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LES (iKNS ni' IJ'TTRKS
garda dans le veuvage le souvenir de son Lucain, et bien d'autres moins connus *, loués par Martial avec une chaleur qui paraît souvent sincère.
Mais aussi, combien de gens suspects ou mal famés il a célébrés avec une intrépide emphase"! Je n'en donnenii qu'un exemple. Sous Domitien, on vit s'élever aux honneurs un homme odieux entre tous, le seul, je crois, que IHine le .leune ait eu la force d'abhorrer ^ L'avocat llégulus était entré dans la vie politique par un de ces coups hardis qui signalent un héros, et \v. mettent hors dr pair. Tout jeune encore, après l'assassinat de Pison, il se lit apporter la tête sanglante de son ennemi, et la mordit avec rage'. C'est lui qui résumait en ces termes sa manière de plaider : (( Moi, je saute à la gorge de mon adversaire, et je l'étrangle net! » Cette fornude était pour lui antre ch(>se qu'une théoricî oratoire : il a\ait l'instinct du meurtre; sous Néron, et plus tard sous Domitien, il sollicita comme un(; grâce le rôle de délateur. Nul ne fut plus âpre que lui, et plusieurs nobles maisons abattues étaient les trc>phées de ses victoires. La mort de llusticus, une des plus illustres victiiues de Domitien, fut un de ses succès; il s'acharna sur la mémoire de Sénécion, dénoncé par Métius Carus, a\ec tant d'emportement, que celui-ci ne put s'empêcher de lui dire : .( (Juel droit avez-vous sur mes morts? Me voit-on insulter aux vôtres, à Crassus et à Camérinus ? » Kégulus cultiNait aussi, avec une grande science, la captation des testaments, nu'lant, auprès dis malades et des vieillards, l'audace auv jongleries. Par ces divers moyens, il devint prodigieusement riche : <( .l'ai un jour consulté les dieux, disait-ii. pour savoir quand j'aurais soixante millions de sester«'e< : ils m'ont promis ipie j'arriverais à cent vingt nullions. •
1. PitMuliis, Atliciis, Spar>u>. TôrPntin> Prisons (|iii fut ptnir lui, dil-il. un Mécène (Xii, 4j.
2. \\ em|)l(tic >ouvent des noms do ronvonlion rtmluMis. INtsIImnms. i'l< . . sous l«;s(|iit'ls il osl diriirilc de i(Mt»ini;iilii' !»'< |»r'r>uim;ii:i'> rrci: .
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HT LKIRS PROTECTRURS A ROME.
Charlatan consommé, souple et cruel comme un félin, tour h tour arrogant et rampant, énergique, allant droit à son but sans être arrêté par aucun scrupule, détesté et courtisé par tous, il fut une des puissances les plus malfaisantes du règne de Domitien \
Kégulus triomphait dans son insolente fortune, et tous les honnêtes gens tremblaient devant lui, quand Martial entreprit de s'en faire un protecteur. Régulus reçut ses avances avec plaisir: il aimait, lui, l'avocat parveim, parti du néant, à recevoir sous ses fastueux portiques cette foule de clients qui passaient le Tibre pour assiéger son lever'. Martial loua donc l'éloquence et le génie du nouveau maître qu'il s'était donné ^ Passe enc(»re pour cela ! llégulus ne manquait pas de talent, et d'ailleurs on peut toujours dire à un avocat qu'il est « la lumière du barreau ! » Mais il le loua aussi de sa piété et de sa philosophie ' : c'était un peu plus fort !
Knhn, un événement mémorable permit à Martial d'étaler le zèle le plus bruyant. Régulus se rendait un jour àTibur: à peine son char avait-il passé sous un portique ruineux, que le vieil édilice s'abîma dans un tourbillon de poussière. Martial chanta deux fois ce miracle de la bonté divine ; il lit des considérations sur l'attentat que le portique avait pensé conmiettre! Mais, au moment de consommer son forfait, ce portique s'est ravisé, et a compris à quelles malédictions il allait s'exposer; il a eu la précaution de laisser passer <( son seigneur » ; alors, ne craignant plus rien pour des jours si précieux, il h'esttranquillem<'nt laissé choir, et voilà connnent ses ruines « attestent la pr(>vidence des dieux ^ ! »
Kégulus avait un (ils qui, à peine sorti du berceau, — il
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