CHAPITRE. TI
Notre progression sociale repose essentiellement sur la mort. :
(A. Cours.)
UELQUES anciens, surtout parmi les Grecs, ont utilisé le concept de génération sociale, et proposé des divisions cycliques de l'histoire basées sur
cette notion. Mais il faut aller jusqu’à Platon (‘) pour ren-
(9 L'hypothèse cosmique du retour éternel qui a obtenu de nos jours un regain de faveur avec Guyau, Blanqui et Nietzsche est bien antérieure à Platon. On la trouve exprimée sous des formes diverses chez les Hindous, les Chaldéens, les Égyptiens, les loniens, etc., sans qu’on puisse déterminer avec précision son origine, ni suivre sa transmission. Il est probable qu’elle dérive de l'observation des cycles astronomiques : tel le fameux saros chaldéen ou période de 223 lunaisons, qui permet la prédiction des éclipses de June et de soleil. Indépendamment des Chaldéens, semble-t-il, Anaximandre et Anaximène ont admis la genèse et la destruction périodique du cosmos. Cette croyance à la succession indéfinie dans les deux sens de périodes d’organisalion el de dissolution du monde apparait chez Anaximandre comme la conclusion logique d’un raisonnement dû au Milésien, et fait déjà songer à la loi du rythme d'H. Spencer (intégration et désintégration successives). Plus tard, Héraclite d'Ephèse croit aussi que le monde est né et qu'il périra pour renaître. Bien plus, il fixe la durée de la période qui préside à cette évolution fatale : selon Censorin, elle serait de 10.800 ans, qui est un mulliple de la yevei ou génération humaine. Dans la grande année que dure le monde, les jours sont des générations humaines (30 X 360). Les Stoïciens emprunteront à Héraclite leur doctrine de l’embrasement final, et le Stoïcien Diogène de Rabylone multipliera par 365 ia grande année d’Héraclite. Nous retrouvons une conception analogue chez Empédocle d’Agrigente et chez Hippasos de Métaponte. La période dé 30.000 saisons admise par l’Agrigentin est même voisine de celle d'Héraclite. Selon Empédocle, l’évolution du monde obéirait à un rythme à quatre temps :
MENTRÉ &
contrer une théorie précise des générations politiques ; elle est exposée au livre huitième et au commencement du livre neuvième de la Æépublique (:). Pour la comprendre, il faut se reporter au livre quatrième où Platon établit que l'âme a autant de formes différentes que l'État, en vertu du postulat fondamental que la cité est un individu, et que les caractères de l'âme se projettent en grand dans la physionomie de la cité (*) : « C’est une nécessité que l'État et l'individu soient prudents, courageux et justes de la même manière et par le même endroit. » Et «il y a nécessairement autant de caractères d'hommes ou de tempéraments que d'espèces de gouvernements,
deux périodes de plénitude (règne de l'Amour et de la Haïne) séparées par des périodes de transition, pendant lesquelles la vie apparaîtrait. Empédocle se rattache surtout à la tradition pythagorienne, mais doit aussi quelque chose à Héraclite. Lucrèce, qui a fait d’'Empédocle un magnifique éloge dans le livre premier du de Natura rerum, bien qu'il réfute sa théorie cosmologique, admet lui aussi le retour éternel (1. III, v. 859 à 864).
Il serait curieux de suivre les avatars de l’idée du retour éternel depuis l'antiquité jusqu’à nos jours : nous manquons d’une bonne monographie sur le sujet. La plupart des théoriciens des générations humaines, emportés par leur imagination, ont conçu de grandes générations sur le modèle de la grande année, et raccordé l’histoire à l’évolution cosmique.
L'idée du retour éternel semble être une conception universelle qui aurait germé dans les différents rameaux de la famille humaine d’une façon indépendante. Dans la 4° Bucolique, Virgile, s'inspirant des prédictions sybillines et des doctrines étrusques, divise la vie du monde en grandes périodes, composées elles-mêmes chacune de huit ou dix âges ou longs siècles. A la fin de chaque période, les astres reviennent à la position qu’ils occupaient au début : l'histoire alors recommence et les événements se reproduisent dans le même ordre. Chaque période est présidée par une divinité : le premier âge ou âge d'orest présidé par Saturne, etc. Et comme, avec la naissance de l'enfant, une nouvelle période va commencer, c’est la gens aurea qui va d’abord reparaître : ;
« Ultima Cumaei venit jam carminis aetas ; « Magaus ab integro saeclorum nascitur ordo. »
(Cf. Carrauzr, Eturile sur les Bucoliques de Virgile.)
Cette idée du retour hante l'humanité spécialement à certaines époques de l’histoire (renaissance italienne).
() Nous renvoyons à l'excellente édition du livre VIII de la République (Paris, Alcan, 1881) par M. Esprnas ; nous ne faisons pas état des Lois.
(*) Républ., 3ü8°, 434°, 436", etc.
(car) la forme des États vient des mœurs mêmes des membres qui les composent et de la direction que cet ensemble de mœurs imprime à tout le reste. » Aux trois parties de l'âme (la raison, le cœur, l'appétit concupiscible) correspondent les trois castes principales de la république, car chaque partie de l'âme a sa vertu (la raison quicommande a la prudence ; le cœur quis’irrite et s’indigne : le courage; l'appétit qui désire et jouit : la tempérance) et «les emplois doivent être différents, selon la différence des natures » : les magistrats sont la tête de l'État; les guerriers en sont le cœur; les artisans et les laboureurs remplissent les fonctions du ventre. À chaque caste convient la pratique de la vertu correspondante : la sagesse aux magistrats, le courage aux guerriers, la tempérance aux artisans. La justice résulte dé l'équilibre des trois facultés de l’âme et de l’harmonie des trois fonctions sociales : l'État parfait est l'État gouverné par la Justice.
I y a cinq formes d'âme comme de gouvernement (rà rüv roléwy révre, xal ai Toy ldluToy xatacxeuai TA duyñs évre) une forme parfaite et quatre formes vicieuses. La forme de la vertu (justice) est une dans l'individu comme dans l'État ; les formes du vice sont innombrables, mais peuvent se réduire à quatre. La forme parfaite du gouvernement a deux noms : monarchie ou aristocralie. Les quatre formes imparfaites sont dans l’ordre de leur décroissance, qui est marquée par le nombre des gouvernants : la #1marchie, intermédiaire entre l’aristocratie et l’oligarchie; l’oligarchie, la démocratie, et enfin la fyrannie qui est la forme la plus opposée à l'aristocratie. Aux cinq gouvernements correspondent des sujets à l'âme royale (vertueuse), timarchique (ambitieuse), oligarchique (avide de richesses), démocratique (avide de liberté), tyrannique (anarchique et sanguinaire).
Ces cinq formes de gouvernement se succèdent périodiquement, en s'engendrant l’une l’autre, comme les différents types d'hommes : le passage d’une forme supérieure à la forme immédiatement inférieure s'opère par la succession des générations. En effet, la corruption va croissant d’une génération à la suivante : les fils, tiraillés entre l'exemple de leurs pères et l'exemple des méchants, sont moins bons que les pères (:). Les hommes à l’âme royale, les hommes bons et justes, c’est-à-dire Les philosophes, pouvant contempler l’idée du Bien, engendrent des fils jaloux et ambitieux : ainsi naît la timarchie (de sw : honneurs; ne pas confondre avec la fimocratie d’Aristote, gouvernement ploutocratique ou censitaire : ärû rumpére», qui correspond à l’oligarchie de Platon). De l'ambition et de la colère on passe à l'amour du gain, principe de Fohgarchie ou gouvernement des riches; de Favarice on glisse dans la licence, source de la démocratie ou gouvernement des mauvais sujets, assoiffés d'égalité; enfin, les fils des démocrates roulent dans la débauche et la cruauté qui sont l’armature de la tyrannie: « La licence générale pousse à l'esclavage l’état démocratique : car on ne peut donner dans un excès sans s’exposer à tomber dans un autre.» Mais l'État ne peut subsister longtemps dans la tyrannie, régime de la violence et de la peur: le salut sortira de l’excès du mal, quand apparaitra le jeune tyran philosophe. Puis la période circulaire recommencers : « En supposant que le contraire de la tyrannie soit la mo-
(*) Cf. Horace :
« Aetas parentum, pejor avis, tulit Nos nequiores, mox daturés Progeniem vitiosiorem. »
C’est la théorie de l’éloignement progressif de l'âge d’or ou du regrès
généralement admise danx l'antiquité (cf. le Politique de Platon) et qui persiste jusqu'à la fin du xvwi° siècle,
uarchie (ce que Platon dit expressément), les cinq formes de gouvernement recommenceront-elles à se succéder dans le même ordre? C'est ce que Platon ne dit pas, mais cela estprobable (cf. Lois, 1v, 711*)... Cette conjecture est aussi celle d’Aristote » (:).
Telle est, en bref, la théorie platonicienne des générations politiques. Son originalité est indéniable, mais quelle en est la valeur ? Elle contient des éléments aventureux mêlés à des vues profondes et à des observations pénétrantes. Essayons d'en démêler les principaux traits.
Le postulat de Platon que la physionomie de l’État résulte du caractère de ses membres ne peut pas être sérieusement contesté : l’esprif d’un gouvernement procède de la mentalité des gouvernés. Il faut seulement assouplir la thèse de Platon et ne pas confondre la nature du gouvernement avec l'étiquette qu’il a prise : une démocratie de nom peut être foncièrement aristocratique, et un État qui s'intitule monarchique peut être essentiellement républicain (?). La classification des gouvernements proposée par Platon n’est pas entièrement satisfaisante et elle rece-
. vra dans la suite de nombreux amendements, mais le prin-
cipe en est juste : les fonctions sociales dérivent des besoins de l’homme (cf. les théoriciens modernes : Xénopol, Lacombe, G. Tarde, etc.). La prédominance de tel ou tel besoin explique le caractère de l'individu, et les individus ont les gouvernements qu’ils méritent. Chaque forme de gouvernement implique une mentalité spéciale des
gouvernés.
D'autre part, la théorie de Platon est subordonnée à l'hypothèse du regrès social ou de la corruption progres-
{) Esrnas, 0p. laudat., p.83. Cf. la note de la page 156. (2) Cf. les remarques de Covrxor sur la classification des gouvernements (Traité, L. IV, c. 10).
sive de l'humanité (c’est le dogme laïcisé de la chute originelle). Sur ce point, Platon partage les préjugés des anciens. Mais il faut bien comprendre sa pensée : il ne nie pas le progrès des connaissances, de la géométrie, par exemple, ni de la technique (Aristote reconnaît expressément le progrès dans la fabrication des instruments de musique); mais il ne croit pas que la connaissance purement scientifique influe sur la conduite et rende automatiquement l'homme meilleur et plus juste. Ce faisant, 1l ne renie pas l'héritage de son maitre Socrate, qui avait pourtant établi l'identité de la science et de la vertu, et déclaré que seule l'ignorance engendre la méchanceté. En effet, la science dont il s’agit est la connaissance morale de l'homme, la science de la vertu, cette science que Platon perfectionnera dans la République et le Philèbe. Socrate n’a jamais dit que le progrès « des lumières », le progrès de l'instruction moralisât les hommes ; il admet qu'il y a des connaissances abstraites auxquelles ne correspondent aucune opération, aucune théorie pratique ('). Comme Socrate, Platon distingue l’art de La conduite du domaine des sciences de la nature et des techniques qui en découlent. Bref, l'hypothèse du regrès moral est plausible, surtout si on envisage une faible portion de la durée. La politique n'est pas progressive comme la science (?) : La science politique peut progresser sans que l’art du gouvernement, qui est aux mains des empiriques, fasse lui-même de progrès. En politique, le coefficient indi-
(*) Cf. Espnnas, Technologie, p. 255. La théorie socratique de l'indépendance de l’art et de la science est plus Juste que la thévrie moderne de la subordination de l’art à la science.
(*) Nous distinguerons plus loin des séries sociales indéfinies (comme la science) et des séries alternantes ou périodiques (comme l’art) : la politique est du nombre de ces dernières. Sur le caractère irrationnel des formes politiques, je ne puis que renvoyer à Cournot : aucun gouvernement n'est fondé sur la raison, chacun a sa mystique.
viduel est prépondérant. Admettre le progrès continu de la politique, ce serait admettre le progrès continu de la moralité des hommes : quile soutiendra, à part quelques utopistes? Les passions de l’homme sont plus puissantes que sa science, et elles renaissent à chaque génération, sans cesse accrues de besoins et d’appétits nouveaux. Plus obscure et plus conjecturale est l'hypothèse des cycles historiques liée à cette théorie politique. Reprenant une imagination pythagoricienne, peut-être d’origine hindoue, Platon suppose qu’au boutd’une certaine période les événements humains doivent se reproduire dans le même ordre, de même que les astres se retrouvent aux mêmes points du ciel après une grande année ou une année parfaite (:). En effet, c'est une croyance généralement admise que la durée de la vie humaine et de ses phases est conditionnée par le mouvement des astres (astrologie) (*). Le
(:) République, 846, cf. Timée, 36° et 39°.
(*) Ces rêveries ne sont pas entièrement périmées, parce qu’elles ne sont pas sans fondement. La durée de la vie humaine dépend certainement de notre régime astronomique, et notamment de la révolution du soleil, Et le mot d’Aristote est parfaitement vrai : « C’est l’homme qui engendre l’homme, et Le soleil ! » Un économiste sérieux, Stanley Jevons, a tenté de rendre compte de la périodicité des crises commerciales (qui se reproduisent à peu près tous les sept ans: cf. Rapport de la Commission du ministère du Travail, août 4909) par les variations des taches sur le disque solaire. Le géologue viennois Bruckner a établi par la statistique que « depuis plusieurs siècles le climat de l’Europe occidentale parait présenter des oscillations régulières d'une durée moyenne de trente à trente-cinq ans, se partageant chacune en deux périodes égales d'environ dix-sept ans, l’une froide et humide, l’autre chaude et sèche ». D'autre part, les études spectroscopiques de Lockyer sur les protubérances solaires ont mis en lumière l'existence d'un cycle de trente-trois ans environ (qui se superpose au cycle undécennal de Sabine). L'accord entre le cycle météorologique et le cycle solaire était si remarquable que la question a été reprise par le D' Maldrum qui confirme l'existence de cycles de pluie d'environ trentetrois ans. (Cf Moreux dans la Revue générale des Sciences du 30 mars 1906, p. 283.) Comment ne pas remarquer la concordance entre ce cycle et celui des générations humaines ? En une série de volumes publiés depuis 1902 sous ce titre : Une loi historique, et précédée d’un ouvrage sur les Belges et leurs générations historiques, le capitaine de génie belge E. Millard a essayé
nombre qui mesure la durée de cette période a été appelé par quelques commentateurs le nombre nuptial, à cause de son influence sur les mariages et Les naissances. Voici le texte, assez énigmatique, de la Æépublique : « Vos magistrats donneront des enfants à l'Etat lorsqu’il n’en faudra pas donner. Pour les générations divines (mouvement des astres), la révolution est comprise dans un nombre parfait. En ce qui touche les hommes, il y à un nombre géométrique dont la vertu préside aux bonneset aux mauvaises générations. Ignorant la vertu de ce nombre, vos magistrats feront contracter à contre-temps des
d'établir que la vie des peuples se compose de « générations historiques » qui comprennent cinq phases d’envirun deux cent cinquante ans : une phase de formation, une d’agrandissement, une de malaise, une de grand éclat, enfin une phase de décadence. Maïs, comme la phase finale d’un cycle s’enchevêtre dans la phase initiale du cycle suivant, les générations historiques obéiraient à un rythme millénaire. Millard croit justifier ainsi la division de l’histoire par dizaines de siècles, comme d'autres justifient sa division par siècles. Ce qu'il y à d'’intéressant dans la tentative de Millard, c’est qu’il fait dépendre ces phases, comme son compatriote R. Bruck, d’une cause physique extra-terrestre : il s’efforce de rattacher ce rythme de l’histoire à des courants magnétiques régis eux mêmes par des phénomènes solaires. Il nous est difficile de juger les idées de Millard que nous ne connaissons que par les analyses d'H. Berre dans la Rerue de Synthèse historique (ct. La Synthèse en histoire, p. 32); nous ne pouvons que répéter à propos de Millard ce que nous dirons à propos de Benloew, de Ferrari, de Lorenz, etc. : avant d'établir des groupes de générations, il faut d’abord asseoir solidement la génération historique. Mais la théorie de Millard contient des éléments à retenir : une théorie psychologique de la succession (cf. Ferrari) et une hypothèse intéressante sur la dépendance du mouvement social vis-à-vis de l'évolution astronomique. Nous ne reviendrons pas sur ce problème qui a le tort d’être prématuré : car il faut établir le fait avant de rechercher sa cause. La plupart des théoriciens des générations ressemblent aux savants de la dent d'or! — Depuis, nous avons lu le dernier ouvrage de M. Mirrarn, Le Destin de l'Allemagne d’après le Déterminisme historique (Beaugency, chez Barrillier, 4918). Ce livre contient des suggestions intéressantes. M. Millard signale notamment l’exi-tence de cycles trentenaires dans le mouvement démographique, économique, littéraire, artistique, politique, etc. Mais il ne saisit pas l'importance de ce cycle qu’il subordonne à des cycles plus vastes; de plus, sa documentation est très disparate et son exposé, peu cohérent, contient plus de conjectures que de faits. Peu familiarisé avec la preuve scientifique, il prend souvent des coïncidences, qui peuvent ètre fortuites, pour des liaisons stables.
mariages d'où naîtront, sous de funestes auspices, des enfants d'un mauvais naturel » (1).
Quel est ce nombre? Aristote, mauvais géomètre, parait comprendre sans difficulté le passage de Platon, qui est obscur pour nous, parce que nous ignorons le vocabulaire mathématique de l'époque. Mais les commentateurs, empêtrés dans leurs calculs, ont embrouillé la question à plaisir ! Suivant P. Tannery, le nombre nuptial est de 2.700 ans; suivant Rothlauf, de 7.500 (les 3/4 de 10.000 ans) ; suivant J. Dupuis, d'abord de 21.600 ans, puis de 760.000 ans (?). — Pour comprendre le texte de la République, il faut d'abord distinguer le nombre nuptial de la grande année. L'idée de Platon est que tout est soumis à des révolutions circulaires, et qu'il y a un cycle des générations comme il y a un cycle des mouvements du-ciel. Le texte qui précède l'indique clairement : «Il y à des retours de fécondité et de stérilité pour les plantes comme pour les animaux, et ces retours ont lieu quand l’ordre éternel ramène sur elle-même, pour chaque espèce, sa révolution circulaire, laquelle s'achève dans un espace ou plus court ou plus long, suivant quela vie de ces espèces est plus courte ou plus longue... (*) ». Donc, la durée de la génération humaine est proportionnée à la durée de notre vie, et l’époque de la fécondité normale est assignée par la distinction des âges humains, qui est sous la dépendance des révolutions célestes. Les idées de Platon sur ce point, comme plus tard celles d’Aristote, devaient provenir de l’école pythagoricienne, d’après laquelle l'apogée (acmé) de l'homme se produit vers 35 ans,
() République, 540" ot °, trad. Saisset, p. 390.
6) 3. Dueus, le Nombre géométrique de Platon à la fin de sa traduction de Theon de Smyrne, pp. 365 à 400. — Cf. la traduction de la République, par V. Cousin (t. X des (Œuvres de Platon, p. 322).
(5) République, 546*.
etsa décadence sexuelle vers 70ans. « Aucinquième septenaire (7 X 5), il est temps pour l'homme de songer au mariage et de chercher à laisser des enfants après lui (:).» Entre 35 et 70 ans, il y a 35 ans, chiffre qui concorde à peu près avec celui d'Hérodote qui exprimait la durée d’une génération virile. 11 ne faut pas oublier que pour Platon chaque forme politique dure autant qu'une génération, ni plus, ni moins. C’est le chiffre de 35 ans (ou de 33 ans) qu’il faut multiplier par 5 pour obtenir la durée de la période politique, soit environ 175 ans (ou entre 165 et 175 ans). Ce chiffre, à son tour, est probablement un sous-multiple du nombre qui mesure la grande année. — Ces inductions sont conformes à l'esprit du texte de Platon, si elles ne sont pas conformes à sa lettre, ce que nous ne voulons pas rechercher ici. En tout cas, les commentateurs versés dans l'étude de la géométrie grecque doivent tenir compte de cette donnée, s'ils veulent obtenir une leçon satisfaisante d'un texte qui a exercé en pure perte leur sagacité. — De ces rêveries astrologiques et numériques, en relation étroite avec Iles connaissances mathématiques de Platon, retenons simplement ce fait que le philosophe de la République a compris l'importance de l’âge de la conception sur la qualité des générations viriles, et qu'il a pressenti le rapport de la durée de la génération humaine et de ses multiples avec les mouvements astronomiques.
La véritable originalité de la théorie de Platon réside dans ce fait qu’elle est à la fois psychologique et sociale. Elle repose sur une éfhologie bien curieuse. Suivant Platon, il y aurait cinq types d'hommes: les justes, les ambitieux, les ploutocrates, les licencieux et les tyrans; et Ja prédominance de tel ou tel type détermineraitla forme
(5) Elégie de Solon, conservée par Philon et par Anatolius.
du gouvernement. Cette classification des caractères humains a probablement sa source dans l'observation des révolutions, si fréquentes dans les cités grecques. On peut discuter les analyses de Platon dans le détail, ou contester le nombre des types: il ne semble pas qu’on ait tiré de sa thèse tout le parti désirable (!}. Mais le trait de cette théorie qui nous intéresse le plus ici est son rapport avec la succession des générations. On désirerait plus de netteté sur ce point capital. Platon admet que les fils ne ressemblent pas aux pères ; il dit même, à plusieurs reprises, que les fils prennent ordinairement le contrepied des idées de leurs pères. Mais que faut-il entendre par le contraire? Ce principe n’explique pas également bien le passage de l'aristocratie à la timarchie, ou de la timarchie à l'oligarchie; à le prendre strictement, on devrait passer sans transition de Ia monarchie à la tyrannie qui est juste son opposé (?). La théorie des contraires tient une grande place dans la philosophie platonicienne, mais on voudrait posséder la science positive des contraires. Enfin, le rythme platonicien des générations politiques paraît trop rapide ou trop court : chaque génération voit-elle un changement de gouvernement? Le fait est peut-être apparent dans l'histoire des cités antiques à population très restreinte, mais il ne se vérifie pas dans nos sociétés modernes. D'ordinaire, l'expérience collective s’acquiert plus lentement que l'expérience individuelle, et c'est heureux, car la vie de l'humanité ne peut
(:) Peut-être il y a-t-il une réminiscence de cette thèse chez Montesquieu qui assigne à chaque gouvernement sa vertu : à la monarchie, l‘honneur ; à la tyrannie, la crainte; à la démocratie, la vertu (amour du bien général ou dévouement à la chose publique). Au reste, dans sa classification politique, Montesquieu s'inspire plutôt d’Aristote et de Polybe; sa conception de la démoeratie est très différente de celle de la démagogie platonicienne.
(*) C'est ainsi que raisonne Macuravez (Discours sur Tite-Live, T).
s'accommoder d’un état catastrophique permanent. La famille peut se transformer d’une génération à la suivante : pour qu’un grand corps change, plusieurs générations sont généralement nécessaires; car les résistances du passé sont plus fortes que dans la famille, étant incarnées dans les institutions; les masses se convertissent plus lentement qu’une poignée d'individus, et les novateurs, en petit nombre, doivent gagner la plupart des esprits à leurs idées avant de pouvoir les réaliser. Les fautes politiques sont moins tangibles que, par exemple, Les fautes pédagogiques.
La théorie de Platon comporte donc de sérieuses retouches, mais elle est d’une richesse qui justifie l’attention que nous lui avons accordée. Elle ne méritait ni les sévérités d'Aristote, ni le discrédit dans lequel elle est tombée par la suite ! Seul chez nous, M. Espinas l’a jugée avec impartialité : « Ces genèses d'hommes timarchique, oligarchique et démocratique, éerit-il, ont quelque chose d’artificiel et de fictif; car qui ne voit que l'ordre dans lequel apparaissent ces personnages et la succession de leurs états psychologiques, n'est rien moins que nécessaire ? Quant à la succession des formes de gouvernement, l'observation est peut-être plus sérieuse. C’est une chose très singulière que M. Fustel de Coulanges ait pu, dans un tableau très positif des révolutions de la Grèce, adopter à peu près l'ordre présenté par Platon. Ainsi je lis à la table de la Cité antique : « Première révolution : « l'autorité politique est enlevée aux rois qui conservent « l'autorité religieuse. L’aristocratie gouverne les cités. « — Deuxième révolution : la gens se démembre. — « Troisième révolution : la plèbe entre dans la cité, une « aristocratie de richesse essaye de se constituer. — « Établissement de la démocratie, quatrième révolution. « — Riches et pauvres. La dénosraté périt ; les tyrans
« populaires. » Les cadres de Platon seraient-ils done dans l'ensemble historiques”? » Et, après avoir rappelé Les objections d’Aristote et la théorie de Ferrari, M. Espinas conclut : « Dans l’état actuel de la science, on ne peut rien dire de certain là-dessus (‘). » Ainsi raisonne Cournot à propos des vues de Dromel, et c’est la seule attitude scientifique, en présence d’une théorie proposée par une haute intelligence. Ajoutons que l'historien Polybe (postérieur de deux siècles à Aristote dont il adopte à peu près la classification politique) reprend l’idée platonicienne de la rokraûy évaxuxlôaic : 11 admet le changement de la monarchie en aristocratie, de celle-ci en oligarchie, puis en démocratie, enfin de la démocratie en tyrannie qui, par ses excès, ramène la monarchie. Ces changements ont lieu « quand surviennent des hommes nouveaux », «quand la puissance passe des pères aux enfants », « quand la démocratie se trouve aux mains des petits-fils de ses fondateurs » (). C’est pourquoi nous ne saurions nous rallier à l'interprétation de M. L. Robin qui éerit : « Chacune de ces formes politiques s'éloigne plus ou moins de l’organisation juste, telle que la raison permet de la concevoir (sans contredit !), et la suite chronologique de ces formes, aussi bien que les échelons de la ligne généalogique, symbolise à la fois le degré de cet éloignement et l’ordre dans lequel se produisent les manifestations complexes qui mènent à chacun de ces
(*) Op. laudat., p. 136, en note. Sans s’en douter, Ferrari reprend les vues de Platon avec cette différence qu’il admet à chaque trentenaire un changement de gouvernement et non plus de forme politique. C'est un perfectionnement heureux de la théorie.
(2) Pozvse, Histoires, VI, 7-9. Il serait intéressant de suivre le prolongement de cette doctrine chez Plularque (Le Destin, $ 8), Cicéron, Tacite, Sénèque (Lettres à Lucilius, LXXI), Averroës, Machiavel, Vico, etc. Mais cet historique ne ferait pas avancer d'un pas la solution scientifique du problème qui nous occupe.
degrés. Derrière l’affabulation historique, il faut chercher surtout un enchainement logique et un ordre de perfection (‘). » Platon, qui était un poète en même temps qu’un observateur, a conté sur l’origine de la société des récits allégoriques, mais nulle part il ne présente comme un mythe sa théorie des générations politiques; que dis-je? c'est une des pièces les plus positives de sa politique théocratique. Aristote, d’ailleurs, la prend très au sérieux, bien qu'il ne la partage point.
C'est au chapitre X du livre cinquième (huitième de l'édition Susemihl) de la Politique qu’Aristote critique la théorie de son maitre sur les révolutions et la succession des gouvernements : « Platon, dit-il, prétend que rien ne peut se maintenir parce qu'il doit toujours survenir des changements après une période donnée, et que cela arrive lorsque les nombres dont les quatre tiers de la base ajoutés à 5 font deux accords quand le nombre de cette figure devient solide : attendu qu'alors la nature produit des êtres dépravés et qui résistent à toute éducation (?). » Contre cette doctrine, Aristote formule d’abord
(*) Platon et la Science sociale, in Revue de Méta. el de Mor., mars 1913, p. 241.
(*) Politique, 1316", 4 et sq. Nous traduisons ce texte différemment de Thurot, de J. Dupuis et des autres traducteurs ou commentateurs. Essayons, à notre tour, de donner sa signification numérique, bien qu’elle ne soit pas essentielle à la théorie de Platon. Platon dit : « Gv £térotros ruôuhv œubuyelc repmadt vole adEnfels, napéyetat Oo &puovias » (Republ. 546°). Aristote traduit : « üv émtotos muiluhy reumide oubuyslis Ôdo Gpuoviac rapéyerat, Aéywv Gray à Toÿ btaypépuaros aptÜuds Toërou yévnrat srepeds…. » (Polt., 1316*, 6) la fin de sa phrase expliquant le toi aÿEnfeis de Platon.— Je suppose que Platon propose une deunette du genre de celle-ci : « Je pense un nombre, je l'élève au carré, je prends les 3/4 du carré. etc., et j'obtiens tant; quel est le nombre que j'ai pensé ? » Les enfants s’en posent de telles. Et les plus grands esprits n’ont pas hésité à recourir à de pareils sublerfuges pour déguiser leurs découvertes : voyez Descartes, Newton, Leibniz, ete. Ceci étaut posé, je suppose que la base cherchée (ruôuhv) est 33 ou précisément 32 ans 1/+, durée d'une génération humaine. Les 4/3 de ce nombre = 43 ; en y ajoutant 5 on obtient 48 ; 48 X par 3 donne 144, nombre très remarquable
une objection de principe : « Dans l'intervalle de temps où Platon prétend que tout change, ce qui n’a pas commencé à exister en même temps, change néanmoins dans ce moment-là, et un être né le premier jour de la catastrophe y sera compris comme les autres (1). » Mais il allègue surtout des exemples et des faits précis, tirés de sa merveilleuse connaissance des révolutions grecques. « L'historien, dit-il, ne constate pas cette succession régulière des gouvernements. » IL arrive souvent que « les « gouvernements prennent une forme contraire à celle «qu’ils avaient, plutôt qu'une forme voisine (?) » ; ainsi l'aristocratie peut engendrer la tyrannie au lieu de la timarchie (*). Enfin, Platon ne dit pas si la tyrannie change ni en quelle forme : « Suivant Platon, le changement de la tyrannie devrait ramener à la première forme et à la plus excellente, alors ce serait un cercle sans interruption (‘). » Cependant, en fait, la tyrannie se change aussi en tyrannie, ou en oligarchie ou en démocratie.
Aristote n’admet pas plus la classification platoni-
puisqu'il est le carré de 12, et que 12 lui-même est la somme des côtés du triangle rectangle (3, 4, 5) qui avait été étudié spécialement par Pythagore et dont il avait marqué le rapport avec sa loi des accords musicaux. Je ue puis décider si cette solution cadre avec la fin du texte de la République : c’est aux mathématiciens qu'appartient ce contrôle.
Peut-être Platon, fier d’avoir trouvé la durée d'une génération, voulaitit dissimuler ce nombre ? Peut-être l’avait-il appris, comme Hérodote, dans son séjour en Égypte, de la bouche des prêtres mystérieux ? En tous cas, il le déguise volontairement.
&) Politique, 1316", 14 eb 19, traduct. Thurot, p. 383. Si nous comprenons Aristote, il veut dire que dans l'hypothèse platonicienne tous les individus englobés dans une période changent en même temps à la fin de la période, quoique étant d'âge inégal : car les uns sont nés au début de la période, les autres au milieu, d’autres à la fin. C’est l’objection — très forte en effet — qu’on adresse communément aux théoriciens des générations. Nous l’examinerons en son lieu.
(2) Politique, 1316*, 18-20; traduct. Thurot, p. 383.
{:) Ctra Politique, 1306°, 17, sq.
(&) Politique, 1316*, 28.
cienne des gouvernements que leur succession périodique. Mais, à part l’objection générale qui n'est pas insurmontable (nous le verrons), ses critiques, toutes extrinsèques (‘), n’atteignent pas la proposition qui sert de support à la doctrine de Platon. Bien plus, sa réfutation semble parfois la supposer, par exemple quand il constate le passage d'un gouvernement au gouvernement opposé. On pourrait relever dans la Politique maint texte qui cadrerait avec ce principe, tel celui-ci : « Dans les oligarchies, les fils des hommes au pouvoir vivent dans Ja mollesse, tandis que les enfants des pauvres, s’endurcissant au travail et à la fatigue, finissent par devenir assez forts pour renverser le régime établi (*}. » Aristote va même jusqu'à admettre l'idée du retour éternel (*}. S'il croit à l’'enchevêtrement des générations humaines, il estime, lui aussi, que l’époque des naissances n’est pas indifférente : « La naissance des enfants, écrit-il, aura lieu successivement dans Le temps où les uns commencent à entrer dans la vigueur de l'âge (‘), jusqu’à l’époque où les autres, arrivés au déclin de leur vie, approchent de leur septantième année (‘).» Un intervalle d'environ trente-cinq ans séparerait donc les petitsenfants des enfants (c’est le même rapport que chez Platon). On se demande si Aristote a vraiment pénétré la doctrine de son maître (guandoque bonus dormitat Homerus !), ou s'il n'a pas été arrêté par une formule mathé-
(‘) Aristote qui procède comme le naturaliste et qui avait réuni une prodigieuse collection de Constitutions, est surtout frappé par la variété des formes politiques. Chaque espèce de gouvernement distinguée par Platon se démembre en plusieurs variétés. Sous les appellations semblables, Arietote discerne les différences et catalogue les révolutions historiques.
(5) Politique, 1310*, 22-28; traduct. Thurot, p. 463.
(°) Politique, 1329°, 26-27.
(s) C'est-à-dire entre 30 et 35 ans (Rhétorique, K, 14).
(") Politique, 1335*, 32-35; traduet. Thurot, p. 492,
matique que sa science ne lui permettait pas d’élucider.
La théorie platonicienne était-elle prématurée, ou Aristote lui a-t-il porté le coup de grâce ? Ce qu'il y a de sûr, c'est que les successeurs de Platon en ont méconnu le sens profond et n’en ont gardé que les idées les plus aventureuses (!). D'ailleurs, après Aristote, la spéculation grecque ne tardera pas à perdre son caractère désintéressé et à s’enliser dans les recherches utilitaires.
La Renaissance, qui fut si avide d’érudition, a dû ressusciter la thèse de Platon. Et celui qui aurait le loisir de secouer la poussière des nombreux traités politiques du xv°et du xvi° siècles, y rencontrerait sans doute des indications sur ce sujet, d'autant plus que la coupure des générations fut particulièrement nette à cette époque. Le fameux passage de Platon est médiocrement commenté par Bodin, mais nous n'avons pas compulsé toute sa République (V. sa théorie des Révolutions, au chapitre nr du livre IV).
L'érudit allemand G. Steinhausen (°) a signalé un passage curieux de Joh. Olorinus dans son Æ#hnographia mundi. Le voici transcrit ir extenso :
« Also der Olorimus spricht in seiner Vorrede zur Neuen Welt ; 2 Auflage, Magdeburg, 1614 :
(*) 11 serait intéressant de savoir si les Grecs (à la suite d'Hérodote ou de Platon) ont appliqué à l’histoire pragmatique la division par générations. Suivant Lorenz (t. II, p. 187) ce serait le cas de Diodor von Ephorus (?). Lorenz veut sans doute parler de Diodore de Sicile qui, dans sa Bibliothèque historique, s’est inspiré, pour la partie relative à la Grèce, d'Ephore et de ses successeurs. Ephore avait écrit des Ærstoires allant du retour des Héraclides au siège de Périnthe (340) et embrassant 570 années divisées en 30 livres (soit une moyenne de 19 années par livre, chiffre conforme à la durée du cycle de Méton ou nombre d’or); chacun des livres, au dire de Diodore, avait une certaine unité naturelle, « tüy R(6Awy Éudotnv memoinzs mepuéyelv xaTa yÉVOs Tùç, npdéets. » — Lorenz cite également (t. Il, p. 183) un certain Vauclerus (?) pour qui la génération a une durée de trente ans.
(@) Zeitschrift für deuische Kulturgeschichte, 189%, vierte Folge, B° 1, $ 350 : cité par Bernheim.
NENTRÉ he)
« Aber wenn man cs beym Licht ansehen und die Wahrheyt bekennen will, so ist fast alle Fünfzig Jahre eine neue Welt, nicht allein was die Menschen an sich selbst, sondern auch was ihre Qualitet belanget, und scheinet gleich fatalis Germaniæ periodus zu seyn, ja es sollte wol dieser periodus so lange nicht wehren, sondern in die Enge gezogen werden, wie wir dessen alle, so da etwa kaum das 40 Jahr erreichet haben, werden Zeugnis geben müssen (‘). » Ainsi, selon Olorinus, le monde est renouvelé chaque cinquante ans au plus, par le changement, non seulement des personnes qui font l'histoire, mais encore de leur individualité.
Mais c’est là un texte isolé, et il faut attendre le philosophe du Progrès de l'Humanité (*), pour trouver une suite de considérations de quelque importance sur le sujet qui nous occupe. La cinquantième leçon (Statique sociale} et surtout la cinquante et unième (Lois fondamentales de la dynamique sociale) du Cours de philosophie positive posent avec netteté le problème des générations humaines.
Selon A. Comte, le « phénomène principal » de Ia sociologie, celui qui établit avec la plus haute évidence son originalité scientifique, est « l'influence graduelle et
() Traduction : « Pour celui qui vent voir clair et reconnaître la vérité il y a environ tous les cinquante ans un monde nouveau, non pas seulement en ce qui concerne les hommes pris en eux-mêmes, mais aussi en ce qui concerne leurs qualités; et il paraît également exister un cyrele fatal de la Germanie : à dire vrai, ce cycle ne doit pas mème durer si longtemps mais il faut le diminuer, comme peuvent en témoigner les hommes (moi compris) qui ont à peine atteint la quarantaine. » Comme on le voit, les textes relalifs aux géuéralions humaines (qu'ils soient grecs. allemands ou français) ne sont pas d’une interprétalion facile | Olorinus semble avoir emprunté l'expression fatahs (iermaniæ periodus à un historien latin, mais lequel ? Son témoignage est remarquable, car la cassure de 1614 est une des plus neltes qui soient.
@) Si l'on excepte ua historien français du xvu siècle, Soulavie, sur lequel nous reviendrons. Ê