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LES GKNS Di: LF.TTHES
CIIAlMTIiK II
Le protégé — Martial
(loiidiliuii pit'Maiic «les poèlt'S sous rcmpirc; lu |ilii().irl ne priivoiit se passer (les «•raiids. — Coniiiieiit ils «loiveiil se eunip<»i'ler aver leurs (i.ilrous, «ra[>rès les conseils «llloraee. — Eu ^'éii«''ral, les poètes anciens ont niant|ué de «li<^nilé dans leurs rappcH'ts avee la n(»l)lessi'. Martial, étudi»'' ici connu»' type de l'écrivain ohséfjnitMix, ila^^trueur et rampant; Martial et Tavocal Héj^ulus; il rpuise h-s t'orines de la tlallerie et celles de la demande etVroutée ; il Unit [)ar se lass«'r de cette vie de basstîsso. — Stace et les nobles. — Services divers ipie les poètes pouvaient rendre aux j,Mands : ils l»'s anuisaient; ils étaient leui's historio<^M'aphes; veis -m- le jitur natal, épithalames, consolalions^ f/i'jKirls, rrlouis : auti'es poésies \\v ciiconstance ; époj)ées lon;ni«rcnses, panè^fyri<|nes.
J)ès les preiiiiriTs pages de ce livre, nous avons noté ce fait essentiel que la prose et la poésie s'étaient développées pendant laUépublique dans des conditions bien diilérentes; l(;s poètes, à peu d'exceptions près, ont vécu sous la tutelle des grands ; h^s orateurs et les historiens, au contraire, appartiiiiant eu\-niénies à l'élite sociale, n'avaient besoin de personne pour pousser leur fortune.
Sous les Césars, cette hiérarchie littéraire est boideversée. La prose et la poésie ne sont plus enfermées dans di^s castes distinctes; des hommes qui portent un nom illustre lisent des vers à leurs amis; des plébéiens sont au premier rang des avocats et des jurisconsultes. Cependant, les vieilles habitudes du patronage ne furent pas sensiblement moditiées ; connue par le passé, le rôle de clients littéraires semble de droit dévolu aux poètes. Ce n'est pas qu'on ne voie aussi des historiens, des rhéteurs, des philosl^phes, parmi h'S protégés i\i'< riches; mais, en général, cett(,'
HT LHfRS PROTKCTEUHS A ROMH. I3;î
espèce de profession est la spécialité des poètes : aussi serat-il question d'eux exclusivement dans ce chapitre.
Il faut bien le dire, la plupart des poètes ne pouvaient guère se passer des grands. S'ils étaient d'un rang social plus élevé que les anciens amis de Scipion et de La^lius, leur condition n'était pas moins précaire ; la terrible nécessité de vivre les retenait dans la dépendance de ceux qui, de temps en temps, laissaient tomber quelque pièce d'or sur leiu' médiocrité.
Cependant il faut se garder de toute exagération ; il serait naïf de prendre tout à fait à la lettre les classiques déclamations de Juvénal sur rindigence des poètes. Les tableaux de dénùment que Tantiquité nous a laissés sur ce sujet sont- ils bien exacts? Les poètes en étaient-ils réellement réduits à compter, au jour le jour, sur les bonnes aubaines et les pourboires du métier? Non, assurément. Les anciens, plus encore que nous peut-être, admettaient facilement des opinions toutes faites, thèses convenues, mal vérifiées, qu'on se passait de main en main, et qui fournissaient matière à de jolis morceaux d'éloqu(înce\ lîn de ces lieux conmnms voulait (pi'entre la poésie (;t la richesse, ou seulement l'aisance, il y eut incompatibilité rigoureuse. Tout homme qui avait la sottise d'être avec les Muses en commerce réglé, sans être venu au mond<' pourvu d'un respectable patrimoine, était sur de mourir de faim, ou peu s'en faut; ainsi le voulait la thèse. Il fallait absolument que Stace, après une séance de lecture ot'i il avait été couvert d'applaudissements, rentr.U dans son pauvre taudis, grelottant et aflamé'. Cela était nécessaire pour la beauté du contraste ; chez les anciens, artistes avant tout, cette raison avait de la valeur.
Ce lieu connnun datait au moins du siècle d'Auguste * ;
1. On les retrouve surtout dans les déclamations, dans les discours des sophistes, dans les satires, etc.