‹ Les gens de la noceChapitre 4 sur 24 · LA CHAMBRE BL · texte numérisé non relu

LA CHAMBRE BL

Nous avons dit qu'en prononçant le nom du vicomte d'Anaples « le vieux consul, » Comme l'appelait M. Constantin, Armand d'Aubl-aj était devenu très-pâle.

Naguère, elles étaient trois jeunes filles au Sacré-Cœur de la rue de Varennes* trois amies, toutes trois si charmantes que le fityle un peu anthologique de ce bel établissement les avait surnommées les trois Grâces ; Glotildë^ YaJentifle et Laure. Laure était l'atnée, Valentlne la plus jeune ; Clotilde, qui venait entre deux, avait alors seize ans.

Toutes trois étaient orphelines, et cette circonstance avait contribué sans doute à les rapprocher. Clotilde passait pour être Une fort riche héritière ; Valentine avait une dot dont on ne disait rien ; Laure était pauvre. Sa pension était payée par un cousin de sa mère, occupant un

Coogk

poste diplomatique. à l'étranger, H. le vicomte d'Anaples.

Valentine était la plus jolie, la plus vive, la plus gaie surtout ; Clotilde était la plus douce, la meilleure peut-être, quoiqu'il y eût sous ses cheveux blonds de grands yeux d'un bleu noir qui languiasaientaouvent^mais qui parfois brûlaient; . Laure était incontestablement la plus belle.

Laure avait en outre une intelligence très-remarquable et de réelles dispositions pour les arts. Aux époques solennelles où les couvents jouent la tragédie, on confiait les grands rôles à Laure. Cela forme.

Laure se maria la première. Elle épousa le vicomte d'Anaples, son bienfaiteur, qui avait vingt ans de plus qu'elle. Puis vint Valentine, qui fit un mariage encore plus disproportionné. M. le baron d'Aulny* son époux, un membre de l'Institut, aurait été facilement son grand -père. Nul ne peut dire ce qui serait advenu de cette bizarre union : Valentine était veuve. Ce qu'il faut constater, c'est qu'il n'y avait pas dans tout l'univers, malgré le peu de largeur des liserés noirs de sa robe blanche, un plus digne petit cœur que celui de Valentine.

On racontait sur M. d'Anaples, le mari de la belle Laure, des histoires sombres et singulières. n avait vécu dans l'Inde et en était à sa troisième femme. On disait.... mais vous connaissez tous

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■ le féroce conte de Barbe-Bleue. Les gens qui causent et racontent à tort et à travers prononçaient. souvent ce nom de Barbe-Bleue, à propos de M. d'Anaples. On ajoutait, il est vrai, qu'à part le côté tragique de sa vie de ménage, le vieuï consul était un fort galant homme ; mais son aspect un peu lugubre et la perfection toute particulière de * sa laideur, gauche et taciturne , le rangeaient parmi ceux qui font peur.

Quant aux occasions d'être jaloux que sa femme pouvEÙt lui fournir, le monde ne marchandait pas. La vicomtesse était trop belle.

On distingue diverses sortes de jalousies. M. le vicomte d'Anaples avait en sa femme une confiance aveugle — et terrible.

De nos trois pensionnaires, il n'y avait donc eu que Clotilde à se marier selon son cœur, Glotilde, la suave jeune fille, la riche héritière. Elle aimait, elle était aimée; on voyait autour d'elle un bataillon d'affections zélées. Ce petit bout d'oreille du drame qui se montre parmi les paisibles débuts de notre histoire pouvaît-il la menacer en quoi que ce fût?

Tout ce que nous pouvons faire c'est de répéter qu'Armand d'Aubray était devenu très-pâle au nom du mari de cette belle madame d'Anaples.

M. Constantin le prit vivement par le bras et l'entraîna tout ému, disant:

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<i Ce boDhommë est le diable 1 »

Nous avons laissé Valentine appréhendée au corps par Clotilde au moment oii Mlle Félicité lui annonçait l'arrivée de ce mystérieux neveu, le commandant Manuel. La petite veuve allait s'envoler comme un papillon qui voit une fenêtre ouverte, mais Clotilde tenait bon.

« Je te promets de revenir tout à l'heure, dit' Valentine, qui essaya en vain de dégager son bras. Je t'en prie, laisse-moi.

— Non, l'interrompit gravement Clotilde. Il faut que ce soit tout de suite.

— Absolument?

— Absolument I

— Tu me fais trembler! »

En vérité, il y avait de quoi. Clotilde était solennellement émue :- plus émue encore qu'Armand. Elle entraîna Valentine, qui, oubliant du coup son commandant Manuel, demandait :

« Qu'y a-tril donc , mon Dieu , qu'y a-t-il donc? t>

Clotilde poussa un gros soupir et murmura quelques mots timides. Valentine rougit un peu, mais elle sourit.

La Jeune les regardait de loin. Timide aussi et tendrement rêveuse, elle se rapprocha de son Bénard.

« Te souviens-tu, Amédée? » soupira-t-elle.

Et son soupir était douï comme les brises de l'automne.

Bénard répondit en remontant sa cravate :

" En vingt-quatre heures, j'ai pris le diapason de ces gena-là! »

D'un geste de velours, la Jeune appuya une main tremblante sur sa large épaule. Elle se portait bien, sauf son incontinence de larmes.

f Tu fais tout ce que tu veux, Amédée, diteIle.Nousaussi,nousétionsunmariaged'amour! >i

Il y avait, en vérité, des notes profondément touchantes dans l'accent un peu drôle de cette tendre bonne femme.

Amédée tressaillit. Voua savez, les hommes ! Il y avait vingt-sept ans écoulés depuis le soir de leurs noces.

u Nous étions comme cela, reprit la Jeune, toi superbe, moi pas mal, tous deux troublés, impatients, mais bien heureux! »

Quand elles retrouvent, après si longtemps, la symbolique couronne de fleurs d'oranger au fond d'une armoire, les blancs pétales jaunis et fripés dégagent qi^elque poussière. La poussière fait tousser. M. Bénard toussa.

a Où donc est ce Brequin ? demanda-t-il brusquement. J'ai besoin de lui.

— ïe souviens-tu? insista la Jeune; c'était aux Vendanges de Bourgogne. . . -/^"Tt^ÎJ-

— Fi donc ! un cabaret !

— Nous n'étions pas si fortunés qu'aujourd'hui ; mais, Amédée! te souviens-tu?... Vous aviez avancé toutes les pendules ! »

M. Béuard ne put s'empêcher de sourire avec bonté, quoiqu'il eût honte.

« C'était du plus mauvais ton ! grommela-t-iL Ah! voilà Brequin.... Vil-Brequin ! »

Il s'enfuit. La Jeune, abandonnée, répéta mélancoliquement :

« Vii-Brequin ! il n'y a que lui pour trouver ces choses-là! »

Puis, suivant la pente de son rêve :

« Vingt-sept ans! déjà! à la Saint-Jean! Ah!

ce fut une soirée agréable, où il déploya bien de l'intelligence!

— Vous comprenez, mon brave, disait M. Bénard à Brequin, que je connais sur le bout du doigt les usages de la haute société parisienne. Je fréquente les salons les plus élégants. Mais dans leur vieux monde, là-bae, ils ont des idées si baroques! Je voudrais un conseil.

— Aux ordres de monsieur, répliqua Brequin, droit comme un I, et gardant son admirable sérieux.

— Voilà. Le père des noces ouvre-t-il le bal avec la mariée, au faubourg Saint-Germain ?

— Quand ça lui fait plaisir, oui, répliqua fire-

LES GENS DE LA NOCE. kl

quin d'uoe voix d'oracle, du moment qu'il y a un père des noces et un bal. »

M. Bénard lui offrit cent sous avec oi^ueil et dit :

« le le savais bien ! u

La Jeune, cependant, regardait toujours Clotilde, qui revenait le bras passé autour de la taille de Yaleatine. Les yeux de l'excellente dame s'humectèrent; son cerveau avait des trésors de pleurs.

« La chérie! pensa-t-elle. Je croyais qu'elle se serait adressée à moi. Elle a mieux aimé quelqu'un de son âge. Moi, je n'avais personne.... »

Elle porta son mouchoir à ses yeux , où les larmes souriaient, et ajouta tout au fond de son pauvre doux coeur :

« Depuis le temps, on a démoli les Vendanges deBoui^ognel »

Le délicieux minois de Valentino eiprimait une importance considérable. Elle ramenait triomphalement Glotilde, qui avait l'air soucieux et inquiet.

a Alloua, allons, allons ! disait-elle, les jeunes filles sont ' toutes comme cela. Elles se font des idées, desmopstres!

— Enfin, l'interrompit Clotilde résolument, je voudrais savoir! »

Valeatine s'arrêta el la couvritd'un i-egai-d pro-

lecteur, si charmant et si comique à la fois que, tout en lui riant au nez, vous l'eussiez assurément adorée.

« Pauvre chère enfant, murmura-t-elle en lissant, ma foi, les cheveux de son aînée ingénue avec un geste de mère, il faut donc tout te dire ? Eh bien écoute ; Quand le monde fut parti, M. le baron vint..,.

— Ah 1 fit Clotilde, se rapprochant d'un mouvement fiévreux.

— Bon! s'écria la petite baronne. Ça t'élonne déjà? Est-ce que tu croyais qu'il ne serait pas venu? Le soir de ses noces !

— Ensuite? demanda Clotilde, dont la voix tremblait terribleoient-

— Ensuite? Eh bien ! M. le baron me baisa la main-

— Avais-tu peur?

— Un peu.

— Et ensuite?

— Ensuite? Eh bien! M. le baron me dit :

« Bonsoir, chère mignonnette, Savez-vouR que a vous voilà baronne? » Il me baisa encore la main. Je te dis tout, moi, tu comprends, parce que tu veux tout savoir.... »

Clotilde était plus pâle quâsablanche couronne. Elle n'interrogeait plus. La chère petite veuve au quart de depil poursuivit d'elle-même :

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« Le baron remit ma main soub la couverture et soupira, comme bî une tristesse lui eût passé au travers du cceur. Mais ce ne fut pas long. Il rit et me dit : « Quand on est baronne , il faut bien dormir; dormez bien, Valentine, mon cœur. »

Il y eut un silence assez long. Puis Clotilde murmura :

« Merci !

— Ohl fit Valentine, il n'y a pas de quoi, va! • — Aimais-tu bien le baron ? demanda ]a jeune mariée.

— Si j'aimais le baron! Est-oe que tu deviens folle ! J'ai passé plus de quinze jours à pleurer !

— C'est vrai. Il avait soixante-huit ans, n'est-oe pas ? »

Valentine avait une larme qui se balançait, brillante, aux longs cils de sa paupière.

« Il était si savant, dit-elle, et si célèbre.... Et puis si boni » ajouta-t-elle dans un élan de véritable émotion.

Clotilde lui prit les deux mains et l'embrassa avep une nerveuse vivacité.

.Par les portes ouvertes, un bruit d'orchestre arriva. Il y eut un grand mouvement parmi les invités. Les parents sérieux, le docteur Nochet des Rivages et M. Constantin lui-même allaient et venaient avec des figures de conspirateurs. On avait

entendu Mme la comtesse dire en secouant les franges d'or de son turban :

« C'est délicat ! c'est bien délicat ! »

A quoi le docteur avait répondu :

9 On peut s'en tirer en joignant beaucoup de cœur à beaucoup d'adresse. Mais vous avez mis le doigt sur la plaie ! c'est délicat ! »

Au bruit de l'orchestre, ta petite baronne avait pensé tout haut :

«Il m'attend! depuis une demi-heure!

— Qui donc t'attend? » demanda Clotîlde. • Mais Bénard tomba sur elle comme un moellon

détaché d'un cinquième étage.

•X Jamais embarrassé ! dit-il. Voici ma danseuse ! J'ai la prétention de connaître leurs vieilles étiquettes sur le bout du doigt. En avant deux! au fauboui^ Saint-Germain, c'est l'usage!

— Madame la baronne veut-elle bien me &ire l'honneur?... commença le chevalier Fulbert qui tendit sa main sèche et coupable.

— Un quadrille ! l'interrompit Valeotine indignée. Dans ma position ! »

Mlle Gertrude promena à la ronde un regard d'appel et déclara :

Moi, je ne suis pas en deuil! nous dansons à Baveux. »

Valentine, cependant, suivait des yeux Clotilde et se disait :

« Que croyait-elle donc ? Ah ! ces jeunes filles! »

Puis elle partit comme un trait, pensant:

a Je ne me permettrai qu'une pauvre petite polka avec mon neveu: la polka de la veuve! »

Le chevalier, guilleret comme un pinson, voulut la suivre après avoir essayé vainement de l'arrêter au passage ; mais la comtesse lui dit de loin, avec une majesté concentrée : •

« Restez, mon frère, et soyez convenable !

— Il y a anguille sous roche! » munnura Brequin à l'oreille de Mlle Félicité qui l'aidait à débarrasser le guéridon.

Mlle Félicité répondît:

« Une forte anguille ! »

On dansait au grand salon. Il ne restait ici que les parents sérieux, plus spécialement intéressés dans la commandite du sentiment. Les physionomies étaient sombres. Le docteur Nochet des Rivages avait l'air consterné. Seule, la Jeune gardait bon visage.

« Je n'ai pas votre intelligence , ditrelle à la comtesse^ mais mon avis est qu'il n'y a pas la de quoi fouetter un chat! »

Le docteur leva les yeux au ciel .

« J'ai TU, répliqua la comtesse, des ménages perdus pour si peu de chose !

— Madame, fit observer doucement la Jeune,

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ma nièce n'a eu chez nous que de bons exemples.

— Certes, certes, fit le docteur, mais il faut tuer \p mal dans son germe !

— L'honneur d'un nom historique.... d commença la comtesse.

Il y a des mots Eicheux. La Jeune se redressa et dit en redoublant de douceur, ce qui, cbes elle, était signe d'orage:

a L'honneur de la maison Bénard est d'hier et d'aujourd'hui. ■

Seul ici peut-être, le docteur connaissait la bravoure de cette paisible femme.

a L'honneur-Bénard ! s'écria le chevalier en ricanant. Impayable !

— Mes amis, mes amis! v supplia le docteur.

Hais le trait avait porté. La Jeune reprit d'un

ton qui arrivait à la caresse :

ce On prêterait beaucoup d'argent sur l'honneur- Bénard, tandis que, sur le nom historique dont il estquestion....

— Je propose le huis clos ! l'interrompit précipitamment la comtesse. Brequin ! »

Celui-ci viat à l'ordre.

n Y a-t-il un endroit où nous puissions délibérer? demanda la comtesse.

— II y a la chambre bleue, répondit Brequin.

— Félicité, ordonna la JeutiCj sans élever là voix, alkzme chercher M. Bénard. Il s'agît....

— Ces gens n'ont pas besoin de eavoir de quoi il s'agit, ma bonne dame ! s'écria la comlesBe.

— Ma bonne dame, tous avez raison. Je n'ai pas votre intelligence. . . . Mais qua&d Amédée sera là, on tous parlera la bouche ouverte !

— Mesdames ! mesdames ! ût le docteur, attendez que nous soyons dans la chambre bleue !

Brequinl prenez un flambeau et marchez! >

Brequin obdit. La comtesse saisit le bras dû docteur. La Jeune les suivit d'un pas doux. Elle refusa la main du chevabef; Cette sortie eut quelque chose de processionnel qui était fait pour frapper les imaginations. En revenant de chercher M. Bénard, Félicité s'arrêta sur le seuil de la serre pour Contempler ce défilé mena^nt.

Brequin reparut bientôt; il avait une mine plus éveillée et se frottait les mains à tour de bras.

« Mlle Félicité, dit-il, je sais pourquoi on a renvoyé l'ancienne chambrière.

— Vraiment!

— Il s'agit du commandant Manuel.

— Celui qui revient?...

— Directement! des antipodes! et de Mme la vicomtesse d'Anaples.... Devinez- vous ?

D.,-:..Jt,C.OOglc

— Le commandant est un beau cavalier, dit Félicité.

— La vicomtesBe est une femme adorable !

— Après?

— Il paraît que l'ancienne chambrière etl'exvalet de chambre savaient chacun une histoire. »

Félicité ouvrit de grands yeux.

a Est-ce qu'on va se battre?demanda-t-elle.

— Peut-être pas le premier jour, répondit Brequin. Mais il paraît que la vicomtesse est ici, avec son Barbe-Bleue.

— Et le commandant vient justement d'arriver. »

Elle s'interrompit en un soubresaut, ajoutant:

w Tenez! quand on parle du loup.... »

La porte de la salle à manger s'ouvrait, montrant cette jolie petite baronne, toute rose et toute étincelante de joyeuse gaieté, au bras d'un cavalier. de trente ans: une belle et mâle figure qui souriait tristement.

« Depuis que les anguilles sont inventées.... commença Brequin.

— Jamais on n'en a vu de si bien portante ! » acheva Mlle Félicité.

Ils s'éclipsèrent tous deux, lançant ce rire vengeur des domestiques, qui est le mauvais augure de nos maisons.

Valentine et le commandant Manuel ne les avaient même pas aperçus. Valentine ne cachait pas sa fierté; son neveu lui ^sait honneur, elle l'admirait des pieds à la tête, et ne se lassait point de le regarder.

H Voici enfin une chambre où nous serons seuls! s'écria-t-elle; nous allons causer tout ù notre aise ! ■

— C'est seulement en arrivant à Marseille, dit le commandant, d'un air distrait, que j'ai appris lamortde mon pauvre cher oncle, votremari. n

Les yeux de Valentine se baissèrent à ce nom.

« Nous parlions bien souvent de vous, Manuel, prononça-t-elle tout bas; nous ne parlions que de vous. U est mort en regardant la momie indienne que vous lui aviez envoyée du Bengale.

— Je lui en apportais une autre d'Egypte.

— Comme c'était aimable à vous, mon neveu !

soupira la belle petite veuve. Il l'attendait avec impatience.

— Un Pharaon, poursuivit le commandant, authentique! »

Ils se regardèrent : Valentine essuya ses yeu^ mouillés, Manuel adoucit sou triste sourire.

« Ma tante, dît-il, vous n'avez peut-être pas les mêmes goûts de collectionneur.

— Oh! non, fit-elle, pendant que son sourire aussi reparaissait, appelé par celui du comman-

dant. Vous sentez, les PharaoDs, moi, cela m'est égal.»

Manuel tourna la tête et sa voii s'altéra.

a Eu arrivant à Paris^ dit-il, je devais apprendre encore une autre nouvelle.

— Clotilde ! murmura Yalentine en détournant les yeuï. »

Elle ajouta après un silence :

tt Mon neveu, est-ce que vous l'aimez toujours?

— Toujours, répondit le commandant à voix basse. »

. Valentine étoufb un soupir; une expression de souffrance se répandit sur son joli visage. Il y eut encore un silence, pendant lequel ils traversèrent tout le salon pour entrer d^ns la serre.

La serre était inondée par les vives chansons de l'orchestre.

« Si vous pensiez, reprit Manuel en hésitant, que ma présence dans cette oiaison pût avoir quelque inconvénient....

— Mais du tout ! l'interrompit vivement Valentine. Oh! du touti Par exemple! Je suis bien sûre que Clotilde sera enchantée devons voir! »

Dans cette serre, toutes les plantes étaient pour le marin de vieilles connaissances. 11 était en train de caresser avec distraction la tige opulente et droite d'un jeune yucca. Le brusque mouvement qu'il fît brisa la tige.

« Qu'avez-vous donc? demanda Valentine.

— Enchantée! répéta le commandant amèrement. Clotilde sera enchantée de me voir !

— Mais, mon neveu.... » voulut dire Valentine.

Il s'assit, parce que ses jambes chancelaient, et murmura», :

u Vous m'avez arraché ma dernière espérance I »

Les yeux de cett« charmante petite baronne ne souriaient pas toujours; ils savaient étinceler aussi : c'étaient de beaux yeux. Une larme en jaillit avec un éclair.

.H Mon neveu, dit-elle résolument, je l'ai fait exprès ; il ne faut pas que vous ayez d'espéran-

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