LES DRUIDES, LE DRUIDISME ET LE SACERDOCE GAULOIS
Presque tout ce que nous savons des Druides 13 au temps de leur puissance, nous le tenons de César. On peut regretter que ce grand ambitieux, préoccupé avant tout de frapper ses contemporains par le récit de ses courses infatigables et de ses étonnantes victoires, ait écourté tant de renseignements, qui seraient pour nous sans prix, sur les langues et les institutions des peuples qu'il a vaincus. Mais il dit beaucoup de choses en peu de mots ; il voit d'ordinaire net et juste, et, jusqu'à preuve contraire, nous devons nous fier à l'exactitude un peu sommaire de ses appréciations. Ici en particulier, il ne fait probablement que transcrire les notes de son fidèle compagnon, le druide éduen Divitiac, ce demi-traître, demi-sceptique, avec lequel Cicéron se plaisait à échanger sans rire quelques menus propos sur les augures et là divination.
« Les Druides, écrit César, président aux choses du culte : ils ont le soin des sacrifices publics et privés ; ils interprètent les traditions religieuses, reliffiones. Auprès d'eux les jeunes gens viennent en foule pour s'instruire ; et ils sont tenus en grand honneur chez les Gaulois. En effet, ils décident de presque tous les différends publics et privés ; et, si un crime a été commis, s'il y a eu un assassinat, s'il y a eu un
débat en matière d'héritage ou de bornage, ils décident encore, et ce sont eux qui fixent les indemnités et les peines. Si un particulier, si une peuplade ne se rend pas à leur arrêt, ils l'excommunient (sacrijiciis interdicunt) : c'est pour eux la peine la plus rigoureuse. Ceux qui sont sous le coup de cette excommunication, on les compte pour des impies et des scélérats. Chacun s'écarte d'eux, chacun fuit leur rencontre et leur entretien, comme si leur contact devait porter malheur. Ils ont beau le demander, la justice ne se rend pas pour eux et ils n'ont leur part d'aucun honneur.
« Au-dessus de tous les druides, il en est un qui a sur eux pleine autorité. Lui mort, si l'un des survivants l'emporte en dignité, il lui succède ; s'il y en a plusieurs égaux, ils se disputent la primauté, et c'est le suffrage des druides qui décide, quelquefois la force des armes. A certaine époque de l'année, dans le pays chartrain, qui passe pour être le centre de la Gaule, ils se réunissent en un lieu consacré. Là se rassemblent tous ceux qui ont des différends, et ils se rendent aux décisions et au jugement des druides.
(c On pense que leur doctrine a pris naissance en Grande-Bretagne et a passé de là en Gaule, et, maintenant même, ceux qui veulent étudier ces choses en détail et de plus près, font le plus souvent le voyage pour s'instruire. Les Druides ont accoutumé de ne prendre point part à la guerre ; ils ne paient pas d'impôt comme les autres ; ils sont exemptés du service militaire et de toute autre charge. Attirés par de si grands privilèges et aussi par leur propre vocation, beaucoup viennent se mettre à leur école, et y sont envoyés par leurs parents et par leurs
proches. On dit que, là, ils apprennent un grand
nombre de vers ; il y en a même qui étudient pour la
vingtième année. Ils ne croient pas permis de rien
enseigner par écrit, quoique dans presque toutes les
affaires, dans les comptes publics et privés, ils se
servent de l'alphabet grec. Ils me semblent avoir
établi cette règle pour deux raisons : parce qu'ils ne
veulent ni que leur science se répande dans le peuple,
ni que leurs étudiants, confiants dans la lettre
moulée, cultivent moins leur mémoire ; car il arrive
souvent que, par l'aide de l'écriture, on se relâche de
son zèle à bien apprendre et à bien retenir. Ce qu'ils
veulent surtout faire croire, c'est que les âmes ne
périssent pas, mais, après la mort, passent des uns
aux autres, et ils pensent que c'est là le plus grand
stimulant du courage. Ils dissertent aussi longuement
sur les astres et leurs mouvements, sur l'étendue de
la terre et du monde, sur la nature des choses, sur
la force et la puissance des dieux immortels, et ils
enseignent tout cela à la jeunesse. »
Les Druides tenaient donc la jeunesse riche par l'éducation, la plèbe par l'ignorance; ils avaient mis la main sur la justice, et leur pouvoir spirituel tendait à englober la direction de la vie privée et des affaires publiques. Ils lançaient l'interdit sur les personnes ou les cités récalcitrantes; et c'est une arme bien forte, tant qu'il existe encore un peu de naïveté dans le monde. Tenus en échec, cependant, par l'aristocratie gauloise, tout comme les Brahmanes par les Kchatryas, peu soucieux d'une alliance avec le populaire asservi qui ne semblait pas de taille à lutter contre ses maîtres, ils comptaient sans doute faire tourner à leur avantage l'intervention de