‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 124 sur 345 · Mart., xi, 36. Cf. viii, 45; etc · texte numérisé non relu

Mart., xi, 36. Cf. viii, 45; etc

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effet par des libations qu'on rendait grâces aux dieux d'avoir ramené le fugitif. Cette tradition venait d'Horace en droite ligne ; l'aimable épicurien ne connaissait guère d'autre moyen de remercier le ciel.

Mais nous n'en finirions pas, si nous voulions épuiser la liste de ces poésies de circonstance, inspirées quelquefois par l'amitié, plus souvent peut-être par l'espoir de plaire à un homme influent. Il faudrait y ajouter les vers offerts ou demandés pour un ex-voto^ pour une convalescence, pour un enfant qui vient de franchir son deuxième lustre, pour un jeune esclave dont la première chevelure est tombée sous le fer. Il n'y a pas de petit événement dans la vie des demi-dieux : tout est digne d'être chanté, même un oiseau qui a su plaire à sa maîtresse.

Dans ces faits divers, rien n'est plus commun que la description d'une villa nouvellement construite, d'un sanctuaire, d'une bibliothèque, d'une salie à manger, d'une fontaine, d'une statue, d'un portrait, d'une coupe précieuse, moins que cela encore, d'un insecte emprisonné dans un morceau d'ambre ^ . On ne peut guère en douter, la plupart de ces morceaux descriptifs étaient à peu près commandés à l'écrivain. Un jour, le protecteur prenait à part son poète, et lui disait : <c II faut^ mon cher, que vous veniez visiter mes nouveaux b;iins. J'ose me flatter qu'il n'y a rien de plus riche et de mieux entendu. Des robinets séparés versent au choix l'eau Vierge, ou celle d'Ancus Martius ; une lumière abondante tombe d'en haut, tamisée par des verrières décorées de dessins et de figures. J'ai banni le marbre carysthien : je le trouvais un peu vulgaire; je n'ai voulu admettre que le surchoix de nos plus belles pierres, l'onyx, l'ophite, des marbres blancs comme la neige, et des porphyres fauves de Numidie, rehaussés par des marbres verts de l'Eurotas. Venez voir

1. Voy. Stace, Martial, passim, et plusieurs pièces d'An sone lE/j/^r., îî; 6; etc.) ; voy. aussi V Anthologie. — Au point de vue de l'iiistoire de l'art, beaucoup de ces morceaux sont très intéressants.

mes petits arrangements, et vous ferez là-dessus quelque chose de gentil ; entre nous, je ne suis pas fâché que le public soit un pou mis au courant. » Le poète allait donc voir ces merveilles, et il faisait des vers sur les bains de ce grand personnage \ « chez qui l'on soupe si bien*. »

Il y avait aussi, dans la vie de ces grands personnages, des événements plus importants que l'inauguration d'une salle de bains : des consulats, des légations, des commandements militaires. C'étaient de beaux sujets pour la verve de leurs clients. Cependant ces pièces d'une allure plus épique paraissent avoir été rares; beaucoup de poètes, sans doute, ne pouvaient pas ou ne voulaient pas s'embarquer dans ces morceaux d'apparat.

Claudien seul est passé maître en ce genre, où il faut du souffle, de la verve, de l'abondance, de la grandeur, ou du moins un fracas de mots qui donne l'idée de la grandeur, et un rare courage d'admiration. La plupart sont capables de louer brièvement; on fait chevaucher l'une sur l'autre deux ou trois métaphores, et c'est fait. Mais célébrer en trois cents vers l'obscur consulat d'un MalUus Théodorus, dire solennellement, avec toutes les apparences de l'enthousiasme, sans perdre haleine, et sans faiblir un seul instant, que Probinus et Olybrius ont été des hommes incomparables, chanter la guerre contre un petit roi de l'Afrique du même ton qu'on chanterait la lutte de Rome et d'Annibal% tout le monde n'est pas capable d'un pareil tour de force. C'est un jeu pour Claudien; il est à l'aise dans ces pompeux mensonges. Son imagination transforme tout. Le héros lui-même se laisse prendre à la chaleur d'une conviction qu'on pourrait croire sincère, et l'homme le plus médiocre est à peine étonné d'être traité comme un Scipion.

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