COUPE D’AGATE ORIENTALE
XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE CHARLES IX
Hauteur, 0%,283, — Diamètre, 0",169.
La vasque de la coupe et son couvercle, taillés dans des agates de nuances fauves, comme aussi le balustre du pied, d’agate onyx, sont sculptés dans la masse; les godrons, les demi-sphères, les tresses qui ornent l’un et l’autre, étant un travail de lapidaire. Sur le couvercle
ont été incrustés des petits camées d’agate onyx, symétriquement et en alternance avec les boules
hémisphériques; les têtes que l’on y voit gravées, se détachant en blanc sur un fond sombre, sont au nombre de douze et représentent les Cæsars. Ce sont également deux des Cæsars qui sont figurés sur les pierres, de dimensions plus grandes, adossées et élégamment encadrées dans un délicat cartouche formant le couronnement de l'œuvre : l’un est Auguste, dont le visage de
profil est taillé sur une agate onyx; l’autre est Caligula, et la pierre, une sardoine à trois couches.
Dans la composition de ce bijou, l’orfévre travaillant pour le roi Charles IX a introduit, comme figures principales, les anges qui sont les supports des armes royales, et a posé au sommet la couronne des rois de France (la fleur de lis qui la termine manque ici, ayant été brisée). Artiste habile, connaissant les nouveautés dont il était peut-être l'inventeur, il a disposé sur le bord du couvercle une de ces belles frises d’émaux étincelants, sur un fond d’or bruni, et a franchement
attaché sa monture à la gemme par des agrafes apparentes; le dessin de sa frise, nettement
accusé, est une guirlande de feuillages, de fleurs et boutons de rosier. Après avoir fait remarquer
la hardiesse des profils dans les motifs d'orfévrerie émaillée qui composent le soubassement du
bouton et qui sont rappelés dans les jonctions de la vasque au balustre, nous n’aurons plus à signaler que l’heureuse invention du pied formé par trois dauphins, en ronde-bosse, que relient des enroulements découpés à jour. La courbe de ces poissons héraldiques se prête merveilleusement aux lois de solidité, qui ne peuvent pas être séparées des conditions de l'élégance, dans le support d’une coupe si précieuse.
Dans quelques pièces d'orfévrerie du moyen âge, nous avons vu des camées, de travail
antique, employés, sans distribution réguliè
e, indifféremment avec des perles ou des pierres
transparentes, sans autre choix que le hasard ou le caprice. Ici, pour la première fois, nous voyons un artiste du seizième siècle se servir dans sa composition de camées gravés par ses contemporains, à limitation des pierres antiques, et s’en servir avec raisonnement, un goût savant dirigeant l'emploi qu'il en fait : les camées les plus riches réunis au point culminant, une suite de moindres pierres, semblables entre elles par la matière, la couleur et le sujet, formant entre l’agate de la coupe et les émaux des montures une transition douce. Ils concourent à
l'harmonie de l’ensemble et ont une part déterminé rve dans l’ornementation d’une
avec ré:
œuvre magnifique.
(N° 324 de l'Inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)