‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 143 sur 345 · Séii., Ail Marc · texte numérisé non relu

Séii., Ail Marc

'.i. Voy. Tae., Atm., xvi, 34; Sén., De Tranquill. ani/n., li. —Remarquez (pie Tarite, racontant la mort de Pétronlus {Aim., xvi, 19), constate prescjue comme une chose extraordinaire, que l'ancien compai,nion des plaisirs de Néron voulut écailer de son at^onie « le> maximes des plîilosojdies et les réflexions sur riiiimorlalité de l'Ame ».

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Cependant ce noble ministère des philusophes domestiques fut déshonoré à Rome par une trahison dont l'histoire a gardé le souvenir. Un certain Kgnatius Celer, après avoir été le précepteur de Soranus, était resté l'ami, et probablement l'hôte de son ancien élève. Soranus représentait sous Néron le parti de la probité rigide, et le prince hii faisait l'honneur de le détester presque autant que ThraséasV Kgnatius, pour se mettre au ton du milieu où il vivait, donna dans la philosophie; il prit le costume et les airs imposants du stoïcisme. Selon Tacite-, tout cela n'était qu'une longue et patiente hypocrisie : Kgnatius était « une âme perfide, artificieuse, cupide et libertine, un abune de vices ». Dans ce jugement terrible, il n'y a peut-être (ju'un mot parfaitement juste : je crois surtout qu'Kgnatius était de ces hommes qu'il ne faut pas forcer k voir de trop près l'opulence des autres. Devant ce dangr'reux spectacle, ils arrivent à se demander pourquoi ils n'auraient pas leur part des richesses qui ruissellent autour d'eux : étant donné im avare, il est facile de faire un Judas.

Quand Néron eut envie de perdre Soranus, l'accusateur n'eut donc qu'à faire briller un peu d'or. Kgnatius dit tout ce qu'on voulut ; il révéla ces mille propos qui, dans l'intimité, échappent à un honnête homme contre un gouvernement odieux \ (hi ne sait pas au just(; quel fut le lot de ce misérable dans les dépouilles de son ami. Mais ce crime souleva une indignation générale, et, quelques années plus tard, sous Vespasien, ce mauvais drôle fut condanuié pour délation. « La trahison d'Kgnatius » devint ensuite une sorte de lieu commun à l'usage des moralistes ; car on la retrouve jusqu'à deux fois dans Juvénal', ce répertoire de toutes les banalités qui couraient les écoles et les livres.

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