‹ Les Généraux morts pour la patrie, 1792-1871Chapitre 7 sur 57 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

On prononçait l'éloge de Marceau, de Joubert et de Desaixdans les sociétés littéraires (i).

En même temps qu'on exaltait les chefs, on déclarait que les armées avaient bien mérité de la patrie, on offrait à la jeunesse l'exemple de Bara et de Viala, et on popularisait par les images les hauts faits de nos soldats (2).

Bonaparte, devenu premier consul, fit décréter, le 27 ventôse an VIII (20 mars 1800), l'érection, dans chaque chef-lieu de département, d'une colonne à la mémoire des braves du département morts pour la défense de la patrie et de la liberté (3). Celle du département de la Seine devait être élevée sur la place Vendôme, tandis que, sur la place de la Concorde, une grande colonne nationale conserverait les noms de ceux qui auraient rendu des services d'une importance majeure (4). Le 27 juin 1800, les consuls déci-

(i) Cf. les éloges historiques de Marceau, de Joubert et de Desaix prononcés par Joseph Lavallée dans des séances de la Société philotechnique. — Notons aussi que les traits de ces héros étaient popularisés par la gravure. Le portrait de Marceau par son beau-frère Sergent est un des plus remarquables spéciments de cette iconographie des guerriers morts pour la patrie.

(2) Il faut citer le Recueil des actions héroïques et civiques des républicains français, par Léonard Bourdon, qui, par décret du 13 nivôse an II (2 janvier 17<)4'I, fut envoyé, en placards et en cahiers, aux municipalités, aux armées, aux sociétés populaires et à toutes les écoles de la République, et que chaque instituteur devait lire publiquement les jours de décades et faire apprendre aux élèves, et le Premier et le Second tableau des campagnes des Français, publiés par Carnot en Tan III et en Tan V.

(1) Il est bien entendu que dans cet exposé rapide je ne signale que les décrets, monuments et ouvrages concernant les généraux frappés sur les champs de bataille.

(4) Voici les principaux articles du décret :

o Article premier. Il sera élevé, dans chaque chef-lieu de département, sur la plus grande place, une colonne à la mémoire des braves du département morts pour la défense de la patrie et de la liberté.

« Art. 2. Sur cette colonne seront inscrits les noms de tous les militaires domiciliés dans le département qui, après s'être distingués par des actions d'éclat, seraient morts sur le champ de bataille.

« Art. 5 A Paris, outre la colonne du département de la Seine,

qui sera élevée sur la place Vendôme, il sera érigé une grande colonne nationale au milieu de la place de la Concorde.

« Art. 5. Les noms des militaires morts après avoir rendu des services d'une importance majeure seront inscrits sur la colonne nationale. •>

INTRODUCTION xiii

dèrent que le corps du général Desaix serait transporté au couvent du grand Saint-Bernard, où il lui serait élevé un tombeau. Le 15 août, ils prirent l'arrêté suivant :

« Les noms des militaires qui auront obtenu des sabres, des fusils, des mousquetons ou carabines, des baguettes, des trompettes ou des grenades d'honneur, seront inscrits sur une table de marbre, dans l'enceinte du temple de Mars, avec désignation du département et de la commune où ils sont nés. »

Le 22 septembre 1800, les cendres de Turenne furent transportées solennellement aux Invalides et le ministre de la guerre, Carnot, confondit dans un même hommage les guerriers tombés pour la défense de la patrie à toutes les époques de notre histoire. La Tour d'Auvergne, qui avait refusé le grade de général, en eut tous les honneurs funèbres. Un monument fut élevé par souscription à la mémoire de Desaix sur la place Dauphine à Paris (i).

Napoléon ne manqua pas une occasion de stimuler le zèle militaire des Français, devenus ses sujets. Après la victoire d'Austerlitz, il donna à une place et à quatre boulevards de Paris les noms du général Roger-Valhubert et des colonels Bourdon, Lacuée, Mazas et Morlant, qui avaient péri dans cette bataille. Un quai s'appela Debilly, en mémoire d'un général tué à Auerstaedt. L'ordre fut donné d'élever une statue colossale à D'Hautpoul avec le bronze des canons conquis sur l'ennemi par cet intrépide cavalier. Les restes de Lannes furent déposés au Panthéon, Le 9 mars 1810 un décret de Napoléon prescrivit que huit statues colossales de généraux tués sur les champs de bataille seraient exécutées en marbre

(i) Il a été démoli sous le second empire lors de rédification du nouveau palais de justice. La troisième République ne devrait-elle pas rétablir un monument dû à une souscription nationale?

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