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On a défini le romantisme par « l'émancipation entière et absolue du Moi (1) ». La formule est séduisante, mais équivoque. Car le mot « individualisme » recouvre au moins trois significations. L’individualisme, c’est d’abord et avant tout l’autonomie de la volonté, la suffisance de l'individu qui puise en lui-même sa loi, la loi de sa vie : c'est ce qu'on a appelé plus tard le partieularisme. Individualistes en ce sens, les romantiques ne le furent guère, à part Vigny, bien qu’ils aient eu la hantise du surhomme, de Napoléon : ils saluent, de loin, la génération de Louis XIIT et de la Fronde, qui a produit de grands caractères, mais c’est par impuissance de les égaler. Être individualiste, c'est encore secouer le joug de l'autorité intellectuelle et n’admettre pour règle que l’évidence personnelle. Individualistes en ce sens, les romantiques ne le furent à aucun degré : ils ne pensaient point, et faisaient profession de mépriser la science; cet individualisme était, d'ailleurs, celui des classiques et surtout des « philosophes » qu'ils confondaient dans une haine commune. Mais, si l’on entend par individualisme l'émancipation du moi inférieur, la liberté des sens et La fantaisie de l’image, oh! alors on peut dire que les romantiques furent des individualistes forcenés. Le romantisme est essentiellement l’éréthisme de la sensibilité et le débordement de la passion : c'est la religion de l'amour. Cette forme de l'orgueil, de l’égoïsme ou de l’égotisme, comme on voudra, est précisément le contraire des deux autres, et la plus dangereuse des trois pour la santé d’une nation, celle qui faisait dire à Goethe : « j'appelle classique le sain, et romantique lemalade. » Nous avons déjà rencontré deux ou
(*)} L'expression est de Brunetière. Faguet voit plus juste quand il écrit que « le romantisme avait pour fond l'horreur du réel et le désir d'y échapper ».