CHAPITRE X
LES VIOLENCES COMMISES SUR LES HABITANTS DES PAYS-BAS PAR LES GARNISONS DE LA BARRIËKE.
Vexations à Namur en ilî6 et 17;29. — Sévices à Furnes. — Deux capucins roués de coups par un officier hollandais. — Le marché de Ternionde pillé. — Pillages ù Maliiies. — Rixes. — Un officier hollandais tué à Tournai en "1754 par un veilleur de nuit. — Émeute sanglante à Tournai en 1764. — Les Étals-Généraux réclament satisfaction.
— Réponse du Magistrat. — Avis du (Conseil privé. — Recommandations du Gouverneur général. — Bagarres à Namur et ù Tournai vers la tin de la période d'occupation. — Les désordres amenés par les changements de garnison. — Incendie criminel à Exaerde en 1737. — Dévastations dans le Tournaisis. — Exactions aux environs de Mcnin en 1749. — Incendies allumés à Anvers par les troupes hollandaises. — Désordres en Flandre et en Brabant. — Réquisitions ruineuses dans la chàtcllcnie de Gourtrai. — Violation des immunités de l'abbaye de i'ostel. — Les Étals de Biabant saisis de nombreuses réclamations. — Le régiment de Saxe-Gotha en Gueidre. — Le régiment de Darmstadt à Rolduc. — Plaintes des Etats du Hainaut. — Réclamations du Magistrat d'Ypres en 1750. — Observations présentées par le Secrétaire d'Élat et de guerre Crumpipen au Résident des Provinces-Unies. — Excès commis à Westerloo par le régiment de Saxe-Gotha. — Les soldats de Gronstrom à Hérenthals. — Le vaisseaustationnaire de la République àSaaftingen. — Le colonel Stavenisse àTirleinont en 1763.
— Le bataillon de Mackay à la Têle-de- Flandre en 177o. — Incendies allumés par la garnison de Namur lorsqu'elle évacue les Pays-Bas en 1782. — Humeur querelleuse des diplomates hollandais accrédités auprès de la cour de Bruxelles. — Bruit de la reconstitution de la Gompagnie d'Ostende. — Incident à pi'opos d'une fausse rumeur sur la mort du prince d'Orange. — Vol à la légation des Provinces-Unies à Bruxelles en 1761. — Extorsion commise par le prince de Hesse à Ypres pendant le siège de la forteresse par l'armée française. — Actes bienveillants des Hollandais. — Accueil courtois fait aux évèques de Gand qui visitent Termonde. — Le commandant de Furnes et les bouchers de cette ville en 1734. — Le transport des troupes d'Ypres à Nieupor en 1762. — Le rappel du colonel Spengler, grand-major de la place de Namur, en 1776.
— Brutalité des soldats punie. — Les troupes hollandaises accusées d'avoir fêté les victoires prussiennes pendant la guerre de Sept ans.
On a pu conslaler par ce qui précède la nature peu cordiale des relations établies entre les diverses autorités de nos provinces et les étals-majors hollandais installés dans nos forteresses.
DANS LES PAYS-BAS AUTRICHIENS. -2i9
Indépendammenl de ce que nous avons eu déjà loccasion de signaler, bien des excès furent commis [)ar les troupes d'occupation.
Tantôt il ne s'agit (pie de vexations, désagréables sans doute, mais sans grande consé(|uence, comme à Naniur, où, en 1729, les soldats casernes dans la citadelle jettent du haut des rern|)arls des pierres et des bacs de cendres, sans se soucier des habitants de la me voisine, (|ui reçoivent ces projectiles justpie dans l'intérieur de leurs maisons ^
Tantôt ce sont des violences injustifiables exercées sur des regnicoles. En 1715, des officiers hollandais se livrent à des voies de fait sur des échevins namuroiS;, après les avoir grossièrement insultés -.
A Furnes, en 1720, deux officiers assaillent à coups de canne et de plat de sabre les huissiers (pii signifient à l'entrepreneur des fortifications un exploit au nom dti ijropriélaire du terrain ^ Le comte de Neny trouve la chose « inouïe et intollerable dans un païs où la raison sert de règle aux actions des hommes * », mais la Républicpie fait la sourde oreille à ses protestations.
Quelque temps après, l'olTicier commandant la grand'garde dans la même ville avise deux capucins (|ui traversent paisiblement la place; il se précipite sur eux et les roue de coups de cannée Les États-Généraux disent que
< Voir Lettre remise au seirétaire Travest, le /ô septembre 1729, sur représeiitnlion du Magistrat de IS'amur au sicjel du danger auijuel se trouvaient exposez- les linbitunts de ta rue du liurdeleau, à cause des cendres ardentes et pierres qu'on jettait du château sur leurs maisons. (Archives du Royaume :"i Bruxelles. Secrétaircrie d'Iîtat et de guerre, liasse ufi.)
- « Ayant eu la ti'Uiérité de venir à l'hùtel de ville insulter de grosses paroles et de dire quantité d'injures à un eselievin, le menaçant de sa canne levée de lui donner des coups, et l'ayant poursuivit jusque sur la grande place, toujours la canne haussée... Ils traitent régulièrement le Magistrat des mots de Jean f. .. et autres scnil)lal)les que les dits du IVIagistrat ne peuvent tolérer. » {Plainte adressée au comte de Kïiniijsegg par le Magistrat deNamur. Il)idem, registre DCXXXVIl, f«« ;2(!:;-28-2.)
■i V\)ir le Mémoire adressé le 0 novembre 1720 par te cotnie de l\eng au Résident l'esters sur la violence commise au scandai du public par les sieurs Messer et Frcice:-, respectivement aidemnjiir et ingénieur au service de Leurs liantes l'uissunces, le 1!) du mois passé dans la ville de Fumes, en maltraitant de fait les oijiciers commis à l'e.véculion île la justice dans le tems qu'ils étoient oceupés actuellement à cjcei'cer tes fonctions de leurs employ. (iliideni, registre DCCLVl, f»' 226-234.)
♦ ll)idem.
B Voir le Mémoire adressé iiar la Gouvernante générale au IVsiilent Van Assendelfl le 29 août 1752. (Archives du Hoyaunie à «ruxclles. Secrélairerie d'Étal et de guerre, liasse 86.)
c'est Pacte d'un fou, et c'est, écrit piteusement Neny, « la seule saiisl'aclioii que Ton en a eue » .
Puis ce sont des vols et de véritables pillages. Dès 1713, on voit un régiment danois au service do la République saccager le marcbé de Termonde '. Pou de temps après, à Namur, un groupe de soldats du régiment de Scbmidt donne l'assaut à la bouli(|ue d'un charcutier'-. En 1742, c'est Malines qui subit une vraie razzia, mais on a sévi cette fois'; aussi le Résident des Provinces-Unies s'empresse-t-il de dénoncer le Magistrat pour excès de pouvoir ^
Ces violences amènent des rixes incessantes; la police doit fréquemment intervenir les armes à la main.
Parmi ces querelles sans nombre, nous en citerons une dont l'issue fut Iragicpje ^. A Tournai, dans la nuit du li au 15 août 1734, un veilleur communal trouve dans la rue deux ofliciers qui se battent sous un réverbère. Il s'avance, décline sa qualité, en français et en hollandais, et leur enjoint de remettre Tépée au fourreau et de se retirer. La fureur des combattants se tourne contre lui ; il est obligé de se défendre ; après plusieurs
1 Archives du Royaume à La Haye. Resolutieii imn U. H. M. de Staten qeneraal, séance du 31 janvier 1713, f° H7.
2 Voir une lettre adressée sur cet objet aux Etats-Généraux par le Résident Pesters, le 24 septembre 1716. (Ibidem, Brussel. Gewone brieven, 1716. — Voir Ibidem, Resolutieii van U. H. M. de Staten generaal, séances des 8 et 2o septembre 1716, (•" 799 et 8i7.)
3 « On a été obligé de défendre l'entrée de la ville aux soldats hollandais non munis d'une permission spéciale, à cause que ces soldats comettoient des vols et désordres comme l'expérience n'a que trop fait voir par plusieurs qui ont été emprisonnés et dont quelquesuns ont été punis par la corde. » {Dépêche adressée par le Magistrat de Malines à la Gouvernante générale le 25 octobre i7i2. Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 508.)
+ Dépêche adressée par le Résident Kinschol au comte d'Harrach, ministre plénipotentiaire, le 15 octobre 4742. (Ibidem.)
3 Une enquête fut ouverte par le Magistrat de Tournai dès le IS août au matin; de nombreux témoins furent entendus, et l'impression qui se dégage du procès-verbal est que l'instruction a été faite d'une manière très consciencieuse. Une copie des dépositions existe dans le registre DCCLXl de la Secrétairerie d'État et de guerre. (Ibidem), f»» 310-321.
averlissements \ se voyant en danger, il porte un coup de piélin - à son agresseur, et le blesse grièvement. Le blessé ^ succombe au bout d'une heure de souffrances. Ce malheur émeut au plus haut point les officiers hollandais; ils crient à l'assassinai, et il faul toute la prudence du commandant, qui est heureusement d'humeur sage et pacifique *, pour prévenir de regrettables excès.
Bien que le Gouvernement fût convaincu de l'innocence du veilleur, il le fit venir à Bruxelles, sous le prétexte d'une instruction complémentaire, en réalité parce qu'il espérait (pie sa disparition calmerait les esprits; mais il ne semble pas que ses désirs se soient réalisés bien rapidement ' .
Dans la même ville, quehpies années plus tard, le 9 juillet 1764, à la suite d'un différend des plus futiles entre un soldat et un Tournaisien, éclate une véritable émeute, et le sang coule dans les rues ''.
Quelques soldats, se promenant hors de l'enceinte, se sont moqués d'un passant qui a fait une chute; le fils du passant leur reproche d'avoir ri de
i Lo vcillpur, François Tircellc, plaide la légitime défense. Un témoin a entendu Tircelle dire, ;"i la victimes : « Monsieur, retiré vous, ou je vous brûlerai la tête d'un coup de pistolet, ou je vous donnerai mon lardon dans le ventre; alors, le dit officier dit à Tircelle Sacré D..., pousse, ou je pousserai. » — Deux autres témoins déclarent que « Tircellc n'était pas bu », mais que les deux ofliciers « avaient une forte touche de boisson », et que « surtout l'autre officier était sou à ne pouvoir se tenir ny articuler en quelque fac(m, continuant h jurer dans sa langue, gesticulant avec son épée », etc. (Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLXI, f» 316-327.)
2 Piétin ou picron, espèce de hilton ferré.
•! C'était un officier écossais du nom d'Adair.
* « Le lieutenant-colonel de Reitzenstein nous a donné des marques en toutes occasions, qui n'ont pas été' peu frécpicnles, d'un esprit de paix et de conciliation dans les dirtérens qui peuvent survenir entre les corps politii|ues et militaires. » (Dt'perlw ailrt'ssée le 13 noùl 17S4 par le Magistral de Tournai au Minislre pléuipoleuliairc. Arcliives du Royaume ^ Bruxelles. Secrétairerie d'État et di' guerre, registre DCCIAI, f" 'M9.)
'■' « l-es esprits ne paroissent pas moins indisposez et aigris depuis (prils ont scu cette extradition; ils ont tenu plusieurs conseils de guerre. » (Ibidem, registre IKXLXII, (""1.) — Le !2(i révri(!r 17;J5, un décret du i)riiice Charles de Lorraine décharge de toute poursuite le veilleur Tircel « vu qu'il n'a comnns cet honncide qu'à son corps défendant. » (.\rcliives communales de Tournai, registre à taille, n" WVII, I" 130.)
'• Les pièces de l'enqiiélr à la(|uelle celli' énieulc donna lien sont coiiservéï-s. (.Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, registre aux Consultes CIV, 1" '2!Ht-305.)
cel accident ; d'où première algarade, au cours de laquelle un des bourgeois reçoit un coup de sabre à la main.
Quand les deux bourgeois veulent franchir la porte, les soldats, qui les avaient devancés, les arrêleni, les batlenl el les enferment dans le corps de garde ^
A ce spectacle, la foule s'assemble cl réclame l'élargissement des détenus, mais un factionnaire écarte les gens à coups de crosse; il est accueilli par des huées; une pierre, partie des derniers rangs du peuple, frappe la sentinelle à la tète. Le soldat fait feu et tue un passant, paisible spectateur de la bagarre.
Les bourgeois exaspérés se précipitent à l'assaut du poste; ils sont reçus par un feu roulant - et obligés de se disperser. Malgré le grand nombre de décharges, seulement quatre soldats et un bourgeois furent blessés.
On conçoit l'émotion qui suivit. Le Magistral procéda à une enquête sévère, tint les portes de la ville fermées jusqu'au lendemain à midi, et ordonna plusieurs arrestations. Une seule fut d'ailleurs maintenue, et le délinquant fut condamné à un bannissement d'une année, pour avoir frappé de deux coups de règle un sergenl hollandais.
Les Étals-Généraux exigèrent du gouvernement des Pays-Bas une satisfaction éclatante « pour celte méchanceté inouie el agression hostile par laquelle les armes et les troupes de la République ont été insultées et lésées au suprême degré ^ ».
Le représentant de la Répubiiciue à Bruxelles prétendit que tous les torts
1 « tls attendirent le fils près de ta barrière, et lorsqu'il y arriva, ils se jetèrent sur lui, le saisirent par les ctieveux, et le traînèrent de celte manière depuis cet endroit jusqu'au corps de garde oli ils l'enfermèrent. Le père survint et demanda l'élargissement de son fils, mais il reçut des coups de bourrade qui le renversèrent. » (Archives du tioyaume à Bruxelles. Conseil privé, registre aux Consultes CIV, (<" 299-305.)
2 « Une quantité innombrable du peuple assaillit la garde, et ce n'étoit que par le feu continuel (lue fit la garde pour se défendre qu'elle empêcha que le peuple s'en rendit maître. « (Dépcclie adressée par le Résident Van llaren au prince Charles de Lorraine le 31 juillet 1764. Archives du lioyaume à La Haye. Copieerboeck beginnende met dcn 26juli 1763, en eijndiyende met den laalslen december 1767, ("' 273-277.)
3 Ibidem.
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élaieiit imputables aux Tournaisiens ', tandis que le Magistrat, de son côté, rejetait l'entière responsabililé des troubles sur la garnison ". A l'entendre, le peuple s'est montré d'une modération extrême, étonnante, si l'on songe qu'au premier moment il était en force, et aurait pu sans difficulté ressaisir le citoyen arbitrairement arrêté. Le mémoire hollandais, dit le Prévôt de Tournai, garde le silence sur tout ce qui pourrait atténuer la portée de ses accusations : il commence son exposé au moment où la lutte est déjà dans toute sa violence, et il ne dit rien de ce qui l'a provoquée l Et ce qui montre bien l'injustice des États-Généraux, c'est qu'ils réclament un châtiment exemplaire pour les bourgeois, qui dans cette affaire sont les victimes. Or, les soldats, cause première de la querelle, n'ont été punis que de quinze jours de prison !
La conséquence fatale de ces procédés sera d'amener la bourgeoisie à haïr avec d'autant plus de force ceux qui ont occasionné cette catastrophe par leur injustice et leur imprudence.
Le Magistrat proteste contre l'imputation d'avoir insulté la République ^ : « Ce reproche est une mauvaise chicane ». il n'y a pas eu attentat prémédité, mais seulement un conflit d'individus, et les coupables en tout ceci sont les soldats qui ont assailli brutalement de paisibles promeneurs.
Le Conseil privé adopta les conclusions du Magistrat et proposa de gracier le banni : la condamnation en la forme ordinaire devait suffire à « en imposer au peuple et à donner aux États-Généraux une certaine satisfaction '' » .
i Voir sa dépêche du 9 septembre 176i. (Archives du Royaume à La Haye. Brussel,
Memorieii en bhei'cn. 1753-1704.)
2 « L'injustice et l'imprudence du militaire sont (ividemment la cause du d(*sordre ci-dessus mentionné. L'aigreur qui n^gne entre la bourgeoisie et les soldats du bataillon en garnison depuis ijuatrc ans en celte ville, augmente tellement de jour en jour qu'il pourra arriver i\ la lin (|ii'il dinifudra |)r('S(|ue impossible de coiileiiir le peuple. « (Archives du lioyaume à Kruxclles. Conseil privé, registre aux lloiisullfs t'IV, f" !299-30o.
3 Cette observation du Magistrat est exacte.
't « On doit toujours distinguer des soldais renfermés exaclemeni dans les bornes de leurs (hnoirs, el que ccpeiulant on insulte, d'aviT. <les soldais i|ui s'attirent par des injuslicc^s et des imprudences le ressentiment momenlané d'un bas peuple. » (Ibidem.)
t> Ibidem.
Le Gouverneur général se rallia à celle manière de voir, loul en recomniandanl de veiller avec plus d'allenlion que jamais à éviter loule occasion de condil.
Jusqu'à la fin de Toccupalion, la République inlervienl, non seulement (|uand il sVsl produit des Iroubles graves, comme ceux que nous venons de rappeler, mais à propos de rixes, comme il en survient à loul instant.
Des soldats se sont battus avec des bourgeois dans une salle de danse près de Tournai, en 4779; l'un d'eux a été tué dans la bagarre ^ La Hollande en fait une affaire d'Étal. Un accident du même genre, survenu à Namur, donne lieu à un écbange de notes agressives, bien que le tribunal se soit montré sévère ". Le gouvernement des Pays-Bas, malgré toute sa bonne volonté, ne parvient pas à satisfaire les États-Généraux. A Termonde, les rapports de la garnison avec la population civile sont tellement tendus que la crainte de voir éclater des luttes sanglantes n décidé, en 177S, les échevins à supprimer les fêles du carnaval '\
Mais les cbefs de la République, si chatouilleux et si exigeants lorsqu'il s'agit des griefs de leurs soldats, ne s'inquiètent pas toujours assez des exactions que leurs troupes font subir au pays occupé, surtout à l'époque où s'opèrent entre les garnisons les mutations rendues de plus en plus nécessaires par la désertion (|ui règne à l'état endémique dans les contingents hollandais.
Ces voyages des bataillons au service des Provinces- Unies sonl marqués par des brutalités et des désordres de tout genre, qui causent de graves
i Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1779-1787.
2 Bien qu'ayant admis l'excuse de la iëgilime défense, le tribunal condamna le complice du meurtrier (celui-ci était parvenu à s'évader) à un emprisonnement de trois ans. En portant ce jugement à la connaissance du Résident, le Secrétaire d'État et de guerre écrivait : « On a lieu de s'attendre que Monsieur le baron de Hop y trouvera une nouvelle preuve de justice et d'égards de la part du Gouverneur général, et que du côté des officiers supérieurs de la garnison on redoublera de soins et de surveillance pour que les soldais de cette garnison ne s'exposent pas à ce qui peut donner lieu à des événements désagréables. « (Ibidem. Brussel, Hendrik Hop, III. Mcmorien en brieven van hel gouvernement der Oostenrijksche JSederlanden, 1774-1780.)
3 Chronijke vau l'çjene... binnen de stad Dendermonde is voorgevalien, 184.
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soucis au gouveruement de Bruxellos '. Le régiuienl île La Roque, Iraversant, en 1737, le village d'Exaerde dans le pays de Waes, un de ses soldats s'avise de mettre le feu à deux maisons -,
Dans la banlieue de Tournai, la cavalerie hollandaise dévaste, en 4 745, plus de mille verges de terres ensecnencées ^.
En 4 749, après l'évacuation du territoire par les armées françaises, aux environs de Menin, les soldais cantonnés chez Thabitanl commettent « les insolences les plus énormes * ». La même année ^, le gouvernement de Bruxelles fait savoir à La Haye qu'il a été « étrangement surpris de voir arriver de toutes parts des plaintes amères des exactions et violences que
1 Le gouvernement belge est peu favorable, on le comprend aisément, à ces fréquentes permutations. Lorsque les commandants lui demandent des lettres de route, il proteste bien que « Son Altesse est toujours disposée à apporter toutes les facilités possibles à ce qui peut regarder les troupes de Leurs Hautes Puissances », mais on voit bien que ce système lui déplaît. Voir par exemple les dépêches du 19 et du 24 juillet 17o0. (Archives du Royaume !\ La Haye. Brussel, Secrète brieven, 1749-1772.) — Voir aussi les dépêches échangées entre l'Impératrice et le prince Charles de Lorraine au sujet de ces changements de garnison en 17o0, notamment le 22 septembre, les '6 et 0 octobre, (.\rchives du Koyaume à Bruxelles. Chancellerie des Pays-Bas. Hépert. t. XXVll.)
2 Voir sur cette aflaire Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'Etat et de guerre, registre DCCLVlll, f » 142, 150, 1.57, 168, 196-20G. — « On demande dédommagement pour l'ierrc-Charies Uaude et Pierre Vervact :\ Exarde, dont les maisons et appendances ont été brûlées par un couj) de fusil qu'un soldat du régiment de La Rocque a lâché, de dessein prémédité; la maison de Pierre-Charles Daude avec deux granges, une écurie et remises, étant taxées à la somme de 82 llorins de gros, 6 escalins, et 4 gros; et celle de f^icrre Vervaet, avec écuries, et y compris deux pièces de toile, un bon métier avec ses appendances, les meubles qui étoient sur le grenier, la paille et le bois à la grange, le tout taxé à 45 florins de gros, 8 escalins, et 8 gros. » (Archives du Royaume i^i La Haye. bijlayen lot het verbaal van de lleeren plenipoteittiarissen lot Antwerpt'tt, 1737-1741, f" 240-247.)
•î Voir la Siipplhiue dans liKiuelle les Italiens, jure^ et ijénéralité iln colli'ije des lalwurenrs du \'ieii pouvoir et banlieue de la ville et cité de l'onrnati exposent le foulement tin'auroil fait la cavaillerie de leurs grains. (Archives du Royaume ^ Bruxelles. Conseil privé, cari. 508.1
■* « Ils sont toujours ![ tirer ;"l tout momtMit le sabre sur les bourgeois; les soldais s'emparent de leurs propres lits et autres ed'els, et melleut les habitants dans la dure nécessité (rabandonn(!r leurs chambres et de coucher sur la paille. » (Plainte adre^ssée par le Maijistrat de la Cluilellenie au (iourerneur ip'néral des l'at/s-Has, te I i mars 17 i!>. Archives du Royaume A La Haye. Urussel, (iewone brieven, 1749-1750.)
^ Le 10 mai. ^Ibidem.)
les troupes de la Barrière se sont émancipées de conimellre pendant leurs marches dan^ les Pays-Bas ». A Anvers, les soldais du régiment Larivière ont brûlé les râteliers dos écuries de la Maison Hessoise où ils élaienl logés; le 2" bataillon (rOrange a également mis le feu à ses cantonnements; ceux du régiment de Halkeit ont cassé toutes les vitres; des désordres se sont produits à Sainle-Anne ', à Wuestwezel, à Tubize, dans le Franc de Bruges. On a fait des réquisitions aussi ruineuses qu'illégales dans la châtellenie de Courlrai, on a expulsé quantité de malheureux paysans de leurs habitations, et on a incendié des bois de grande valeur. Enfin, un bataillon de Nassau envahit l'abbaye de Postel dans la Campine anversoise, brise les portes à coups de hache, s'y installe de force, au mépris de l'immunité conveniiielle, s'y livre à de scandaleuses orgies, et, avant de continuer sa roule, enlève tous les chevaux de l'abbé -. La même année encore, les États de Brabanl, réunis au mois de septembre, appuient les réclamations des gens de Calmpthoul, Dufïel, Vorsselaer, Santhoven, Grobbendonck, Merxem, Heerle et autres villages du maniuisat d'Anvers, où les soldats hollandais, non contents du logement, des feux et lumières, qui étaient tout ce qu'ils pouvaient exiger, se sont fait donner de force et gratis des vivres en abondance ainsi que des voilures. Toujours la même année '^j les échevins des seigneuries de Svvalmen et Asselt 'dénoncent à Bruxelles le baron d'IIeyligen, commandant le régiment de Saxe-Golha, qui, après avoir promis de (ont payer, a inslallé ses troupes chez l'habitant, et leur a laissé commettre de grands désordres, maltraiter
1 II est vrai que, s'il fallait en croire les ttollandais, ils seraient les plus patients des hommes, et que tous les torts se trouvent du côté des habitants et des magistrats. Au sujet de rincident de la Tète-deFlandre, survenu au mois de décembre 1749, le prince de Hesse f'hilippsthal écrit au Alinistre de la République à Bruxelles : « On est toujours chicané à la tette de Flandre et les magistrats d'Anvers, quand on leur en porte des plaintes ne randent aucune justisse {le prince perd de vue que leur juridiction ne n'étend pas à la rive gauche de l'Escaut), ce qui poura un jour atirer des fageuses affaires aux trouppes qu'on y fait passer, tout le monde n'étant pas egallemant patiants. » (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Diverse brieven, 1743-I749-17ol.)
2 L'abbé réclame de ce seul chef une indemnité de 1877 florins, H sous et 9 deniers. (Ibidem.)
3 Le 10 octobre. Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DCCLIX f" 195-200.
* Près de Kuremonde.
les paysans, et obliger ceux-ci, qui n'avaient pas reçu un sou, à signer une déciaralioii conslalant « qu'ils éloient payés el satisfaits ' » . L'abbé de Rolduc déclare que son monastère a subi les mêmes exactions de la part des régiments de Saxe-Gotlia et de Darmstadt -. Les États de Hainaut signalent une situation analogue dans leur province ^
En 1750, le Magistral d'Ypres proleste contre ce système de permutation fréquente des garnisons, qui est, dit-il, une ruine pour les finances des villes, obligées de supporter les frais des cbarrois considérables auxquels ces opérations donnent lieu '\
Vers la même époque, le 20 janvier 1730, le Secrétaire d'État et de guerre Crumpipen témoigne au Résident des Provinces-Unies l'étonnement qu'il éprouve de voir demeurer sans réponse « tant de dilTérens mémoires concernant les excès commis par les trouppes de la République, nommément dans le passage qu'elles ont fait par ce païs pour reprendre possession des places de la Barrière ' », alors que les États-Généraux sont si prompts à faire entendre des plaintes et des protestations dès qu'ils jugent un des leurs lésé d'une façon quelconque.
Mais on ne répond pas davantage lorsqu'il signale, le 30 septembre sui-
1 Archives du lioyaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre UCCLIX, f° 19S.
2 Voir sa lettre du 5 novembre 1749 au marquis de Bournonville. {Ibidem, f' 200.)
3 Voir la Requête des États de llitinaut à Son Altesse lioyale pour qu'l-Ule daigne arrêter par U7i rèylement les désordres et exactions que font les trouppes de la Hollande quand elles passent ou séjournent en changeant de garnison. (Ibidem, registre DCCLX, f"' 136137.) — Voir Ibidem, f"» 86-87, les difllcultës soulevées h Uiesl en septembre tToO, à propos des clievaux, par le régiment di; (À)rnabé, qui se rend île Tournai :\ Venloo. — Ibidem, f> 122- 126, les contestations du même genre qui s'élèvent, le 26 juin 1752, entre le Magistrat de Louvain et le régiment de Saxe-IIilbourghausen.
* c< l^'on ne contestt! point à Leurs Hautes Puissances la laculté de changer les garnisons des places de la Barrière, pourvu que cela se fasse de concert avec le Gouvernement, mais il n'est pas indittérent aux sujets de Sa Majesté, et encore moins à Sa MajesU' même de voir multiplier ces changements de garnison sidon le bon plaisir des commandants des places, parce ((u'on cause par là des frais considérables par les voilures au Pais, qui n'en éloit chargt' (|ue rarement (^-devant, et dont l'imporl rejaillira eiiliii sur les subsides. » (Archives du lioyaume ù La Haye. Brussel, Memorien en Oriet'en, 17.'»0-I7i>3.)
•' Ibidem.
vani, « de nouveaux excès » commis à Herenlhals et à Weslerloo par le régimenl de Saxe-Gollia \
Par contre, le régimenl de Cromsirom, en marche vers Namur, et faisaiil étape à Herenthals, est méconlent d'être logé, moitié dans les locaux de Thôlel de ville, moitié dans les halles, el non dans les maisons particulières. De suile, le Résident Van Haren se fait l'écho de ses revendications auprès du prince Charles de Lorraine avec beaucoup d'amerlume'".
Et comme s'il suffisait d'un conlacl quelcon(|ue entre les forces des deux puissances pour amener des froissements, le commandant du vaisseau stalionnaire que la Ré[)ublique a placé à Saallingen détruit les installations créées par des Anversois dans la crique de Kieldrechl pour la pêche des moules et des anchois, causant ainsi un préjudice cotisidérahie à des gens inolïensifs, qui usent d'une tolérance consacrée par un long usage '\
Les choses ne paraissent pas s'être beaucoup améliorées dans le cours des années suivantes. En 1763, le colonel Slavenisse se plaint d'avoir été insulté par les habitants de Tirlemont, tandis qu'il traversait celte ville, à la tête de son régiment^ mais Crumpipen répond qu'il use de ce moyen pour détourner l'attention publique des « exactions dont il est coulumier », et qu'il a exercées à Tirlemont même, à plus d'une reprise, notamment en 1765, el plus récemment encore au mois d'avril 1763'.
El jusqu'à la fin, les mêmes plaintes reviennent. En 1773, c'esl le bataillon de Mackay qui a saccagé le hameau de Sainle-Anne, à la Tête de Flandre", el, pour clôturer dignement l'occupation, le corps hollandais
1 Archives du Royaume à Bruxelles. Secrétairerie d'État et de guerre, registre DGCLX, fo» 118-119; 196-197.
2 Voir sa dépêche du 2 décembre 17o0. (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Copieerboek beginnende met den 7 october en eijndiyende den i2 maart 1752, P 2S1-252.)
3 Voir la protestation du prince Charles de Lorraine, datée du 18 octobre 1754, intitulée : Au sujet des insolences et des voyes de fait commises par le commandant de la frégate que la République tient sur l'Escaut près de Saaftingen. (ibidem. Brussel, Memorien en brieven, 17S3-1764.)
* Voir le mémoire adressé sur cette affaire au prince Charles de Lorraine par Van Haren, le 29 mai 1763. (Ibidem.)
5 Ibidem.
6 Le 13 mai. Voir Ibidem. Brussel, Hendrik Hop, lit. — Voir aussi Archives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 510.
évacuant la forteresse de Namur le 18 mars 1782, incendie en passant plusieurs fermes, maisons et granges, situées sur sa route, et livre enfin aux flammes Thôpilal de Perwez '.
Le gouvernement ne fait entendre aucune réclamation; il est tellement satisfait d'être débarrassé d'une humiliation de plus de soixante-sept ans, qu'il affecte d'ignorer les excès qui en marquent le terme définitif'-.
Les diplomates hollandais accrédités à Bruxelles n'ont généralement pas travaillé à rendre les relations des deux pays plus cordiales. Ils manifestent souvent une humeur peu accommodante; ils ont une tendance à créer des difTlcullés, quelquefois pour de simples bruits sans consistance, qu'ils signalent avec éclat aux États-Généraux.
En 1735, on parle vaguement dans le public de la possibilité d'une reconstitution de la Compagnie d'Ostende. Dès qu'il en est avisé. Van Assendelft, au lieu d'ouvrir une information discrète, ainsi qu'il est d'usage dans le monde diplomatique, envoie un exprès à La Haye, et, sur-le-champ, sans s'assurer du bien-fondé de la nouvelle, la Républi(|ue adresse à la Gouvernante des Pays-Bas une protestation menaçante.
Le comte d'IIarrach répondit que le |)ropos dénoncé était sans fondement, et, par la même occasion, il intligea au diplomate inconsidéré une juste leçon ^.
1 Arcliives du Royaume à Bruxelles. Conseil privé, cart. 310.
'^ Il s'inquiète même assez peu du triste; sort des victimes de l'incendie : « Le Conseil (privé) observe au surplus que, si parmi ceux dont les maisons et granges ont été brûlées, il s'en trouve qui ont été ruinés, ou dont les fortunes ont été considérablement dérangées, ils pourront demander des lettres de quête. » (Ibidem.)
■' « ... Je n'aurois pu m'imaginer qu'il |)uisse être vrai que vous eussiés écrit une chose pareille sans vous en être assuré principalement auprès de moi, si vous ne me l'eussiés hier avoué vous même. Quoy qu'il en soit, je vous prie d'être persuarlé et d'en assurer Leurs Hautes Puissances, que Sa Majesté est si religieuse \i l'observation des traités, qu'en tout cas même le fratificuti jidi'm même ne tiendroit pas bien aujirès d'Elle, et, par cnnsé(|ucnt, il ne lui est jamais vt^nu dans l'esprit île songer au moindre rétablissement de la Comi)agnie, et ne lui viendra même pas, î"» moins que Messieurs des tilals-Ciénéraux n'y entrassent d'eux mêmes en reronnoissanl le tort qu'ils se sont fait en atlaiblissant un pais qui devroit leur servir de barrière. Tout ce que ji' puis avoir riionneur de vous assurer, c'est ([u'il n'y a pas une ombre d'apparence A tout ce prétendu bruit, vous me fériés même
Une autre fois, c'est pour un propos sans plus d'importance que la chancellerie néerlandaise se met en mouvement.
Un nommé Bacon, « officiai jubilarisé » de la Chambre des comptes, a raconté dans une société particulière, au mois d'août 1757, que le prince d'Orange avait été tué en duel. Van Haren, mis au courant de celle conversation, adressa au gouvernement une plainte en règle.
Une enquête est ouverte. L'accusé (!) reconnaît avoir tenu le propos incriminé : « il a redit ce bruit qu'il tenoit d'un Récollet, qui l'avoit entendu rapporter sur la barque d'Anvers ». Il ajoute qu'il auroit répondu « que cela ne se pouvoit pas, n'étant pas en âge de se battre ». En dépit de celte explication. Bacon reçut un blâme sévère, et le Secrétaire Crumpipen fut chargé de fournir officiellement celte satisfaction au gouvernement de la République ^
On croit rêver quand on lit celle correspondance, et on se demande ce qui est le plus bizarre, ou les exigences de la Flollande, ou la faiblesse de nos gouvernants. Les récriminations de Van Haren ne méritaient pas l'honneur d'une réponse : un gouvernement soucieux de sa dignité n'avait pas à se préoccuper d'entretiens privés et de bavardages sans conséquence.
Mais ce qui dépasse toute imagination, c'est la ténacité des Résidents lorsque leurs intérêts personnels sont en jeu.
En 1761, V^an Haren est victime d'un vol d'argenterie; il recpiiert le Magistrat de faire arrêter sur-le-champ toute une série d'individus sur lesquels se sont portés ses soupçons.
Et comme on lui objecte les privilèges du pays, il s'indigne : « La vigilance des échevins et leur zèle â rendre justice se borne à écrire des infor-
un très sensible plaisir de me nommer les gens qui vous en ont parlé afin que je puisse déterrer le premier auteur de pareils mauvais bruits, qui ne peuvent tendre qu'à susciter des mésintelligences, que l'on tâchera toujours à éviter de ce côté icij par une exacte observance des traités, afin de s'assurer par là de cette réciprocité si indispensable à notre conservation mutuelle. » (Dépêche du 30 septembre 173o. Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Secrète brieven. 1731-1747.)
< Dépêche du lo août 1757. (Archives du Royaume à La Haye. Brussel, Memorien en brieven, 1753-1764.)
mations ou procès- verbaux.... on n'a visité* que chès quelques misérables Juifs... il seroil urgent de mettre à la torture les deux accusés que le juge a fait mettre en prison... et qui méritent la mort. »
Le Secrétaire d'Étal et de guerre lui répond avec beaucoup de calme que, malgré tous les égards que Ion doit h la personne el à la dignité d'un ambassadeur, on ne peut violer la constitution qui entoure de garanties sérieuses la liberté des citoyens : « Son rang et sa qualité ne peuvent rendre le juge plus rigoureux que la loi mémc^»; il n'y a matière ni à condamnation capitale, ni par conséquent à torture^; el le Résident a d'autant plus
< C'est-à-dire fait des perquisitions.
2 « Les juges se sont aquités de leurs fonctions avec soin et vigilance, mais ils n'ont pu sur le seul soupçon violer les constitutions du Pais en arrêtant indistinctement et sans provision de justice tous ceux que Monsieur Van Haren auroit pu soupçonner ou accuser de la perpétration de ce vol; ils pouvoient d'autant moins le faire qu'il avoit été reconnu qu'aïant fait emprisonner le cocher de M. Van Haren sur sa simple réquisition, il dut ensuite le relâcher avec pouvoir audit cocher de libeller ses dommages et intérêts pour avoir été induement emprisonné, sur le principe inviolablement suivi, que, dans des matières de cette nature, on ne peut procéder qu'avec connoissance de cause, et que tout arrêt, qui n'étoit pas autorisé par le juge, est impraticable et atteint de nullité.
» Son Altesse Itoyale a au surplus remarqué hors des informations qu'on lui a remises, que le Magistrat parinstruisant le procès à la charge de deux prisonniers, n'avoit omis aucune des formalités usitées; et, inca|)able de prononcer par quelques vues humaines, M. Van Haren devoit assés présumer de la considération que son caractère et sa personne inspiroient, pour se persuader que l'on n'avoit molli dans une affaire dont le châtiment vengeoit un ministre étranger, mais qu'en échange il étoit trop éclairé et trop é(]uitable pour avoir pu croire que son rang ni sa qualité rendissent le juge plus rigoureux (|ue la loi même, que les règles de la Jurisprudence n'avoient pas fait trouver matière à punir Luyckx el sa femme (les acrusés) de mort ni à les appliquer â la question.
» Après ces observations, Son Altesse lioyale ne peut dissimuler â M. Van Haren que les reproches qu'il a faits aux juges d'avoir manqué â leur devoir blessent et attaquent l'endroit qui leur est le plus cher... et qu'il n'est point de juges qui se seroicnt mieux acquîtes qu'eux de ces fonctions.
» Son Altesse Boyale se persuade <lonc (|ue M. Van llareu, revenu des insinuations que ses gi.-ns pc^uvent lui avoir faites, et abandonnant la chose â la prudence et à ré(|uité des juges établis par Sa Maji-slé, aura désormais des sentiments plus convenables à leur état que ceux qu'il manifeste p »r son mémoire. » (Archives du Royaume i"» La Haye, linissel, Memorieu en brieven, 17.^3-1764.)
;t \a\ jiigf ne pouvail user de la question (|ue dans le-i procès capitaux. Voir Lu torture aux l'ajis-lias (lulriiliietts iiendaiil If \\ lll sit-rlc, 3(1.
lorl de se plaindre, que la justice a déjà fail fausse route pour avoir suivi ses indications.
En effet, on avait arrêté le cocher de la légation sur la réquisition de Van Haren; Tinnoconce de ce malheureux avait été reconnue et le gouvernement lui avait alloué une indemnité convenable pour détention non justifiée. Cette erreur aurait dû rendre le diplomate plus circonspect; on le lui fil sentir.
Pour terminer cet exposé lamentable, il nous reste à citer un fait qui est comme le couronnement du système.
Le 18 juin 1744, tandis que la place d'Ypres est assiégée par le Maréchal de Noailles, le prince de Hesse exige de la caisse communale un versement immédiat de 7,500 florins pour la solde de ses troupes; comme le Magistral excipe du mauvais état de ses finances pour décliner la requête du gouverneur hollandais, celui ci menace la ville d'une exécution militaire, et il faut que le Mont-de-Piélé avance la somme requise, pour éviter un coup de force sous les yeux de l'ennemi ! \
Notre esquisse serait incomplète et inexacte, si nous ne relevions quelques faits, bien rares malheureusement, qui sont inspirés par des sentinjents meilleurs.
A Termonde, nous l'avons vu (p. i33), les Auguslins n'avaient pas invoqué le droit d'asile en 4 736, et la justice militaire s'était fait délivrer sans peine un délinquant réfugié. Les Hollandais, de leur côté, s'étaient mis en frais de politesse : quand l'évêque de Gand, Van Eersel, procéda à la visite pastorale de la ville, le commandant des troupes de la Barrière se fit un devoir de le complimentera Quelques années plus tard, le successeur de ce prélat, le comte de Lobkowitz, fil son entrée solennelle à Termonde; le régiment de Nassau lui rendit les honneurs depuis la porte d'Eau jusqu'à l'entrée de la collégiale '^
1 Archives communales d'Ypres. Reijister van Resolutien van mijne heeren den iloogli Baillu, Vooqht, Scliepene, ende Hoojtman der stadt van Iper, 1744-17S7. — i.a ville capitula le 25 juin 1744.
2 Chronijke van t'gene... hinnen te slad Dendermonde is voorgevallen, 176.
3 Ibidem, 199.
Nous avons rappelé aussi' la conduiie pleine de condescendance du Résident Pesters en 4 720, lors de la procession du Sainl-Sacrement de Miracle à Bruxelles, el les dispositions prises de commun accord à Ypres et à Tournai "^ pour éviter que les corlèii;es religieux ne fussent troublés. Le jour de Noël de Tan 1727, un soldat du régiment assistant à la messe célébrée pontificalement par le prince de Lrewenslein, refuse de s'agenouiller au moment de la consécration, et est expulsé par des bourgeois. Le colonel, avisé de l'incident, inflige au soldat trois mois de prison militaire^. On peut signaler aussi un acte bienveillant dans le domaine économique ; le commandant de Furnes, saisi, en 1734, d'une plainte du métier des bouchers contre ses soldais, demande qu'on lui spécifie le préjudice causé afin qu'il puisse le réparer sur l'heure \
De même, lorsqu'en 1762 un détachement s'est fait transporter sans droit d'Ypres à Nieuporl par le bateau, le commandant de la place écrit au xMagistrat une lettre d'excuses, et offre de rembourser immédiatement le prix du passage 'K
En 1776, comme les plaintes à charge du colonel Spengler, grand-major de la place de Namur, sont frécpienles el justifiées, les Etals-Généraux rappellent cet officier, et notifient leur décision au Gouverneur général des Pays-Bas, conmie témoignage de leur désir do concorde ". Il semble (|ue, celte année-là, on ait voulu, spécialement à Namur, marquer le bon accord : des soldais ayant blessé des bourgeois, le Conseil de guerre condamna les deux principaux coupables à être pendus, leurs complices à passer par les verges, et un bas-o(ïicier fui dégradé pour n'avoir pas protégé les citoyens injustement assaillis \
Mais ce sont là de rares éclaircies dans un ciel toujours orageux. Les
1 l>ag(! 132.
-i Page 128.
■^ lioVEltLANT, LXXXV, 316.
* Archives du Royaume A Bruxelles. Socrélairerie d'État el de guerre, registre DCCLVIII, f 103.
s Archives communales d'Ypres. Dettes de la garnison.
'• Archives du Uoyaume ;"i IJruxelles. Cliaiicellerie des Pays-Bas ;'^ Vienne. lU^perloire XLIll.
1 Ibidem. Conseil privé, rarl. 510.
Belges se défient des Hollandais; ils sonl si habilués aux mauvais procédés, qu'ils apprennent avec indignation sans doute, mais sans élonnemcnt, au mois de décembre 4 757, que le pasteur de la Maison hanséalique d'Anvers a célébré par un feu de joie la défailc des Autrichiens à Leuthen, tandis que les aumôniers militaires rendaient à Naiimr des actions de grâces dans leurs temples, et que la garnison néerlandaise de Termonde illuminait en l'honneur de Frédéric 11, pour fêler la capilulation de Breslau.
Hàtons-nous de le dire : l'accusation élait en tous points calomnieuse '.
1 Les archives de Bruxelles et de La Haye contiennent des documents assez complets sur CCS affaires demeurées, croyons-nous, inédiles.
Le 26 janvier 1758, Charles de Cobenzl écrivit au Marcgrave d'Anvers :
« Cher et féal,
» Etant informé qu'un ministre de la prétendue religion réformée, qui occupe un appartement dans la maison des villes anséatiques, a eu la témérité de faire un feu de joie dans son logement, à l'occasion de la bataille qui s'est donnée en Silésie le 4 décembre dernier, nous vous faisons la présente pour vous dire que nous voulons que vous le fassiez comparoître devant vous pour lui témoigner combien il y a lieu d'être surpris et scandalisé de la démarche qu'il a osé faire dans le sein îles états de l'Impératrice, et que vous lui demandiez quel peut avoir été le motif d'une conduite si extraordinaire et si peu conforme à la règle que tout citoien doit s'imposer en pareils cas; cela fait, vous nous rendrez un compte exact de tout ce qu'il vous dira, afin que nous puissions y disposer ultérieurement comme nous le trouverons convenir, et suivant que les circonstances l'exigeront.
» A tant, etc.
» Ch. de Cobenzl. »
Le Ministre plénipotentiaire considère - trop légèrement, on le verra — l'accusation comme prouvée, et il demande simplement que le coupable s'explique.
L'enquête a lieu le 31 janvier 1758 par les soins des échevins Van Parijs et Verdussen. Le pasteur Jean Dipeluis, âgé de 42 ans, comparait, et nie catégoriquement « l'inconvenance » qui lui est imputée. 11 rappelle que le Résident Van Haeren lui a recommandé d'observer dans sa conduite une prudente réserve; pour établir combien l'accusation est imméritée, il offre de prouver par témoins qu'au mois de juin précédent, lorsque les habitants d'Anvers ont célébré par des fêtes populaires la défaite du Roi de Prusse à Kollin, il a donné un écu aux organisateurs des réjouissances dans son quartier. Le fait est reconnu exact.
Les Echevins mandent à leur barre l'accusateur, Cornelis De V^'inter. Celui-ci n'a pas vu le feu de joie, mais il tient le fait du secrétaire de la ville, Van den Bossche.
Le secrétaire, appelé à son tour, n'a rien vu, mais en a entendu parler par l'amman, Vinck.
Vinck, interrogé, déclare que le propos lui a été rapporté par les demoiselles Allard.
Les dites demoiselles invoquent le témoignage d'un Père Minime du nom de Villers.
Le religieux « a répondu, après avoir recollé sa mémoire, qu'il n'avoit rien veu, mais
Mais la facililé avec laquelle on y donna créance en dil long sur les senlimenls que l'on allribuait aux troupes chargées de défendre notre territoire.
ouï dire du valet du corps des brasseurs que le minisire avoit fait des feux de joie pour la bataille du 5 décembre dernier ».
On va chercher le valet en question. « Il n'a rien veu, mais avoit conté audit Père Minime, étant au marché au poison (sic) que le Roi de Prusse avoit gagné la bataille du 5 décembre dernier, et qu'il suposoit que le ministre de la Maison anséalique ne manqueroit pas de faire à cette occasion des feux de joie. «
« Ainsi, conclut le Marcgrave, voilà l'origine de cette nouvelle, laquelle se réduit à une suposilion. »
Le Ministre plénipotentiaire ainsi éclairé, prescrivit au magistrat de dire au pasteur que le Gouvernement « étoit appaisé />.
(Archives du Royaume à Rruxelles, Conseil privé, cart. 1292.)
Pour ce qui concerne les accusations à charge des Hollandais de Termonde et de Namur, Cobenzl ayant porté plainte —également à la légère — auprès du Résident, celui-ci écrivit aux États-Généraux, le 9 janvier il68, la dépêche suivante :
» De Graaf van Cobenzel, Rare Keijserlijke Majesteits Minister in dese landen, hecft zich gisleren zeer aan mij bekiaagd over het geene zich te Namen en te Dendermonde wegens het guarnisoen van den Staal had toegedragen ter occasie van bel wederovergaan van Breslau aan den Koning van Pruissen.
» Volgens de advijsen uit die iwee plaatsen hadden de Predikanten van het guarnisoen te Namen publijcq in hunne kerkgebeden God de Heere gedankt voor dat événement, en te Dendermonde had het guarnisoen van den Staat publijcq vreugdevuren aangestoken en geillumineerd.
» Hoe odieus zulks in dese landen voorkomt, en zeekerlijk ook te Weenen zal worden aangesien, is ligtelijk te begrijpen.
» De Heer van Reischag zal zckerlijk zich daarover aan den staat adresseren en te kennen geven welke consequenlien ten aansien van de verbiltering der inwoonderen deser geweslen, en de zware disputen jaa failen daruit le wagten, zulke bewijsen van parlialileijl in Haare Majesteits eigen landen en siedcn na zich zullen moeten sieepen... »
(Archives du Royaume h La Haye. Bru.ssd, Secrète brieveii, 1749-1772.)
On le voit, le diplomate hollandais ne considérait nullement « l'inconvenance » comme invraisemblable. Il dirigea personnellement une enquête rigoureuse, et il put établir, ii sa grande satisfaction, (|ue les faits allégués :"l charge de ses compatriotes étaient controuvés. Le 26 janvier il écrivit aux ElaU-Généraux que le Ministre plénipotentiaire était h présent convaincu de la fausselé des bruits mis en circulation : « De Heer Grave van Cobenzl heefl overtuigil geschencn dat men onze troupes te onregte had beschuldinl, en mij gesegi dat hem zulks zeer speet, en dat nader derwaerts zou schrijven om zich le eclairciseeren en te prevenieren dat zulks niel weder gebeure. » (Ibidem. Copieerlwek k'tiiimeiide met den 16 lehruari I7SU lot dcit 21! juli 1762, f° IIM. — Voir aussi : Bnissel.' IHverse bnevcn 1767-1778.