‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 157 sur 345 · Il, 3. Cf. I · texte numérisé non relu

Il, 3. Cf. I

2. Voy. encore (Epist. ad Trn/., 66, 67 et 6S) le zèle que Pline témoigne pour la cause du philosophe Arcliippus.

ville où les vieux rapports de clientèle, l'opulence des uns, et l'extrême médiocrité des autres, avaient donné à une grande partie de la population Thabitude, et en quelque sorte le droit de vivre aux dépens des riches. Parmi les auteurs dont Pline vante les œuvres avec tant d'indulgence, il y en a certainement qui n'étaient pas fâchés de respirer une autre fumée que celle de la louange; quand Martial et ses petits vers se présentaient humblement à la maison de Pline sur le soir, à Theure où les esclaves allument les ilambcaux*, croit-on que Pline avait la barbarie de renvoyer le poète souper dans son galetas ? Les Martials, sans aucun doute, étaient admis de temps en temps à la table de l'illustre avocat.

Nous savons même qu'ils y étaient mieux traités qu'ailleurs; ils ne subissaient pas cette injurieuse distinction de rangs qui les avilissait dans telle autre maison. Il n'y avait pas pour eux une vaisselle commune, des plats grossiers, et un méchant vin, bon pour la valetaille. Chez Pline, on ignorait ces procédés mesquins, et tous les convives étaient traités comme des amis également honorables. On lui demandait un jour coniment il pouvait, sans dépense excessive, traiter grands et petits avec les mêmes égards; il répondit ce joli mot : « C'est que mes afl'ranchis ne boivent pas le même vin que moi, mais je bois le même vin que mes affranchis-. »

Cependant ces invitations à dîner étaient devenues si ordinaires, que cette politesse n'était plus guère appréciée, même par ceux qui ne mangeaient pas toujours à leur appétit dans la docte compagnie des Muses; c'est pour cela sans doute que Pline en parle peu. Il a négligé de noter aussi d'autres petits bienfaits du même genre : une robe envoyée le jour des Saturnales, une pièce d'or glissée dans une main besogneuse; c'était la menue monnaie de la libéra-

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lité, et Pline lui-même, malgré son extrême vanité n'a pas cru qu'd valût la peine d'en avertir les siècles futur. C est par hasard, pour ainsi dire, et à l'occasion de la mort de Martial, que nous avons été informés des secours en argent octroyés au pauvre poète, pour lui permettre de revenir en Espagne'.

PJine, au contraire, a signalé avec un soin tout spécial certaines largesses extraordinaires, et qui lui faisaient grand honneur Sous Domitien, au temps où les philosophes lurent chassés de Rome, Artémidore, réfugié provisoirement a la campagne, ne savait comment acquitter, avant son dc^part définitif, certaines dettes criardes; il s'agissait d ailleurs d une somme importante. Pline lui en fit don par amour pour les lettres et la philosophie. Remarquez bien que Pline, alors à court d'argent, emprunta lui-même la somme pour l'envoyer à Artémidore; remarquez surtout que Domitien était alors dans toute sa fureur de persécution, qu'il venait d'envover h h mort ou en exil plusieurs des amis de Phne, et que celui-ci, en donnant cette marque d'intérêt à un expulsé, semblait appeler la foudre sur sa tête^ L'action est grande, en effet • elle serait plus grande encore, si nous n'en avions rien su mais alors nous ne pourrions pas la raconter, et la morale en action serait privée d'un beau chapitre.

Pline est revenu plusieurs fois, avec une évidente complaisance, sur une autre espèce de libéralité dont il était singulièrement fier. Il aimait beaucoup Côme, son pays natal, et il voyait avec regret les habitants de ce municipe obliges, faute de professeurs, d'envover leurs enfants étudier dans les villes voisines. C'est ainsi qu'il fut amené à s'entendre avec les bons bourgeois de Côme, pour la création d une espèce de petite université provinciale. Pline aurait de bon cœur donné toute la somme nécessaire à

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