ORFÉVRERIE DE LA FIN DU XVI° SIÈCLE, RÈGNE DE HENRI IV
Hauteur, 0%,230, — Largeur, 0",170.
sombres, de nuances fauves et
Le corps du vase est une sardoine antique, mélée de tons
de veines d'onyx. Le lapidaire a usé du même artifice qu'a fait celui à qui est due la taille du gobelet reproduit par la planche LIT. Il à dissimulé les dépressions de la gemme et en a régularisé les accidents, creusant ici une demi-sphère, là une feuille, ayant d'autant plus de
raison de ne rien perdre d’une matière très précieuse par ses colorations, que le bloc, fort
aplati, offrait peu de ressources. Pour transformer une sorte de tasse en une buire ou aiguière, un lapidaire moderne a taillé dans une sardoine un couvercle, dans une agate la patte; dans des sardoines et des agates alternant les cabochons qui composent le balustre. L’orfévre a rassemblé ces parties rapportées dans des frises de feuillages qui en suivent les contours, s’enroulent sur la courbe de l'anse et s'épanouissent à l'extrémité du bec; travaillant à la fin du seizième siècle, dans la première moitié du règne de Henri IV, il n’a pas échappé à quelques-uns des défauts que j'ai fait observer dans l’émaillerie de cette époque : le ton rose, fondu sur émail blanc, domine dans la coloration des feuillages, mais il est relevé et soutenu par le vert émeraude qui
le fait heureusement valoir; les peintures trop imitatives sont reléguées sur les mascarons que
nous ne saurions admirer, et la monture se distingue, grâce à l'emploi exclusif de deux couleurs,
le vert et le rose, par une unité décorative qui en est le mérite.
En désignant comme vase de gemme antique, comme vase murrhin, le corps de cette
aiguière, qu'il me soit permis de rétablir ici en son entier le passage de Pline que, dans la notice accompagnant la planche LIT, j'ai été forcé d’abréger, la place me manquant : € Splendor his sine viribus : nitorque verius quam splendor. Sed in pretio varietas colorum, subinde circum agentibus se maculis in purpuram candoremque, et tertium ex utroque ignescentem, veluti per transitum coloris purpurä candescente aut lacte rubescente. Sunt qui maxime in üis laudent extremitates et quosdam colorum repercussus, quales in cœlesti arcu spectantur. His maculæ
pingues placent : translucere quidquam, aut pallere vitium est. Item sales, verrucæque non
eminentes, sed ut in corpore etiam plerumque : les. » « [Leur éclat est sans vivacité; c’est plutôt un poli qu'un éclat. Le prix est dans la variété des couleurs, les taches circulant par veines entre la pourpre et le blanc, et une troisième qui participe des deux, comme par transition de la pourpre qui blanchit ou du lait qui rougit. Il en est qui louent en eux les extrémités et
certains reflets de couleurs, tels qu’on en voit dans l’arc-en-ciel; à d’autres plaisent les taches
ins et des verrues, non
; des places translucides ou päles sont un défaut, et aussi les g
épaisse saillantes, mais comme dans le corps humain aplanies.] »
Notons ici que dans la langue latine le mot purpura n'avait pas le sens précis que nous lui avons donné, et que Martial s’en servait pour désigner une barbe rousse. Tel est le ton de la sardoine.
(N° 409 de l'inventaire des Bijoux de la Couronne, 1791.)