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quatre pages un petit traité des études'. Sel(>n I^liue, rien n'assouplit mieux l'esprit que de traduire du grec en latin, ou du latin en grec. Il est bon quelquefois, toujours d'après Pline, de rotniilev \\\\ sujet, après une rapide lecture, et de comparer son travail à Tteuvre originale. Il faut encore de temps en temps u écrire une page avec soin >> ; Pline fîiit ici, comme Buffon, la théorie de sa propre manière. Enfin on se délassera en composant des vers qui, plus tard, nous feront grand honneur. A cette époque, — on a revu cela depuis, — de bons jeunes gens se croyaient obligés de payer leur bienvenue dans le monde en offrant un grand poème à l'admiration de leurs amis. Cominius s'était épris d'un beau zèle pour un sujet dont il voulait faire une épopée en règle. Trajan venait de mènera bonne iin sa guerre contre les Daces; l'imagination de Cominius s'entlannne là-dessus : il voit ces peuples à peine coniuis, ce théâtre si nouveau, ces ponts jetés sur des ileuves immenses, ces camps suspendus aux bords des précipices, ces triomphes qui n'ont plus la banalité classique.
Lorsque Cominius a bien ruminé le sujet, il fait part de son idée à Pline ; celui-ci approuve, esquisse à grands traits le futur chef-d'o'uvre, donne des conseils, recommande surtout à son élève de ne pas oublier, dans l'indispensable invocation, « le dieu dont il va raconter les actions ». Cependant, si Cominius avait de l'esprit, il dut, à travers la phraséologie des compliments obligatoires, deviner les réserves et les craintes de son conseiller. Pline essaye de lui faire entendre à demi-mot que c'est un sujet bien difficile à traiter : il ne sera pas aisé de faire entrer dans des vers harmonieux des noms barbares, durs à l'oreille, « et surtout celui du roi »; ce roi, ce terrible roi, était le Childi'brand de ce pauvre Cominius. On le supplie de ne rien publier avant d'avoir montré ses premiers essais à Pline, ])récaulion y\\\\ trahit encore l)ien des alarmi^s. Kn
\. vîf, y.
somme, il semble évident que l^line, pour tout au monde, ne voudrait pas « décourager le talent », mais qu'il se défie encore des ailes de son aielon \
Cominius paraît avoir compris cet avertissement discret, et il eut probablement le bon sens de renoncer à la gloire chanceuse de son poème épique. Quelque temps après-, on le retrouve encore dans la correspondance de Pline, auquel il demande un sujet pour sa muse inoccupée. Pliiie lui indique une simple anecdote qu'on vient de lui conter à table : c'est l'histoire si connue du dauphin d'IIippone. Il engage Cominius, faute de mieux, à la mettre en vers bien pathétiques"' : c'était une maigre pâture après la guerre des Daces et les victoires de Trajan ; tomber de l'épopée dans le fait divers, la chute est lourde. Cominius sut-il se contenter de ce pauvre et chétif sujet? La postérité n'en a jamais rien su.
Quand les conseils de Pline ont été entendus, et qu'une œuvre vient d'éelore, il ne perd pas son temps : vite une lettre de félicitations, il remplit avec exactitude cette partie de son emploi ; il sait que ses éloges seront reçus comme une précieuse récompense, et ne les ménage pas. Il n'a pas pour le menu fretin de la littérature les aristocrati(|ues dédains de Mécène^, qui voulait des Virgile ou au moins des Varius; Pline aurait certainement félicité MtCvius, s'il avait reçu ses vers, (hi trouverait difficilement chez lui un mot de blâme, ou seulement d'hésitation et de réserve, quand il parle des écrivains du siècle : « Est-ce une raison, dit-il, de mépriser une œuvre, parce qu'elle est née sous nos yeux'*? » Non, sans doute, mais ce n'est pas une raison non plus pour trouver parfait tout ce qui est de notre temps. Pline a la conscience littéraire si large.
\. viir, 4.
1. Kn supposant (jut' le? lettre? de l'Une sont rangée-; dan? l'ordre alpliabétitiue, 3. IX, .3;{.
i. I, IG. Cf. vî. 21.
Li:S CENS DK LETTRES
qu'il perd tout à i'ait le sens des nuances; avec lui, on ne sort jamais de l'excellent. Le premier orateur venu prend place d'emblée dans les premiers rangs de 1 éloquence : u Pompéius Saturninus m'a saisi tout entier. Je l'ai entendu plaider ses causes avec vigueur et énergie, et dans le langage le plus pur et le plus élégant. Quand vous aurez en main ses discours, vous n'hésiterez pas à les comparer aux plus beaux que les anciens nous ont laissés. » Si Pline rend compte d'un procès fameux, c'est la même indulgence ; il loue avec intrépidité amis et adversaires : Rufus a parlé avec véhémence, Lucius Albinus avec adresse, Titus Homulus a été merveilleux, Fronton a fait des prodiges'.
Encore pourrait-on dire qu'il est relativement sévère dans ses appréciations sur l'éloquence du barreau. Mais, s'il s'agit des lettres, de la poésie surtout, il n'y a plus que des éloges sans restriction. Pline a même l'illusion de croire que jamais à Rome les lettres n'ont été plus florissantes qu'au siècle de Trajan'. il excelle d'ailleurs à tourner un compliment. Ses louanges sont d'une courtoisie parfaite, et toujours ingénieuses. Personne comme lui ne sait accuser réception d'un livre n(.uveau, enhardir un talent timide encore, applaudir à ses premiers succès"', trouver mille tours délicats pour vanter un ouvrage, et le faire valoir aux yeux du public. Il écrira, par exemple, au poète Antoninus qu'il s'est appliqué à traduire quelques-unes de ses épigrammes grecques, mais qu'il a peur de les avoir gâtées par son méchant latin*.
Si par hasard il lui a été impossible de savourer à son aise le dernier envoi d'un ami, il sait pourtant trouver quelques mots agréables à lui dire : a Je ji'ai pas encore lu votre livre, car il m'a trouvé fort occupé; le respect que