CHAPITRE II
Balzac n'est plus. La famille Bénard ne sera jamais peinte en pied. Je risquerai d'elle seulement une sobre et timide esquisse^ nécessaire à l'intelligence de mon sujet.
Il j avait an M. Bénard atné, à Âlençon, dans les engrais. Les autres Bénard le citaient comme un exemple de l'obscurité où peut tomber un Bénard qui ne se mêle pas aux grands mouvements de son siècle.
Le vrai chef de nom et d'armes était M. Bénard jeune, ancien notable commerçant, articles Roubaix : cinquante ans, taille courte , mais majestueuse, ventre un peu ef&onté ; un Bénard-Bénard, comme Rohan était Rohan. Sa pose carrée, son regard limpide, son sourire confiant, tout en lui semblait dire d'une belle voix de baryton qu'il avait: « Prince ne daigne! »
Mme Bénard^ ou simplement « la Jeune » était
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à peu près du même âge et pouvait passer pour la meilleure bonne femme du monde; elle oe manquait pas d'esprit, ce qui lui donnait parfois l'air d'une sotte auprès de son mari, par contraste. Quoiqu'elle eût du bon sens, elle admirait beaucoup M. Bénard. Les larmes d'attendrissement lui venaient pour un rien. Sa passion était la douceur; elle voulait être douce, et Dieu l'avait faite un peu aigre. Elle nourrissait de forts préjugea contre l'ancien régime, ne se doutant pas qu'elle était elle-même, depuis la tète jusqu'aux pieds, un personnage de l'ancien régime. EUe avait servi de mère à Clotilde, notre mariée.
Le troisième Bénard s'appelait déjà M. Bénard d'Âlençon. C'était un Bénard politique. Son petit nom (( était le Veuf. » Sans l'intrigue , il- eût été député.
Le quatrième Bénard u'était plus Bénard du tout : M. B. d'Alençon, capitaliste.
Le cinquième, père de Clotilde, avait supprimé jusqu'au B : c'était, en son vivant, M. d'Alençon, tout court.
Comment se fut appelé le sixième Bénard?
Dieu seul le sait. La dynastie s'arrêtait là.
M. B. d'Alençon siégeait dans sept conseils de surveillance et le Veuf reboisait cinq départements. Ces divers Bénard n'embarrasseront pas notre route ; ils se mouvaient dans une spbère
LES GENS DE IJl THOCB. 21
supérieure. Nous les avons mentionnés seulement pour prouver que Clotilde n'était point la première venue et que M. BéDard jeune , le père des noces, avait de justes motifs pour porter haut sa belle tête. H était le moins riche des Bénard et valait sa paire de millions.
La partie adverse, je veux dire la famille d'Âubray-Montort, ne possédait, au contraire, qu'une assez médiocre aisance. Loin de nous la pensée de critiquer les personnes honorables qui détestent la noblesse et qui la recherchent passionnément. Tous les Bénard, sans distinction de sexe ni d'âge, s'ét^ent jetés sur ce mariage comme sur une proie.
Seule, la Jeune, qui, selon sa propre manière déparier, « n'avait pas l'intelligence des autres,»s'était permis quelques observations. Il n'avait fallu pour la réduire au silence, qu'un sourire de sa Clotilde bien-aimée.
<c Si c'est le bonheur de la chérie, avait-elle dit, tout est pour le mieux, u
Le dénombrement de la famille d'Aubray-Montort ne prendra pas beaucoup de place. Les choses qui tombent foisonnent peu. Il y avait Mme la comtesse douairière de Montort, le chevalier Fulbert, son beau-frèie et Mlle Gertrude d'Aubray- VarogneSjSa cousine. Celle-ci était une vieille fille de province. On lui adressait ses lettres « en son
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hôtel • à Bayeux, mais son h6tel perchait au quatrième étage. Elle était rouge, replète, commère et jouissait d'un rare appétit.
Mme la comtesse douairière de Montort avait un très-grand air et représentait supérieurement. Elle roulait caresse à la force de son génie. Le chevalier Fulhert portait une figure de bouvreuil au haut d'un long corps efÛanqué qui ne manquait paa d'élégance. Il était frivole, tapageur, imprudent avec les darnes^ et n'avait pas d'argent de poche.
Malgré cette infériorité relative du parti de la noblesse^ les affaires avaient été solidement discutées entre les deux camps. Mme la comtesse, comme beaucoup de filles des croisés, était une femme de premier ordre, au point de vue de la stipulation; elle valait deux avoués, multipliés par un notaire et son collègue. Armand d'Aubray n'était pas sans biens, quoique sa légitime fût laidement entamée par des ventes; ces ventes gardaient la ressource du réméré.
Une partie de la dot de Clotilde était, par avance, affectée au rachat, opération manifestement avantageuse, i^ contrat de mariage, œuvre de Mme la comtesse, pouvait passer pour un joU travail.
Il nous reste à dire un mot de M. Constantin et de la jolie petite baronne. M. Conslanlin était
l'ami de collège; la jolie petite baronoe était l'amie de pension. C'est tout.
La pièce de vers était finie ; rien ne retenait plus la noce, qui s'épandit pompeusement hors de la salle a manger. On vit arriver d'abord le chef des Bénard, donnaDt le bras à Mme la comteBU douairière, puis la Jeune au bras du chevalier Fulbert, puis Mlle Gertrude, menée par le Veuf, puis dos comparses Béoard, entremêlés de quelques hobereaux appartenant au camp d'Aubray. L'élément Bénard était si abondamment supérieur, qu'on apercevait à peine les Montort, ces humbles débris de la féodalité vaincue!
Le héros de la fête manquait, l'héroïne aussi ; Armand et Clotilde ne se montraient point; mais peu importait. Les deux familles le mariaient, et l'on songeait à soi. Il y avait sur tous les visages une bienveillance hautement digestive.
En même temps que la noce un grand murmure entra, fait de ce seul mot répété sur tous les tons, avec un enthousiaste ensemble : charmant! charmant! charmant! Ce mot s'appliquait à la pièce de vers du docteur. Il venait seul, le docteur^ mais entouré par un cortège d'admirations éclairées. Son triomphe le portait sans l'enivrer. Il marchait modeste, demi-chauve, et ramenant des cheveux disséminés qui faisaient à son front étroit une auréole heureusement pommadée. Il
flottait entre deux âges incertains, mais mûrs tous deux. C'était » le docteur, » le docteur Nochet des Rivages, créole de la Martinique, connu par ses nombreux succès; affable, éloquent, utile, bon à tout, moins grandiose que M. Bénard , peut-être, mtùs plus suave et mieux fait pour plaire. Il venait content, sans morgue ni faste; il distribuait des coups d'œil agréables, il remerciait, il sou« riait, répétant à tous cette jolie pensée qu'il venait de trouver, car il était en veine : ,
« Mes amis! mes chers amis! mon secret est bien simple : Je versiGe avec mon cœur ! »
Et c'étaient des, bravos! Quel beau jour! et comme toutes ces âmes s'élançaient les unes vers les autres !
« M. Bénard, déclara noblement la comtesse douairière eu arrivant au centre du salon, j'ai toujours estimé l'industrie. Elle est la richesse des nations !
— Mme la comtesse, répliqua Bénard, voulezvous mon opinion? Je vais vous la dire : J'aime la noblesse. Elle est nécessaire aux peuples!
— Quand on n'abuse pas de l'anisette, professa Mlle Gertrude d'Aubray-Varognes, c'est un baume pour l'estomac.
— Hél hél fit le chevalier Fulbert, ce long vieillard à tète de linotte, qui avait l'air scélérat et le nez au vent, ■vous verrez que nous avons le
mot pour rire, belle dame. Je vous trouve tous charmants, ma parole d'honneur, et si vous le permettez, no.us ouvrirons le bal ensemble, «i
La Jeune, qui lui donnait le bras, Gt une humble révérence et répondit :
M Vous êtes bien aimable, monsieur le chevalier. C'est dans ces occasions-là que je regrette de n'avoir pas l'intelligence d'Amédée, pour placer des jolis mots dans la conversation.
— Il s'appelle donc Amédée ! s'écria le chevalier Fulbert. Ah! le coquin! Et il place des jolis mots! Mazettel
— Stop ! ordonna M. Bénard. Rompez les rangs! »
La Jeune regarda son mari avec orgueil et murmura, en quittant son cavalier :
« Vous voyez ! Amédée est toujours comme cela! »
Les différents couples se séparèrent et se saluèrent cordialement. On avait bien dîné, on allait prendre le café avec plaisir, on s'aimait.
« Vil-Brequin 1 >' cria M. Bénard d'une voix mâle et retentissante.
Il ajouta, en promenant à la ronde un regard plein de finesse ;
a Ce garçon s'appelle Brequin de son nom; je le nomme Vil-Brequin pour plaisanter.
— Impayable! dit Fulbert. Mazettel »
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La comtesse eut la boaté de eourire. La Jeune la salua afTectueusement et lui dît :
« Ah! sij'avaisaon intelligence ! »
La comtesse lui prit la main. La Jeune, encouragée, poursuivit en jetant sur M. Bénard un regard d'inef^le admiration :
o 11 est fait pour fréquenter votre monde tandis que moi, je suis toute unie et trop sans façon....
' — Le café, Yil-BrequinI commanda la voix sonore de Bénard. Chaud! »
Le beau domestique vint se planter droit devant lui et dit :
M Monsieijr se rencontre directement avec M. le duc, qui m'appelait toujours ainsi quand il avait la honte d'être en belle humeur. »
Bénard rougit de plaisir. La Jeune lui envoya une œillade qui valait un baiser et murmura :
V Ce duc -là devait avoir bien de l'intelligence I B
Ld docteur approchait. La comtesse lui mit la main sur l'épaule et déclara solennellement :
« Vous , voue avez produit un ohef-d'œuvre !
— Et un joli ! dit Mlle Gertrude. Nous avons un poëte à Bayeux; mais, dam! ce n'est plus ça; Paris est Paris.
— Impayable ! appuya le chevalier. Vous êtes décolleté, mon bon docteur! Ces dames ont rougi. , Mazette! J'ai saisi les allusions! »
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La comtesse le menaça du doigt et murmura ;
a Fulbert ! vous ne toub con-igerez donc jamais! f
Le docteur Nochet des Rirages, ainsi entouré, dégustait sa gloire avec seneualité, minaudant et souriant. Tout à coup, il ramena d'un geste ambitieux les mèches serpentantes de sa chevelure et s'écria :
o C'en est trop I il y a un chef-d'oeuTre, en effet, mais je n'eu suis pas l'auteur. Le vrai chef' d'œuvre est le contrat de mariage, tel que l'a notarié Mme la comtesse I »
Les bravos, changeant leur cours impétueusement, tombèrent aussitôt en larges douches sur ta douairière, qui soutint le choc avec dignité. Le cliœur chantait :
« Ahl le contrat! hérissé dediiBcultés, leçontrati
— Hérissé I répéta Bénard I J'ai la prétention d'avoir trouvé le mot qui caractérise la situation !
— Mme la comtesse a tant d'intelligence!
ajouta la Jeune avec courtoisie.
— Et si forte en droit I piqua Constantin , qui était de basoche.
— Le génie spécial des affaires litigieuses, dit le docteur, joint à la sensibihté de l'âme; telle est, je croîs, la définition de la noble amie qui dicta ce contrat en se jouant!
— Monsieur le chevalier! s'écria tout à coup Valentine d'Aulny, la petite baronne en quart de deuil. Fi 1 N'avez-vous paahonte ! »
Je ne sais pas de quelle énormité le vieux don Juan s'était rendu coupable; mais Valentine ajouta cruellement :
« Je me plaindrai à Mme la comtesse ! »
Celle-ci bondit comme une lionne et saisit le bras de son beau-frère, quiriaitetdisaittout bas :
<c Ce lutin veut m'afficher. Hé 1 bé ! Impayable!
— Silence! ordouna la douairière. Vous ne vous corrigerez jamais ! Prenez votre café et soyez convenable, u
D'une voix habituée à dominer le tumulte des assemblées générales, M. Bénard s'écria :
« La parole est au docteur Nochet des Rivages, qui désire ajouter quelques considérations à sa pièce de vers !
— Presque rien, dit aussitôt le docteur. Je ne voudrais pas abuser. Ce sera plutôt une causerie qu'ua discours. Je suis l'ami plutôt que le médecin des deux familles. Que dis-je! le parent, plutôt que l'ami. De telle sorte que c'est le hasard, plutôt que mon inQueuce.... Nonobstant, il y a un fait : J'ai servi de trait d'union.
— Très-bien! approuva Bénard , trait d'union! 11 parle avec élégance et facilité.
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— Noua formons ici, poursuivit le docteur, une famille plutôt qu'une réunion ordinaire.
— Une famille! répéta l'excellenle Mme Bénard, déjà émue jusqu'aux larmes. Ah ! c'est bien cela !
— Alors, dit le chevalier à l'oreille de la comtesse^ nous voilà changés en Bénard? Mazelte! Une famille ! »
La comtesse lui donna un coup de coude caressant.
I Je veux bien que vous ayez de l'esprit, murmura-t-elle, mais ne vous compromettez pas, Fulbert, je vous en supplie ! »
Le docteur éleva la voix; car il avait trouvé sa phrase à effet :
a Une famille! appuya-t-il, une famille composée d'éléments divers, réunis dans un même amour !
— Ah ! bravo ! déclara Bénard. C'est touché ! n
II y eut un long applaudissement. La Jeune atteignit son mouchoir.
« En composant l'opuscule poétique que voua avez honoré de vos suffrages, poursuivait cependant le docteur Nochet des Rivages, j'ai voulu faire une chose agréable et utile à la fois
— Ne laissez-pîs refroidir, croyez- moi , » lui dit Bénard en melttaat une tasse de café dans sa main.
Le docteur prit et continua :
« Je choisis ce moment où nos chers en&nts ne peuvent nous entendre pour aborder une question brûlante.
— Au fait, au fait, dit-on de tous côtés, où sontils donc nos tourtereaux ?
— Fulbert ! soutenez-moi , laissa échapper la comtesse à bout de courage. Tout cela est positi* vement effroyable ! Nos tourtereaux!
— Ils sont au grand salon, annonça Gertrude.
Le monde arrive, et les violons. Je prendrai encore une idée de café.
— Fulbert ! soupira la comtesse, on Ta danser ! Une noce boui^eoise dans toute son horreur!
— Écoutez le docteur I
— Le docteur n'a pas fini 1
— Us sont orphelins 1 déclamait M. Nochet des Rivages, insatiable de paroles. Nous nous sommes donné cette mission de. veiller sur leur félicité. Le but de ma pièce de vers était de rendre d'une façon à la fois agréable et saisissante cette pensée que les deux familles forment en ce jour une véritable association. .. .
— La commandite du sentiment! lança Béhard avec force. Le mot est de moi ! »
Mme Bénard lui prit la main par derrière et y mit un pleur furtif.
« J'accepte ce mot, s'écria le docteur, il résume
LES OBNS DE LA HOCE. 31
laBituatîon. La commandite du sentiment pour l'exploitation en commun de leur bonheur conjugal! »
Le docteur tenait sa tasse d'une main , sa soucoupe de. l'autre. Gela n'ajoutait pas peu à la dignité de sa pose oratoire.
« Voua êtes ce qui s'appelle un galant homme ! » lui dit la comtesse.
Le docteur dessina an geste plein de mystère, et repartit en baissant la voix :
■ ]'ai parlé d'une question hrdlante. Le mot n'est pas trop fort. Nous aurons à nous former en comité secret pour parer à certains dangers....
— Des dangers ! s'écria la Jeune en pâlissant.
— Du calme 1 ordonna Bénard. Ça ne m'e&aye pasl
— Des dangers grares, reprit le docteur, mus que nous saurons conjurer, je l'espère.
— Faites comme si je n'arais rien dit, s'interrompit-il tout à coup. Que nos visages expriment une g^eté insouciante. Voici nos enfants. Cachonsleur les épines du sentier de la vie , et ne leur montrons que les roses ! »
Ciotilde et Armand venaient d'eiitrer dans la serre, contiguë au petit salon, et passaîeut au travers des félicitations.
« Chut ! commanda Bénard. Sachons dissimuler! »
La Jeune avait les larmes aux yeux. Elle murmura :
fl Que c'est joli un mariage d'amour! »
Oh! certes! surtout quand ce sont deux êtres choisis et charmants qui se rapprochent. Ceux-ci étaient charmants et faits pour s'adorer, mais la noce pesait sur eux de tout son poids de plomh, la noce! l'absurde et barbare supplice que les gaietés gauloises ont imposé aux amours légitimes. La noce les séparait, la noce les opprimait, la noce jetait autour de leurs bien-aîmées espérances je ne sais quels augures burlesques et lamentables.
Ils n'avaient pu échanger encore qu'une pauvre parole. Armand avait dit, la tête prise par sa première migraine : • « C'est un siècle, cette soirée ! »
Clotilde avait répondu en souriant :
« Demain durera toute notre vie. »
On se précipita sur eux comme sur une proie.
L'impétueux Bénard les sépara, disant :
« AhçàlahçV-elleest encore ànous, peut^tre!
* — Depuis le temps, ajouta la Jeune, en mouillant la joue de Clotilde, je ne l'ai pas embrassée! Viens nous deux ! »
La comtesse avait déjà son bras sous celui d'Ar- , mand. Dieu nous garde de railler! Ces enfants étaient sincèrement chéris.
« Avons-nouB peur un petit peu? demanda la Jeune, attendrie et curieuse, en caressant Clotilde comme un enfant.
— Va! dit la comtesse à Armand, sols tranquille, nous te la'formerons !
— En grâce , repartît Armand , laissez-la-moi telle que je l'aime! »
ËtBénard à Clotilde, par derrière :
(c Nous nous occupons de toi, dur comme fer ! a En ce moment Mlle Félicité, la soubrette entre deux âges, et M. Constantin, l'humble ami, entrèrent tous les deux à la fois, l'un par la^erre, l'autre par la porte de la salle à manger.
La petite baronne au quart de deuil s'élança vers Mlle Félicité. Constantin, l'air soucieux et préoccupé, s'approcha d'Armand.
La gentille figure de Valentine étincela aux premiers mots de la soubrette; ses mains mignonnes se joignirent malgré elle, pendant qu'elle murmurait:
a Manuel! mon neveu I il est arrivé!
— Madame la baronne a là un bien grand neveu, pour son âge, » fît observer Mlle Félicité.
Mais Valentine ne l'écoutait plus. Elle se précipitait déjà vers la serre, lorsqu'un bras se glissa sous le sien. Clotilde lui dit à l'oreille:
« 11 faut que je te parle tout de suite ! »
Quel contre-temps!
M. Constantin abordait juBtetnent le marié par derrière, et lui disait:
« J'ai eu beau faire, la vicomtesse a voulu venir. »
Armand fit un geste de colèfô. M. Constantin poursuivit :
a Le vieux consul aussi.
— M. d'Ânaples! » balbutia Armand, qui devînt très-pâle.
Le docteur Nochet des Rivages, entouré de la conimandite du sentiment tout entière, avait suivi j^es divers mouvements d'un' œil attentif, mais tranquille. Il ramena ses mèclies fuf^rtives et dit:
« L'observateur le plus vulgaire verrait poindre la tempête à l'horizon. Chîicun ici me comprend. Leslongs développements sont inutiles. Si les deux familles veulent bien m'en croire, elles resteront à la hauteur des circonstances! »
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