‹ Les Générations SocialesChapitre 11 sur 53 · GRR USER RES RER R À RI · texte numérisé non relu

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Ferrari est aussi injustifié que le serait une adhésion sans réserves. Nous ne nous amuserons pas à relever toutes les erreurs et même les contradictions contenues dans cette œuvre : le recul de l’ouvrage, sa comparaison avec les œuvres analogues, nous dispensent de bien des réflexions. Mais il convient de formuler quelques critiques générales. L'auteur attribue aux grands hommes une vie double de celle du commun. C’est oublier que la durée moyenne de la vie n'est qu'une donnée statistique, une mesure fictive qui ne détermine pas la durée de la vie normale, et que, d'autre part, beaucoup de génies en puissance n'arrivent pas à la maturité. Les grands hommes sont soumis aux conditions ordinaires de l'existence. Si la vie de quelques-uns est abrégée par le travail et la maladie, la vie de quelques autres est allongée par leur robuste santé ou par le régime qu’ils s'imposent. En outre, pourquoi tant insister sur la vie des grands hommes, puisque l’auteur utilise à peine les données qu'il rassemble? Dans la théorie de Ferrari, il n’y a que les hommes politiques qui comptent vraiment. Or, peut-on admettre que la succession des générations scientifiques soit régie par les révolutions politiques ? Enfin, pourquoi vouloir ôter toute signification à un événement aussi considérable que la venue du Christ? Les mouvements religieux sont-ils moins remarquables que les mutations politiques, et sont-ils sans influence sur elles ?

Le tort de Ferrari est de tout subordonner à la vie politique, alors que, pour être fidèle à son programme, il devrait envisager toute l'évolution spirituelle de l'humanité. Car la génération pensante n’a pas que des préoccupations politiques : celles-ci sont peut-être les plus visibles, mais elles ne sont pas les plus profondes, sauf chez une minorité restreinte. La philosophie, la science, l’art, l’industrie sont soumis dans leur évo-

lution à la loi des générations, Ferrari lui-même en fournit la preuve : pourquoi donc s’obstine-t-il à leur refuser toute autonomie? Pourquoi instituer a priori et

sans débat la génération politique reine des autres générations ?

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