‹ Les gens de lettres et leurs protecteurs à Rome [microform]Chapitre 159 sur 345 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La condition des écrivains sous les premiers

Césars.

Signes de tlt-cliii dans la litU'-ralnre romaine; parmi les causes de cette décadenc»', il faut compter l'équivoque protection île (pielques princes. — Bons et mauvais «Mnpereurs alltM-tent le même intérêt pour les lettres; cette tradition passe ensuite aux rois barbares. — Tibère; sinpidarité de ses préférences littéraires; il s'entoun» d'érudits. Caligula; un foU au pouvoir. — Claude; il se relève un peu du ridicule par ses goûts studieux; il encourage les lettres. — Néron; le virtuose. Poètes et philosophes de sa cour. — Néron et Lucain; intime auutié du pi'ince et du poète. Premiers nuages; l'empereur jaloux des succès de Lucain. Rupture détinitive; insolences et bravades de Lucain; sa mort. - Néron et Séuèque; diflicultés de la situation politique de Sénè([ue. H fst retenu malgré lui à la cour, et subit à contre-cœur les bienfaits de l'empereur; traces de celte situation dans l'œuvre de Sénèque. — Un épisode de la vie littéraire sous Néron. Le poète Calpurnius; désespoir et misère d'un obscur début; à bout de ressources, Calpurnius pense à quitter Itonie; il trouve enfin son Mécène dans un grand seigneur de la cour de Néron. Derniers vœux du poète.

On convient généralement que la littérature latine conimence à lléchir après le règne d'Auguste. Sans cloute le siècle suivant, avec Sénèque, les deux Plines, Tacite, (Juintilien, Stace et Lucain, .luvénal et Martial, est encore une période brillante et féconde. On peut même dire que

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jamais à Rome la vie littéraire ne fut plus intense ; jamais les écrivains ne furent plus nombreux, et n'eurent autant d'esprit. Mais poètes et prosateurs sont déjà loin de ce beau parfait, aisé, naturel et simple, fruit exquis que les littératures ne cueillent qu'une fois. Les écrivains les meilleurs n'échappent pas à une certaine nervosité, qui est l'élégante maladie littéraire du temps. On s'agite dans une mobilité inquiète ; on est sentimental, irritable et ennuyé, sentencieux et profond; on joue un rôle, on s'étudie à prendre des poses ; on parle et on écrit pour les applaudissements de la fi-alerie.

La langue même n'est plus aussi limpide et aussi pure ; elle se tourmente et s'épuise dans de puériles combinaisons de mots. D'ingénieux amateurs « font sonner les syllabes légères, comme les enfants leurs grelots^ » ; il faut être agréable, fleuri, ou bien au contraire tendu, dramatique, laborieusement énergique. U\ écrivain passe pour avoir beaucoup d'esprit, si les lecteurs ont besoin de tout le leur pour le comprendre-. Le travail excessif de la forme se trahit par le procédé ; on se donne un coloris violent, des obscurités calculées, on court après les termes archaïques ou populaires. L'un, le plus grand après Tacite, hache ses phrases, les aiguise en pointes, et répète sans fin, avec des tours nouveaux, ce qu'il eût suffi de dire une fois; l'autre cisèle curieusement, comme de fins camées, des phrases élégantes, où chaque mot est arrangé pour l'effet; \\\\ autre s'abandonne, ou paraît s'abandonner à une superbe négligence, qui est la suprême ruse de l'art.

Les causes de cette séduisante, mais réelle décadence ont été variées. L'abus des lectures et des déclamations, l'esprit de flatterie et d'admiration mutuelle entre les écrivains, la frivolité d'un public trop lacilement satisfait de ses auteurs favoris, l'ambition, d'ailleurs bien naturelle après le long siècle d'Auguste, d'intéresser d'une autre

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