! |e fils de la vénérable Marie- Christine nous abandonnerait lâchement à son ennemi ! François II enOn, notre bien-aimé souverain, n'aurait pas le courage et la force du plus humble des rois I Non, ^ire, non : cela ne peut pas être.
» Sire, sauvez donc votre peuple, nous vous le demandons au nom de la religion qui vous a sacré roi, au nom des lois héréditaires qui vous ont donné le sceptre de vos ancêtres, au nom du droit^et de la justice, qui vous font un devoir de veiller continuellement à notre salut et, s'il est nécessaire, de mqurir pour racheter votre peuple.
» Or, nous vous le disons, sire, la patrie est en danger, et à grands cris demande quatre choses :
ni"* Votre ministère tout entier vous trahit; seû actes en font foi, ses relations avec Judas et Pilate l'attestent; cassez votre ministère, et que se place à la tête des affaires un ministère choisi parmi les hommes honnêtes et dévoués à votre couronne, à votre peuple et à la Constitution.'
» 2° Beaucoup d'étrangers conspirent contre votre trône et contre notre nationalité; que ces étrangers soient expulsés du royaume.
» 8* De nombreux dépêts d'armes existent dans votre capitale; qu'un désarmement soit ordonné.
» 4"^ La police tout entière est dévouée à vos ennemis ; que la police soit remplacée par une police honorable et fidèle.
j) Sire, voilà ce que vous demande voire peuple napolitain. Votre armée est dévouée autant que brave. Tirez l'épée et sauvez la j>atrje : quand on a
pour soi le droit et la justice, on a pour soi Dieu, » Vive notre roi François III vive la pairie I vive
la GonstitutiOD I vive la brave armée napolitaine 1 » Cet appel au roi éclata comme une bombe sur la
tête, nous ne dirons pas du ministère tout entier^
mais sor celle de Romano, qu'elle était plus parti-
cuUèrement.desUnée à anéantir*
Au moment où j'écris ceci," je reçois Tordre de quitter la lade de Naples dans une demi-benrei sous peine d'y être forcé par le feu. des forts.
Voici les détails que je reçois sur ce fait de Liborio Romano.
Aujourd'hui dimanche, â septembre, à midi» le roi a fait venir M. Brenier et lui a dit :
— M. Dumas a empêché le général Scotti de porter du secours à mes soldats de la BasUicate; M. Dumas a fait 'la révolution de Salerhe ; M. Du^ mas est venu ensuite dans le port de Naples, d'où il lance des proclamations dans la ville, distribue des armes, donne des chemises rouges. Je demande que M. Dumas cesse d'être protégé par son par villon et soit forcé de quitter la rade. .
— Très-bien, si^e^ a répondu M« Brenier; vos désirs sont des ordres pour moi.
A onze heures, nous levons l'ancre* et allons audevant de Garibaldi, Dans deux ou trois jours, je ferai à mon tour signifier à François II Tordre, non plus de quitter la rade de Naples, mais Naples,
mais le royaume.
L£S GÂR1BÀLD1£N.S m
COXVSPIBAIIOK A ClfiL OUVfilLT
Port de Ga9teHam«fe« 5 mpkKtàm*
Je reprends à Castellamare mon récit, interrompu dans la rade de Naples.
La surveille du jour où la iréaction devait essayer de faire son petit coup d'État, un bateau à vapeur était arrivé avec pavillon garibaldien à sa corne^ pavillon parlementaire à son mât de misaine*
C'était fe FranWm, capitaine Orrigoni.
Il ramenait une partie des prisonniers de lleggio.
Arrivé à dix heures du soir^ Orrigoni était* à six heures du matin à bord de la goélette.
C'est une personnalité fort originale et dont je voudrais pouvoir vous tracer le porlraiL Un jour où lés événements seront moins pressés» ou moins pressants, je me donnerai ce plaisir.
Consignons ici que c'est Tinséparable de Garihaldi. ^ Quand Orrigoni n'est pas là, quelque chose manque à Garibaldi.
Orrigoni a suivi le général à Montevideo ; il en est revenu avec lui pour la campagne de 1848 ; il raccompagnait dans cette douloureuse retraite oit
mourut Anita. Séparé un instant de lui, il le rejoignit à Tanger, repassa avec lui dans TAmérique du Nord; de l'Amérique du Nord, dans le golfe dû Mexique; du golfe du Mexique, à Lima. II était près de Garibaldi dans cette glorieuse campagne de 1859, «où chaque combat fut une victcfire. Il est venu le
960 LES GARIBALDIE1!ÏS
rejoindre en Sicile, et le voilà avec lui en Galabre* Brate Orrigoni! j'ai jeté des cris de joie en le
voyant: il me semblait ^u'en me retournant j'allais
voir Garibaldi.
Mais non, Garibaldi était à Nieotera. II remontait
la Galabre, effaçant la trace des pas dn cardinal
Ruffo et forçant la liberté effarouchée à passer par
le chemin qu'avait, cinquante ans auparavant, frayé
le despotisme.
C'est par Orrigoni que j'appris la mort de notre
pauvre de Flotte, et cette triste nouvelle me brisa
le cœur,
11 est si difficile de se figurer qu'une créature humaine qu*on *a vue, cinq ou six jours auparavant, active, pleine d'intelligence, parlant, espérant, est devenue un cadavre inerte et muet, qu'on cherche toujours à se persuader que la nouvelle d'une pareille mort est fausse.
Par malheur, les détails étaient si précis, qu'il n'y avait pas à douter!
Orrigoni passa la journée avec moi. Il se trouva sur ma goélette avec Naples tout entier. Jamais roi n*aeu dans ses antichambres et dans ses salons uàe foule pareille à celle qui fait quede en bateau pour me serrer la main et m'embrasser.
Si Orrigoni avait voulu, il eût emmené k Franklin plus cha^ encore qu'il ne l'avait amené ; tout le monde voulait partir avec lui; chaque jour, je refusais trois cents volontaires.
Bans l'après-midit le comité d'action m'envoya M. Agresti avec deux de ses membres. Ces mes* sieurs venaient me parler d'un gouvernement pro-
TÎsoire à établir, en cas de fuite du roi de Naples, gouvernement provisoire duquel serait président M. Libertini et dont seraient membres Bicciardi» Agresti, etc., etc.
Je répondis que je n'avais pas mission de discuter de si hauts iûtérètfi, mais que si, cependant, on me fiùsait Tbonneur de me consulter, je répondrais que je ne croyais pas à l'urgence d'un gouvernement provisoire; qu*il suffisait de nommer un prodictateur; qu'à mon tivis un seul homme était assez populaire pour garantir, en montant à ce poste élevé , la tranquillité de Naples, et que cet homme était Liborio Komano.
J'ajoutai que, comme je ne faisais rien en secret, j'écrirais dans la journée en ce sens au général Garibaldi.
Cette réponse porta dans la députation un tel * émoi, qu'un de ses membres partit en laissant à . bord de VEmma son chapeau, qu'.il n'est jamais venu chercher depuis.
Une heure après le départ de ces messieurs, le secrétaire du frère Jean, que j'avais pris ayec frère Jean lui-même, à Messine, que j'avais amené à Naples, à qui j'avais donné l'hospitalité de la table et du lit, vmt me dire qu'étant choisi par le comité d'action pour porter un rapport à Garibaldi, il me priait de demander à Orrigoni son passage pour la Calabre.
Je me chargeai de la commission, croyant que c'était la chose la plus simple.
Mais une des originalités d'Orrigoni est de regarder con^me jettatore toutprétre, tout frère de prôtre» tout
cousin de prâtre, tout secrétaire mémB de prêtre.
— Dans l'état où est le Franklin, je n'embarquerais pas à mou bord le secrétaire du frère Jeau, fût-il d'or massif!
Gè fut sa réponse. H* n'en yonlut pas démordit. • Je fus obligé de la transmettre au secrétaire du frère Jean, lequel quitta- mon bord en me lançant son plusi mauTais regard.
Mais, tout en refusant de prendre le- secrétaire du frère Jean, Orrigoni acceptait urj patriote napolitain de Tingt-httit ans, exilé, Alexandre Sal^ti.
Salfiali portait une leOxe de moi au général;
Voici cette lettre :
« 25 août 1800.
» AxxAf
» Je vais vous écrire longuement et vous parler d'affaires sérieuses; lisez avec attention.
3» Malgré le désir que j'ai de tous rejqindrie, je reste à Naples, où je crois être utile à notre cause.
» Voici ce que j'y fais :
n Chaque nuit, une proclamation* nouvelle est afiBi5hée; sans appeler les Napolitains aux armes, ce gui serait inutile, elle les entretient dans la bainc du roi.
» Chaque matin, les journaux viennent prendre le mot d'ordre ; c'est chose facile à donner, toussent
fanatiques de vous. ^■ » Je me suis mis, à mon retour de Messine, en
communication avec Saleme; Salerne est excellente. » J'aiété prévenu, au momentoùPotenza s*estrévol-
tée, que cinq mille Bavarois et Croates étaient envoyés
aimiief[énéral Scotti pour comi^rimerrinsurrection.
LES GARIB^LDJiENS 2^
» Je suis arrivé avant le général Scotti à Salerne;
j*ai pu aussitôt, par rinlermédiaire du docteur Wielandt, entrer en rapport avec les chefs montagnauds*- Je leur ai distribué cinquante fusils à deux coupsiet jusqu'aux carabine&de mou équipage. Lesdéfliés: de la montagne ont été gardés; ScoLti et ses cinqmille Bavarois n'ont pas pu traverser le défilé qui conduit de Salerne à Potenza, et la Basilicate Mt tranquillement son insurrection.
» Ce n'est pas tout : les Bavarois, voyant qu'ils ne pouvaient faire un pas dans la montagne .saaa ris-* quer autant de coups de ^ fusil qu'il y avait de buis^ sons et de rochers sur la route, m'ont fait proposer, moyennant cinq ducats par .homme^ de déferler fmo armâs et bagages.
» J'ai ouvert une souscription; je me suis nm* en lôte pour cinq cents francs; j'arriverai à réunir dix mille fmncs, je Tespère, c'eslrànlire le cinquième de la somme demandée; si j'y arrive, je la donaeraicomme à-compte à nos Bavarois; le reste sera payable à Messine.
» Un jeune homme de^ la. ville- qui embanohaii pour nous a été dénoncé et condamné recevoir cent coups de bâton; cette exécution a exaspéré les Salernitains.
» Trois BaMfois^ arrêtés au moooieBtkoàiilf désai^-
taient, ont été fusillés,
» Cent cavaliers m'ont fait offrir ce matin de dé-* màl^ avec leurs cbevaux; par malheur, je n!ai eux aucun moyen de transport.
» ^^ous disposons de Salerne et de dix mille es; slMenotti, Medici, ïurr ou ..tout autre:
pou
m LES GARIBALDIENS
veut y débarquer, je débarquerai le premier en parlementaire, et, au bout d'une heurCi les soldats et la ville seront à vous.
» A défont de Saleme, trop oecupien ce moment, on
peut débarquer dans tout le Cilento ; toute cette côte est aussi bonne que l'autre; celle d'Amalû est mau- > Taise.
9 Arrivons à Naples.
)) J*ai reçu la parole d'un certain nombre d'officiers de ne pas tirer sur le peuple si on parvient à . le remuer; à la première chemise rouge qu'ils apercevront, ils passeront de votre côté.
)) Mais voici le plus important :
)> Liborio Romano, le seul bomme populaire du ministère, està votre entière disposition, avec deux de ses collègues au moins, à la première tentative de réaction que fera le roi.
» A cette première tentative, qui le déliera de son serment, Liborio Romano offre de partir de Naples avec deux de ses collègues, de se rendre auprès de vous, de proclamer la déchéance du roi et de vous reconnaître pour dictateur.
» n a pour lui tout le peuple et les douze mille hommes de la garde nationale.
» Si vous foites un débarquement dans le Cilento, dans le golfe de Policastro ou dans celui de Saleme, il répond d'effrayer tellement le roi, fort disposé, du reste, à s'effrayer, que le roi quittera Naples.
n Donnez-moi vos instructions écrites, elles seront suivies.
)) M. Salvali, membre du comité garibaldien, part avec ûrrigoni pour vous rejoindre. Parlez-lui
LES GAniBALDIBIfS 863
de toute chose, excepté des propositions dë Romano , elles sont entre quatre personnes seulement;
ne répondez donc qu'à moi sur ce sujet.
]i Vous savez que» pour mon compte, je oe vous demanderai jamais rien qu'une permission de chassé dans le pare de Capo-di-Monte et la contiinualion des fouilles de Pompéi.
» Voulez-vous que tous les journaux, tous les artistes, tous les peintres, tous les sculpteurs, tous les architectes poussent un cri de joie? Rendez un décret conçu en ces termes : *
u Au nom du monde artistique, les fouilles de 1» Po!npéi seront reprises et continuées sans intérim ruption une fois que je serai à Naples.
x> G. Garibaldi, dictateur. »
» Vous levo7ez,monami,jefaiscequejepeuren publiant les grandes choses que vous accomplissez. Je vous loue parce que je vous admire, et je vous aime sans autre désir que celui d'être aimé de vous.
» Ai-je encore autre chose à tous dire î Je ne crois pas. Me Toulez-Tous? Je pars. Groyez-yous avoir besoin de moi ici? Je reste, quoique l'amiral français m'ait fait savoir qu'après ce que j'ayais fkil et ce que je &isais tous les jours, il ne pouvait pas me prendre sous sa protection.
» Je vous dirais de vous ménager si je n§ savais pas que de pareilles recommandations vous font rire; je me contenterai donc de vous dire que je prie pour vous le môme Dieu que priait votre mère.
» Au revoir, mon ami; prenez de mon cœur tout ce que j'en ai emporté en quittant la France.
9 Alex. Dumàs* h
OrrigonLesl parti dans la nuit du 25 au 2G, émuportant Salvati, lequel emportait ma lûUre.
Suivons Sfti?ati dans sa péiégiiiiatîaii« daiMiia lemoment où il monte à bord du FrmMin jusqu'à
celui où il trouve le général. Puis nous verron&< tandis qu^il franchissait tocceoU et montagnes, .oc. qui se passait à Naples.
Lù Franklin u'étaitpas au-dessus de la réputation da manws martbanr que lui* avait, failot son oqi^ * taine. A peine, le soir du aTaiVjlibii seinnta
milles; on s'arrêta en mer pendant toute la nuit; les xoyaiuL longeaient la cûte. A la pointa du jour, on se remit en mardis, et, ven midi» oa:aMOSta.à. San-Lucido, près de Paola.
La révolution était faite à San-Lucido; on y avait hissé le pavillon tricolore avaa la> ocûix jie fiamia, ^ et l'on y avait désarmé les gendannea* Les viotoirea de Garibaldi y étaient connues; mais on ne put pas dire à Salvati où se trouvait le général. Le comité vint à iMHd, on lui^donna des noavallaa de Naplaa; il én donna de la Calabre; après quoi, Ton remit à la voile, et l'on conliaua.de longer la c4tai emmarcbant du nord au sud.
On arriva au Pisso, de sanglante mémom*-
Là, on fut renseigné plus positivement sur lo (général. 11 devait, disait-on, être à Gatanzaro. -
Salvati s'y rendit à Tinsiant même; maïs Tinfistigable Amahisseur de montagneB en.élailrdéjà parti pour Maïdu, Salvati arriva à Maïda. Le général n'y était plua; mais il l'avait quittée seulement ciaq% ou six iteiirea auparavant. Salvati continua son chemin .
LB8 GA1IBÂLDIEK8 2fi7
* eftilitAigmITirioiOy où il ne trouva que Niuo Bixio* NÎBO Biiio aflftnM. à Sahwti qu'en forçait sa
manche, il rejoindrait le dictateur à Savaria-Manalli). où il devail se rencontrer et avoir un euga* gMMBi am le corp» d'armée -4u gteéiid Gbio.
Salvati prit la route de Safaria-Mauelli et.y amva^ en effet, juste au moment où l'action s'engageait.
Ganibaidi aixaii camé les xoyaux do tous côtés. ]la.a'élaÎAnt Ibftiflto dans • une plaioa jen avant du . village de Savaria, de sorte qu'en arrivant de Tiriolo à Savaria,. ie générai iea avait eus devant lui. Alara. il les &fiait tournis pan la montagne, laissant des hommes à lui sur toute une ligne de hauteurs, et revenant sur eux parle village de Savaria-Manelli.
Qoend* Sabati anrim à Tendroit oii..âacibakli asuliquitté la route, n'es^^dite-an smlimiet d'une montée, il put voir le général déboucher du côté, opposé de la montagne et descendre vers le village. Avivé à demifffiortée defùsA avee son étati«iajor, Garibaldi longea 1 église. Alors les royaux (irent ïmf et les; ]>aUes allèrent, tout autour dû- lui, £ri- Jder Ja iminiUa4 ie^général ne hâta nt ne ralentit le pas. Pas un seul officia de son éla^major, pas un seul soldat de son armée ne riposta. Il portait une4îarabind»£evol?er en bandouliège^Mur wn.épanle et jouait de la main droite avec un pistolet-revolver
Il disparut dans le village. Au bout de dix minutes, il reparut à i'extréiniié opposée. Il s'était, de loute* la longiieup dn viliage, lapproebé des rojuiUB..' En apparaissant A i'entréé de la rue, il nfétait plus qu'à une portée de pistolet de l'ennemi.
JLÎDMias futrdoanA sur 4oule la4igQe«dft. Mte feu;
mais sa préseace, son sang-froid, ce prestige qui raccompagne, produisirent leur effet accoutumé. Cavalerie, artillerie, infanterie, dix mille hommes à peu près, baissèrent leurs armes et se dispersèrent.
Vers quatre heures de l'après-midi seulement, Salvati put arriver près du général. Il lé trouva dans la maison de Slocco, harassé , couché sur un lit.
Il s*approcha de lui et lui remit ma lettre. Gari« baldi la lut deux fois; puis il adressa à Salvati une série de questions sur Tétat du peuple, sur l'opinion de la bourgeoisie et de la garde nationale. Nul ne pouvait, sur tous ces points, donner de meilleurs renseignements que Salvati, qui était Napolitain. •
Le général engagea celui-ci à retourner à Naples et à dire à don Liborio Romano d'entretenir le peuple dans les bons sentiments où il paraissait être, de le préparer au besoin à Tinsurreclion, mais de l'empêcher de rien faire de décisif avant qu'il arriv&t.
Surtout, répéta-t-il .deux fois, pas de révolution armée dans les rues de Naples : cela a coûté trop cher à Palerme!
Alors il serra la main à Salvati en lui recommandant d'en faire autant de sa part à don Liborio et à moi, ^
Puis, en le quittant :
— L'homme que j'aimerais voir, lui dit-il, à la
tôte des affaires de Naples, c'est Cosenz. Aucun homme, autour de moi ne le mérite mieux que lui. Dites cela à Dumas et à Romano. Répétez au dernier qu'il doit faire tout ce qu'il pourra pour foire
LBS» GARIBALDIENS 209
partir le roi ; mais pas d'émeute sans moi^ ce serait trop dangerèiix.
Cette recommandation faite, il donna à Salvati un laisses-passer et trois chevaux pour retourner ^ au Pizzo.
Salvati ' partit , arriva sans accident au Pizzo; donna ses trois clievauXi dont il n'avait plus que . fiûfe , au colonel Auguste Marico; après quoi » n'ayant point d*autre voie pour réunir à Naples, il prit une barque avec six rameurs et se rendit à Messine en longeant la côte. C'était le 2 septembre^
La yeUle du jour où devait éclater le petit complot de la réaction, le jour même où la lettre du
comte de Syracuse avait paru, le prince m'avait envoyé M. Testa, son médecin, pour me dire qu'il n'avait point oublié nos relations de 1835 et qu'il serait enchanté de me revoir.
Je lui fi3 répondre que, s'il voulait me faire Thonheur de venir à bord de f £mma, il y serait doublement le bienvenu, et comme and et comme patriote. / *
Le lendemain, le prince abordait* -
Nous nous embrassâmes en nous revoyant; le prince me regarda et se mit à rire.
— £h bien, me denaanda-t*il, que penses-tu de la position?
— Je pense que, si Votre Altesse avait accepté la
proposition que je lui ai faite il y a quinze ans, elle eût épargné bien du sang à la Sicile et à Naples, et Inen des malbeurs à sa maison.
mi LBS GARIBALDIENS
-^G'esl viai, me diWl; xQaia quitpouvait pré?mr tout ce qui arrive t
— Un prophète oq un poote
— Maintenant, poôte ou propliète,. que ma con<r. seilles-tu de faire ?
—Je conseille à Votre Altesse*. .
Il m'interrompit en haussant les ("'paules.
->^£st-oe qu'il y a encore aujourd'hui detprîuees et dea Altesses de la maison dei Bourbon? Noua sommes tous condamnés, mon cher Dumas; nous rouions sur la pente irrésistible; Louis XVI nous .a montré le chemin de l'échafaud$ Gharle&.X la route de Texil; lieureux ceux qui en seront quittes pour l'exil !
— Eh bien, alors, mon cher prinae, puisque TOUS en* êtes arrivé à ce degré de philosophie histCH rique, pourquoi:reste»*vons à Naples?
— Parce que, jusqu'aujourd'hui, j'ai cru pouvoir lutter contre la réaction; aujourd'hui,. je sens mon impuissance et Je me retire.
—Vous le pouvez, vous avez lancé votae flàcha*- — ' Que dis-tu de ma lettre ?
— Je la trouve d'autant plus cruelle qu'elle est d'une implacable vérité4
— Tu connais Libcrio Romano?
— Depuis trois jours seulement; mais^ depuis, trms jours, il est mon amL
Tu choisis bien tes amis! C'est le seul. homme de Naples. Préviens-le de se tenir sur se&gardes-
— De votre part?
•~Situveut
Puis nous parlâmes de Paris, où nou&nous étions
fffvoft einq on' sis fois entre nos deux enteevnes po-
litiques; des jours de notre jeunesse perdus, que sais-je I
Le prisM Mait iriito et distmit
Tout à coup, il revint à notre première conycrsalion.
— Ta me confies dcmc, toi aussi, de paitîj^}
~-Oui, prince.
— Ainsi, je ne puis êlre bon à rien en restant? — - Qu'à inspiier de la défiance à tous les partis,
X «i-^'est bien, je tiradm te revfsir demain.
Il se leva, m'embrassa une seconde fois, descen-* dit dans la barque qui Tavait amené, la première wam piise au port, eise rendit à bord de l'amisal sarde. *
Bisons ce qui s'élait passé pendant la même jour* née où le comte de Sjraeuse était venu .ma.fipke une visite.
Ua second bâtiment parlementaire était arrivé^ apperboit eedt soldatret Ireate officiers prisomrien^
Avec son tact admirable, Garibaldi comprenait, Tefilet que produisaient sur les Napolitains ces prennes Tisibles de la.défiiite des roymor.
Le bâtiment garibaldien était lù Armanb, capip taine Orlandini.
J'avais eoniiu le eapilaviie Orlandini tout enfant, à Flormee, en 1840.. J\y babitaia la otisoB d'uae de ses tantes, via Rondinelli.
Nous avions tous deux un égal désir de nous voir, quoique j'ignoraasacedétail^ mais j'aspimk à avoir des nouvelles du général.
J'envoyai mon canot Tinviter de ma part & venir déjeuner à bord de VEnma. Il accepta; une heure après, il était à bord.
Orlandini avait quitté le général à la hauteur du Pizzo, continuant sa marche sur Naples.
Il comptait repartir dans la journée.
— Restez, lui dis-je ; je vous ferai voir ce soir des choses dont ..vous ne vous doutez pas et que vous reporterez au généra! ; ces deux mots : J*aivuf valent mieux que la plus longue lettre.
Il me promit de rester jusqu'à minuit et retourna à son bord pour veiller au débarquement de ses prisonniers. '
 peine était-il remonté sur le Ferruccio^ qu'un jeune officier de vingt-cinq à vingt-six ans, blond, d'une figure douce quoique avec des yeux résolus» montait réchelle de VEmma.
Il avait, prétendait-il, quelque chose de particu* lier à me dire.
Nous allâmes nous asseoir sur le tillac, où était déjà assis un Napolitain que le père Gavazzi m'avait prié de recevoir à mon bord avec un de ses camarades; tous deux, m'avait dit le père Gavazzi, étaient des déserteurs, qui voulaient prendre du service dans Tarmée deGarihaldi et qui craignaient d'ôtre arrêtés.
Nous ne flmes pas autrement attention au déserteur napolitain, et, quand nous fûmes assis, je priai le jeune officier de m'expliquelr le but de sa visite.
— Je suis Anglais, me dit-il, mais de famille italienne; je me nomme Pilotti; je commande un petit
Oigitized by
bâtiment à vâpeur; voici mes ieltres de marque de Garibaldi, voici mon rôle d'équipage : cinquante Anglais, cinquante Américains; total, cent diables incarnés.
— Bon I vous êtes capitaine corsaire?
~ Justement J'ai loué à Gênes un bateau de ri*
vière. J'ai planté mes hommes dessus, et vogue .la galère 1
— Sous quel pavillon naviguez-vous?
^ — J'en ai une vingtaine à bord, et je n'ai de pré*
férence pour aucun.
— Mais, si Tonvousprend» vous vous f^rez pendre» vous etvos hommes.
— Je tâcherai qu'on ne nous prenne pas.
— Diable !... Et à quoi puis-je vous être bon? Le jeune homme me montra du doigtun des trois
croiseurs napolitains à l'ancre dans la rade, et qui faisaient, à quatre ou cinq lieues à la ronde, la police des cô'tes.
— Voyez-vousce bâtiment? me dit-il.
— Oui.
— Eh bien, je voudrais le prendre.
— L'idée est bonne; mais comment le prendrez* vous?
— - Avec le mien, donc I
— Est-ce que vous avez des canons à bord?
— Pas un.
— Eh bien, alors?
— Eh bien, alors, ce soir, à la nuit close, j'entre dans le port, je vais comme pour jeter l'ancre à la hanche de bâbord ou de tribord du vapeur; je fais une fausse manoeuvre, et, tout en criant : a Gare! »
274 LES âARlBÀLDIfiiNS
mes hommes sautent de mon bord sur le sien, font l'équipage prisonnier, amarrent le bâtiment à mon bateau, le font filer sur son ancre, remmènent au large, et, tout en remmenant, le ehaufféntr.. Une fois cbatUfé, bonsoir! c'est le meilleur marcheur des trois vaisseaux napolitains ; aucun n'est capable dé le rejoindre.
— Et le vôtre?
— Le mien ille treize nœuds par le baau temps.
— Ët par le mauvais?
— Par le mauvais, c'est autre chase : il sombre.
Je vous Tai dit, c'est un bateau de rivière qui, par * un gros temps« ne tiendrait pas.lamer.
— Toutcda n&m*apprend pas à quoi je pms vous
être bon.
— Eh bien, voici l'aiiaire. — Mon bateau est cacbé du côté de Cumea. Je vais aller le rejoindre et convenir avec votre capitaine de certains signaux si le vapeur napolitain est toujours à la même place, d'autres signaux s'il est parti. Je manque de cbarbon, ou plutôt je n'en ai plus que pour douze ou quinze heures. Si le vapeur napolitain est à la môme place,, tout va bien et il a du charbon pour nous deux; mais, s'il est en croisière, tout change, et ce charbon qui me manque, il fiiut que vous vous chargiez de me le faire.
Combien de tonneaux en voulez^vous?
— Quarante ou cinquante.
—Ils seront, dans le cas où le vapeur lèverait Tancre, à une demi-encâblure de lagoClette, sur un chaland qui vous attendra. Vous ferex votre charbon et vous partirez.
L£S GAlUBALDlKiSS ^5
— « Cesl que-je nVii pas d'argent.
•~ Ne vous inquiétez pas de cela; j'ea.ai eacore. — Alors, toutfist comewx ?
— - Je puis aller rejoindre mon bateau, après être convenu de mes siguaux avec votre capitaine 2 Voos*le pouvez... Je yous donne mAnie%.deiiz hommes à ajouter .au râle de votre équipage. '
Lesquels?
— Deux ^déserteurs napolitains qui ne peuvent aller à terre sans être fusillés; vous éte8.aûr que cesffiJà ne se laisseront |>as prendre.
'•—Où sont-ils?
* <— - Les voilà,
Je Jui montiai rhommeaseis prèa deittons sur le
tillac, et son compagnon, qui causait avec mes jaatelots à Tavant.
Puis, pendant qu'il prenait ses mèsnres avec mon capitaine, j'expliquai à mes deux hôtes que je leur avais trouvé ce qu'ils avment tant paiu désirer : une occasion de s'éloigner de Naples.
Lacfaosei»arui médiocrement plaire à l'homiiie du tillafc; l'autre^ au contraire» accepta de tout aonvmir.
Pilûtti n'avait pas de temps à perdre. Il devait prendre le petit bateau d'Ischia, qui fait le service entre Naples et l'ile, et, à Ischia, une barque avec laquelle il se mettrait à la recherche de son vapeur.
On voyait poindre la i'umée du bateau dlschia,' qui en un instant fut à portée de la Tcnz jde -la goélette. Nous le hélâmes; il s Wôta. Pilotti descendit dans la bnrque qui l'avait amené, suivi des deux Napolitains.
LES GARIBILDIËZÎS
Mais, en descendant, le dernier, l'homme du tillac, s'y prit si maladroitement, qu'il tombaà la mer.
On le repécha trempé jnsqa'aiiz os. *
Ce tut pour loi un prétexte de ne pas suivre Pilotti. 11 revint à bord de la goélette, prétexta le besoin de changer de vétemeats^et me demanda de le mettre k terre, le plus près possible de son bAtel.
Sur robservation que je lui fis du danger qu'il coucaii d'être arrêté, il me répondit qu'il prendrait ses précautions pour qu'il ne lui arrivât point malheur.
Je n'avais aucune raison de le garder ruisselant sur le pont; il ne m'inspirait pas une grande sympathie ; peu m'importait qu'il se fit pendre ou non. Je le laissai descendre dans une barque et s'éloigner.
Pendant ce temps, Liborio Romano m'avait envoyé son secrétaire Gozzolongo, et, par son secrétaire, je lui avais transmis l'avis du comte de Syracuse de prendre garde à lui.
J'avais ajouté quelques détails sur la marche de Garibaidi; ces détails, j'avais dit les tenir de l'ofiicier parlementaire.
Une heure après que Gozzolongo m'avait quitté, Romano faisait dire à Muratori de lui amener le cal^taine garibaldien.
Il m'iiratait à l'accompagner en me fàisant dire que, tant qu'il serait ministre de la police, je ne courrais aucun risque à fdler à terre.
Je lui fis répondre que je n'étais pas retenu par le risque que je pouvais courir, mais par la pro-
Digitiztxi by
messe que je m'étais laite à moi-môme de ne rentrer à Naples qu'avec Oaribaldi, et que Haratori seul accompagnerait M. Orlandini à son palais de Aiviera-Ghiaïa.
A l'heure convenue, M. Orlandini se rendit à bord de FEmma. VEmma^ je crois l'avoir dit, était à Tancre à deux cents pas des fenêtres du roi, reconnaissables à des tentes de toile destinées à briser les rayons du soleil.
Depuis deux jours, j*avais sur le pont quatorze tailleurs confectionnant des chemises rouges pour mettre, le moment venu, sur le dos des insurgés napolitains.
J'avais, la veille, envoyé cent de ces chemises Salerne; quatre personnes les avaient emportées. Chacune de ces personnes en avait passé vingt-cinq les unes sur les autres. La plus mince des quatre était devenue énorme ; les autres n'avaient puis forme humaine; heureusement, c'était la nuit.
L'officier parlementaire ne revenait pas de ce qu'il voyait et entendait.
I! était descendu dans la ville et avait vu partout le portrait de Garibaldi et celui du roi Victor-Emmanuel. Autour de l'Emma^ une troupe de nageurs criaient : « Vive Garibaldi ! » et des jeunes gens, dans une barque, chantaient en patoisant la Mar* seiilam!
J'avais tiré mon meilleur vin dé Champagne, mon Folliet-Louis et mon Greno; cinquante jeunes gens de la ville, qui ne pouvaient dîner avec nous, vu l'exiguïté de la table, buvaient à la santé du dictateur.
Tout cela, je vous le répète, à deux cents pas des
•fenêtres da roi, fpn ne pouvait.]^ regso^r.^ côté de la mer sans se ureier les . yeux . aux dau
mais de ma goélette.
A huit heures, M. Orlandiûi devait^er.d^Ji- .borio Romano. *
Au moment du départ, je fis tirer dsnotre bc^Lte à arlUice des feux de Bengale verts, rouges et •Uaifees, des ohandalles romaines et des fusées «)lantes. Le capitaine parlementaire descfifidiidans la yole au milieu d'une véritable éruption de ifeu; l'Emma semblait porter un déâ au Yésuve.
.Deux des chandelies romaines étaient «teauaa» par deux commissaires de police.
Vous le voyez, on ne peut pas .-conspirer, plus apertement que nous ne 4e faisons.
Denx heims après, rûriandini fantaa.
Romano lui avait renouvelé, pour les porter à Garibaldi, les promesses qa'il m'avait faites à moi. Il ne reslait au ministère qne pour tàober d'épaigner àNaplesfles tiomurstd^un bomliafdement. .
Au reste, il flairait quelque chose pour la nuit et détail sorti >de ch£z lui pour .n'y ranirer que ieden- -demain au matin.
Le capitaine parlementaire, curieux, de son côté, «de ce qui pouvait arriver, me promit de ne partir que le lendemain à 'midi, et de fenir déjeuner à bord de FEmma,
Cl' qui arriva, ce fut la tentative de réaction ou plutôt la réaction môme.dûut je irous ai parlé.
Vers les neuf heures du » soir, un: garçoni imurimeur employé à ht typographie Femmtev et nommé Franccsco Diana, s'était, présenté devant le com-
missam Antomo Darino^ lui disant qu'une heure
auparavant, un Français, nommé Hercule de Souchères, avait fait transporter dans son logement, lai^ Santa^Teresa, n^ 6, une gmnde quantité d'imprimés que lui, Diana, jugeait compromettants pour la sécurité de l'État; et, comme le commissaire ne paraissait pas attacher une grande importance à- sa déclaration, il insista pour que la justice s'emparât de ces papiers, en faisant immédiatement une descente dans le domicile de Souchères^ où elle les toouterait indubitablement
Gomme le commissaire demandait à DiaAa »
quelles avaient été ses -relations avec ledit Souchères, et d'où venait que ce dernier s'était adressé à lui, Diana, pour Timpression de ces papiers dangereux, il répondit qu'il le connaissait depuis quelque temps, ayant eu à lui imprimer un opuscule intitulé ; Naplês et les jaumam révohuimnaires ^ et que, dans cette occasion, n'ayant pas touIu imprimer lui-môme, il avait seulement accepté le man-. dat d'adresser Bouchères à d'autres imprimeurs, d'établir le prix de l'impression et de corriger les épreuves, chose que Souchères ne pouvait pas faire lui-même, vu son ignorance de la Jangue italienne.
H' a déclaré, en même temps, qu'avant d'avoir
retiré les manifestes imprimés par le typographe Carlo Zumachi, il avait reconnu, d'après les paroles mômes de Souchères, qui lui en avait fait la confia dence au moment de la remise des manifestes,
• • que leur but était de susciter une réaction sanglante à la^téte de laquelle figuraient des personnages de
la plus hante importance, et qui aurait lieu le lendemain 30 août, à midi.
Cette déclaration faite, Diana la signa.
A minuit, le préfet de police, Bardari, se présenta chez M. de Souchères, Tarrêta et saisit cinquante-cinq proclamations.
Outre ces proclamations, des papiers furent saisis, au nombre desquels^se trouvait cette lettre, la seule importante, du reste. Elle est curieuse en ce qu*elle indique le rôle que jouaient, dans ce complot, le roi, la famille royale et le clergé.
Au révérend père Giacinto, lecteur du collège de la . diviiion des CapucinSy à Home. ^
<t Naples, 29 août 1860.
T» Mon cher monsieur, î> Vous devez m'accuser d'ingratitude ou tout au moins de négligence; mais j'ai bien souvent pensé à vous et à votre bonheur dans la istraite, et, si mes prières étaient exaucées, vous seriez heureux dans votre vocation autant que vous le méritez, » Pour moi, voici succinctement ma vie :
» Depuis mon triste départ de Rome, la Providei>ce m'a empêché de réaliser tous mes projets. J'ai été forcé par les circonstances de m'arrôter à Naples, où j'ai beaucoup souffert pendant quel^pies mois. J'ai fait, pour défendre le roi et le pape, une brochure que vous avez dù recevoir, il y a un mois. Aussi je me vois chaque jour sur le point d'être assassiné par de misérables révolutionnaires ^ On
i. Consignons ici, en passant, que noû-seulement ces révolutionnaires n'ont pas assassiné M. de Bouchères, mais qu'a-
est déjà venu chez moi dans ce dessein. J'étais eu ee moment à la messe : Dieu m'a ainsi sauTé. Échap* perai-je? Je l'espère. Advienne que pourra! Une seule chose me ferait de la peine : ce serait de mourir sans avoir pa acquitter ma dett6^ sacrée; mais TOUS me le pardonnerez. Si j'ai le bonheur de vivre, et quand les affaires politiques seront plus calmes, je serai, pendant quelque temps, du moins, attaché à la personne du roi« Déjà je suis attaché à Tun des princes de SK famille, pour écrire les correspondances dans quelques journaux de France; on est content de mon dévouement. L'empereur d'Au- ^ triche et le duc de Hodène m'ont bit fàire des çompliments sur mon livre. J'espère que, par là, ma position financière peut sensiblement s'améliorer dans très-peu de temps. Dieu a vu mes souffrances et les humiliations dont j'ai été abreuvé"; j'ai confiance en lui. Il est question de m'envoycr à Rome pour une mission. Si cela était, je pourrais faire honneur à tout. Ma première visite, après Saint-Pierre et la Minerve, où j'étais si heureux d'aller ofl'rir à Dieu mes misères, sera pour vous. J'ai beaucoup de choses à vous dire.
» Nous sommes ici à la veille d'une épouvantable insurrection. Tout ce que je disais dans nos causeries intimes, cet hiver, se réalise. Garibaldi a ici un parti puissant, favorisé par Napoléon. Les mauvaises gens de tous les pays affluent .dans la capi-
près l'avoir arrêté, après Tavoir convaincu du crime de conspiration contre l'Etat, ils l'ont rel&cbé au bout de huit jours de prison. Nous demandons si Ferdinand JI et si Franrois II en faisaient autant enver:» leuvs ennemis.
laie. Le roi va partir pour se mettre à la tèle de son armée. Il a du courage; mais il est entouré de tant de tmUres, qu'il se litre parfois au désespoir» Comme il est très-vertueux et que son peuple n'est qu'égaré à cause de sa grande ignorauce eu toute ehose» je pense qu'il parriendra à. sormcinter le» obsifieles qu'on loi crée cbaqne jonr pour le perdre ; mais ce ne sera pas sans effusion de sang. Sa troupe estiAdéle et très4rritée contre les garibaldiens; elle ▼e«t en tme une Saint-Bardiéiemy. Si Dira né nous seconde, il y aura bien des vicLimes, et cela sous tràft-peu de jours.
» On dit qvB Lamorioitea est an milieii de notare aimée pour la commander dans la première ba»
taille qui va se livrer, et d'oii dépendra le sort de. la monarchie napolitaine^ du pape» de la. raligioaet de toute lltaUe; car une grande ^cldne relèverait Taudace de nos ennemis et abattrait pour loug«temps les royalistes.
» A Rome, que dit-<m? S'oisaniae*4-oii, comme disent les journaux? Aime*t-on bien le pape? Avezvous de fortes troupes? Est-ce Télémeoi français' qui domine? Enfin» a4-on de res|»oir7
s Nona passons par une crise comme il ners'en était pas vu depuis longtemps, comme il n'en avait, jamais, je crois, existé; car les cerveaux sont ma* ladea; c'est une déraison qui attaque jusqu'aux boni:* catholiques, jusqu'aux prt^lres e! aux moines. Ici, . tout a besoin, non pas d'être réibrmé, mais d'être démoli et reconstruit à neuf; loue, taninn^rim «mp* • I0r, sice u'est quelques personnes vertueuses parmi lesquelles je citerai le roi et la reine.
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» J'ài reçn votre lettre de Jérusalem; elle in'a fait un-bien grand plaisir; mais je- n'avais pas de qnoi affranchir, voilà la première cause»dé mon sileBce; la seconde, c'est que^ depuis trois mois* environ, je ne sais où donner de la -tôte.à cause des nombreuses occupalions qui me sont survenues. Aujourd'hui, la révolution me laisse quelques hcui'^s de* loisir, et j'ea profite pour venir vous demiuider do vos nouvelles en vous donnant des miennes.
)) Si le hasard vous conduisait vers la Minerve ou vous faisait rencontrer M. l'abbé Laprit, ayez la bonté do lui dire qu'il a dù recevoir ma lettre par Pambessade napolitaine. Rappelez-raoi au souvenir de cé bon M. Lapvit, et exprimez- ma.. reconnaissance à M. Scuive«
» Agréez, etc.
Signé : BB SoiJcnfanss.
)) Comme je ne sais pas ce qui peut arriver, vous pourai» m^écrire ainsi : M remtndmimo padre AnUmio M CarmUo, per il signor de SoucbireSj convento di San- Pasquale ^ à Ckiaia ^ NapolL »•
A minuit, le ministre se présenta chez le roi pour lui annonoer cette tentative de réaction,, que Sa Ma* jesté connaissait parfaitement.
François II écouta le récit qui lui était fait avec une certaine amertume^ et, s'adcessantau ministre de l'intérieur et de la police :
— *Don Liborio, lui dit-il, vous êtes plus habile à découvrir les complots royalistes que les conspira* tiens libérales.
— Sire, répondit don Liborio, c'est que les complots royalistes se trament la nuit enlie peu de per-!
2S4 LES GÀRllJÂLDIENS
sonnes, tandis que les conspirations libérales se trament le jour et par tout un peuple.
— Au reste, dit le roi sans répondre directement à Eomano, je connaissais un prêtre français qui conspirait dans un sens réactionnaire, maisil est parti.
— Votre Majesté se trompe, reprit liborio Romano : il est arrêté.
— £h bien, dit le roi avec un mouvement d'impatience, remettez-le à la cour criminelle, et qu'il soit jugé.
On se quitta là-dessus.
Le lendemain, M. Brenier se présenta chez Libo* rio Romano. Il venait lui demander la liberté de M. (le Souchères.
— A quoi bon, lui dît-il, retenir en prison un misérable prêtre?
— * Bon! dit Romano; si c'est un prêtre, il n'ea c^t qne plus dangereux.
Et il le retint en prison, malgré les instances de M. Brenier.
UaiFaire,en effet, était on ne peut plus sérieuse; elle compromettait le comte de Trani et le comte de Caserte, qui avaient dicté la proclamation.
Quant au général Gutrofiano, il s'était contenté de corriger les épreuves.
Le môme jour, je reçus un m^sager de Romano ; il me faisait dire : « A partir de ce moment, c'est une guerre entre le roi et moi; il quittera Naples, ou je quitterai le ministère. »
LES GAIUBALBIËISS 235
Le lendemain, dès ' le matin» te comte de.Syra^
cuse était à bord de l'Emma.
Il savait tout ce qui s'était passé pendant la nuit, la nomination de Gutroûano au commandement de la place, celle du prince Ischitella au commandement en chef de la garde nationale.
U me demanda si j'avais des nouvelles deRooiapo.
On lui avait dit que le ministre avait été arrêté la veille dans son lit. Je le rassurai sur ce point, en lui disant que Eomano n'avait pas couché chez lui.
Le prince me quitta fort agité. U partirait, m'assura-t-il, le lendemain au plus tard.
J'avais passé toute la nuit, jusqu'à quatre heures du matin, à attendre Pilotti sur le pont.
S'il était Tenu, son charbon^ était prôlf.
Il revint par le bateau d'Ischia. Il n^avaît pas retrouvé son bâtiment; il est probable qu'il avait été dénoncé, et que les trois croiseurs de la veille lui avaient donné la chasse.
Pilotti et le déserteur napolitain qui l'avait suivi partirent sur le Ferrucdo, avec le capitaine parlementaire.
Vers sept heureMu matin, l'homme tombé à la
mer la veille revint prendre son poste^à bord de la goélette.
Dans la journée , un prétendu marquis de Lo
Presti se présenta à moi, disant qu'il savait, de source , certaine, que le roi sortirait le soir pour juger de l'effet de son coup d'État sur le peuple; lui, Lo Presti, et un de ses amis, profiteraient de
cette occasion pour jeter une bombe dans la voiture du roi. -
Î8§ LES 6ABIBàLDlSNS
J*app€iai Muratori) et, devant le soi-disant mms^ quis < :
— Mon cher Mtiratori, m'écriai-je, descendez à rinstant môme li terre, allez chez le ccNoaU de Sy- • racQse, et diles-iiii de prévenir son neveu de- ne :
. point sortir ee soir*
Puis, me retournant vers l'homme à la bombe î ^ Monsieori lui dis-je» vous avea entendu ; makitenant, il ne vons reste plus qu'âne chose à féite :
c'est de quitter à Tinstant môme /'Ernma, ou je*, vous fais jeter à l'eau par mes maiolots.
Le fànx marquis desoendH dans la barqne- qni Tavait amené; je ne le revis plus.
^ Le comte de Syracuse me lit répondre qu'après le coup d'État de la nnit, le rm n'était pins son neveu; que, par eoB8équent,tont ce qui pâmait arriver à François II lui était devenu indifférent.
Un de nos amis, Stefanone, le frère de la.célèbre artiste, se trouvait là lors de cette r^oneei
Je me tournai veie lui.
— Vous connaissez le duc de Laorito? lui do-* mandai-je.
Beaucoup.
— Allez le trouver, mon cher Stelanone, et qu'il se charge de prévenir le roi.
Au bout d'dne heeare, SMuMme Tevisl;: l^TofcaMdt
été pi'évenu.
A mkiiy Ilomano me lit dire que le ministère eu maiie avail d<mné sa démission, et qu'à partir de
1. Constatons ici que c'était un mouchafdt qui avait piis riionorable nom 'du marquis^de Le Presti*
LES GARIBALDIENS m
ce moment il se croyait dégagé de tout devoir envers le roû
Snt ees enlrefàilee, le doflmiT Wiaiaiult aeri^
de Gava, où il avait été obligé de «e réfugier.
La désorganisation la plus complète régnait dans fe omp de -Salerae ; les- soidaU désertaient, les ot» fleiers déclaraient ^lls ne -se battraient^pas.
Bosco était revenu à Naples, malade de rage.
Avellino n'atiendait que le mot d'ordre pour faire sa révolution.
Le docteur Wielandt connaissait l'intendant d'Avellino; il se chargea de lui écrire une leitre au nom de Romano et au nenr.
Manquait le messager. .
Nous avions là sous la main notre déserteur; c'était rbornooSs qu'il nous fallait.
Muratori lui donna la tettre ponr ^intendant, aes
•instructions, et trente francs pour sou voyage. Il partit.
Afec le doeteur Wielandt étaient- aritvéa quelques-uns de nos amis de Salerne. Us venaient me • demander si j'avais reçu des armes.
J^en- avais dix caisses sur le PtmUifpe^^mÊi» le, -*icapitatne, eraignant avec tnison 4e-Hie'soompro- -mettre, en avait refusé le transbordement.
Je donnai aux Salernitains jlroîs «aitMiiea • et douze revolverâ ; c'était tout ce qui me restait.
Toute la journée, Naples fut très-agité; les chefs de la garde nationale protestèrent contre le coup d'État let vinrent prier Romano de rej^readrew démkmon. ' Romano tint bon.
' Le soir, la ville fut sillonnée de patrouilles ;
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CuirofianOi insulté par un chef de la garde nationale, fut forcé de garder l'insulte pour lui.
A neuf heures, Cozzoloni^^o fut chargé par le ministre démissionnaire de me dire que, le lendemain, il ^viendrait probablement diner avec moi en allant demander l'hospitalité à l'amiral anglais.
Cozzolongo était chargé d'aller, en me quittant, annoncer au capitaine parlementaire, qui partait le soir môme, que, Romano jouissant désormais de toute sa liberté, Garibaldi pouvait compter sur lui; qu'il renouvelait l'engagement de lui donner Napies sans qu'il y eût une goutte de sang répandue.
A dix heures, te Ferruecio leva l'ancre. Il emportait à son bord une nouvelle lettre de moi à Garibaldi.
Cette lettre était ainsi conçue :
« Au nom du ciel, mon ami, plus un seul coup de fusil I C'est inutile, Napies est à vous.
ï> Venez vite à Salerne, et, de là, faites savoir à lâborio Romano que vous; êtes; ou il ira vous chercher à Salerne avec une partie des ministresi ou il vous attendra à la gare du chemin de fer.
» Venez sans perdre une minute. Une armée vous • est inutile : votre nom seul vaut une armée.
« Si je ne voulais pas vous laisser le plaisir de la surprise, je pourrais vous envoyer un double du discours qui sera prononcé à votre arrivée.
» Vote ei mê aima.
' Alex. Diwas. »
La nuit se passa très-bruyante et très-agitée : mais, vers trois heures, le bruit s'éteignit, l'agitation cessa. Le Vésuve seul continua, avec des grondements bourds, de jeter, des Ilammes, de- répandre sa lave.
Le Vésuve est la soupape de sûreté de Naples.
Iol journée du lendemain, c'est-^-dire du di^ . xnaDche i^ptembre» se passa d»ns la phis grande tranquillité. Je m*étoniiais de eetle tranquillité devant un envoyé de Liboriô Romano.
On ne fait jamais riçn le dimanche à Naples, me répondit^l.
Et, en effet, Naples n'avait plus le mémo aspect que la veille; Naples était à mille lieues d'une révolution; de la démission des ministres, il n'eu était plus gestion le moins du monde; de Garibaldi, on n'en avait jamais entendu parler; Liborio Romano» Ischiteila, Cutrofiano, François II, per> sonne ne connaissait ces g»s-Uu
Ce que Naples connaissait, c'étaient saint Janvier et la Madone. * , *
Toute la journée, on tira des boites, je ne sais plusen Tbonneur de quel saint; à tout moment je très» satUais, c]*oyanl: entendre la ftisillade.
Niais que j'étais ! ne me l'avait-on pas dit le matin : on ne fait rien à Naples le dimanche !
Le seul événemrat de la journée ftit le départ de la corvette à vapeur sarde le GovernoTy qui tira onze coups de canon, leva l'ancre et mit le cap surGônes«
fille emportait à son bord le comte de Syracuse; le prince suivait le conseil que je lui avais donné
deux jours auparavant.
Le soir, notre messager revint ; il rapportait une lettre très-prudente de l'intendant d'Avellino, qui ne s'engageait à rien.
A la vérité, cette réserve de l'intendant nous fut biènt6t expliquée : nous lui avions envoyé pour
SiO LES GARIBALDIENS ^
mçaiangér un des espions les plus connus de Taneien gou?ernenient; aussi l'airait-il, conmie sa lettre
nous lo prouvait, traité en agent provocateur.
Par ))onbeUr pour le seigneur don Jolis, il n'était pas là ; sans quoi, je n'eusse laissé à perseane le soin de le jeter à Teau; il avait, aussitôt sa réponse rendue, quitté la goélette, sans doute pour ne plus y rei^ettre les pieds. Mais celui qui était venu avec don était resté sous maitt.
J,'abordai Irès-ncUement la question.
^ Ton camarade était un mouchard, et, selon touAe probabilité^ Ut es su mouehard comme ton camarade. , .
Le pauvre diable jura ses grands dieux que non.
il ne eonnaissaûb aucunement don Julis, qui, une seule fois, l'avait conduit à son hôtel» U ne l'avait jamais vu avant cejour^là,
EL tu sais où» est sgn bôtei?
— Oui.
Trè&-Wen.
Je dis à l'un de nos matelots nommé Louîs-, — espèce de eoiosse capable, comme Milon de Crotene, de poster un bamf sur son dos, àe le tuer et de le manger en un jour, — je dis à Louis de farder à vue notre prisonnier et de l'étrangler s'il bougeait.
Puis Muraiori «auUi dans une barque et alla chercher Cola-Cola.
Cola-Cola est ce bas officier de la police qui a répondu au }bge Navarra, au moment où celui-ci le condamnait à quarante-six an» de galérs» : « Qu»rante^Âx ans, c'est long; je ferai ee que je peairai, vouâ ïesiHz le reste. i>
LES 6ÂRIBÂ.LDIBNS 291
Liborio Tavait mis à notre disposition.
Une demi-heure aprèSrMuratori revenait atec lui.
Nous lui cou là me s ralfairc.
— G*estbiea simple, nous dit-il: je vais l'arrêter comme réactionnaire et le mettre au secret pour deux oci trois jours ; d'id' à deux ou trois jours, tout sera Uni et je le Icoherai, ou nous lui ferons son procès, à votre choiiL
— Vous le lâcherez, Cola-Cola; nous ne vouloas pas la mort du pécheur.
Puis, lui montrant l'homme q\xo gardait Louis : •^ColflrCola, ajoutai-je, prenez monsieur avec vous et veillez sur lui comme s'il avait avalé les diamants de la couronne de Na» les. l^îonsieur vou.s conduira<àrh6tei de son compagaou; il vous aidera à le- prendre ; vous mettrez en sûreté celui que vous aurez pris, et vous lâcherez l'autre au milieu de la rue de Tolède, en l'invitant à aller se iîiirependxe oÙL il vaudra.
Cola-Cola fit. signe à notre -dernier hôte de le suivre, le lit asseoir à son coté dans la barque, lui dit à roieiile deux mets qui parurent obtenir sou asseatimeni, glissa silencieusement sur ]a i^ier et disparut dans l'ohscurilé.
Une demi-heure après, Cola-Cola étail d.î retour, —Eh bien? lui demandâmes-nous d'une Svjule voix,
— Ëh hien, il est écroué sous la prévention d'avoir voulu assassiner le ministre.
Avouez que c*cst un curieux pays que celui où les gens qui conspirent font arrêter les mouchards qui les espionnenti
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SSa LKS. «ABIBALDIENS
PAOSCEIPTION D£ l'EmOUl
Port de Piodotta» 5 aéptemlnt»
Le 3 septembre au matin, le nonce du pape, ua des principaux motems de la réaction, se présenta chez Liborio Romauo, dont la démission n'était pas encore acceptée.
Il venait lui annoncer qu'il y avait de grands troubles dans le fiénévent et lui demander des soldats pour les réprimer.
Liborio Romano se mit à rire.
i — Monseigneur, dit-il, à l'heure qu'il est, nos soldats ne veulent plus se battre pour nous ; je doute donc fort que, ne voulant plus se battre pour nous, ils veuillent se battre pour le pape.
— Biais alors, dit le nonce tout eifaré, que voulezvous que fasse Sa Sainteté?
— Sa Sainteté fera ce que fait le roi François, elle se résignera à perdre son pouvoir temporel, et, plus heureuse que le roi François, il lui restera encore le plus bel héritage des papes, puisque c'est celui qu'ils tiennent de Jésus-Christ : son pouvoir spirituel.
— Voilà votre réponse?
— En toutes lettres. *
— Dans ces circonstances, que me reste-t-il à faire, à moi?
— Une seule chose.
' — Laquelle?
«— 11 vous reste à bénir trois personnes.
LES GARIBALDIENS > 2d8
— Oui sont-elles?
— Le roi Victor-Ëmmanuely le général Garibaldi et votre serviteur Uborio Romano.
Le nonce sortit furieux, en marmottant des paroles qui étaient loin de ressembler à une bénédiction. , Le lundi, Tagitation reprit juâte où Tavait laissée le samedi. ,
Les ministres, entrés à onze heures du matiQ chez le roi, y restèrent jusqu'à cinq heures.
Asiz heures etdemie, comme nousachevionsnotre dîner, une barque armée en guerre aborda tBvma.
Un officier supérieur de la marine demanda le capitaine Beaugrand.
' Le capitaine Beaugrand avait déjeuné à bord du
Protis et n'était pas encore rentré. Son déjeuner était, à ce qu'il parait, devenu dînatoire.
Nous fîmes répondre par Muratori que le capitaine n'était pas là*
— Faites venir le second, alors, reprit l'officier de marine.
— Vous n'avez pas de chance, lui dit Muratori, le second est à Marseille.
Je m'approchai.
En l'absence du capitaine et du second, veuillez me dire ce qui vous amène, monsieur, dis-je à Fof*ficier; je suis tout à la fois l'armateur et le propriétaire de VEmma,
— J'ai ordre de m'adresser à <]^elqu'un de l'équipage, et non à l'armateur ni au propriétaire
— Alors, Podimatas, mon ami, montrez-vous et écoutez attentivement ce que va vous dire monsieur. •
Nous nous éloignâmes, Muratori et moi; nous
294 LES GAiUBALDIfijXrf
nous remîmes à table et achevâmes notre dîner.
L'officier napolitain conféra cinq minutes avec PodimataS) el se reUra4aas sa i^rqixe, qiû^'ékûgaa. rafwdement. ^
— Eh bien, Podimatas, demandai-je, il faut quitter la rade 4e Napies, n'eiiince
— Justement.
— Et quand cela?
— Tout de auite.
— Oki oh! tout de siûèe^ c'est trop tût^ nous ne pouvons pas laisser là notre capitaine, il aecait inquiet de nous.
— L'ordre est précis.
— Que peuventrils faire de pis, Podimata»!
— Tirer sur nousu
— Voilà tout? Ce n'est pas bien effrayant : ils tirent si mai, qu'ils nous manqueront; vous. vous souvenez de Milazzo, que diable !
La raison parut bonne à Podirnatas, car il se remit k table et reprit sa lasse de café à moitié vide.
Comme il en avalait la dernière goi^ée, Cozzolongo monta à bord.
— Eh bien, dil-il, vous avez reçu l'ordre de quitter la rade ?
Oui; contez-nous comment cela s'est^passé* Cozzolongo nous rapporta alors ce que je vous
ai déjà dit.
Le roi, à midi, avait fait venir M. Brenier ; il lui avait dit que j'étais la cause de tous les troubles qui avaient lien depuis huit ou dix jours à Naples; qu'avant mon arrivée, Naples était tranquille^ et* aue» moi parti, il le redeviendrait.
M. Brenier abonda naturellemeat dans les idées de Sa Majesté, et lui donna, au nom ilu gouverne*ment qu'il représentait, toul pouvoir de me âtire quitter la rade.
Quant à moi, M. Brcuier voulut aie laisser tout le plaisir de la surprise.
Un autre m'eût prévenu qi;e, vu les circonstances et la guerre personnelle que je faisais à Sa Majesté François II, il ne pouvait s'opposer à mon dépaift.
M. Brenier n'en fit rien.
Quand je rentrerai h Naples avec Garîi)aldi, j'aurai rhonneur de lui faire une petite visite de remeiciment.
Le capitaine Beaugrand ne revint qu'à dix heures,
de sorte que nous eûmes tout le temps de savoir ce qui se passait à Naples.
Il y avait beaucoup d'agitation.
Des affiches avaient été posées, sur lesquelles étaient écrits ces mots :
m Vive Yictor-Ëmmanuel I vive GariiKikli ! vive l'Italie une ! »
'La i,Mrde nationale voulait les arraclier ; le peuple voulait les maintenir.
Un officier déchira une de ces affiches avec la pointe de son sabre, un homme du peuple lui donna un coup de bàlon et le tua.
De là un eonûit dans lequel la garde nationale fut repoussée*
On entendait, de la rade, les cris des iazzaroni et le battement des tambours.
Ce fut à ee moment-là qué nous levâmes i 'ancre •en donnant à tous nos amis rendes- vous à Gastellamare.
Au moment où nous partîmes, il y avait deux journalistes à bord. Il doit y avoir eu, le lendemain, un joli sabbat dans les journaux.
Depuis huit jours, l'Emma était la grande officine où se distillaient toutes les nouvelles, /où se rédi- •geaient toutes les proclamations.
Nous partîmes pour Gâstellamare par le plus beau calme du \nonde ; à deux heures du matin, nous n'avions pas fait un niille.
4je calme dura toute la nuit; le lendemain, à midi, nous étions à Caslellamare.
VEmma est tellement connue sur toute la côte po^r une ^ribaldienne. enragée, qu'à peine Tancre jçtée, les visites commencèrent.
Au reste, ces visites n'avaient qu'un hut; tout visiteur résumait son désir dans cette demande :
— Avez-vous des armes?
Je n'en avais plus. *
Au milieu de tous les visiteurs, une barque mon« tée par un dfficier de marine se fit jour. ' L'officier demanda à parler au capitaine*
Le capitaine se leva.
— - Capitaine, dit l'officier en assez bon français, il est défendu au naviire VEmma de séjourner sur les côtes de Naples,
— Monsieur, demandai-je àTofficier, pouvez-vous me dire jusqu'où s'étendent, à cette heure, les côtes de Naples?
L'officier se mordit les lèvres.
— Vous avez entendu, capitaine? dit-il.
— Oui, monsieur, répondit le capitaine; mais il m'est impossible de partir en ce moment
— Pourquoi?
— Parce que mes papiers sont chez le consul.
— Allez les chercher à l'instant môme*
— Hunsieur^demandai-je à Tofficier, ezeusezune seconde question; je suis très-curieux, ce soir, et c'^st naturel quand on quitte un pays.
— Parlez*
— A qui ce joli petit cutter qui se balance dans
la rade, à un demi-mille de nous?
— C'est au roi, monsieur.
— - Vous vous trompez, c'est à moi. *
— Gomment! c'est à vous?
— Oui, et la preuve, c'est gue je le prendrai en repassant, «
L'officier se retira sans mot dire.
Notre capitaine descendit dans le youyou et se fit conduire à terre.
Le commandant du port jouait de malheur : le secrétaire du consul avait mis les papiers de PEmma dans un tiroir, avait fermé le tiroir à clef, avait mis la clef dans sa poche, et était ailé on ne savait pas où.
Be là rimpossibilité de partir.
Deux barques, montées chacune par vingt hommes et armées en guerre, vinrent stationner aux deux côtés de VEmma.
Ce qui n'empêcha point Castellamare, qui avait appris mon arrivée, d'illuminer comme avait fait Salerne. Cette illumination effraya le commandant de place, mal rassuré par le canon de sa forteresse;
A une heure du matin, il nous eif?oya la missive suivante :
298 LES GÂKIQALDIEISS
« Castellamare, 3 selU allé 3 or. ûopo ia mezza aotte»
GOKiiNDO StPSaiÛRS DIPÀRTIMENTO MABITOO
» Il coiQandante la goeletta l*Einma faca vela immediataioente e rlmanza à largo ; *e da mattina, il
solo capilano aiidcra riccver a terra Jô carle colla maggior sollicitudine» e parUna. »
Vous allez yoir que e'est moi qui aiund déirOué le roi de Naples et que je acMBti rAoïérte Vespace de
Garibaldi !
A neu| heures du matin seulement, comme ^ le mot lai était domiér pour faire enrager le eomiBaiidant su[>érieur du département maritime, le secrétaire du consul rentra.
Depuis deux heoiea, ua meas^ger était parU paar ÂvellÎDo avec an des laisses-passer que m'a donnés
Garibaldi. '
Ce laissez-passer devait Taider à faire révolter la . province d'Aveliino et à y établir un gouvememect provisoire.
A dix heures, le capitaine revint avec nospajucrs et nous partîmes.
Tout le jour et toute la nuit suivante, nous eûmes du calme, et à peine francliimcb-aous Ic^oifc de Saleme. ' .
Le À 'midi, nous étions en face du viUaga ' de Picoiotta, olettant en panne pour attendre un . bateau pécheur auprès duquel nous voulions nous renseigner sur Tendroit où était Garikildi.
Le patron nous dit que les L.trnières nouvelles annonçaient un débarquement à Sapri et l'arrivée de Garibaidi à Gozenza,
Gomme nous étions en train de causer avec le
balcau, nous fûmes vus du village de Picciolla; une barque chargée d'Jioaimes quilla alors le rivage cl vint à nous.
Tous ces hommes étaient avides de nouvelles; nous leur en donnâmes des plus Iraiches; nous ieu" dîmes que Garibaidi était attendu k Naples, et qu'il . n'avait qu'à s'y présenter pour être reçu avec enthousiasme.
ils n'avaient encore osé rien faire sur la côle ; mais, lorsqu'ils connurent ces nouvelle, et surtout celui qui les leur donnait, ils poussèrent de tels cris de Cl Vive Garibaidi l vive l'Italie unel » que je crus çue c'était une occasion de placer les chemises rouges que j'avais fait confectionner à bord, et qui avaient si fort tiré l'œil ue Sa Majesté François il.
Consignons en passant qu'il était venu pour un millier de ducats de souscriptions volontaires, qui, pendant mon séjour dans la baie de Naples, m'ivaicnt elQcacoment aidé à soutenir ceux de nos agents que nous envoyions de tous côtés pour proclamer la révôlution, à secourir ceux de nos amis qui étaient en fuite, à répandre des anucs 3i'ati:3, et à payer la façon des chemises rouf^cs.
Je dis la façon^ parce qu'une seule personne awiit donné Tétoffc sufQsante pour quatre cents chemises.
Et ce qu'il y avait de plus mei vell i u::, c'est que tes excellents patriotes exigeaient et exigent encore que je tienne leurs jioms secrets.
soo LES GARIBALDIEIHS,
Rédoit à mes propres ressources, je n'eusse pu
faire la moitié de ce j*ai fait.
Nos bommes» qui ne s'attendaient pas à une pa* reille largesse, passèrent de l'enthousiasme à la fMnésie.
Faute de glace, chacun se fiiisait regarder par son camarade, eo poussant de véritables hurlements de joie.
A la vue de ce qui se passait en mer, et sans rien comprendre à ce changement de costume, deux antres barques, chargées à couler, se .détachant du bord et s'avancèrent vers nous en fàisant force de
rames.
Les nouveaux venus reçurent à leur tour leur contingent de chemises rouges et joignirent leurs hourras à ceux de leurs compagnons.
Un d'eux, jeune homme de dix-huit i vingt ans, se sentant inspiré, me demanda une plume , de l'encre et du papier, et improvisa une proclamation dont je l'eusse cru, certes, incapable, et qui fut lue séance tenante et couverte d'applaudissements.
On se compta : on était cinquante environ. On se jugea en nombre assez considérable pour faire révolter le Cilento. Muratori, gagné par l'enthousiasme général, déclara qu'il m'abandonnait pour prendre le commandement de' ces cinquante volontaires. Je le fis capitaine, nomination qui fut confirmée à l'unanimité; je nommai l'auteur de la proclamation son lieutenant; je donnai à chacun d'eux une carabine et vingt-cinq cartouches, et fis se mirent en route. Muratori prit sur lui trois ou quatre cents francs, me laissant le reste de sa
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bourse, fort dimÎDuée. Le pauvre garçon était Tenu
à mon bord avec plus de trois cents louis, et à peine lui restait-il mille, francs. Dans son patriotisme, U avait répandu l'argent à pleines mains u
Jesuivis des yeux les quatre barques, qui, cette fois, n'eussent pas fait mentir M. Delamarre, et qui ' avaient assez Tair d'être montées par des flibustiers. Un instant après qu'elles eurent pris terre, Mura* tori et ses hommes disparurent dans la montagne.
• Pendant ce temps, une joUe brise du nord-est 8*était faite et nous poussait grand largue vers Messine; nous njîmes toutes nos voiles au vent, môme ' les flèches. J'espérais, à Messine, avoir des nouvelles positives, et, k l'aide di} Ferrucdo ou du FranUm^ > aller rejoindre le général.
Nous arrivâmes le lendemain, dans l'après-midi, à Messine : ni Orrigoni, ni Orlandini n'y étaient Un seul bàtimentse trouvait en rade, VOrégan. Je fis dire au capitaine que j'étais arrivé, et le priai de me donner des nouvelles dès qu'il en aurait. Il me le promit; mais il n'avait pour le moment d'autres instructions que celles de ne pas quitter son ancrage et d'attendre des ordres.
Je m'occupai de mes armes; elles étaient dé* posées en douane. Je les fis transporter à bord de rEmma, activant autant que possible ce travail, convaincu que j'étais qu.'il me faudrait partir d'un moment à l'autre.
1. HAtoos-notts de dire que cet argent ne lui a jamais été remboursé, quoique» en rentrant à Naples. il ait retrouvé son ami don Liborio Romano au ministère, commeil Vj avait laissé.
tn •> LES GARIBALDIENS
Le 8 sepLembre, verâ qualité heures du juaUo, je m'entendis appeler du pont à travers le capoU' Je
clciiiandai ce que l'on me voulait.
— Garibaidi, me répondit unevoixque je reconnus pimr ceUedu cspitainede l Orégon^ est entré à^'aplcs.
J'étais couehé toat simplemeot sur un coussin. Je
saulai à bas de ma ban quelle et moulai luul couinant sur le pont.
Mais le capitaine, tout en affirmant la nouvelle,
ne pouvait me donner d'autres détails que cen:c qu'avait apportés le télégraphe, inslrumeut, comme cbacùn sait, très-sobre d'explications. ^ Bisons tout de* suite quels événements s'étaient
passés h. Naples depuis mon départ,. c'csL-à-dire deypuis le 3 âepteml)re ou soir
xxn
oiPÀKT 1>0 toi VBARÇOIB It
Depuis la supplique qui avait conseillé an roi do
juii ti!', le roi ne recevait plus qucPianelli, Ischiteiki, Cutroiiaoo et Capecelatro, roiOcier de marine.
Dès le 4 au matin, il acceptait le programme de Romano : ne pas faire la guerre aux environs de Kai>leâ; daas tous les cas, épargner la ville*
Le 4 au soir, il prit la résolution de partir.
Le 5, il fit ses apprêts, vit les ambassadeurs d'Espagne et de France, reçut les généraux et cuiiia, calme et tranquille, avec eux.
I^e même jour, le ministre Spinelii lut charge d'écrire les adieux du roi à son peuple. Il alla U'uuver Uomaao ^our le priqr de le faire à sa place;
LES GAUIBALDI£.\S 3û3
ce n'était pas chose difficile : dans la prévision du départ, ces adieux étaient rédigés d'avance ^
Dans la soirée du 5 septeiabre» Spinelii présep- Uii la proclamation au roi.
François II commença de la lire; mais, s'inlLirompant après le premier paragraphe :
— Ce n'est pas vous qui avez écrit celte prodamatioD, Spiaeiliy dit-il; c'est Ronumo. Je recojums - &oii style.
£t il ajouta :
— Quand il v«ut, îl écrit très-bien !
Alors il signa la proclamalioa et ordonna à Spinelii de la l'ailé imprimer*
Cette proclamation, la voici; nous la donnons m italien à nos lecteurs de France, aGn qu'ils puissent, en eUet, juger du style de Liborio ilomano : .