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LES GARNISONS DE LA BARRIÈRE ET LES CORPS DE MÉTIERS

La question des métiers à Tournai en 1715. — Pétition des bouchers d'Ypres en 1715. — Le règlement de 1716. — Réclamations adressées par le comte d'Harrach aux États- Généraux. — Plaintes à Furnes et à Namur. — La question des vivandiers. - Accusations portées par le général de Colyear contre le Magistrat de Furnes. — Enquête ordonnée par le Conseil privé. — La question portée aux conférences de 1738. — Les tailleurs et cordonniers de Termonde en 1750. — Rôle du Résident des Provinces-Unies dans cette affaire. — .\ttitude loyale du gouvernement de Bruxelles dans les contestations soulevées par les métiers de Namur. — Les prétentions des bouchers de Namur repoussées en 1780.

Nos ancêtres, on Ta vu, étaient fort chatouilleux quand leurs idées religieuses ou le droit de police de leurs magistrats communaux semblaient menacés. Ils n'élaienl pas moins atlenlifs à la défense de leurs intérêts matériels.

Dans ce domaine il y eut aussi maint orage, ei l'histoire de nos villes fortes pendant les soixante-sept années de l'occupation hollandaise n'est pour ainsi dire qu'une longue querelle entre les Iroupes et les corps de métiers.

Tout au début de l'occupalion, le comte d'Albemarle écrit à son gouvernement que lo Magistrat de Tournai « tend uniquement à couper la gorge à la garnison, à rendre les soldats esclaves et dépendans de la bourgeoisie jusqu'à les obliger d'y faire racommoder leurs souliers, pour laisser le champ libre aux bourgeois d'écorcher le pauvre soldat^ ».

Dès 1715, une pétition des bouchers d'Ypres dénoncera concurrence

t Lettre du 8 janvier 1715. (Hovëklant, LXXXIV, 253.)

illégale des militaires el le danger que leur négoce non surveillé fait courir à la sanlé publique K

Vingt ans plus tard, des réclamaiions analogues se font jour avec une nouvelle intensité '", el le comte d'Harrach, minisire plénipotentiaire, transmetlant ces plaintes à La Haye, insiste vivement auprès des Etats- Généraux pour que Ton supprime ce « tuage » en vue de rétablir « la bonne union et harmonie » qui en soulTrenl depuis si longtemps *.

Cette fois le gouvernement hollandais tint la main à la stricte exécution du traité de la Barrière '^ : le Gouverneur reçut ordre de saisir les viandes illégalement exposées en vente et de demander au métier lésé quelle satisfaction il exigeait pour le préjudice subi '.

Mais il n'en va pas de même à Furnes, bien qu'une enquête en règle ail

1 « Un cavailler qui est de la garnison de la ville d'Ipres, s'est ingéré d'y faire publiquement le métier de boucher, d'y tuer des bestiaux et de re pendre (sic) la viande dans les casernes et sans doute aussi dans la ville au grand préjudice du droit et imniunitii du corps des supplians, et non sans grand danger qu'il s'y coulera des viandes corrompues et infectées. » (Pétition adressée à l'Empereur par les bouchers (TYpres, le 15 novembre 1715. Archives du lioyaume à Bruxelles Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLVI, f»^ 30-31.)

2 Plainte des bouchers d'Ipres sur ce que les soldats de la narnison se mêlent de tuer du bétail et d'en débiter la viande. (An^hives du Uoyaume à La Haye. Hrussel, Assendelft. Brieven en Bijlagen van Graaf van Ifarrach. 1733-1739.)

3 Ibidem.

+ Le règlement arrêté à Anvers, le 30 janvier 1716, en exécution du traité de la Barrière, porte à l'article XVll : « 11 ne sera pas permis aux troupes de vendre ou de débiter aucune boisson, tabac, ni autres denrées dans les villes et jurisdiclion d'icellcs, non plus que dans les casernes et au plat pais et on ne souffrira pas que les vivandiers le fassent. » {Placardât de Flandre, IV, f- 1043.)

5 Les archives de Bruxelles, de La Haye, de Tournai et d'Ypres ne possèdent pas de pièces en rapport direct avec la solution de celle all'aire; mais dans le dossier relatif i) un conflit de même nature qui surgit à Kurnes en 1735, se trouve une lettre du métier des bouchers d'Ypres à ceux do Fumes, datée du -(I septembre 1735; nous y lisons ce qui suit :

« yuel(|ucs militaires aiaiit été si hai'dis (|ue de tuer des Itèles et d'en vendre les viandes au préjudice de notre métier, Son Altesse Sérénissime le princ<! de Holstein, lors gouverneur, a fait saisir les dites viandes f» main forte, et il a été demandé au dit métier ce qu'ils vouloient ([u'on inlligtM'oit aux prévaricateurs, en conformité du traité de Barrière conclu à Anvers. » (.\rcliivcs du Koyaume h Bruxelles. Secrétairerie d'Etal el de guerre, registre DCCLVIll f- 103-108.)

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élé faite ' en 1 735, ni à Namur où le rommandant de la place ne semble pas animé des sentiments de justice que professe son collègue d'Ypres^.

La question élail d'ailleurs plus complexe dans la première do ces villes, el le gouvernement centrai fut appelé à intervenir.

Le général de Colyear avait autorisé les vivandiers de la garnison à acheter el à tuer des bestiaux pour en revendre la viande cuite en détail. Le Magistral fil remarquer que celte « façon d'édil •> aurait pour clîet de conférer aux vivandiers un privilège supérieur à celui des bourgeois, puisipie ceux-ci ne pouvaient acheter el tuer du bétail que pour leur consommation personnelle, le débit étant exclusivement réservé au métier des bouchers.

Le Général répondit que la chose était indispensable^, el que les vivandiers ne pouvaienl, du reste, vendre leurs vivres qu'aux militaires. Si, comme on le lui objectait, il élail difficile de faire observer le règlement d'inie manière ponctuelle, la faute on élail au Magistral (|ui n'accomplissait pas ses devoirs on matière de logement de la garnison '\

1 Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLVIli, f°' 103-108. En annexe figure tout le dossier de cette enquête. — Voir aussi ; Déduction des griefs causez par l'élat-major el (jaruison hollandaise en la ville de Fnrnes. (Ibidem. Jointe des terres contestées, cart. S'/gg-)

2 Le 12 mai 1738, le Magistrat de Namur dénonce au pouvoir central « l'interprétation sinistre » que le commandant hollandais donne au traité (Ibidem.)

3 « C'est une observance nécessaire et certaine f|u'auprès de chaque régiment on tolère quelques vivandiers afin qu'ils puissent débiter de la soupe, de la ctiair cuite ou rôtie, du lard et autres choses aux soldats qui ne sont pas mariés et qui ne tiennent pas chambrée, lesquels sans cette permission ne pourroient jamais faire un petit repas. » (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 308.)

4 « Les vivandiers ont reçu ordre de ne vendre qu'aux seuls militaires, mais cela paroit impossible à ceux du Magistrat, parce (|u'il est permis de bâtir tant de maisons dans l'enclos des casernes, dans lesquelles on fait toute sorte de négoce de genèvre, eau dévie, bierre et autres choses 'i la perte totale de la garnison, dont les soldats sont nuit et jour dans les dites maisons, qui, outre cela, sont peut-être encore des lieux de débauche, ce qu'il (c'est-à-dire le général) ne peut empêcher, à moins de faire constamment patrouiller d'une maison dans l'autre, qu'il s'en est inutilement plaint au Magistrat, qui n'y met aucun ordre.

» Que pour y remédier, il devra défendre à ses soldats l'entrée de ces maisons dangereuses, où pour maintenir le repos dans les casernes pendant la nuit, il sera obligé de

Une nouvelle conleslalioii vienl donc se grelTer sur la première. Le Général accuse les aulorilés civiles de manquer de eoinplaisance ', el, après s'èlre livré à de longues digressions, revenant au litige principal, il interprète à sa manière le lexle de l'arlicle invo(|ué : le sens en doit être que les vivandiers militaires ne peuvent pas entrer en concurrence avec les corporations en vendant leurs denrées aux bourgeois.

iNalurellemenl cette inlei'prélalion n'est pas celle des éclievins. Pour eux, la viande que l'on vend aux soldats, nu'me dans les casernes, doit avoir été achetée chez les maîtres houcliers -.

séparer les dites maisons des casernes par une rangée de palissades donl la barrière se fermera toutes les nuits

)) Uu'il espère que le Magistrat mettra lesdites casernes telleiiieiit en état que toute sa garnison puisse y loger, dont ;"i i)rési!nl une partie, faute de place, doit loger dans les dittes maisons à ses frais, qu'il espère qu'on lui donnera appaisement sur ses plaintes, puisqu'il n'y a jias d'apparence de casernes, mais que ce ne sont que caliarets sur cabarets. » (Archives du Hoyaume à liruxelles. Conseil iirivé, cari. 508.)

Le Wagislral est très froissé par ces observations du général de Colyear, el il réplique : « Il n'y a aucune maison bourgeoise aux casernes suspecte, moins encore qui serviroil de lieu de débauche, que; si néanmoins on les indi(juoit, nous sommes t-oiJ rigoureux sur ce point pour les y souffrir.

« Cela est si contraire à la vérité, (]ue de[)uis de longues années aucune tille de joije n'a été vue dans lesdites maisons, mais bien grand nombre ailleurs, et ((uils osent avancer que ce sont presque les seuls militairs ([ui corrompent les lilles que le Magistral chasse. » (ibidem.)

' A cette occasion le Général atta(|U(! très vivement les aulorilés namuroises, mêlanl à la présente affaire plusieurs autres qui n'ont avec elle aucun rapport. Voici un passage de son curieux factum : « i'our donner un eschantillon du pc^u de com|ilaisance du .Magistral, je dirai qu'il y a i|ueli|ue lems ([u'alant permis à leurs députez de visite)' les casernes pour voir si on n'y l'aisoit point quelques distillations, ils Irouvèrenl un soldat qui avoil un alambic avec lequel il dislilloit l'eau de cerise, ce (|ul seroit un grand secrel, lequel alambic ils enlevèrent.

» Celle année, ce soldai étant allé sur U- territoire de Liège, il fit redemander l'alambic, avec [)romesse que ledit soldat ne s'c^n serviioil pas sur le territoire de Sa Majesté lm|H''riale el Catholique, el que lorsqu'il reviendroit, il garderoit lui même l'alambic, afin de le mellre en pleine assurance.

» Ils ont l'ait rc'pondn^ (pi'ils rcndroient l'aLnubic (piand la garnison sortiroit, et Tonl l'ail prier de défendre audil soldat de faire telle distillation, ce i|ue je n'ai pu accorder, pour no pas empêcher ce soldat de gagner sa vie en exerçant ce secret. » (Ibidem.)

2 « Qu'il soit interdit aux vivandiers de vendre de la viande cuite aux militaires, ne soiiiUl (]u'ils l'aient aihetei' Iraiche chez, les maîtres bouclier^, ciunme des bourgeois, aubcrgist(^s el rôtisseurs. » (Ibidem.)

Les vivandiers, soulenus par le Général, poursuivirent leur négoce sans se soucier des réilamalions du mélier '.

Le conflit ayant été soumis au pouvoir cenirai, le Conseil privé prescrivit d'abord une enquête sur la piaiique usitée en cette matière dans les autres places occupées par les Hollandais"^.

Nous ne possédons que les renseignements recueillis à Tournai, à Ypres et à Meniii; dans ces trois garnisons le commerce de Tespèce n'existe pas^

Le Conseil privé estima que TalTaire étail peu considérable en soi, et que les embarras aux(|uels on s'exposait étaient hors de proportion avec l'importance du litige*. H suggéra, en conséquence, à l'Arcbiduchesse « de faire connajireà ceux du Magistrat de Namur qu'il convient qu'ils usent d'un peu de dissimulation dans la conjecture délicate où nous sommes^ ».

La question fut portée aux conférences de 1738 par les commissaires de

■< « Tenant balances pendues dans la boutique, il y vend et debitte par poids à tous et un chacun, i'aiant entendu dire plusieurs fois qu'il achèteroit et tueroit porcqs, veaux, bœufs, vaches et touttes autres, et qu'il les venderoit à tous et un chacun sans que personne fut capable de l'en empêcher, et nommément en termes que son colonel le soutiendroit et que les bouchers n'avoient qu'à porter tant de plaintes qu'ils voudroient, qu'ils n'étoient point capables de lui faire empescher, et qu'il se f... bien d'eux. » (Dénonciation du métier des bouchers de yaimir à charge de Jean Bever du régiment du Cronprinz, 12 octobre 1734. Archives du lioyaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. ^-VoG-) — ^^ dossier contient sept dénonciations du même genre.

2 Ibidem. Conseil privé, registre aux Consultes XXVll, {■' I17-12o.

^ Pour Tournai et Ypres, la réponse négative est très brève. Le Magistrat de Menin entre dans plus de détails : « Quoique les vivandiers tenant gargotte aux cazernes donnent la soupe et viande bouillie aux soldats qui viennent manger chez eux, ils ne se sont cependant de notre connoissance avisé de tenir boutique de viande cuite de cochon et autres pour l'exposer en vente. Cette vente n'est icij permise qu'à ceux qui sont admis par le corp de stil des cabaretiers et hobergistes. C'est par la raison que l'article XVII du traité de Barrière défend aux troupes aussi bien qu'aux vivandiers de vendre ou débiter aucune boisson, tabac ou autre denrées dans les villes non plus que dans les casernes, qu'ils estiment devoir s'étendre à tout commerce qui pourroit nuire à celui de la bourgeoisie dont la viande cuite fait partie (sic). » (Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 508.)

♦ « Nous disons un objet de si peu d'importance parce qu'il ne s'agit en effet que de quelques porcs qui se tuent et se débitent aux soldats qui ne sont pas mariez et ne tiennent pas chambrée, ainsi le tort qui en peut revenir aux bouchers ne peut être que très petit. » (Ibidem, registre aux Consultes XXVII, f»» 117-123.)

3 Ibidem.

rAulriclie^ Les représenlanis des Provinces-Unies promircnl que des ordres seraient donnés à tous les commandants afin de faire exéculer à la lettre le règlemenl de l'iô, et au congrès de Lille, on convint de slipulalions sulïîsammenl explicites'-.

Ces arrangements ne devaient point avoir d'eiïet durable.

\ Termonde, en IToO, le Gouverneur autrichien" adresse des observalions au major hollandais de Wrede parce que des soldats places sous ses ordres exercent le métier de tailleur et de cordonnier. L'officier proteste <■ qu'ils ne font aucun ouvrage pour àme (pii vive que pour le batlaillon ' ».

1 Voir Mémoire de Keerie aux pièces justificatives, n° t. — Voir aussi le volumineux Mémoire circonstancié de l'infraction faite par la garnison hollandaise à l'article XV II du règlement d'Anvers et des diflcrents avis et rcflections faites h ce sujet par aucuns membres du collège de la ville et chàlelinie (sic) de Fumes. (Arcliives du Royaume à Bruxelles. Jointe des terres contestées, cart. •'•'V^g-)

2 Les commissaires impériaux avaient proposé la rédaction suivante : « On fera parcittement défense de la part des Sérénissimes tîiats-généraux aux militaires et à tous autres, à prétexte de dépendre de 1 etat-major, de faire le moindre débit ou trafic, à moins d'être admis dans les corps des métiers, et qu'en cet égard sera observé rigoureusement t'articte XVtl du règlement de l'an 1716, avec peine de confiscation des marchandises ou denrées, et d'amende à convenir, lequel règlement ils ne pourront pas éluder sous prétexte qu'ils ne font ce négoce ou trafic qu'entre eux; et si quelque militaire s'avisât d'y contrevenir, les Gouverneurs et commandans en étant requis par ceux du Magistrat, devront leur donner toute aide et assistance pour son entière exécution sur le même pied qu'ils sont obligés de l'accorder aux emploies ù la perception des droits et impôts sur le brandevin. »

Après discussion, on tomba d'accord pour arrêter les termes que voici : « On renouvellera pareillement la défense portée par l'article XVII du règlemenl de l'an 1716, par lequel il est statué (|u'il ne sera pas permis aux troupes de vendre ou de débiter aucune boisson, tabac, ni autres denrées dans les villes el juridiction d'icelles, non plus que dans les casernes et au t'Ial Pais, el qu'on ne soufirira point que les vivandiers te fassent, et que si quel(|u'un y contrevient, en tel cas it sera très sévèrement puni par les peines ou amendes à statuer de Leurs Hautes Puissances les Étals-généraux des Provinces-Unies. » (Archives du Uoyaume à Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas à Vienne, portefeuille

n» 426, ^ ad n" 34.)

3 Le baron de Tornaco.

+ Dépêche adressée par le baron de Wrede au baron de llareii Crictmau de Bild. Députe de l.eurs Hautes l'uissa)ires ù la cour de Son Miesse liogale le Duc (.liarles de Lorraine à BrttJt'//('A. (Arctiives du Boyaume ù La Haye. Hrussel. Diverse bricreii. t7L^-t71!^ I7,')l »

De son côlé, le Magisirat dénonce les mililaires qui vendeni des liqueurs el des comestibles au délrimenl du commerce local '.

Ces réclamations sont mal reçues par l'autorité lioilandaise, et le représentant de l'Impératrice à Termonde se plaint du mépris systématique que Ton alTecte à l'égard de son autorité.

Il est de fait que les propos tonus par les odiciers au service de la République manquaient souvent de mesure el de courtoisie. C'est ainsi que le bourgmestre ayant signalé des trafics illicites exercés par des soldats du bataillon de Sturler, le major Slockar riposta « que ceux du Magisirat n'éloient que de la canaille- », el, malgré ces insolences, il fut soutenu par le Hésidenl des Provinces-Unies^. Le baron de Tornaco infligea des arrêts au major, et répondit avec une certaine raideur à Van Haren qu'il ne lui reconnaissait pas le droit d'intervenir dans une affaire de service.

Le diplomate comprit qu'il était allé trop loin, el prolesla qu'il avait voulu procéder seulement par voie de conseil*.

"i Dépêche du 6 mars 1743. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etal et de guerre, registre DCCLXI, f"' 100-101.)

2 « Le major Stockar de Neuform avait promis que son bataillon de Sturler ne tueroit plus de bêles, mais étant ailé à Bruxelles, il vit le Résident Van Haren, qui lui donna ordre de continuer il tuer des bestiaux, comme ci-devant. Il fit tuer une vache, s'étant même émancipé de dire en ma présence que les messieurs du Magistrat n'étoicnt que des canails. » [Plainte adressée par le gouverneur de Termonde au Prince Charles de Lorraine le 23 mars 1733. Archives du Royaume à La Haye, Bi'ussel, IVei/olialie tôt herstel der Barrière. 1749-17o0.) — Dans une lettre d'explications qu'il écrivit au Gouverneur, le major s'exprime ainsi : « ... L'on m'assure que dans l'agitation que de pareils discours m'avoient causé, je dois avoir lâché le mot de canaille en parlant du Magistrat de Dendermonde... Mais on n'a pas daigné nous donner la moindre satisfaction, si bien que toutes ces raisons peuvent m'avoir extorqué le mol dont on me veut accuser. » (Ibidem, Brussel, Diverse brieven, 17o2-17So.)

3 « Par toutes ces circonstances il est aisé à conclure que M. de Haren, au lieu de déhorler le major Stocliar de son procédé, il doit l'y avoir nourri et fomenté. » [Dépêche adressée le 11 avril 1733 par le baron de Tornaco au Prince Charles de Lorraine. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etat el de guerre, registre DCCLXI, f"' 100-101.)

4 « Il est vrai que je n'ai rien à ordonner à Termonde, mais je crois qu'il m'est permis d'assister de mes conseils la garnison de Leurs Hautes l'uissances qui s'y trouve. >^ [Dépêche adressée par le Résident Van Haren au baron de Tornaco, le 26 mars 1733. Archives du Royaume à La Haye. Copieerboek Van Haren van 15 maart 1752 tôt 6 february 1736, ï" 120.)

DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. 2.>o

Mais tandis qu'il lient ce langage au général aulrichien, il écrit à Toflicier hollandais qu'il a raison sur le fond de rincidenl, et (|ue son seul lort réside dans la vivacité de son langage K El en même lomps il adresse au prince Charles de Lorraine un ré(|uisiloire en règle contre le Gouverneur de Termonde, el demande que cet olïîcicr soit formellement désavoué'.

Céder à une pareille exigence eùl élé une insigne faiblesse, el le prince Charles, quelque perlé (|u'il fùl pour les solutions conciliantes, avait une idée Irop juste des obligations de sa charge et de la dignilé nationale pour ne pas opposer une Hère résistance à une prélenlion aussi peu fondée.

Le comte de Ncny fut chargé de réfuter le mémoire hollandais en fait et en droit 'l II conclul en déclarant la conduite du baron de Tornaco irréprochable; le major Slockar avail élé juslemenl frappé el mérilail une peine sévère, tant pour sa désoljéissance que pour la manière ouirageanle dont il s'était exprimé à l'égard du Magisirat. Si les Élals-Généraux s'éiaienl crus fondés à formider des plaintes, leur devoir élail d'en saisir le gouvernement « au lieu d'insinu(M' audit major de désobéir au commandant de la place où il est en garnison, et de |)ersévérer dans une coniravenliou manifeste au rèiïlemeni '^ »> .

■1 « Il ne fatit rien moilificrcle ee qui existe, mais permettes moi de vous dire que vous auriés mieux fait de n'avoir lâché aucun mot ù l'éijaril du .Magistrat. » i.\rchives du Koyaume h La Haye. Copieerboek Van Uaren van 13 maart 1732 loi 6 febniarn 1736, f" 1"2I.)

2 « Leurs Hautes Puissances ne peuvent regarder la conduite du Gouverneur de Termonde que comme une dcVision précipitée qu'il a entrepris de donner sur un point qui n'est en aucune; façon de son ressort, et une manière d'agir i)eu amicale. » (Ibidem, fo. 124-l!25.)

'■' Le mémoire de Neny est transcrit intégralement dans le registre t)(;f-L\l de la Secrétairerie d'Etat et de guerre (f" 8:2-8i). Il rappelle el eonimente i'arliele XVII du lièglement du 30 janvier 1716, et conclut ainsi : « S'il est permis aux vivandiers dans les places de la Barrière de vendre de la viande a;ix troupes de Leurs Hautes l'uissances, elles pourroient, par le même |)riiieii)e, avoir dans leurs casernes et ailleurs des vendeurs de vin, de bière, d'eau de vie, de tabac et de toutes autres denrées, puisque le règlement comprend tout cela dans une seule el même catiK'gorie, el que l'un n'est jias plus dél'en<lu (|ue l'autre D'où il arriveroit qu'il s'élabliroit dans les villes de Sa .Majesté, sous la protection des garnisons hollandaises des corps [irivilégiés pour vendre loutcs sortes de denrées au préjudice irréparable des mêmes villes et à lu ruine de leurs linbilanls. » + Ibidem.

Le prince Charles de Lorraine approuva les conclusions de Neny ainsi que les actes de Tornaco, et décida (|ue Stockar ne serait relevé de ses arréls que s'il donnait sa parole d'honneur d'observer les règlements à l'avenir ^

L'oflicier hollandais s'inclina, et la paix régna pour quelque temps '^.

Mais lorsque les difficultés sont aplanies sur un point du territoire, elles ne tardent pas à renaître ailleurs, et, il faut l)ien le dire, les corps de métiers ont une tendance manifeste à exai^érer leurs droits et à formuler des exigences illégales. Seulement, quand une pareille situation se produit, nous avons pu le constater jiliis d'une fois, le gouvernement central, soucieux de ses devoirs, éclaire ses administrés, leur démontre leur erreur, et loin de les soutenir dans des revendications injustiliécs, les rappelle à l'exécution de la loi.

C'est ce qui se passa notamment à Namur, en 4 766.

Le Magistrat de cette ville se plaignait de la concurrence faite aux ouvriers de divers métiers par les soldats hollandais ^. Ses remontrances ne furent pas accueillies; le baron de llertell répondit que les travaux signalés dans la dépêche du Bourgmestre s'exécutaient uni(|uement pour le service des troupes, et que de la sorte le traité de la Barrière ne subissait aucune violation. S'il lui est démontré que des soldats ont travaillé pour des

< Dépèche adressée par le baron de Tornaco au prince Charles de Lorraine, le 15 avril 1753. (Ibidem, h 109-llOJ

2 De nouvelles difficultés du même genre surgirent en 1738, mais on parvint à les aplanir assez rapidement. (Ibidem, registre UCCI^Xttt, f°'^ 346-333.)

3 « Ces soldats font des bottes, souliers, selles neuves, habits complets, tant en uniformes qu'en habit de goût pour les officiers, tables, comodes, buffets, lits, et tout ce qui dépend de la menuiserie; en outre ils font commerce public dans les cazernes en vendant indistinctement à qui que ce soit du heure, fromage, harengs, poudre à poudrer, terre, houille, et des viandes de toute espèce, tout cela sans compter le préjudice dérivant du commerce que font aussi les officiers et sergens. I^es officiers reçoivent tous les deux ans des fins draps de Hollande pour se faire faire des uniformes, mais au lieu de les mettre en œuvre, il conservent par œconomie leurs vieux habits, les font retourner, et vendent leurs draps neufs en détail à quiconque souhaite d'en avoir, au préjudice des commerçans de la ville et des manufiictures du pais. » (Dépêche adressée pur le Magistrat de Namur au prince Charles de Lorraine, le H juillet 1766. Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 509.)

bourgeois, il s'enga ge à les punir sévèrement, mais il constate que la preuve n'est pas fournie *.

Le Conseil privé, après une enf|uête minutieuse, donna raison au Gouverneur hollandais, et proposa au prince Charles de Lorraine « d'éconduire les supplians de leur demande'^ » . Le .Magistrat eut beau insister, et prétendre que les allégations de l'état- major n'étaient qu'une « couverture pour la fraude^ », il n'oblinl aucun succès.

Nous retrouvons le même esprit de justice en 4 780 : Une réclamation des bouchers de Namur est rejelce, parce que le Conseil privé, après avoir instruit l'alTaire avec soin, conclut « qu'il y a de l'excès dans la réclamation ». A son avis, « l'agiljition des bouchers dérive plutôt de cet esprit d'anxiétude qui anime les corps de métiers sur tout ce qui tient à leur exclusive, que de la réalité des choses '^ ».

< Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 509. — Voir aussi la dénonciation adressée en 1721 au Miigislral de Namur par le métier des cordonniers à charge de onze cordonniers militaires. (Ibidem, Jointe des terres contestées, cart. «^/so.)

2 Le Conseil privé fait rcmar(|ucr que les garnisons de la Barrière peuveni, en vertu de l'article X du traité, tirer de Hollande tout ce qui leur est né(!cssaire pour leur hibillement, équipement ou armement : « pour tout cela, ceux des métiers n'ont pas à se plaindre, telles que soient leurs charlrcs ... s'ils n'ont donc aucun droit de se plaindre que les troupes de la Barrière fassent venir de la Hollande tout ce qui est spécifié en l'article X du traité, on ne voit pas quelle raison l'on pourroit avoir d'empêcher que ces mêmes troupes puissent faire faire par leurs gens ce c|ui est destiné ù leur usage, et il y auroit même en un tel sistèmececi de préjudiciable, qu'il est plus avantageux au I*aïs que le tout s'y fasse, que de le tirer tout ù fait de l'étranger par l'utilité ([ui en revient de l'achat de la matière, comme du fer, du cuivre et autres choses nécessaires. ... I.,'(in ne voit pas aussi sur quel fondement on voudroit empêcher ceux de la garnison hollandoise de vendre leurs vieilles uniformes ni le drap (|u"ils pourroient avoir en superflu , puisqu'il est constant qu'il est permis ii tous les manans, sans qu'on en ait jamais fait ditticullé, de vendre leurs vieux habits à qui il leur plaît, et même les coupons de draps (|ui leur seroicnt superflu, ce (|ui sûrement ne [xutèlre envisag('' comme conimcne. ... D'après ces observations, nous estimons (|ue, la n''ponse qu'a fait le commandant de llertell à ceux du Magistrat auroit dû leur sullire, cl {|ti'il pourroit plaire i*! V. A. I{. d'éiondiiiri' les supplians de l(!ur demande ou de laisser leur re(|uèie sans disposition. »... En marge : « Je me conforme. Charles de Lorraine »

3 « On aura beau dire que c'est pour ta garnison que les soldats travaillent et fimt le commerce, pareil pri'lexle ne sera jamais (|u'une couverture sous la(|iielle les fraudes clandesliniies seront muliiplii'-es à l'inlini au préjudice des ninrchaiids el des maitres des métiers <le la ville. » (Ibidem.

■* Voir l.e loyayc de l'IJnpeirur Joseiili II dans les l'ays-Uas au XVIII' sii'ck, i57.

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