GEMMES ET JOYAUX. PLANCHE XXI
BOUTEILLE DE CRISTAL DE ROCHE
XVIe SIÈCLE, RÈGNE DE FRA.
Hauteur, 0®,295. — Diamètre à la base, 0,090
Le corps du vase est d’un seul morceau, le goulot est rapporté. La forme de la bouteille,
simple et se rapprochant de celle de la carafe moderne, était au seizième siècle une innovation ; elle marque la transition entre le goût du moyen âge et celui qui, en se modifiant, a persisté jusqu'à nos jours. L'orifice du goulot est tracé d’après des règles qui, de notre temps, ne sont
plus assez observées : quatre lobes, sortes de lèvres pratiquées sur le bord, sont le prolongement
et l'épanouissement des sections tracées sur le corps du vase; ils ont un autre but que de produire, par des lignes élégantes, un effet agréable : ils présentent au liquide, lorsqu'on le veut verser, sur chacun des côtés, une issue séparée, et en facilitent l'écoulement qu'ils localisent et qu'ils dirigent.
L’ornementation de la bouteille réunit les deux modes de graver sur cristal que nous avons eu l’occasion de signaler; en expliquant le calice reproduit par la planche IV, nous avons fait
une distinction entre la gravure de la coupe qui est une intaille et celle du pied qui est une
sculpture en bas-relief; dans la gravure de la coupe, nous avons reconnu un travail exécuté en Occident et constaté une origine orientale dans la sculpture du pied. La bouteille dont nous le
sur une même œuvre des deux manières de graver le cristal, les artistes qui ont possédé et
étudions les détails est un exemple de ce qu'ont produit, au seizième sic par l’assemblage
pratiqué l’une et l’autre.
C'est dans les ouvrages de Venise que cette union des deux arts se remarque le plus souvent :
les cuivres gravés, les fers damasquinés, les marqueteries de bois, les faïences décorées, les
étoffes s ou brodées à l’a
guille, nous fourniraient plus d’une preuve de travaux orientaux
faits par des Vénitiens ou d'œuvres italiennes exécutées par des ouvriers instruits en Orient. Cette bouteille nous parait être vénitienne et taillée par un homme qui a connu l’art oriental. La forme se retrouve dans les produits des fabriques de Murano; la décoration, composée de roses et de croissants, a peu d’analogues dans les œuvres de nos contrées.
Les petites anses ciselées, qui sont agrafées sur des tenons réservés lorsqu’a été taillé le cristal, sont d’or; des moulures d'argent doré entourent la base de la bouteille et relient le
goulot au corps du vase.
(N° 176 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)
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