‹ Les gemmes et joyaux de la couronne au Musée du LouvreChapitre 53 sur 65 · GEMMES ET JOYAUX PLANCHE XLIX · texte numérisé non relu

GEMMES ET JOYAUX PLANCHE XLIX

VASE DE CRISTAL DE ROCHE

XVI SIÈCLE, RÈGNE DE CHARLES IX

Hauteur, 0,390, — Diamètre, 0",180.

Le pied du vase et les anses, en ronde bosse, qui représentent des serpents fabuleux, sont taillés dans la masse; le couvercle hémisphérique et les goulots, formés par des mascarons

grotesques, sont rapportés. Remarquons la disposition bien ordonnée des gravures réparties

,; décorent le sommet du couvercle et sont

sur le cristal : les godrons, profondément creus

d’un dessin élégant et d’une exécution délicate,

répétés à la base du vase; les frises arabesque

accompagnent, sur l’un et sur l’autre, les lignes de godrons; les compositions figurées étant réservées pour les milieux et renfermées dans un encadrement symétrique de perles et d'olives. Les sujets sont empruntés à l'Ancien Testament; à l'histoire de la chaste Suzanne, que nous

voyons ici repoussant les attaques des deux méchants vieillards, correspond sur le côté opposé

celle de l’héroïque Judith, sortant de la tente du chef assyrien.

> un très

L'œuvre d’orfévrerie ajoute à ce beau vas grand intérêt; la précision du travail que

nous avons signalée, en expliquant les détails de la planche qui précède, est ici plus appréciable

encore : les moulures profilées et émaillées qui déterminent la jonction du couvercle et du vase,

semblables à celles qui contournent le pied, sont les plus parfaites qu'on puisse faire; deux couleurs seulement, émail noir et émail blanc, sont alternées et se détachent sur l'or bruni qui les rassemble; l’on ne saurait rien voir de mieux tracé et de plus correct, mais cette alliance de deux couleurs de deuil n’eût produit qu’un effet un peu triste, près des grandes masses de cristal qu’elle n’eüt pas suffi à égayer ; l'artiste intelligent a mis en opposition avec ces montures sévères une ornementation supplémentaire, d’un dessin plus libre et d’une coloration très variée : ce sont les guirlandes de fleurs et de fruits qui forment des festons, au-dessous de l’orle du

couvercle; ce sont les masques et les aïlerons fantastiques qu'il a adaptés pour couvrir les joints

irlandes et ces ornements sont en or travaillé au report et ciselé

des goulots rapportés. Ces

de reliefs très vifs, et les émaux posés sur ces reliefs offrent toute la diversité de nuances des fleurs, des fruits et des feuillages dont ils imitent la diaprure.

Le type de ces émaillures savantes, de ces reliefs accentués et de ces colorations brillantes, les artistes les peuvent étudier en examinant le bouclier d’or du roi Charles IX, que nous avons eu déjà et aurons encore occasion de comparer aux travaux que les orfévres du même temps ont exécutés dans le même esprit. Les montures du vase qui nous occupe en sont un précieux

exemple.

(N° 186 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)

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