‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 140 sur 345 · Sdlir · texte numérisé non relu

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'■'». Tac, ///v/., m, SI.

sujet, on peut dire qu'ils ont joué sous l'empire des rôles assez divers. Au plus bas degré de la profession, végètent des moralistes d'aventure, pauvres hères, méprisés, vagabonds, à demi mendiants, souvent sortis d'une échoppe, vivant surtout parmi la plèbe, véritables fraticelli de l'antiquité \ Une autre catégorie, celle des philosophes voyageurs, diffère à peine des sophistes; comme les néorhéteurs, ils vont de ville en ville, annonçant leur doctrine avec une faconde brillante, et cherchant partout des conversions, si par hasard ils sont sincères; des applaudissements, des honneurs et de l'argent, s'ils ne sont que d'habiles parleurs-. D'autres tiennent école publique de sagesse, soit que l'Ktat paye leur enseignement, soit qu'ils comptent sur leur éloquence pour attirer des disciples autour de leurs chaires '. Ouelques-uns sont attachés au service du palais impériale Enfin beaucoup d'entre eux font partie des maisons riches comme philosophes domestiques; ce sont les seuls dont nous ayons à parler.

L'usage d'entretenir chez soi un conseiller intime n'était pas inconnu au temps de la république. Scipion Kmilien, Ih'utus, Cicéron, pour ne citer que les hommes les plus illustres, ne se séparaient presque jamais du philosophe qui avait gagné leur confiance. Sous l'empire, surtout au second siècle, le métier de moraliste à gages fut si commun, que Lucien se crut obligé d'écrire un traité spécial pour avertir les philosophes des déceptions (pi'ils pouvaient craindre dans cette profession passablement lucrative, mais semée de dangers'.

1. Voy. surloui Lucien: il parle en cent endroits de ces « béghards » de la philosophie, el trace le tableau le pins pitinani de ces misérables <\\\\ déshonoraient la profession.

2. Dion Ciirysostonie est le type le plus intéressant du philosophe voyageur et missionnaire.

3. Luc, \ifjr., 2o; Artémi(lore,0/i//'orr., \,^'.]:IIisi. Aug.. Anton. Pius^ 10; Sén., Ep., lOS; etc.

4. Sén., Ail Marc, 4; Tac, Ami., xiv, 10; ///.<?/. Aiaj., IliL, M; Luc, Parafi., Îi2: etc.

U. De rcu.r (pli sont aux gages des grands.

Il n'était pas déjà bien facile de forcer la porte de ces palais redoutables, car la place était convoitée par plus d'un concurrent; il fallait humblement décliner ses titres, essuyer une enquête sur les faits et gestes de sa vie passée, subir une sorte d'examen, plaire au portier, au nomenclateur, à monsieur l'intendant, à la femme du patron, au fou du logis, enfin au dieu de théâtre dont la volonté décidait tout. De plus on devait s'attendre, au moins dans quelques maisons, à des traitements peu délicats. Cependant tout allait bien d'abord ; vous étiez comblé de délicatesses ; le patron vous réservait ses plus aimables prévenances, et vous appelait son cher maître. C'est ce que Lucien appelle ingénieusement «le jour de la chaussure neuve». Le lendemain, sous prétexte que vous êtes de la famille, un se gène un peu mohis avec vous ; on arrive peu à peu l\ vous traiter comme un subalterne, comme un être sans conséquence. Heureux encore, si on ne vous jette pas à la porte, quand vous n'êtes plus en état de supporter les fatigues de l'emploi.

Les motifs ne manquaient pas cependant pour braver la chance de ces humiliations et de ces débuires. Outre l'espérance du salaire, raison qu'un philosophe n'avouait pas, ne pouvait pas avouer, mais qui n'en n'était pas moins réelle, n'était-ce pas, à première \ue du moins, une fête continu(îlle, un enchantement sans fin, que cett(î existence dans une maison splendide? Boire l'or à pleine coupe, être servi par une foule d'esclaves, jouir pour son propre compte de ce luxe inouï qu'on avait à peine soupçonné dans les rêves de l'imagination, être vu en public avec un préteur ou un consulaire*, coudoyer voluptueusement la robe percée de ses anciens compagnons de pauvreté, n'était-ce pas la plus belle vie qu'on pût rêver?

On alléguait aussi des motifs plus désintéressés : le bien

1. Un (le res philosuplies nous apprend fièrement (Lin? son épitaphe iju'il fut laini (le Salvius Jiiliaims. (Orelli-llenzen, n. .'KlUO.)

à faire, des conseils utiles à donner, une sorte de direction morale à exercer sur une maison tout entière. Ces philosophes prenaient souvent à cœur la partie sérieuse de leurs fonctions, et nous allons voir que leurs avis n'étaient pas dédaignés par tout le monde. Mais parfois le découragement s'emparait de ces apôtres sincères : on méconnaissait, disaient-ils, leurs bonnes intentions, on les confondait avec des charlatans vulgaires. Plutarque, dont le zèle ingénu uv. doutait de rien, essaya de relever leur courage; il leur citait l'exemple de Platon, qui avait converti Dion à des pensées plus sages ; quels services ne peut pas rendre aux peuples celui qui gouverne l'ame d'ini honnne dont la sphère est si vaste! Cela ne vaut-il pas le petit ennui d'être appelé par les sots courtisan et valet ' ?

Nous savons du reste que ce ministère était fréquemment efficace. Sans doute, ceux qui avaient pris un philosophe chez eux pour suivre la mode, ou pour se donner l'air de gens profonds, dont les moindres loisirs sont donnés à la sagesse, se souciaient fort peu des conseils du moraliste; pour ceux-là, le philosophe était un objet de montre, une pièce comme une autre de leur mobilier aristocratique". A plus forte raison, ces belles mondaines qui faisaient semblant d'écouter le sermon du philosophe, pendant qu'une nuée d'esclaves procédaient avec méthode à l'affaire bien autrement grave de leur toilette, ces femmes qui, pendant leurs voyages, jetaient pêle-mêle dans la même vcâture leur philosophe, leur cuisinier, et leur petite chienne Myrrhine, écoutaient bien légèrement le moraliste, dont les exhortations n'avai»,Mit tout au plus que le mérite de varier un peu leurs plaisirs. Mais ailleurs, on écoutait leurs leçons avec plus de respect. Le philosophe était un confident, un guide et presque un maître de la

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