‹ Les gemmes et joyaux de la couronne au Musée du LouvreChapitre 46 sur 65 · DRAGEOIR DE JASPE · texte numérisé non relu

DRAGEOIR DE JASPE

XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI II

Hauteur, 0,180. — Largueur, 0,220.

La coupe est composée de six lobes qui sont répétés sur le couvercle, le pied est rapporté. Les montures d’orfévrerie sont parfaitement conçues : l’or mat domine dans les anses

ciselées qui représentent des sirènes, quelques accessoires seulement étant rehaussés par des

colorations émaillées ; une autre combinaison, très tranchée, a été imaginée par l'artiste pour

terminer son œuvre : ça été d’émailler en plein, de couleur blanche, les larges plinthes qui

encadrent les bords festonnés du couvercle et la base du drageoir ; obtenant, par une opposition

franche, toute la valeur de ton que comportait le jaspe.

Parmi les vases de pierres précieuses qui nous sont restés de l'antiquité, nous n’en connaissons pas qui soient de jaspe; la sardoine domine à ce point que, si l’on s’en rapportait à ce seul indice, l’on pourrait croire qu'elle a été employée, par les lapidaires, à l'exclusion des

autres belles matières. Mais les texte

sont en contradiction avec ces apparences : Pline décrit

les différentes sortes de jaspes et en indique les provenances : € Le jaspe », dit-il, « est vert et souvent translucide ; quoique surpassé par beaucoup d’autres pierres, il a conservé le renom qu'il a eu dans l'antiquité. Plusieurs nations en ont : l'Inde, un semblable à l’émeraude : Chypre, un très dur, d’un glauque gras; la Perse, un semblable à l'atmosphère et, pour cette raison,

appelé Aeriz

ise ; tel est aussi celui de la Caspie. Il est azuré, près du fleuve Thermidon ; pourpre,

en Phrygi ; en Cappadoce, mélé de pourpre et d'azur, triste et sans éclat... Mais il importe

moins de distinguer les provenances que la beauté. Le meilleur est celui qui a quelque chose

de la pourpre; le second, de la ros ; le troisième, de l’émeraude. .…. Il en est aussi de

constellé de points rouge

. » Ces variétés décrites par Pline sont celles que nous connaissons :

les minéralogistes modernes distinguent, eux au

i, le rouge foncé, le vert, le violet, le bleu lavande, le jaune d'ocre, le noir, le blanc, et sous le nom de jaspe fleuri ils désignent ceux qui ne sont qu'un assemblage des diverses nuances, mélangées irrégulièrement. Le jaspe semblable à la rose, dont parle Pline, nous est connu; il est fort rare et, en effet, dans un mélange de fra

les montagnes des environs de Gênes renferment la plupart des belles variétés de jaspes ; c’est

verts très tendres, il a des tons roses au

s que ceux d’une fleur. La Sicile, la Sibérie et

de là qu’on les extrait de nos jours. Au seizième siècle, l’on en a beaucoup recueilli en Bohème :

de rouges, de sanguins, de pourprés, de blancs, d’autres mélangés de couleurs variées, très beaux et en masses si considérables, « qu’on en eüt pu faire des statues. » De cette provenance est le grand bassin de la collection du Louvre (n° 185 de notre Notice), qui mesure 0",580 de

longueur sur 0",330.

Nous croyons également de Bohème le jaspe de ce beau drageoir.

° 467 de l'inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)

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