GEMMES ET JOYAUX. PLANCHE XIII
DRAGEOIR DE CRISTAL DE ROCHE
FIN DU x SIÈCLE, RÈGNE DE CHARLES VIII
Hauteur, 0%,270. — Longueur, 0,290.
Le drageoir est la coupe ou bassin dans lequel on servait les sucreries sèches ou liquides,
es bonbons tels que sont les dragées, les confitures. Il était placé sur les dressoirs, présenté
sur les tables, et souvent était garni de cuillers. Les inventaires du moyen âge en contiennent de nombreuses descriptions; beaucoup sont d’or ou d'argent doré, et ceux-là ne sont pas parvenus jusqu’à nous, mais le cristal et la cassidoine sont maintes fois désignés comme étant
es matières dont plusieurs étaient composés.
Les formes des drageoïirs ont été très variées; avant les temps modernes, les artistes, et surtout les orfèvres, accordaient à leur imagination une liberté illimitée, cette seule condition
semblant leur être impos que l’objet püt servir à l'usage auquel il était destiné. Lorsqu'on
it attentivement les
scriptions qui nous sont restées, au milieu des détails surabondants
entiel
aisant une large part à l’ornementation, au luxe et au caprice, ce que l’on entrevoit d’e
dans la composition du drageoir, c’est la coupe qui doit contenir les sucreri le pilier qui
surélève la coupe et permet à la main de la saisir, pour la porter et pour la présenter, le pied qui est la base, sans laquelle le drageoir ne pourrait se maintenir debout quand il est posé sur la table. Ouvrons l'inventaire des joyaux de Louis, duc d'Anjou, frère du roi Charles V :
sous le n° 646 est désigné € un grand drageoir doré, le bassin, le pilier et le pied; » au
pommeau du pilier sont indiqués six petits émaux azurés; au fond du bassin, un autre émail composé de six demi-cercles, et, au milieu, un cercle entier dans lequel est figuré le combat
d'un ours et d’un cerf. Dans des descriptions beaucoup moins simplifiées, nous retrouvons
toujours, en les dégageant des superfluités, le bassin, le pilier, le pied; nous les voyons très
nettement accusés dans le drageoir gravé sur la planche XII. Le bassin est lobé, de telle facon
que les cuillers y prenaient aisément leur place; ce bassin et aussi le pied simulent des coquilles,
d'un dessin qui déj
se rapproche des formes du seizième siècle; le pilier, au contraire, a
conservé la construction du moyen âge, et l'invention de l'aigle posé sur le bord du bassin
> comme pour y mirer son image, en est encore un souvenir.
Les montures sont d'argent doré, et ont été exécutées
à la fin du quinzième siècle.
(N° 227 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)