‹ Les Générations SocialesChapitre 8 sur 53 · FERRARI · texte numérisé non relu

FERRARI

On en compte deux principaux : l'Italien G. Fer-

rari (1874), et l’Autrichien O. Lorenz (1886) auquel il faut joindre Rümelin. Ils s'ignorèrent mutuellement, et tous deux ignoraient J. Dromel (1862). C’est une chose singulière que cette accumulation de théories considérables sur les générations dans l’espace d'une vingtaine d’années. L'indépendance de ces théories est une présomption en faveur de leur mérite, et leur coïncidence un indice de la maturité du problème. El semble, d’ailleurs, que toutes trois aient surgi dans le sillage du positivisme, qui fut une onde de pensée vraiment européenne. Les attaches de Dromel et de Ferrari avec la doctrine d’A. Comte sont visibles, mais leurs théories sont plus aventureuses et moins posifives que celle de Lorenz : celle-ci dérive de la spéculation exclusivement allemande sur l'histoire et des travaux historiques de l’auteur. Quand elle parut, le positivisme s’infiltrait en

N° arrivons maintenant aux théoriciens étrangers.

Allemagne depuis quelques années, en réaction contre le romantisme des successeurs de Kant, et il n'est pas invraisemblable que le comtisme ait imprégné l'ambiance intellectuelle de Lorenz.

Quant à Ferrari, il respira de bonne heure le positivisme en France, avec d’autant plus d’aisance que cette philosophie prolongeait sa formation antérieure. Issu du développement des sciences expérimentales, le positivisme aurait dû, semble-t-il, trouver dans le pays de Galilée son premier et son plus vigoureux épanouissement. En effet, il existait à l’état diffus en Italie, dès la fin du xvin° siècle; et, au commencement du xix°, V.de Grazia formulait quelques-unes des thèses cardinales d’A.Comte. Mais les esprits avaient alors d’autres préoccupations (‘), et les principes ne rencontrèrent pas l’homme qui aurait pu les systématiser et leur donner un puissant relief.

Giuseppe Ferrari (1812-1876) (°) subit à la fois l'influence de Vico et de Romagnosi d'une part, celle de Saint-Simon et de P. Leroux d’autre part. Il fut l'élève de Romagnosi, connu surtout comme sociologue, et qui publia en 1834 à Florence un livre intitulé : Des lois de la civilisation : « Personne, écrit A. Espinas, pas même Auguste Comte, n'a parlé en termes plus exacts et plus

(*) M. A. Espinas dans sa Philosophie expérimentale en Italie (c. T*} a bien.

analysé les causes qui retardèrent l’essor du positivisme au delà des Alpes et arrêtèrent pendant plus de vingt ans le progrès de la philosophie expérimentale. Cet exemple montre combien la vie politique d'une nation influe sur sa production philosophique.

(*) Nous ne raconterons pas l’existence longue et agitée de Ferrari, et nous n'exposerons pas sa philosophie qui a pour centre la philosophie de l'histoire. Sur le premier point on consultera avec fruit la Grande Encyclopédie (l'article ne fait aucune allusion à la théorie des périodes politiques qui est la pensée maîtresse de Ferrari !) ; sur le second, on lira avec intérêt M. A. Espinas. Disons seulement que Ferrari avait un tempérament fougueux et des opinions politiques avancées : il était partisan d’une république italienne fédérale, et les guelfes modernes ne lui pardonnaient pas ce vieux rève gibelin. Ce fut un grand ami de la France révolutionnaire.

Page 1