‹ Les Générations SocialesChapitre 26 sur 53 · MEN RÉ · texte numérisé non relu

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les écrivains sont plutôt les fils spirituels déjà désabusés des hommes d'action de la génération précédente, et ils sont généralement issus de la même classe sociale et de la même profession. Et les petits-fils, selon la chair et selon l'esprit, des hommes d'action, renient souvent leur héritage : Sainte-Beuve a été frappé par ce contraste en étudiant les ascendants des solitaires jansénistes (famille Roannez); M" de Maintenon est la petite-fille du farouche huguenot Agrippa. d'Aubigné, comme le lieutenant E. Psichari est le petit-fils d’'E. Renan. Donc, la période qui s'étend de 1515 à 1550 est assez pauvre en écrivains et en œuvres: Calvin (:) intéresse surtout les théologiens, et Marot est l’héritier direct, par son père, des grands rhétoriqueurs. Plus significatif est Melin de Saint- Gelais, qui fut le poète à la mode jusqu’à la venue de Ronsard, et qui introduisit en France le sonnet italien ; ou encore le Cymbalum Mundi (1537) de Bonaventure des Periers qui contient d'âpres attaques à peine déguisés contre la religion, et qui fut dénoncé à la fois par les catholiques et par les protestants. Mais Le plus authentique représentant de cette génération hardie est François Rabelais (*) né sur les confins de l’Anjou et de la Touraine. Il est encore tout barbouillé du moyen âge : iltient des Fableaux, du Roman de Renart et de Jean de Meung, et il manque de goût; mais en même temps qu'il continue le passé, il ouvre l'avenir par son rire énorme, sa verve satirique, son appétit livresque et sa grossièreté lubrique. Il rajeunit un vieux thème en opposant Physis (Nature notre mère) à Anfiphysie, et en étalant au grand jour le courant naturaliste qui se cachait jusque-là. Il est le pre-

(*) Son installation à Genève (1536-1541) marque une date dans l’histoire du protestantisme français.

(*) Ses éditions s’espacent de 1532 à 1553.

mier chez nous qui proclame la bonté de la nature humaine, et qui assigne pour fin à l'éducation de libérer l'instinct. Ses héritiers directs seront, au xvn° siècle, La Fontaine et Molière, déjà plus timides: au xvnr° siècle, Diderot et J.-J. Rousseau, qui divinisent tous deux la Nature, mais qui ne l’entendent pas de la même façon : tant cette idée recèle en ses flancs de conceptions opposées (l'idée de Providence aussi bien que l’idée de Vie physiologique). L'idéal de Rabelais est purement humain ; Gargantua et Pantagruel sont plus que des fantaisies de son imagination débridée : l'humanité quise réveille a des appétits de géant! Leur règle de vie s'oppose point pour point à l'idéal ascétique du moyen âge, exprimé dans le livre anonyme de l’/mitation. Elle affranchit l'individu de toutes les servitudes qui contrariaient son plein épanouissement : la devise symbolique de l’abbaye de Thélème est « Fais ce que voudras. » En a-t-on mesuré la puissance d’anarchie ?

Mais les Français, qui n'étaient plus des Gaulois ni des Celtes depuis qu'ils s'étaient mariés aux Latins, et qui avaient pris conscience de leur distinction sous le ciel d'Italie, ne pouvaient s'arrêter à cette forme épaisse du naturalisme : la « douceur angevine », la finesse du pays des bons vins et des fruits délicieux, allait y introduire le sentiment de l’art. Tout, chez les Italiens de la Renaissance, est « conditionné et déterminé par l'idéal qu'ils se sont formé de l'art» (S. A. Symonds). Chez nous, . la Renaissance fut anti-chrétienne avant d’être polie par l’art antique : celte métamorphose est l'œuvre de la Pléiade. Pontus de Tyard naît en 1521, dans le Mâcon nais ; Ronsard, en 1524, à Vendôme, d’une famille originaire des bords du Danube, établie en France depuis Philippe de Valois; du Bellay en 1525, à Lyré, près d'Angers ; R. Belleau, en 1528; Jodelle et Baïf en 1332.

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