Kilo s'appelait Mairclla. \u. :\\. Cf. \ii
page Martial, assis avec indolence sous son berceau d'ombrage, écrit à Juvénal, resté à Rome dans la grande mêlée : « Enfîn! je jouis donc d'un sommeil profond, pour réparer trente années d'insomnies ! Ici, la toge est inconnue ; on me jette familièrement la robe posée près de moi sur une chaise. Me voilà levé ; un bon feu m'attend, un feu superbe, construit avec une montagne de bûches de chêne, et entouré par la fermière d'un rempart de marmites. Le fermier donne leur tache aux esclaves, et me prie sans façon de lui permettre de couper sa chevelure. J'aime à vivre ainsi ; c'est là que je veux mourir ^ »
Cependant, malgré cette opulence tardive, et ce large superflu, si doux à ceux qui ont quelquefois manqué du nécessaire, malgré ces longs sommes de la grasse matinée, malgré tout cela, ^Martial s'ennuyait quelquefois à RilbiUs'. Il est vrai que cette ville était pleine de rumeurs vulgaires, comme tous ces petits chefs-lieux de province, où les idées sont mesquines, les moindres gestes étroitement surveillés, la malveillance des voisins stupidement grossière. Mais la principale raison de sa tristesse, c'est qu'il ne retrouvait plus cette fine culture littéraire de Rome, ces bibliothèques^ ces théâtres, ces conversations qui aiguisent l'esprit, ces groupes d'oisifs, où le dernier livre paru est si prestement dépecé, où l'on déchire avec tant d'esprit la réputation du prochain. Faut-il le dire? Martial regrettait même un peu — sans doute à son insu — « sa vie de bohème », son existence de dénûment et de flatterie, ses patrons, qui lisaient du moins les vers du poète, tout en méprisant l'homme. Rome ne lui donnait pas toujours du pain ; mais elle s'occupait de lui, elle le caressait, elle attendait ses épigrammes avec impatience. D'ailleurs, pour un homme tel que Martial, qui ne se piquait pas de fierté et d'indépendance, n'y avait-il pas quelque douceur même à flatter,