FIN
Note i, p. 6..
L'autochthonie de certaines populations européennes dont les ossements et les outils appartiennent aux âges paléolithiques, aux temps dit quaternaires, fait d'ailleurs contestable et contesté, n'est pas en cause. Il s'agit ici seulement de peuples à peine préhistoriques, apportés par des migrations successives, et qui ont, depuis moins de quatre mille ans, recouvert ou englobé, ou asservi les habitants plus anciennement fixes dans les diverses régions de l'Europe. Ces peuples, de races et de types différents — comme Ta démontré l'ethnologie — d'où venaient-ils ? Probablement des quatre points cardinaux, mais surtout du sud-ouest et de Test. La provenance orientale, la plus récente de toutes, est aussi la plus évidente, à mon sens du moins ; elle est, tout d'abord, suggérée par l'histoire ; elle est, ensuite, démontrée par la linguistique et la mythologie comparée, deux des plus admirables conquêtes de ce siècle, qui, en découvrant la parenté fondamentale des langues et des croyances dites indo-européennes, sont remontées jusqu'au berceau, non pas d'une race, mais d'une culture commune.
La théorie indo-européenne n'a pas été acceptée sans amendements par certains pangermanistes qui réclament pour le Nord l'honneur d'avoir envahi et subjugué de toute antiquité l'Europe entière, même l'Asie. Elle a été combattue par de très savants hommes qui, pris d'une défiance bizarre, n'ont pas voulu s'initier à la méthode linguistique, ou n'en ont admis les inductions que pour tous les autres groupes humains : Sémites, Ougro-Finnois, Maléo-Polykésiens, Bantous ou Algonkins ; pour tous en un mot, la famille européenne dûment exceptée.
« De quel berceau commun, disent-ils, de quelles langues et mythologies apparentées, de quelle langue-mère disparue, venez-vous nous rompre les oreilles ? Et pourquoi les peuples ne se seraient-ils pas développés chacun de son côté, chacun créant sa langue et ses dieux, correspondant à une certaine phase similaire de l'état social ? »
— Oui, pourquoi ? — Mais simplement parce qu'il n'en a pas été ainsi ; simplement parée que le plus élémentaire examen des idiomes, parce que les faits historiques les plus constants prouvent qu'il n'en a pas été ainsi.
S'il est vrai qu'à un même degré de développement, sur toute la .surface de la terre, encore est-ce trop accorder, puissent correspondre des institutions analogues ; si les races les plus variées cl les plus distantes ont pu imaginer des mythes semblait» s el des dieux identiques ; il devient difficile de se retrancher dans ces maximes générales, quand, sur des milliers de lieues, on constate l'identit'' des noms donnés soit aux membres de la famille, aux chefs, a la tribu, au peuple, à la ville, à la maison, à la porte, au foyer, au navire, aux animaux sauvages et domestiques, finalement aux divinités, — surtout lorsque d'autres groujKS humains plus ou moins étendus, sémites, dravidiens, |K>lyiu siens, Péruviens, Mexicains, Algonquins, etc., etc., ont adopté pour les mêmes choses ou êtres des noms tout différentset infiniment variés.
Mais ce qui est plus inadmissible encore, c'est que les mêmeséléments lexiques et le même organisme grammatical soient éclos à la fois sur les bords du Gange et sur les rivages de l'Atlantique ou de la mer d'Irlande. Or les langues anciennes et modernes parlées par les peuples indo-européens, langues qui ne dérivent point les unes des autres, se présentent à nous comme des dialectes plus ou moins altérés — et les lois de ces altérations sont connues — d'un idiome unique; bien plus, leurs anomalies, aussi bien que leurs analogies, attestent l'unité originelle de leur grammaire. La langue primitive aryenne a disparu, mais elle se perpétue, elle vit, dans sa postérité. C'est ainsi que le latin. subsiste dans les dialectes romans qui en sont les décalques ou les altérations ; il serait, non pas seulement éteint, mais anéanti, que le français, l'italien, le provençal, l'espagnol, le portugais, le roumain et le ladin, n'en prouveraient pas moins son existence- De même la réalité d'une langue mère indo-européenne est établie par Je concours des huit familles indienne, iranienne,, grecque, italique, celtique, germanique, slave et lettique. Elle est leur raison d'être, leur condition sine qvux non.
Qui dit une langue dit un groupe d'hommes qui la parle et la comprend. A la nécessité d'un idiome aryen répond l'égale nécessité d'un groupe arya, situé quelque part dans la durée et dans l'espace, ayant existé dans un temps et dans un lieu quelconques.
Réduisez autant que vous voudrez, jusqu'à l'absurde, l'aire et le nombre de ce peuple. Il faudra toujours admettre qu'un individu arya, ou un étranger instruit par un Arya, a porté chez;
scs voisins la langue et la culture qui se sont répandues de proche en proche. Il n'y a que les graines qui soient semées par le vent. Je dis que l'existence nécessaire de cet unique Arya ou élève d'Arya suffit à démontrer l'existence d'une primitive patrie aryenne et d'un peuple aryen.
Consultons maintenant l'histoire.
Si haut que nous puissions remonter, nous trouvons les Gaulois, les Germains et les Slaves en marche vers l'occident, à. la suite les uns des autres, les premiers remontant le Danube, les autres forcément rejetés vers le nord ; les Hellènes, sous la pression des Thraces, se détachent vers l'Hellade le long des Balkans et du Pinde; les Latins s'avancent par les Alpes illyriennes vers l'Ombrie, le Latium et la Campanie ; enfin à l'orient les Indiens blancs coulent avec lenteur du haut Indus au Gange; et les Perses descendent au sud à travers la haute Asie antérieure, tandis que les Ouralo-Altaïques occupent les vastes régions situées entre le Pamir et le Volga, rompant ainsi pour des siècles toute relation entre les Aryas proprement dits, ou groupe oriental, et les rameaux européens.
Dans toutes autres directions, n'apparaissent que des remous,, que des retours offensifs.
Il s'agit donc de tracer une vaste ellipse et de tirer des lignes convergentes à son foyer oriental, à cette région, en somme peu étendue, qui sépare la Bactriane, l'Iran primitif, de la côte occidentale de la Caspienne où Hérodote nous montre échelonnés les Badins aux yeux bleus, aux cheveux rutilants, et les Sarmates du Tanaïs. Ce point d'intersection sera le point de départ, et marquera le berceau de la culture indo-européenne.
La science du langage apporte ici, d'ailleurs, les raisons décisives. La loi du développement des idiomes indo-européens, c'est l'altération constante et progressive de l'organisme commun, qui seul rend compte de leurs métamorphoses. Aucun ne tend vers cet état organique, tous s'en écartent. Placer en Germanie, par exemple, voire en Scandinavie, ou en Gaule, la patrie primitive, ce serait, d'abord, renverser la loi du développement par altération, loi affirmée par l'histoire de chaque idiome, ce serait avancer, à rencontre de toute expérience, que le Celte ou le- Germanique est une forme rudimentaire et non une forme altérée du type indo-européen; c'est supposer, d'autre part, que les Perses et les Indiens, ou bien auraient apporté d'Europe leurs langues toutes laites, ou bien les auraient poussées eux-mêmes à un degré de perfection relative ; or tout démontre que le groupe oriental a subi la loi commune, tout en présentant une altération moindre du type originel ; enfin, dans les souvenirs des Indiens et des Perses, rien ne favorise l'hypothèse d'une migration d'occident
ilH LES GAULOIS
en orient ; rien non pins, que je sache, dans les découvertes de l'archéologie préhistorique.
La plupart des linguistes et des ethnographes restent donc dans la vraisemblance la pins voisine de la certitude, lorsqu'ils établissent les huit ou dix tribus, qu'on peut appeler ancestrales, quelque part entre le Pamir et la Caspienne, autour de l'Oxus et du Jaxartes. C'est de là que, derrière les Libres, les Illyri?ns et les Thraces, et autres hordes brunes ou blondes, les Trères, Ciuimériens, Scythes — futurs Celtes, futurs Germains, ont lentement défilé vers l'occident.
Note 2, p. 0.
L'appellation Monts Riphèes n'a jamais correspondu à une réalité géographique; elle est née, vraisemblablement, d'un vers d'Homère :
Ifupo rhii'Ès aithrègènèos Borèao.
« Par Y impétuosité de Borée, fils de l'air. »
Alcman, au vn c siècle avant notre ère, convertit ce souffle en montagne :
« Ripas, mont riche en forêts, poitrine de la nuit noire » ; et- Sophocle, dans Y Œdipe à Colone, dira: «lesRipées nocturnes», pour désigner le nord.
De là aussi l'habitude de désigner sous le nom de « Hyper- Borêens » les hommes, s'il y en avait, qui habitaient au-dessus, au delà des Ripzs ou Riphèes.
Ainsi l'entend Pindare quand il rapporte cette étrange légende:
« Des sources ombragées de l'Istros, le fils d'Amphitryon a apporté Yolivier, prix des luttes olympiques. La pàYole persuasive de Héraklès avait obtenu ce présent des Hyperboréens, ce peuple qui adore Apollon. »
C'est un passage bien curieux. Il témoigne, d'abord, d'une naïveté singulière en associant l'olivier aux sources du Danube. Mais le culte d'Apollon attribué aux Hyperboréens fait songer au Beli ou Belen des Celtes.
Apollon était, chez les Grecs, un dieu venu du nord; et la tradition s'était conservée, à Délos, de vierges hyperborèennes attachées au sanctuaire.
Une autre indication ne doit pas être négligée, c'est que, tout au début du v c siècle, les anciens voyaient les Hyperboréens non plus au nord précisément, mais dans l'ouest, aux sources de l'Istros. Or c'est là que, vers le même temps, étaient signalés les Keltoi. Les Hyperboréens, c'est-Vdire les Celtes, s'étaient donc déplacés d'orient en occident ; ce qui est conforme à la donnée indo-européenne.
Note 3, p. 8.
Dexys d'Halicarnasse (fin du i er siècle av. J.C.):
« Le Celtique est en forme de rectangle. Au midi et là où souffle le vent du sud, elle atteint les Pyrénées. Au couchant elle a pour limite la mer qui est au delà des Colonnes d'Hercule. Les races scy thique et thrace la bornent au nord et là où coule l'Itros, qui prend sa source dans les Alpes et qui, après avoir traversé tout le continent septentrional, se jette dans le Pont-Euxin. La Celtique est assez grande pour qu'on puisse dire qu'elle comprend le quart de l'Europe. Elle est divisée en deux parties égales par le Rhin, qui, après l'Istros, paraît être le plus grand des fleuves de l'Europe. »
Plutarque, Vie de Afarius (n e siècle ap. J.-C.) : « Certains auteurs assurent que la Celtique est assez grande pour s'étendre de la Mer extérieure et des régions septentrionales, dans la direction du levant, jusqu'à la Maeotide ; en sorte que la Celtique touche à la partie de la Scylhie qui borde le Pont-Euxin, et que, là, les Celtes sont mêlés aux Scythes. »
Note 4» p« 17»
Encore serait-on tenté d'assimiler au Loki germanique le Lug ou Lugu des Gaulois, qui a donné son nom à tant de Lugdunutn y Lyon, Lcyde, etc., et qui figure dans la mythologie irlandaise.
Bal-der ou Bald-er, dieu lumineux de l'Edda, est-il plus rapproché des Balt> une des deux races royales des Goths? ou bien de Bel-i, Belen, divinité solaire des Gaulois?
Enfin Tuisco ou Tuisto, le dieu de la race {Deutsch), est-il si éloigné de Toutatis ? N'est-il pas la forme contractée de têotisko (tudesque, tédesco), et ne renferme-t-il pas, comme le dieu gaulois, le mot qui signifie nation : Touta, Teot, Teut, qu'on retrouve dans le nom des Teutons et du roi Teuto-bochus ; en ombrien Tota (Tableu esgubines). Comparez le latin totus.
Note 5, p. 17.
Selon M. d'Arbois de Jubainville, les Germains primitifs, encore clairsemés et demi-sauvages, auraient reçu quelque éducation des Celtes, un peu moins barbares, qui les auraient traités en ambacti, en serviteurs, ou plutôt en protégés (ambactus a fourni à l'allemand amt, « service, emploi ».
Le guerrier celte leur apparaissait comme le héros : Held ; et la prêtresse celtique comme une puissante divinité : H'dda,Hildr y
i*)6 LES GAULOIS
déesse de la guerre qui, sous la forme childis, hild, est devenue la désinence honorifique de tant de noms féminins: Clothilde, Bathilde, Mathilde, Brunehild, Mahaut (Maud), Brunehaut, etc.
L'induction est plus ingénieuse que certaine; il est seulement vraisemblable que les anciennes langues des Gaulois et des Teutons n'étaient pas encore très éloignées Tune de l'autre; car il n'est pas douteux que Held et Keltos ne soient parfaitement identiques.
Citons une autre concordance curieuse : on connaît un grand nombre de noms propres gaulois terminés en maros {mar):Virdu-maros.
Ce suffixe se retrouve en germanique et en slave sous les formes : mer — Ricimer, Gélimcr, Sigismcr, etc. — et mir — Clodomir, Sandormir, Casimir {Catu-maros).
Le roi marcoman Maroboduus, Marbod, porte un nom absolument celtique; aussi bien que le peuple marcoman (cavalier: marcos, march, «cheval»; manos «homme»).
Ermann (Arminius) n'est autre que le Gaulois Ariamanos t irl. Eremoriy etc., etc.
Note G, p. 17.
Le nom du fleuve sEsis peut aussi bien être rapproché du gaulois Esus [Aisos) que de l'étrusque Aisar (ombrien esu-nu> « temple »).
Note 7, p. 20.
Il n'est question dans Polybe ni des Bituriges, ni des Édues, ni des Arvernes, ni des Aulerques, ni des Carnutcs. L'omission de ces tribus, les plus puissantes du Celticum de César, et qui n'ont, d'ailleurs, laissé en Italie aucune trace de leur passage, ébranle fortement la légende de Tite-Live.
Selon M. d'Arbois de Jubainvillc, la Celtique d'Ambigat n'était nullement située en Gaule, mais dans la région Hercynienne, entre la vallée du Rhin et le pays des Boïes {Boiohemum), la Bohème. Ambi-gatus (cf. latin ambitiis, ambitio, et catus, Cato), Ambigat (le Circonspect, l'Avisé) n'était pas roi des Bituriges, mais Bitu-riœ> roi puissant. C'est de ce surnom officiel que se sont parés, plus tard, les Berrichons, Bituriges de César.
Ces conjectures, certainement ingénieuses, expliquent très bien les invasions de Sigovèse et de Bcllovèsc, l'une chez les Boïes, à l'est, l'autre en Italie par les Alpes Juliennes (Alpis Julia), au travers de populations celtiques. Avec Bellovèse marchaient sans doute les Cénomans, voisins des Boïes. C'est ainsi que les Céno-
mans, tribu des Volks Tectosages, vinrent fonder en Italie Tridentum, Trente. D'autres bandes cénomanes, suivant les Volks au delà du Rhin et de la Seine, s'arrêtèrent dans le Maine et y fondèrent Tridentus, Trans.
Les Lingons et les Sénons n'avaient nul besoin de partir de Langres et d'Agedincum pour envahir l'Italie du N.-E. Le gros de leurs nations occupait le pourtour oriental des Alpes, à côté des Carnes et des Scordisques.
Le Norique et la Pannonie étaient peuplés de Celtes. Encore aux m» et iv« siècles de notre ère les noms gaulois d'hommes et de femmes y étaient communs : Matomarus, Eraviscus, Tempbriga, Comiumara, Gobromara, Brogimara. On lit ces noms sur dos inscriptions conservées au musée de Pest.
Note 8, p. 22.
Ces têtes figurent sur le monument d'Entremont (découvert à quelques kilomètres au nord d'Aix), avec un cavalier armé d'une longue lance et coiffé d'un casque fantastique ; un objet assez volumineux, suspendu au cou du cheval, fait songer aux têtescoupées que mentionnent Diodore et Strabon.
On voit encore sculptées sur la porte de Volterra des têtes à peu près semblables. Peut-être les Ombres, à demi Gaulois, qui avaient précédé les Étrusques en Toscane, y avaient apporté cette coutume barbare.
Note 9, p. 26.
Caton l'ancien avait vaincu les Celtibères et pacifié la Lusitanie ; mais sa conquête fut précaire. César, propréteur, fut encore obligé de réprimer une insurrection entre le Duero et le Tage.
Note 10, p. 57.
L'armée convoquée par Vercingétorix, r jduite à 80,000 enfermés dans Alésia, comprenait :
hommes-
Suessions ....