Einst.^ VIII
Plaisons de virtuose, de lettré. A peine trouverait-on une page, dans la correspondance de Pline, qui ne soit toute pénétrée de cette passion du dilettante. Là même où Pécrivain semble un instant s'oublier, en exposant les péripéties d'un procès, en philosophant sur la vie humaine, on devine encore l'artiste, au fini minutieux et à la coquetterie apprêtée du ^tvle.
Si cet amour des lettres est un peu étroit et un peu puéril, il lui inspire du moins une vive sympathie pour tous ceux qui les cultivent; il suffit de tenir une plume, ou seulement d'aimer la belle prose et les beaux vers, pour avoir droit à son estime, presque à sa vénération. Pline a une sorte de respect ingénu pour tout ce qui s'écrit; il catalogue avec une admiration candide les ouvrages éclos dans la saison. S'il voit les lettres encouragées par la faveur publique, il jouit avec délices de leur prospérité ; il souffre, au contraire, du mal qu'on leur fait, ou même du bien qu'on ne leur fait pasV
La moindre nouvelle l'intéresse, pourvu qu'elle intéresse aussi les lettres; il apprend avec ravissement qu'il y a des libraires à Lyon, qu'on vend des livres latins dans cette lointaine colonie-. Il est surtout reconnaissant à son oncle 14ine l'Ancien de lui avoir laissé d'énormes volumes, et des cahiers chargés de notes au recto et au verso ^ Si un de ses amis est nommé gouverneur de l'Achaïe, il le conjure de respecter la vieille gloire du peuple grec, et de traiter avec les plus grands égards cette province qui a été la patrie des lettres \ Junius Avitus est mort; c'est grand dommage, car c'était un infatigable écrivain. Le poète Passiénus Paulus a été dangereusement malade, mais enfin il va mieux, et le voilà hors d'affaire; il faut féliciter les Muses d'avoir conservé un si bon serviteur! Spurinna est