IX
4. Pline cite quelques vers de Senlius Augurimis (iv, 27>, et nous les donne
pour merveilleux; en réalité, rien nest plus ordinaire.
LES r.ENS DE LETTIIES.
des applaudissements, sa colère contre cette pauvre cervelle de Javolénus Priscus, qui avait compromis la gravité d'une lecture par une étourderie plaisante', et contre les airs dédaiirnoux de certains auditeurs, la consultation en bonne forme qu'il demande à Suétone sur quelques points du cérémonial-, tout montre à quel point Pline a pris au sérieux cet usage puéril. Les autres écrivains de ce siècle ont quelquefois des doutes, même des mots ironiques^; Pline seul est inébranlable dans sa fui.
Il se fit sur cet important sujet un programme, qu'on pourrait à peu près formuler amsi : il défendra les lectures contre les indifférents et les frivoles, en vantera les avantages en toute occurrence, et ne manquera jamais de s'élever contre ceux qui oseraient dire que c'est la chose la plus inutile, la plus insipide et la plus sotte du monde. — il payera lui-même dexemple, et il poussera même le zèle sur ce point jusqu'à lire en public non seulement des vers, mais encore ses plaidoyers les plus marquants. — Il engagera les autres à lire, en secouant les indolents, en donnant du cœur aux timides, en montrant aux auteurs l'auditoire suspendu à leurs lèvres, et interrompant la lecture par ses bravos. — Comme rien n'est plus triste pour un lecteur qu'une salle à moitié vide, il sera le pourvoyeur ol'ticieux des séances, et y enverra le plus de monde possible; il se fâchera contre ceux qui rt.'stent sur la place à baver aux corneilles, envoient demander de temps en temps si le préambule est achevé, entrent dans la salle au beau milieu de la récitation, et s'esquivent avant la péroraison.— Il se fera, bien entendu, un devoir d'assister aux moindres lectures de ses amis, et méuK.' il retardera son
l. VI, lj. Pas>iénns Paulii:^ rommeiirait la lecliire d'im poème en vers élefîiaqiie:^ qui tlébiilait ainsi : -( /V/'.vcr, JuOi's... — Mais cuuimeiil donc? » dit éloiirdiiiient Javitlénus Priscus, qui était dans l'auditoire; u moi! je nordonne rien du tout. •- Pline est positivement i^avré de cette extravagance : -< Est omnino l*riscus duh'uT sanilnlis. >»
'2. IX, :u.
:j. Par exemple Perse. Jnvénal, laut.'nr du IHalo;/up des Orateurs-.
départ à la campagne, plutôt que de manquer une seule récitation; c'est d'ailleurs affaire de courtoisie et de savoirvivre, la pliq)art de ceux qu'il va écouter ayant eu la bonté de venir l'entendre lui-même. — Après^la lectiu-e il se gardera bien d'une sévérité déplacée et ridicule; il louera de confiance, et sans lésiner sur le quantimi des applaudissements ; car, je vous prie, quand on a voulu obliger im homme en venant entendre ses ouvrages, à quoi bon s'en faire un ennemi? — Enfin, Pline tiendra journal des lectures, il en sera Thistoriographe, notera les saisons fertiles où elles auront été nombreuses, et profitera de ces comptes rendus pour couvrir les auteurs de nouveaux compliiuents'.
Pline a suivi exactement les articles de son programme. Dans une de ses lettres surtout ^ on voit comment, selon lui, un homme qui se pique d'aimer les lettres et de les proléger, doit se conduire à l'égard des lectures publiques : « Je fais tout ce que je puis, dit-il, pour que notre âge ne soit pas dépourvu de talents, » et, comme preuve de son zèle, il donne la manière dont il vient d'en user avec mi tout jeune homme qui a lu un poème. C'était une séance exceptionnelle, carie lecteur portait un des plus grands noms de la noblesse romaine; il s'appelait CalpiirniusPiM.n. D'ailleurs le poète allait faire ses débuts, et les amateurs attendaient cette épreuve avec curiosité; quelque chose comme une a première >>, ou comme une séance de réception à l'Académie. « Tout Rome » était là; on applaudit, cela va sans dire, un talent si parfait dans une si grande jeunesse.
Mais Pline, en cette mémorable séance, eut la gloire de laisser loin de lui tous les autres par l'emphase de son admiration. La lecture à peine achevée, il sauta au cou
I. I. i:5; II. 10; m, 18; iv,27; v. 3; vi, 17 et 21; vu, 4 etlî; viii P- IV. .w. " '
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du jeune poète, et Tembrassa « longuement et cliaudement». Pline ajoute ensuite, et on volt ici percer clairement ses prétentions au rôle de protecteur des lettres : (( Comme il n'y a pas de meilleur aiguillon que la louange, j'engageai Pison à continuer comme il avait commencé, et à porter jusqu'à ses descendants cet éclat qu'il avait lui-même reçu de ses ancêtres. Je félicitai aussi son excellente mère; je félicitai son frère... Puissé-je avoir souvent d'aussi bonnes nouvelles à vous annoncer. » Voilà comment, sur la fin du premier siècle, un grand personnage qui avait de rinfluence encourageait les
lettres.
Des hommes comme Pison, poètes amateurs, pouvaient se contenter de celte courtoise bienveillance, simple politesse qui ne pouvait avoir aucune influence réelle sur leur fortune. M.iis la plupart des écrivains étaient moins heureux, et demandaient une protection moins platonique. Pline est prêt à faire usage de son crédit pour tout homme qui peut faire valoir un titre littéraire. Il prie Priscus de donner un emploi, et probablement un emploi militaire à un vieil ami d'enfance ; il note soigneusement que son protégé écrit divinement bien, et que ses lettres «semblent dictées parles Muses' •>. C'est peut-être un faible mérite pour commander une légion, ou assurer les vivres d'une armée en campagne: aux yeux de Pline, cet avantage est décisif.
Mais voici mieux encore. Vn certain Nason aspire à je ne sais quels honneurs, et Pline recommande à uti de ses amis d'aider ce jeune homme de toute son influence. Quels sont les titres de Nason? Les voici : « son père aimait les lettres, chérissait ceux qui les cultivent, et assistait ponctuellement aux leçons de Quiiitilien- î » Nason le père avait du goût pour la littérature; il faut donc pousser le