‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 114 sur 345 · I.HS GliNS DE LETT · texte numérisé non relu

I.HS GliNS DE LETT

il estimait Tamitié, il admirait le génie, la gloire et même la vertu. Son rêve eût été de vivre à la campagne,

Sui nec magrii ruris amator^

Pline a même loué chez lui une espèce de candeur. Mais cette vie disputée à la misère fît un cynique de ce pauvre Martial, né honnête et bon. Il devint le chroniqueur attitré des scandales journaliers de Rome ; sa vengeance fut de raconter cette corruption avec une horrible exactitude, une ingénuité monstrueuse.

Disons-le pourtant à la décharge de Martial ; il se lassa de sa vie de bassesse, de ses protecteurs avares et débauchés. Un jour enfîn, il laisse échapper ce cri de fatigue et de dégoût : (( Home, épargne un complimenteur épuisé, un client vieilli sous le harnais ! Faudra-t-il, longtemps encore, être l'adulateur public de tout le monde? Après tant de nuits sans sommeil, je voudrais bien dormir tout à mon aise ! » • — « Maintenant, dit-il ailleurs, Rome m'accable et m'écrase : je suis las de n'avoir pas un jour pour moi, et de consumer ma vie dans de stériles fatigues \ »

Il voulut donc revoir le pays natal, cette bonne cité de Bilbilis, connue en Espagne par ses forges et sa fabrique d'armes, assise sur une colline, près du Sablon grossi par la fonte des neiges. Le voyage était long et coûteux ; Pline en paya les frais \ De retour h Rilbilis, Mju'tial reçut d'une dame espagnole* un domaine comme Horace avait désiré le sien. Il avait dans sa terre des rosiers aussi beaux que ceux de Pœstum, de frais treillis de vignes, des viviers pleins de poissons, et un joli colombier blanchi à neuf; c'était un véritable empire pour le pauvre poète, accoutumé aux arbres poussiéreux de sa villa du faubourg. Quelle jolie

li. IMin., Ep., m, 21.

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