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CHAPITRE XIX

LE CALEPIN DO ItOCTEUR.

Dès que la petite baronne fut seule avec Clotilde sa figure changea; ses yeux s'écrièrent en leur expressif langage ; Nous allons nous en donner, Dieu merci !

Vous eussiez deviné très-bien la cohue des questions indiscrètes et terribles qui se pressait sur ses jolies lèvres. Seulement, c'est la première énormité qui coûte; la petite baronne ne savait par où commencer.

Clotilde était à la fenêtre , pour voir au jnoins Armand traverser la cour.

a Dis donc. ...» fit Valentine.

Elle voulait tout uniment demander : Comment l'aimes-tu, maintenant? Mais elle n'osa pas.

« Que je te remercie! dit Clotilde en revenant vers elle. Hier, tu as été bien gentille et bien bonne.

— Laisse donc ! l'interrompit Valentine en haus-

sant les épaules. Si je n'avais pas un peu d'expé- ' rience, dans ma position !... Vous aviez besoin de vous quereller, ça sautait aux yeux. J'ai eu l'idée des caisses. Pierre les a remises en place ce matin. Mais, voyons ! parle franc. »

Elle s'ari'èta encore, et pour cacher la démangeaison de curiosité qui la tourmentait comme une fièvre, elle demanda :

« Sais-tu ce qu'il emporte comme cela dans son manteau, ton mari ?

— Dans son manteau? répéta Clotilde étonnée.

Il emporte quelque chose?

— Vous êtes toutes aveugles, ma bonne. Moi , je connais cela. Tu n'as pas vu, comme il a roulé ce manteau.... emprunté à quelqu'un qui part pour l'étranger? C'est encore un déménagement. Ce manteau sert de foui^on. Il a empilé dedans deux douzaines de miniatures, je l'ai vu, un ballot de photographies et cinq ou six kilogrammes de correspondance de garçon qu'il va brûler en ton honneur, quelque part sur la montagne.

— Tu es folle, dit Clotilde en riant.

— Tu sais, reprit brusquement Valentine, qui était devenue rêveuse tout à coup. C'est décidé : je ne me remarierai jamais.

•»- Est-ce qu'il était question d'un mariage pour toi?

— Pas du tout.

310 LES GENS PE lA NOCB,

— Alors, pourquoi me dig-tu cela?

— Je ne sais pas. C'est uq point que j'ai réglé dans matôte, hier.

— A propos de quoi ?

— A propos de rien. Tu es drôle! Est-ce qu'il y abesoiu d'à-propos! »

Valentine, ce disant, alla vers U fenêtre, et poursuivit tout d'un temps :

d Tiens! ça donne sur la cour, CoDibieo y a>t-il de pièces ? Je veux tout voir. «

Elle revint 4prât avoir jeté un regard dans le salon, et dit en baissant la voix :

a II n'en est pas moins vrai que tu n'es plus la même.

— Moi?»fitClotilde.

La petite baronne la regarda en face soudain et hardiment.

a Tu es beaucoup plus jolie qu'hier, affîrmat^lle, comme les orateurs qui veulent poser les prémices d'une audacieuse argumentation. Je dis beaucoup..., mais beaucoup! Pourquoi rougis-tu?

— Quand on mê r^arde. . . . commença Clotilder rougissant CD effet et souriant.

— Mon Dieu! l'interrompit la petite baronne, ce n'est pas pour le déconcerter) jb regards tout, ici. Ce pauvre baron, ajouta-t^lle en allant vers un trophée, d'oiî elle détacha un fleuret, avait dai flèches avec des arêtes de poisson au bout. Cela

doit faire très-mal. 'Bt des haches on caillou, Dis donc, quel drôle de corps que ce Manuel! u

Clotilde regarda d'un autre côté.

« Vois ce qu'il m'a donné! » reprit Valentine, qui laissa te fleuret et revint en sautillant.

Elle tira de son sein la fameuse rose, écrasée après avoir été mangée.

Clotilde fit un geala d'étonnement.

n Ce sont les chenilles, expliqua la petite veuvfi d'un ton grave et pensif.

-^ El tu gardes cela? demanda Clotilde,

— - C'est toute une aventure. Viens nous asseoir. *

Elle entraîna Clotilde dans le salon et la força de prendre place sur le canapé. Du poids de son corps léger, la petite baronne essaya deux ou trois fois les ressorts du meuble.

« Manuel se figurait qu'il t'aimait, dit^elle en continuant ce jeu. Je ne sais pas ce qui donne la migraine ici j moi, je m'y déplais. Tu n'as pas eu envie d'aller sur la mer, quelquefois ?

— Non, répondit Clotilde, calme et patiente comme celles qui ont l'âme pleine de bonheur.

—' Ah ! fit Valentine , qui ae leva , ni moi non plus, je crois, »

Elle passa en revue les tableaux du salon.

« ïu n'as donc rien à me dire? » murmurat'CUe après un silence.

. Et avant qu'on pût lui répondre, elte aelança Vers la porte de la chambre à coucher, dont elle tourna vivement le bouton.

« Que fais-tu? s'écria Clotilde scandalisée.

— Alors, on n'entre pas? C'est bien. Ce n'était pas par curiosité. Réponds : Tu n'as rien à me dire?»

La petite veuve se regarda dans la glace de la salle à manger, et baissa les yeax en se voyant plus rose qu'une cerise.

<t Mais non, répondit Clotilde, dont la joue aussi se teignit de carmin, je n'ai rien, absolument.

— Ah! parexemple, mademoiselle, s'écria Valentine indignée, vous manquez à votre parole; c'est vilain! »

Elle se retourna, prenant enfin son parti vaillamment^ et revint vers le canapé, oiî sa chute espiègle fit bondir Clotilde.

ce Est-ce que tu ne te souviens plus. Tilde? dîtelle avec caresses. Le soir de tes noces, tu pas'sas

ton bras sous le mien... comme cela, méchante

(elle joignit le geste à la parole). Et tu me demandas, tout bas tout bas

— :Des enfantillages ! murmura Clotilde confuse.

— Et moi, reprit la petite veuve, je te répondis, car je suis bonne, moi, des enfantillages aussi, 7)

Elle soupira et sauta sur ses pieds pour aller

ouvrir un livre sur le guéridon. Elle le feuilleta d'un air boudeur et le rejeta bientôt, disant :

K C'est trop leste, ces choses-là ! Tu ne veux pas causer raison ?

— Maisje t'assure.... balbutia Clotilde.

— Vous nientez! l'interrompit la petite veuve, exécutant une étourdissante pirouette, qui la posa juste en face de sa victime.

— Et tu pourrais bien ne pas me Mre languir comme cela, sais-tu ? » ajouta-t-elle moitié riante, moitié tâchée.

Gomme Clotilde ne répondait pas encore, elle s'agenouilla sur un coussin à ses pieds, et lui prit les deux mains en disant :

« Tilde, Tilde, je t'en prie ! »

Un bruit soudain se fit du côté de l'escalier.

« Bon! s'écria la petite baronne désespérée, elle allait tout me dire!

— Qu'est-ce que cela? » demanda Clotilde avec effroi.

Valenttne éclata de rire.

«C'est l'ouragan! répondit-elltj. Toute la iamille qui monte Tescalier! »

Clotilde baissa précipitamment son voile.

« Oh ! ût-elle, je vais mourir de honte !

— Pourquoi? demanda Valentine, qui cessa de rire, reprise par sa curiosité. Dis pourquoi , et je te sauve tout net ! »

814 LBi QKNS DE LA NOCE.

£Ue l'eût serrée à la gorge, au besoin, a Cachons- nous I balbutia la pauvre jeune femme.

— Ils chercheront soua les lits, répliqua la petite veuve; ils chercheront dans les tiroirs 1 »

Clotilde s'élança vers la porte pour la fermer, a Ilsri>nfonoeront!promitValentine. Ce matin, ils sont féroces !

— Mais les voici ! les voici I fit Clotilde éperdue.

— Hélas! oui, dit Valenline hypocritement. Le bruit approche. Il y aurait bien un moyen. . . .

— Quel moyen ? vite ! vite !

— Tu ne veux pas me dire,.,,

— Je te dirai tout ce que tu voudras ! »

Valentine lui prit la main.

h C'est promis?

— C'est promis.

— Ta parole?

— Ma parole.

— Eh bien, mademoiielle, enseigna la petite veuve, du ton d'une pensionnaire qui feit la maîtresse, tous les appartements de garçon ont deux sorties. Vous ne saviez pas cela^ hein ?

— Es-tu bien sûre?,,, «

Clotilde n'acheva pas, et recula épouva&tée. La salle à manger était envahie.

M II n'y a personne, » disait Mme Savary.

D.,-:..Jt,C.OOglc

M. Bénard répondit avec lei plus belles notes de son baryton :

n Livrez-nous passage, madame, je vous en somme au nom de la morale publiquel

— Ils entrent par la porte de la morale , dit la petite baronne, qui entraîna Clotilde défaillante. Nous prendrons l'autre, pour cette fois seulement, H

Elles disparurent dans la chambre à coucher; mais avant d'en gagaer le seuil, Valentine laissa tomber la rose du commandant, qui resta sur le tapis du salon. Valentine ne s'en aperçut pas, occupée qu'elle était à regarder tout de tous ses yeux et à expliquer comment elle connaissait l'autre sortie.

a Lé raîsoDnemeat, balbutia't-elle, l'induction, la logique.... et puis, je l'ai lu sur l'écriteau. . . . Maintenant, Tilde, tu as promis de dire, dis! »

L'entrée des deux familles, composées d'éléments divers, s'opérait cependant avec une fiévreuse solennité. On était au cinquième acte du drame, et cela se voyait bien. La résistance honorable de Mme Savary, la concierge, n'avait cédé qu'à une offrande de M. Bénard.

« Du moment, murmura-t^lle, qu'on a de la politesse.... u

Elle fit la révérence et e'ef^a en mettant l'argent dans sa poche.

M C'est la clef d'or ! » dit Bénard fièrement.

Et la Jeune ajouta arec sa douceur accoutumée:

« I^e commerce a encore payé pour la noblesse.

— Madame, déclara la comtesse, il sera fait masse de frais !»

Elle arrivait, digne et portant haut toujours, au bras du cbevalier Fulbert, plus guilleret que jamais. Mlle Gertrude suivait avec des idées de déjeuner.

M Ça sent le péché, ici, » dit-elle.

Le chevalier Fulbert aspira l'air avec force. Mme la comtesse entama l'interrogatoire de Mme Savary.

H Ils sont venus hier ensemble ?demanda-t-elle ?

— Pcirbteu ! intercala le chevalier, bras dessus, bras dessous, mazettel

— M. d'Aubray et sa maîtresse? continua M. Bénard sévèrement.

■ — Pouah! fit Gertrude. On les guillotinerait, à Bajeux!

— Répondez, acheva la comtesse. Nous sommes les parents du malheureux jeune homme.

Ceci est une enquête.

— Et de l'infortunée, ajouta Bénard, qui lui avait confié sa jeunesse. Nos droits sont imprescriptibles!

— Dame ! répliqua la concierge, vous concevez bien, le terme est payé. »

La comtesse lui montra la porte d'un geste trafique.

« Il suffit, dit-elle. Laissez-nous! »

ËtM. Bénard déclara :

a Nous allons délibérer.

— Je recommande bien de ne pas faire de bruit, dit la concierge en se retirant. C'est une maison si tranquillpl Si vous entendiez aller et venir dans les cbambres à côté, ne vous dérangez pas, ce -serait moi, pour montrer l'appartement qui est à louer. Votre servante, messieurs, mesdames, x

On put entendre le bruit de ses pas qui descendaient l'escalier, car il y eut un long et grand silence.

a C'était donc en un Heu pareil, dit la comtesse d'un accent lugubre, que les amis de ces deux enfants, coupables ,' mais malbeureux, devaient tenir les dernières assises du dévouement. Gertrude, mettez le verrou. »

Gertrude obéit. La Jeune,aveuglée par s es larmes, demanda :

a Que va-t-il donc se passer ici !

— Kien qui ne soit conforme aux lois de l'honneur, madame, répondit péremptoirement la comtesse. Veuillez prendre des sièges. Ne nous amu-

Bons pas à de vains détails. Les preuves abondent

et sont écrasantes.

— Quand il n'y aurait que Ces débris d'orgie ! » gronda Bénard, en montrant la table.

Mlle Gertrude avait déjà tàté une des tasses de chocolat.

« Il est froid, dit-elle avec regret.

— Foie grasl Nérac! annonça le chevalier Fulbert en soulevant le couvercle d'une terrine. Pas mal, mazettel »

11 s'assit auprès de la terrine, et Mlle Gertrude se rapprocha de lui vivement.

H. Bénard, naturellement galant, offrit une des tasses à la comtesse.

« Gela n'empêche pas de causer, dit*elle en trempant une mouillette dans le chocolat. Il est de bonne quaUté.

— Ah I moi, sanglota la Jetitie, dans des circonstaocei de même, je ne pourrais pas avaler! »

M. Bénard lui apporta l'autre tasse.

« Pour ta santé, madame Bénard, dit-il avec toute l'autorité d'un époux. Je l'exige! »

Elle regarda, soupira et déjeuna. La comtesse reprit :

« S'il vous plaît, réglons le duel.

— '■ Le duel 1 répéta la Jeune, suffoquée par son chocolat et par ses pleurs. Le duel!

— Ah ! avouaGertrude qui acceptait une énorme

tranche de pâté, les truffes, c'est notre faible à Bayeus! «

M. Bénard détachait une aile de volaille froide avec un certain talent.

n Le duel est décidé en principe, dit-il. Ça ne m'effraye pas.

— Songerai8-tu à risquer tes Jours, Amédée !

s'écria la Jeune, blême de terreur.

— M. Bénard et moi, nous sommes d'accord, répondit la comtesse qui mangeait avec appétit.

-^ Du moment que c'est avec vous.... mur-, mura la Jeune Un peu calmée.

— Bon, le poulet! dit Bénard.

— ■ Me voilà qui déjeuneen garçon, moi! jubila MlleGerlrude. Ah! ce Pariai

— Le choix des armes.... commença la comtesse de plus en plus déterminée.

— Bordeauiou chambertin?»rinterronipit le chevalier Fulbert qui tenait une bouteille dans chaque main.

La comtesse lut jeta un regard austère et lui dit qu'il ne fie corrigerait jamais. Elle accepta du bordeaux, le chambertin ne convenant point à son tempérament.

K Je vous en prie, suppliait cependant la Jeune, occupons-nous deCIotilde.

— Temps pour tout, riposta Bénard. Tu sors de la question. »

Et à la comtesse :

« Je propose le pistolet.

— Soit, répondit la fille des preux, mais à dix pas.

' — Soit, répondit Bénard, mais c^est beaucoup. On marchera!

— Soit ! combien de pas? cinq?

— Soit! six. Je ne marchande paB.

— Soit! sept. Ni moi non plus.

— Soit! huit, morbleu!

— Soit! neuf! à bout portant si vous voulez!

— Soit! çanem'effraye pas. Est-ce dit?

— Soit! fit la comtesse, et pas de quartier!

— Soit! M

Us se serrèrent vigoureusement la main, puis Bénard jeta sa serviette.

« Quel sàng-froid dans un pareil moment, murmura la Jeune. Âfa ! Âmédée, tu as plus que de l'intelligeDcc!

— Eh bien ! répondit Bénard , qui prit un cure-dent, ça m'a fait plaisir, ce petit repas sans façon. Prévenez votre neveu, madame la comtesse; moi, je me charge volontiers du commandant.

— Ce n'est donc pas . une affaire entre vous deux ? n demanda la Jeune stupéfaite.

Bénard la repoussa un peu rudement.

a Madame Bénard, dit-il, tu introduis un élé-

ment comique dans les situations les plus saisissantes.

— Et gai, gai, gai ! chanta Mlle Gertrude. J'avais une faim de loup!

— Arrosons le duel, arrosons! » conseilla le chevalier Fulbert.

On frappa fort et ferme à la porte extérieure.

n GhutI fit Bénard, le plus profond silence!

Mon instinct me dit que c'est le docteur Nochet des Rivages. Laissons-le à la porte.

— Ouvrez , j'ai des nouvelles ! cria le docteur de cette même voix qui avait lu la pièce de vers.

— Des nouvelles de Ciotilde? demanda Mme Béoard.

• — Oui.... Et bien étoonantes ! »

Avant qu'on pût la retenir, la Jeune avait tiré le verrou. Le docteur entra comme ujie bombe. Il était sous le coup d'une vive excitation. Il repoussa la Jeune malgré ses larmes et se précipita' vers la table en disant :

« Je mangerai avec plaisir un morceau sur le pouce. Je sais tout. Ne m'interrogez pas. Ah! les malheureux 1 laissez-moi aoufder! »

Il s'assit d'un air effaré. H eut l'habileté de s'essuyer le front et de s'éventer avec son mouchoir, tout en se servant une abondante nourriture.

« J'ai mes notes! s'écria-t-il en tirant son ca-

Coogk

lepin. Trois heures de voiture. Jeneregardeàrien dans de pareilles circonstances. Je crois avoir suilî à tout : ma conscience est tranquille, o

La commandite du Eentiment méprisait et jalousait à la fois ce membre ambitieux qui tirait trop à lui et briguait la dictature. Néanmoins^ la curiosité l'emporta sur les rancunes et on fit cercle autour du docteur. Celui-ci mangeait, s'éventait, bavardait et consultait son calepin.

a Procédons par ordre, dit-il. Ce matin, à sept heures moins le quart, le commandant Manuel est sorti de chez lui avec des épéea. » ,

Tous répétèrent en chœur:

a Avec des épées ! »

La comtesseajouta :

« Voyez pourtant comme nous étions dans la logique I

— Ahl dit Bénard, jusqu'au cou, dans la logique. Je demanderai à M. Nochet des Rivages si le duel a eu lieu.

— Un peu à boire, jépHqua le docteur. J'étouffe. Merci. Job vin! j'en ai de meilleur. Tout est noté avec méthode sur. mon calepin. A huit heures et demie, le commandaut a été rencontré, suivi par. trois hommes, dont deux portaient une civière. »

La Jeune cessa de pleurer pour demander :

. « Qu'y avait-il sur la civière?

D.:|.ucJb,C.OOglc

IJE8 OEN9 DE LA NOCE. 3S3

— Un cadavre, peut-être ! » s'écria la comtesse avec horreur.

Elle se laissa choir de son haut sur un siégé. Gertrude se mit à lui frapper dans les mains.

« Ça ne m'eifraye pas ! balbutia M. Bénard,qui tremblait de tous ses membres. La logique I c'est clair 1

— C'est la moutarde que je cherche, dit le docteur Nochet des Rivages. Merci. Je n'en abuse pas, mais il m'en faut. Et derrière le cadavre, je vous le donne en mille à deviner! le troisième homme.... celui qui ne portait rien.... l'époux outragé, M. le vicomte d'Anaples I

— Cet Othello de vieux, consul ! murmura le chevalier Fulbert. Mazette! ça se gâte! "

Gertrude poussa un cri d'aigle.

If J'ai rêvé de chats! fit-elle. Ah! le nionstre! Il a répandu l'oràpleinesmainspour qu'on donne un mauvais coup à notre pauvre Armand ! »

La comtesse se débattait, en proie à une violente attaque de nerfs. La Jeune fut prise d'éternuements spasmodiques. Bénard, qui grandissait toujours au sein des circonstances critiques, fourra ses deux pouces dans les entournures de son gilet.

n Ne soyons pas les dupes d'un vain mirage, dit-il aveo force. J'ai la prétention de juger les

Di:..Jt,C.OOglc

32ï LES GENS DE LA. NOCE.

événements. De pareilles atrocités ne sont plus dans nos mœurs. Deux fonctionnaires publics, l'un devant, l'autre derrière, escortant les dépouilles de leur victime dans la capitale I au dixneuvième siècle! Un journal qui imprimerait cela serait taxé d'exagération. Ne t'effraye pas, madame Béuard.

— Le vieux consul vous a des yeux ! grommela le chevalier Fulbert. Ah ! bigre!

— Et ce commandant est si original ! » ajouta Mlle Gertrude, qui baiguait abondamment les tempes de la comtesse.

Le docteur Nochetdes Rivages prouvait unsincèreappétit.

a Je résume la situation, reprit M. Bénard.

On a beau calomnier le progrès : de nos jours, Achille ne pourrait plus attacher les restes d'Hector à sa voiture. Les sergents de ville ne le souffriraient pas. »

Mme Bénard le serra convulsivement dans ses bras en murmurant :

« Qu'on est heureux d'avoir ton intelligence!

— ■ A-t-on reconnu les dépouilles mortelles de mon neveu ? demanda lacomtessed'une voix mourante.

— L'objet était recouvert d'un linceul, » répondit le docteur Nechet des Rivages.

11 ajouta en cherchant partout sur la table :

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