LE CONGRÈS DE LA PAIX
Le sourire se glaça sur les lèvres d'Armand. Il resta un instant comme si un coup violent lui eût heurté le crâne. Sa face était blême, et, quand il ee leva, ses jambes cbancelèrent.
« Vous avez dit ?. . . b'albutia-t-il entre ses dents convulsivement serrées.
— J'ai dit, l'interrompit Manuel d'un ton triste, mais décidé, que Mlle Clotilde Bén^d....
— Ne répétez pas ! » ordonna Armand qui lui serra le bras.
Manuel se tut.
Armand se couvrit le visage de ses mains, puis il dit :
« Vous avez trahi le secret d'une femme. Si c'est vanterie, vous êtes un malboonète homme; si c'est vérité, vous êtes un lâche!
— Vous voyez bien que nous nous battrons,
murmura le commandant avec un soupir. Voilà notre duel arrangé.
— Duel à mort, monsieur, fit Armand.
— Cela va sans dire. Cher monsieur , j'éprouve le besoin de tous affirmer que j'agis dans une bonne intention....
— Monsieur, l'interrompit Armand avec mépris, je n'ai posé que deux alternatives ; il en est une troisième : depuis le début de notre entrevue, voilà déjà bien des fois que j'ai peur d'avoir affaire à un fou I
— Vous avez affaire à un système, cher monsieur, répondit Manuel humblement. C'est bien pis) Mais, pardon, voici me» honorés collègues de la parabole. Notre tête-à-tête a suffisamment duré, a
De toutes parts, on entendait des voix dans les bosquets : la voix mâle de la comtesse, la tendre voix de la Jeune, le baryton de Bénard, te ténor l^er du chevalier Fulbert, l'onctueux organe du docteur et l'accent normand de Mlle Gertrude.
« Si vous voulez, reprit Manuel en boutonnant sa redingote, je vous la dirai demain, sur le terrain, ma parabole. Vous l'écouterez avec intérêt; car c'est votre histoire. Au revoir, monsieur d'Aubray. J'aurai des témoins qui ne demanderont pas d'explication.
— Moi de même dit Armand. A demain, bar-
rière des Temee. Il y a là un jardin qui sepa à notre disposition. »
Le commandant salua et prit sa route au travers des bosquets. Armand le suivit des yeux.
" J'espérais encore ! pensa-t-il tout haut. Ah 1 Clotilde! Clotilde! »
Ses deux miûns s'appuyèrent sur sa joue qui brûlait. U ajouta :
« Je tuerai cet homme I »
Sous les arbres, le chevalier Fulbert dit :
« Ce IHmeux commandant a dû m'apercevoir, car il a décampé I Maaette ! quel cerf! »
Et Mlle Gertrude dans le parterre i
« Eat-elle joliment logée, cette petite veuve! »
Armand s'éloigna avec terreur,
« Après l'avoir tué, songeait'il, je quitterai la France. Tout est fini entre Clotilde et moi, »
Le docteur Npchct des Rivagci tenait déjà pierre par un bouton de sa veste, disant :
1 Mon garçon, ce qu'il fautdauë lejafdiaage, c'est la vue d'ensemble, le coup d'œil. Je suis spécial) Les caisses feraient mieux devant la maison. La pelouse çst trop petite. J'apporterai mes plans. Aveo un rien, je créerai ici un paradis.
— Très-gentil ! déclara Mme la comtesse qui arrivait au bras de M. Bénard et qui examinait la maison. Une bonbonnière ! ça lui ressembletfl
Le docteur s'élança vers eux, et Pierre , haussant les épaules avec dédain, reprit ses inévitables arrosoirs en grommelant :
« Des idées de bourgeois ! » -
Ce matin , des divers points de l'horizon , les gens de la noce s'étaient dirigés vers la villa d'Auteuil , lieu choisi pour le grand congrès de la paix qui allait semer de fleurs le sentier oit désormais Armand et Clotilde devaient marcher d'un pas heureux et tranquille. L'air était pur, le soleil était splendide; la naturf semblait sourire d'avance à cette fête de la concorde conjugale!
Ce fut la Jeune qui ramena Armand, rencontré
par elle sous le bosquet , au moment où elle
cherchait partout sa Clotilde. L'apparition du
jeune époux fut saluée par une acclamation de
, bon augure.
<f Attention! dit M. Bénard. L'union fait la force I De l'ensemble! allez! »
Lesdeuxfamilles, composées'd'éléments divers, . réunis dans un même amour, enveloppèrent aussitôt ce malheureux Armand qui avait l'air d'un noyé entouré de sauveteurs.
« Viens embrasser ta seconde mère! » lui dit la comtesse avec élan.
Elle ajouta, chuchotant à son oreille :
« Chacun y a mis du sien, tu sais? Ton bonheur avant tout!
D.:,.l:c.Jt,C.OOglc
— Tirons une barre sar le passé! fit M. Bé- " nard. Roide! »
Il secoua la main d'Ârmaad qui regardait tout '■ ce monde d'un air hébété. La Jeune, lesyeux inondés de larmes, saisit »on autre main et chevrota, au travers de l'attendrissement chronique qui était sa vie :
« Ah! mon neveu! voici ta première fois que je vous donne ce nom !
— Ma tante balbutia Armand, madame
J'avoue que je n^comprenda pas bien .... »
Ce fut alors que M. Bénard, électrisé par la circonstance, proféra ce mot historique :
« Mon neveu, il n'y a pas besoin que vous compreniez , puisque Mme la comtesse et moi nous sommes d'accord! »
Ce coquin de chevalier Fulbert, cependant, et Mlle Gertrude disaient en riant sous cape :
o Le marié est venu de force, et la mariée n'est pas venue du tout. » '
Ils se trompaient : Clotilde était au salon avec la petite baronne qui la prêchait de tout son cwur. Au travers du sermon, les confidences allaient leur train, et par-dessus les confidences, le prône revenait, tour à tour, doux et sévère.
u Après notre promenade d'hier! disait Valentine; après ce que tu m'avais promis! Mais tu l'aimes donc, à la fin, que te voilà pâle
comme une morte et les yeux tout gonflés de pleurer?
— Je n'aurais jamais cru que je pourrais arriver à le haïr! » murmura Glotilde, dont les regards se perdaient dans le vide.
Dans ces sortes d'entretiens, chacune a un su-* jet différent pour sa phrase : Valentine parlait de Manuel, Clotilde songeait à Armand.
Mais si' vous saviez comme elles étaient jolies toutes deux sur ce divan qui repoussait leurs fraîches toilettes, croisant leurs gazouillemeuts de jeunes filles, malgré ces deux titres imposants : femme et veuve, mariant les doux contrastes de leurs cheveux, chaque fois que la têle pétulante de l'une se penchait vers le front' désolé de l'autre : Clotilde abattue , presque éperdue ; Valentine , jalouse sans le savoir , mais bonne, mais loyale, mais secourable et s'ouhliant elle-même dans cette chère joie de donner des conseils !
a Écoute, reprit Clotilde, j'ai eu tort, mais je n'y pouvais plus tenir. J'ai voulu savoir, j'ai voulu voir ! Depuis six semaines, je meurs à petit feu. Âh 1 s'ils avaient eu la charité de me laisser dans mon ignorance' s'ils m'avaient seulement permis d'oublier! mais non! Ils étaient là, toujours; je lisais ma condamnation dans la pitié de leurs regards, et les mille recettes qu ils me pro- .
LES QEÎfB DS L& NOCE. 247
diguaient pour me guérir me prouvaient à moimême combien était dangereuse ma maladie.
Quand Armand venait, et peut-être est-il venu parfois avec une bonne pensée dans le cœur^ j'étais défiante» hériBsée, je m'entourais d'un rempart de glace. Mon seul désir était de lui donner une part de ma torture. Il s'en allait, je pleurais. Comment se fait-il que toujours, toujours ils arrivaient quand mes yeux gardaient des traces de larmes? ils m'aiment; leur colère envenimait la mienne; je pleurais» ils me plaignaienti C'était la guerre qui sortait de là, et alors, on perdait toute mesure. Ou me disait tout ce qu'il aurait fallu me taire : des choses vraies, terriblea, mortelles, auxquelles je ne croyais pas, mais qui me tuaient.
— Et autour de ton mari, c'était la même histoire, dit la petite baronne. Ce Manuel a bien de l'esprit !
— Manuel, répéta Clotilde qui rougit. Manuel m'aurait aimée, lui I
— Crois-tu ? fît Valentine. Moi, je ne sais pas. J'en ai eu peur; mais vois-tu, il n'y a qu'une seule
. femme au monde pour lui, c'est moi. Seulement il n'est pas capable d'avoir cette idée-lài Et puis, je suis veuve. »
Elle soupira, mais si peu !
a Continue, dit-elle, j'ai parlé de Manuel à cause des chenilles.
— Les chenilles ? interrogea Clotilde.
— Quel grand fou cela fait! Continue. Tu détestes Armand ?
— Oui, je le déteste !
— Et tu as été cbez la vicomtesse ? Voyons l'histeire.
— Cette nuit-là m'est restée comme un rêve, murmura Clotilde. Le bal était superbe. Je suis arrivée tard, parce que j'avais beaucoup hésité.
— Et Manuel t'avait beaucoup pressée ? demanda sournoisement Valentine.
— Je crois que non. Au contraire. En entrant, j'ai eu comme un éblouissement. il me semblait que tous ces gens me regardaient et se demandaient : Pourquoi celte femme vient-elle chez la maîtresse de son mari ? Laure était belle comme une madone. Elle m'écrasait , je le sentais. Je l'ai dit au commandant, qui m'a répondu : Vous êtes belle autrement et cent fois mieux.
— Ah ! murmura Valentine. Il a dit cela, et tu t'en souviens !
— Oui. Il mentait. Je me suis regardée dans une glace. Je faisais pitié. Tout à coup, j'ai eu honte, grande honte, jusqu'à me sentir le cœur écrasé. J'ai dit au commandant : Laissez-moi.,..
— Pourquoi ?
— Parce que j'avais entendu une voix qui chuchotait : Il est son amant!
LES GENS DE LA NOCE. 2(l9
— Cette voix en avait menti \ » a'écria la petite veuve énergiquement.
Ootilde lui serra la main en disant merci.
Peut-être n'y avait-il pas de quoi. Clotilde poursuivit:
« Le commandant me laissa. Je restai seule.
Armand était déjà parti. Est-ce que tu m'as jamais connue méchante, toi, Valentine? »
Pour réponse la petite veuve l'embrassa.
a Eh bien I je suis méchante, tu vas voir. J'ai eu une idée horrible. M. le vicomte d'Anaples c'est approché de moi....
— Le vieux consul! s'écria Valentine. Est-ce que cela va devenir tragique I
— Tragique, répéta Clotilde en frissonnant, c'est peut-être le mot. Je t'ai dit quej'étais seule. Je voyais- de loin Manuel qui veillait sur moi. M. CoDstantin est venu me saluer, je ne sais ce que je lui ai répondu. Je ne croîs pas qu'aucune temme m'ait parlé; j'en connaissais plusieurs. Je ne me souviens bien que de M. d'Anaples. Il s'est assis, il a ouvert la bouche....
— Et qu'a-t-il dit?
— C'est un muet! un terrible muet! Il n'a rien dit; mais comme je Ic devinais! Qu'a-t-il tait dans l'Inde? Ce qu'on raconte est-il vrai ! Il y a en lui de la bête féroce, et je me sentais froid jusque dans la moelle de mes os. Ecoule! tout ce
Coogk
350 LES OBNE 0& JjA nOCE.
Balon est du deuii-motlde. On chuchotait d'iotâmcB calomnies tranquillement et comme on parle de choses connues de toutTuoiverB. Il devait entendre, puisque j'entendaiB. Ma présetice, mon isolement, ma détresse n'étaient-elleB ptts d'ailleurs autant de dénoncialians I Sa joue était verle. Son regard..., je ne peux pas dire les menaces de son regard 1 11 est resté tout le temps près de moi^ comme s'il savourait mieux là sa pensée de vengeance» Je tremblais, mais j'étais contente.
— Est-il possible! fit la petite veuvo avec reproche.
— Je suis si malheureuse I sanglota Clotilde, qui tordit ses jolies mains eO un spasme douloureux. Elle est si belle I Ohl se reprit-elle, i|ue Dieu la sauve! J'aiprié pour elle ce matin; je l'avertirai. La figure de cet homme me poursuit comme un cauchemar!
— A Paris , murmura Valentine , en 1 864'!
On n'assassine pourtant pas comme cela!
— C'est un sauvage. Et voilà quelque chose d'étonnant; tiens! il a parlé bas à Manuel en un certain moment. Sais-tu ce que j'ai pensé? 11 doit être lacheautantquecruel.il se réserve sa femme: une femme, cela ne résiste pas mais pour Armand, il n'oucrait. Et il essayait de lui susciter un duel.
LE3 QENS DE LA NOCE. SSl
— Mais c'est abominable, cela 1
— Abominable, ouil répéta Clotilde avec abattement. Quelle nuit 1 derrière moi il y avait des femmes qui disaient : c'est tout bonnement qu'il est trèa-laid, très-timide, très-sourd ettrèsmjope. Ces créatures sont aveugles I Aprës la catastrophe elles verront bieni Val ma pauvre Valentine, je serai trop vengée I
' — Quand je pense, répliqua la baronne toute sérieuse, qu'il rôde autoui* de cette maison !
— Tu m'éclairesl s'écria Clotilde. Je n'ai entendu qu'un mot de sa conversation avec Manuel. Ce mot, c'était ton nom I »
Elles restèrent un instant à se regarder.
H Bahl iitValentine. On lâche les chiens toutes les nuits, ici. Je crois que je rirais si tu n'étais pas si triste. Noue sommes folles^ »
Clotilde secoua la tète lentement.
M Puisses-tu dire vrai ! soubaita-t-elle du fond de son excellent cœur. Que Laure ait le temps de se repentir!
— Amen! Mais continue l'histoire, la vraie histoire!
— Ah! répondit Clotilde qui. passa ses doigts sur son front, ne me demande pas cela. C'est un brouiUai'd. Je ne la sais pas, l'histoire. Laure est venue s'asseoir auprès de moi.... comprends-tu cette eiïrontorie 1
Digiliz^dt^GoOgic
— Celait son devoir de maîtresse de maison, voulut dire Valeotine. On ne peut pas lui enlever cela : elle est très-bien élevée.
— Tais-toi! es-tu de son parti? Je n'ai pas pu me contenir. J'ai dû parler. Elle a voulu m'apaiser, et son sourire de supériorité m'a souffletée. J'ai entendu comme une vague rumeur. Qu'avais-je dit? Cette redoutable figure de M. d'Ânaples m'est apparue tout à coup, et j'ai eu peur d'avoir commis un assassinat. Oui , cette idée m'est venue ! Laure était très-pâle, mais elle souriait toujours. Un homme que je ne* connais pas m'a offert sa main.,., pour me conduire à ma voiture.
— On te chassait I
— Je l'ai compris ainsi. Entre cet homme et moi j'ai vu le commandant et j'ai pris son bras. Ce n'était plus, alors, la vicomtesse seule qui souriait. J'étais entourée de sourires, et il me semblait que je ne pourrais plus passer au travers de ce mur qui raillait. Jamais tu ne verras cela, je te le souhaite : c'est horrible !
— Horrible! répéta Valentine, aussi pâle maintenant que son amie.
— Je croyais, continua Clotilde, qu'il me serait impossible de faire un pas; mais le bras d,u commandant était si ferme, que ta force me vint, rien qu'à le toucher. Nous marchâmes, non point
vers la porte, mais au rebours. Nous fîmes lentement le tour des salons. Quand nous sortîmes, il n'y avait plus un seul de ces sourires, et tout le monde me r^ardait avec respect.
— Mon noble Manuel ! murmura la petite veuve, impuissante à réprimer son enthousiasme.
— Noble en effet: répéta Clotilde; aime-le bien, si c'est toi qui dois le rendre heureux! »i
Valentine lui jeta ses deux bras autour du cou.
« Oh 1 dit-elle, souriante et triste à la fois, si je n'étais pas une veuve, je suis bien sûre qu'il m'adorerait! »
Par les fenêtres ouvertes, une rumeur pénétra. Les gens de la noce avaient eu le temps de s'impatienter dans le salon de verdure, et venaient à l'assaut de la maison.
« Il faut te mettre au fait, reprit vivement la petite baronne; ils sont ici pourtoi, pour lui, pour vous deux.
— Ah! fit Clotilde avec un mouvement de frayeur.
— Ils veulent vous rapprocher. Les voici; nous n'avons plus de paroles à perdre. Aimes-tu ton mari, ou le détestes-tu? Parle franc. »
Clotilde baissa la tête en silence.
» C'est bien : tu l'aimes et tu le détestes, ce qui est tout un. Avez-vous eu quelquefois une dispute ensemble?
ibk LBS GBN8 DE LA NÛCG.
— Une dispute! fît Mmed'Aubray acandalisée.
— Une dispute, répéta la petita veuve à pleine bouche. P»a de faveee boute, madame, ce que les bonnes gens appellent une priie de bec?
— Ob 1 dit Clotilde, y songes-tu ! Jamais.
— C'est que, moi aussi j'ai {ait mea observations. Je suis chenille, puisque m fou de Manuel m'a reconnue sur la rose.
T-- Sur quelle rose ? interrogea Ciotilde.
— Je te la montrerai, quand j'aurai acheté la boite. Ah ! elle est dans un bel état I Ma foi, tant pis! j'ai mon idée, et je veux voir.
— Notre Clotildâ est là, » disait la Jeune au dehors.
Mlle Gertrude ajouta entra bant et bas, pratiquant la charité de Bayeux :
« Avec la petite veuve qui porte son deuil dans sa' poche!
— L'union fait la force, vociféra Bénard, PouSf sons à la roue! Ferme ! »
Et la commandite du sentiment fît irruption dans le salon. Ha amenaient Armand pieda et poings liés, on peut le dire. En un clin d'ceil Clotilde fut entourée.
« Ah ! chère petite I dit la Jpime, j"ai pleuré de ■ joie!
— C'est à moi, ajouta Bénard, de te déposer sur te sein d'un époux.
VSSi OENS DE LA NÛGE. 255
— Faifrle premier pas ! ordonnait I^ comtesse àaoQ neveu.
— Allons, Minette, ta menotte, reprit la Jeune; vite!
— Pas de bouderie ! tonna M. Bénard ; marchons !
— Embrassejn-vous comme deux petits anges ! » La chevalier et Mlle Gertrude riaient subver-
sivement, et certes la chose y prêtait, Armand et Clotilde, ainsi poussés d'autorité l'un vers l'autre, restaient immobijeset mueta. M. Bénard n'en était pas effrayé.
Le docteur étendit se» pwna aolennellea audeeaus de leura têtes, et chanta :
n Ce doux instant restera dans vos souvenirs I u
Valentine semblait avoir pris une grande résolution. Elle alla vers la comtesse, et lui dit :
a Ils sont gênés > il y a trop de inonde, et si vous saviez ce qui s'est passé, ma chère dame.,..
— Que s'est-il donc passé? demanda I9 eomtease.
-« Vouleai-vonB voir un pen m» perre? J'ai ansez bien arrangé cela. »
Elle prit le bras de la douairière et fît un signe à Mme Bénard, qui toucha auaaitât le coude de son mari en disant ;
a II y a quelque chose, Amédée! a
Bénard, jaloux de ne jamais perdre un pouce
Coogk
lie terrain, se dirigea vers la serre où Valentine avatL bouleversé les savantes classincationsdefeu M. le baron, pour doanertoutau plaïsirdesyeux. Le chevalier et Gertrude suivirent. Le docteur Nochet des Rivages restait seul avec les jeunes époux. C'était l'instant propice.
« Loin des regards, 'dit-il de ce ton qu'il savait prendre quand il accomplissait les fonctions de son sacerdoce, seuls désormais avec le médecin des âmes, tous ne refuserez plus d'écouter la voix de la morale et du sentiment,jem'empare de vous avec l'autorité de mon caractère. Ceci ne sera pas un discours : quelques simples paroles, ■ prononcées avec mon cœur, suffiront, j'en ai la ferme espérance, pour dissiper tous les nuages.
— Mais c'est une horreur! s'écria la comtesse dans la serre. Fulbert! Ici, Fulbert! »
La petite veuve semblait un peu effrayée dé l'effet qu'elle venait de produire. La comtesse lui saisit le bras :
n Mon enfant, dit-elle, vous avez de la naissance, tous! Soutiendrez- vous ce que vous venez d'avancer?
— Je le soutiendrai, madame.
— Suis-je de trop? » demanda la Jeune, qui s'approchait, curieuse et déjà piquée.
La comtesse lui tourna le dos aTec indignation.
« Pas pour moi, chère madame, » répondit Valentine en la tirant à part.
Elle conspirait de tout son cœur.
M. Bénard fit cette observation à Mlle Gertrude, qui écoutait les élans de son excellent estomac vers le dîner de la paix :
« A ma campagne, j'ai toutes ces fleurs-là, mais plus belles.
— Comment I comment! s'écria la Jeune transportée d'une soudaine colère, aux premiers mots de la petite baronne, qui lui parlait tout bas.
— J'ai cru devoir vous prévenir, murmura Valentine d'un air innocent.
— Et bien vous avez fait, mon enfant, répondit 1^ Jeune. Amédée! Monsieur Bénard I à moi! C'est le moment de montrer ton intelligence ! »
Valentine s'esquiva. En passant par le salon, elle jeta un regard sournois au groupe formé par le docteur Nochet des Rivages et ses deux victimes.
<f Ma foi, tant pis! pensait-elle. Les fers sont au feu. J'avertirai Clotilde, si je peux. Et au petit bonheur! »
Sur le terrain des batailles, il arrive parfois que deux armées ennemies se mêlent et fraternisent gaiement pendant la trêve qui permet aux négociateurs de préparer la paix. Mais que le clairon sonne, les amis d'une heure seséparent, chacun court au drapeau, et ceux-là mêmes qui vien-
nent de trinquer ensemble s'entre-ehoquent , la
baïonnette au bout du fusil.
Cette image guerrière ne nous a pas semblé trop ambitieuse pour caractériser ce qui ee passa dans la serre. Le clairon avait sonné. Les négociations étaient violemment rompues. Les deux familles, composées d'éléments divers, cessaient de s'unir dans un même amour!
Séparées par toute la largeur de la serre , ces deux races, rivales depuis des siècles, échangèrent un regard de défi. La comtesse, escortée par lé chevalier Fulbert, haut sur jambes, et par Mlle Gertrude, fit un grand geste et rentra danï le salon par la porte de gauche. Par la porte de droite , M. Bénard, qui n'était nullement efErayé, opéra son entrée solennelle en donnant le bras à la Jeune.
Le docteur Nochet des Rivages, en les voyant arriver, se leva et montra, de ses deux mains étendues, Clotilde et Armand assis auprès l'un de l'autre, dans l'attitude de l'ennui découragé.
•c Soyez les bienvenus! s'écria-t-il, un peu exalté par la victoire remportée. Contemplez ce tableau, il est mon ouvrage- J'ai calmé les esprits, J*ai rapproché les âmes
— Mon neveu, dit la comtesse en saisissant le bras d'Armand , cette femme est indigne de vous !
— Ma nièce , s'écria la Jeune , qui s'empara de Clotilde, tu ne connais plus ce brtgand-làl »