IMin., Ep., IX
:'). Ep.. VIII, 1. — Il parle ailleurs d'un antre de ses lerteur.'. Zozime, qui était en même temp<! un pxrellent dérlamateur. v. 19.^
ET LEURS PROTECTEURS A ROME. lOH
matin jusqu'au soir. Pline était un goufFre de lectures hâtivement faites, et j'imagine que, pour le remplir, il fallait toute une équipe de lecteurs, qui se relayaient dans cette pénible corvée.
L'emploi de secrétaire était encore plus important. L'esclave ou l'affranchi élevé à ces hautes fonctions entrait d'une manière profonde dans l'esprit du patron, et devenait jusqu'à un certain point l'ouvrier de sa pensée. Il écrivait sous sa dictée, prenait des notes, et faisait pour lui des recherches. Tiron est resté pour nous le modèle achevé de ces secrétaires instruits. Cicéron avait remarqué ce jeune homme à la physionomie intelligente et ouverte ; il le sépara des esclaves du commun, l'instruisit avec un soin extrême, en vue du ministère auquel il le destinait, et en fit un sujet de choix, d'une érudition variée, et parfaitement rompu aux délicatesses de la langue latine. Après l'avoir ainsi façonné à son gré, il l'affranchit, et le prit pour l'indispensable collaborateur de toutes ses études. Tiron cessa en quelque sorte de vivre et de penser pour son compte ; dévoué corps et âme à Cicéron, il n'avait d'autre souci que les intérêts et la gloire de celui-ci. Cicéron le lui rendait en bonne et franche amitié, parfaitement exempt avec lui de toute morgue protectrice, et le traitant avec une familiarité honnête et cordiale, mêlant d'ailleurs à cette affection un sentiment très vif des inappréciables services que Tiron lui rendait tous les jours. Il en arriva peu à peu à ne pouvoir plus se passer de son secrétaire; quand Tiron n'était pas là, Cicéron était comme un ouvrier qui n'a plus sous la main les instruments de son état; il était gauche, ne savait pas s'y prendre, n'aboutissait à rien, ne pensait plus qu'à demi : ce Privées de votre concours, lui écrivait-il, mes chères études, je devrais dire nos chères études, ne font plus que languir. Vous êtes comme le régulateur de mes écrits. J'ai suspendu mon travail, parce que je n'aime pas à écrire moi-même. » Aussi, lorsque Cicéron, revenant de son gouvernement de
ICI» LKS GRNS Di: LKTTRKS
Cilicie, est obligé de laisser son secrétaire malade derrière lui, il est presque aussi triste de cet accident que des redoutables révolutions qui se préparent en Italie, et de la rupture entre César et Pompée. On sait que Tiron, après la mort de son cher maître, rendit encore un suprême service à cette grande renommée, en rassemblant de tous cotés ce qui restait des innombrables lettres de Cicéron, et en publiant les Familières, dans l'ordre où elles nous sont arrivées ' .
On voit que, dans une maison romaine bien organisée, ofi trouvait tout un département spécial d'esclaves et d'affranchis qui vivaient uniquement pour les besoins intellectuels de leur patron. Dans la haute vie aristocratique, c'était d'ailleurs un principe qu'une grande n^.aison devait en toutes choses se suffire à elle-même. S'il y avait dans la famille un enfant à élever, il fallait donc être en état do pourvoir à cette jiécessité nouvelle, en lui domiant des maîtres; nous allons voir que beaucoup d'entre eux faisaient encore partie de la maison.
L'instruction d'un tils de bonne famille comprenait trois degrés : les notions les plus élémentaires, la grammaire et la rhétorique. La première formation se donnait dans la famille. Ouintilien ne croit pas descendre de sa dignité en s'oceupant de ces obscurs commencements' ; j'aime à voir ce noble esprit discuter les meilleures méthodes d'écriture, se demander gravement s'il faut laisser les doigts de Tenfant promener la plume dans des sillons taillés en forme de lettres, ou s'il vaut mieux guider sa petite main, tremblante encore, sur un modèle écrit. Tout est digne de nos soins, dès qu'il s'agit de ces chères créatures confiées à notre amour, et le maître le plus humble doit mettre à sa tache autant de sollicitude, que s'il était un Aristote élevant un autre Alexandre. Sans doute, il n'est pas nécessaire que
1. Voy. sur Tiron : Cic, Ad Famil., xvr, 10, 17, 20 ot 22; Ad Attic, vi, 7; vu, 2; IX, 17; xii, 10; A. Gell., vu, 3; xiii, D; etc.