XII. Pr.rf
quand ceux qui recevaient ses hommages portaient les plus grands noms de Rome, et le poète ne se croyait-il pas amplement payé de sa peine, s'il avait reçu de ses protecteurs quelque signe d'approbation, une parole encourageante, une invitation à souper?
On a souvent comparé Martial à un autre poète contemporain, Papinius Statius de Naples. Tous deux médiocrement aisés, ils ont fréquenté à peu près le même monde, et ont souvent chanté les mêmes sujets ^ On a profité de ce facile rapprochement pour faire de Stace un autre parasite des riches. On nous apprend qu'il a se fit leur poète, qu'il mit à louage son ventre et son talent, qu'il fit l'agréable autour de ces grands vices et de ces débauches monstrueuses'. » Nous osons défendre Stace contre le critique illustre qui a écrit ces lignes, à cette époque de l'impeccable jeunesse, où l'on rend avec aplomb des arrêts dont on sourit plus tard. Non, Stace n'a pas été, comme Martial, un valet des nobles, une plume mercenaire vendue à leurs plaisirs. Oh! si l'on nous parlait du Stace qui a cent fois encensé le prince, — et ce prince était Domitien! — nous accorderions tout ce qu'on voudrait. Sur ce point, il n'est pas possible de le défendre ^ Mais, quand il parle aux grands personnages qui s'intéressent à lui, Stace garde une tenue correcte. Sans doute, il s'associe à leur fortune, mais ce n'est pas un crime d'aimer ceux qui réussissent ; il le fait du reste en homme du monde bien élevé, qui loue des amis et presque des égaux ; rien, absolument rien, ne sent ici le quémandeur. Une seule pièce rappellerait le genre gouailleur et effronté de Martial*; mais ce n'est qu'une boutade plaisante, inspirée par les saturnales. Stace a donc le respect de sa plume, du moins quand une faveur de Domitien ne fait pas tourner
1. Comiiarcr Martial, vi, 21, cl Stace, i, 2; Martial, vi, 28, et Stace, ii, 1; Martial, vn, 40, et Stace, m, 3; etc.
2. D. Nisard, Poètes latins de la décadence, t. I, Stace, § 2.