I.B8 r.EitB d'aideiiooif
» Au reste» la damo Chahoin est aussi peu femme 10 possible. On s'accorde à dire que ses mœurs ont jamais été suspectées, ni au temps où elle ilpail les remplaçants, ni depuis. Elle ne s*est ja- \is occupée des hommes que pour les rouler... )ilà la femme.
— lîllle n*est pas très propre, dit le receveur.
— Non, mais elle est très riche.
> Chose digne de remarque, reprit M. Farguette» li y a encore ici quelques sentiments généreux,
• piolques hommes de caractère, c'est dans le peuple
• jifil faut les chercher. J'en connais quatre ou cinq:
! cordonnier, ancien proscrit de Décembre; un açon, un forgeron, un pauvre journalier qui reliise de travailler pour le château : et puis voire propriétaire, honnête artisan, républicain depuis Transnonain, mais cerveau un peu fumeux, qui s'est ruiné avec des inventions qui toutes devaient le conduire ù la fortune... Il y en a peut-être quelques autres... Pourtant je ne le crois pas.
M. Lefrancci regardait le pharmacien pendant (rail parlait. Son regard loyal s était attristé subitent, et sa figure exprimait le scepticisme doulouux de rhomme qui n'a plus d'illusions.
— Vous n'avez pas dû vous amuser dans ce 1 «ys ? demanda-t-il.
— Non. Mais co n'est pas cela que je regrette : la \ ie n'est pas une partie de plaisir. Tous mes regrets
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vont à un idéal de société humaine dont nous sommes loin ici...
— Mais n'avez-vous pas essayé de réagir conti\ le déplorable esprit des indigènes ? interrogea le receveur.
— Si, malheureusement en vain. Je suis du conseil municipal, et j'ai voulu, à plusieurs reprises, mettre la paix entre les deux sections de la commune, Auberoque et Charmiers. Résultat : au figuré, j'ai été traité comme monsieur Robert par Sganarelle et sa femme. J'ai tâché de faire comprendre à toys ce que c'est que la droiture, le désintéressement, le patriotisme, la dignité du citoyen ; mais c'est comme si j'avais parlé mandchou à ce monde-là : ils n'ont d'intelligence que pour leurs intérêts et d'ardeur que pour la satisfaction de leurs haines.
— Je m'étonne alors que dans un pareil milieu vous ayez été élu conseiller municipal.
— C'est, répondit M. Farguette en souriant tristement, qu'ils ont à peu près tous un conqpte à la pharmacie...
— Quel diable de pays ! lit le receveur en se lovant.
— - Ah 1 ici, il faut se suffire à soi-même et calmer ses regrets et ses rancœurs au moyen de quelque inncconte manie... Moi, je fais un herbier, ajouta M Farguette, en monlrnntles feuilles éparscs sur la table.
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0 ^lisait le receveur on s'en allant, jo no s pas, c'est un fichu pays... >
I monlro : « J*ai encore to toni{s du Il iiiiiii piupriélûire ; c'oâl raiïuiro do ciiH| mi iitos. •
Ht, au liou de rentrer chez lui, il alla frapper à lo trto voisine.
Une jeune fiilo vint ouvrir et lo iil entrer.
— Uonsiour Dcsvars est-il visible, mademoiselle?
— Mon père est sorti, monsieur, mais il ne tar- • I ra pas à rentrer : veuillez vous asseoir.
Le receveur prit la chaise que lui oiïrait madcoisollo Desvars et s'assit en jetant un coup d'utl ir l'appartement.
C'était une grande pièce d'autrefois, garnie de
oux meubles en assez mauvais état. Au milieu était
table harlonguc i\ pieds tors, vermoulue, sur la-
> était posé un pii iiol do faïence contenant un
)uquet de chrysanthèmes communs, du pays. Le
lancher était usé, inégal, et les murs blanchis à la
laux, tout nus. Au fond, un large lit « à l'ange »,
vec un ciel et des rideaux dp serge jaune. Du côté
pposé, la vaste cheminée» avec ses coins-de-feu
ûllés, gardait un petit tas de cendres entre deslan*
ors de fer. Une vieille « lingère » occupait le mi-
u d'un des cùtés delà chapil^ro, et élevait sa cor-
pros(|uc jusqu'aux solives du p^foud- Pans
un cqin, un de ces coffres aucieus q^i servaient à la
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fois d'armoire et de siège, et quelques lourdes chaises, le long des murs, complétaient l'ameublement, tant bien que mal. Dans l'embrasure de la fenêtre sans rideaux, donnant sur le jardin du côté du vallon, la jeune fille travaillait au raccommodage des bardes paternelles.
M. Lefrancq fut frappé de la grâce et de la distinction de mademoiselle Desvars.Elle était grande, et son corps aux formes élégantes et chastes était comme moulé dans une pauvre petite robe noire, bien usée, qui tombait en plis droits, car elle ne portait pas de crinoline. Sa belle tête était chargée de cheveux d'un noir bleu qui encadraient d'épais bandeaux une figure au teint mat, un peu triste, où brillaient, comme deux étoiles, de beaux yeux d'un vert lumineux. Ces yeux d'une étrangeté sympathique, ombragés de longs cils noirs, avaient un charme indéfinissable et captivant ; et, tandis qu'il les admirait discrètement, des vers de Marot vinrent chanter dans la mémoire du jeune homme ;
La duchesse de Nevers
Aux yeux verts.
Pour l'esprit qui est en elle, Aura louange éternelle,
Par mes vers !
Mademoiselle Desvars ne paraissait pas contrariée d'avoir été surprise dans une occupation aussi prosaïque que le ravaudage de vieux vêtements, et ce
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fut avec aisanco qu'elle plaça son ouvrage sur une chaise on face do la sienne, où des vestes déchirées et des gilets sans boutons attendaient leur tour. Il lui semblait tout indiqué do faire ce travail de réparations qui dans les familles pauvres incombe aux femmes.
Devant la grâce simple et la dignité modeste de la jeune fille, le receveur éprouva une sensation de bien-être : cela le reposait des vaniteuses demoi selles Caumont et de Tanglomanio de mademoiselle Monturol.
— Je vois avec plaisir, mademoiselle, lui dit-i! après les premières politesses, que vous ne dédaignez pas les vulgaires travaux des bonnes mena-