‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 15 sur 345 · ma , 10 et · texte numérisé non relu

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Histoire (jcnrrale ; on lui marqua en toutes choses une considération particulière \

Mais Scipion gagna plus encore peut-être à ce commerce. Sans parler des services purement militaires que Polybe lui rendit, des sages avis que lui donna, jusqu(î sur le champ de bataille^, ce tacticien exact et positif", Emilien dut certainement à Polybe des idées plus larges sur la littérature et la philosophie des (irecs; il dépouilla ce qu'il y avait encore d'un peu étroit dans son patriotisme ; il fut tout à la fois rhomme des temps anciens, par la fermeté de ses vertus toutes romaines, et l'homme des temps nouveaux, par une intelligence plus large et plus rafhnée.

Vers le temps où Scipion entrait en rapports avec Po- Ivbe, un poète encore inconnu faisait jouer une comédie qu'on appelait YAndricnne, où les connaisseurs venaient admirer une exquise délicatesse de langage. La pièce fut cependant assez froidement accueillie^ par le gros des spectateurs, qui ne comprirent pas grand'chost^ à cet art si fin. D'où venait ce Ménandre latin, égaré chez un peuple à demi barbare? Quelques années avant, un jeune esclave carthaginois était entré dans la maison du sénateur Térentius Lucanus ; ce n'était encore qu'un A fer quelconque, une créature sans nom et sans fannlle. Mais sa physionomie intelligente et agréable, relevée par un teint légèrement fauve qui la rendait plus piquante, appela sur lui l'attention. On s'aperçut d'ailleurs qu'il avait de l'esprit. Son maître le lit élever avec soin, et lui donna son nom avec la liberté \

Ainsi conmiença la fortune de Térence ; ce jeune homme aimable, de belles manières, plut tout de suite à Scipion, à ses amis La^lius et Furius, à toute cette jeune aristocratie lettrée qui commençait à faire parler d'elle. On organisait

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avec Térence des parties de plaisir ; on dînait chez Furius ; aux heures de liberté, on fuyait à la campagne à tire d'ailes, comme de francs étourneaux. La malignité publique chuchotait bien je ne sais quoi, et elle s'étomiait de ces intimités suspectes avec un étranger affranchi de la veille ^

Parmi ceux qui propageaient ces commérages, mettons hardiment le poète comique Luscius de Lanuvium ; il soutenait contre Térence une lutte jalouse qid donnait bien des ennuis, et apportah bien des déboires à son rival. Luscius avait vieilli, avec peu de succès, dans le métier de la scène, et il ne pardonnait pas à ce nouveau venu la faveur des nobles. Sa bile s'épanchait en propos amers : « Voilà des gens bien d'accord ! ce Térence est fort content de ses amis. D'ailleurs il a raison, il ne faut pas être ingrat; pourrait-il se pa^ser d'eux un seul instant' ? Voyez plutôt ses pièces! De bonne foi, ce Carthaginois est-il capable d'écrire un mot de bon par lui-même. Toutes les scènes passables de ses comédies, on sait d'où elles viennent ; Laelius et Scipion pourraient bien nous le dire... L'autre jour, Laelius s'acharnait chez lui à couvrir de notes ses tablettes : «Quelle verve » je me sens aujourd'hui », dit-il à sa femme qui venait le chercher pour souper; « les vers coulent de source; » tenez, écoutez-moi ceci : Mp Syri promissa hue indiixe- » runt, etc. ». Quelque temps après, on donne la nouvelle pièce de Térence, du moins on la donnait sous son nom, et l'acteur qui jouait le prologue dit à un certain endroit : « Me Syri promissa Iiuc indiixeniut. » Admirez, s'il vous plaît, ces rencontres singulières du hasard M »

Scipion et Lœlius ont-ils eu réellement quelque part aux pièces de Térence ? C'est une question que nous ne voulons pas reprendre pour la centième fois*, n'ayant aucun argu-

1. Voy. Pulyh., //iv/. (jen., m, 4S et oO. Cf. Plut., Pi.i'c. ger. leip., 18.

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